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Sur les femmes et l'automobile : un enjeu de lutte contre la précarité, d'orientation professionnelle et de déconstruction des stéréotypes

20 septembre 2016 : sur les femmes et l'automobile : un enjeu de lutte contre la précarité, d'orientation professionnelle et de déconstruction des stéréotypes ( rapport d'information )

II. PASSER À LA VITESSE SUPÉRIEURE POUR DÉVELOPPER LA MIXITÉ PROFESSIONNELLE DU SECTEUR AUTOMOBILE

Le secteur automobile se caractérise par une grande variété de métiers et offre donc de nombreuses opportunités professionnelles. Pour autant, il demeure encore marqué par la rareté des femmes y occupant des postes scientifiques ou techniques.

Il s'agit essentiellement d'un problème de faible attractivité auprès des jeunes femmes, car les industriels se sont récemment aperçus de l'intérêt de la mixité, mettant en oeuvre de bonnes pratiques qui gagneraient à être diffusées le plus largement possible.

La clé pour attirer davantage de femmes dans ce secteur demeure donc la communication auprès des collégiennes, des lycéennes et des apprenties, ainsi que l'émergence de femmes « modèles » susceptibles de susciter des émules auprès des jeunes filles qui réfléchissent à leur orientation.

A. UN SECTEUR CARACTÉRISÉ PAR UNE INSUFFISANTE MIXITÉ PROFESSIONNELLE

1. Le secteur automobile demeure encore très largement masculin
a) Des filières scientifiques et techniques traditionnellement trop peu féminisées

En France, dans l'enseignement secondaire, la présence des filles varie en terminale selon la série : 79 % en littéraire (série L), 60,7 % en sciences économiques et sociales (série ES) et 45,5 % en sciences (série S). Le constat est le même s'agissant des séries technologiques, où la proportion de filles oscille entre 6,5 % et 91,9 %.

De même, après le baccalauréat, dans l'enseignement supérieur, la part des femmes demeure très contrastée en fonction des disciplines universitaires. Elles sont largement majoritaires en langues, lettres et arts, sciences du langage, sciences humaines et sociales, droit et sciences politiques, administration économique et sociale, sciences de la nature et de la vie, médecine, odontologie et pharmacie.

Dans les écoles de commerce, de gestion et de comptabilité, on constate une parité.

En revanche, les femmes sont minoritaires en sciences fondamentales et applications ainsi qu'en sciences et techniques des activités physiques et sportives (STAPS).

Comme l'indique l'association Femmes et sciences dans les réponses écrites transmises au questionnaire de la délégation, « selon les disciplines, mais partout en Europe, la proportion de femmes dans les métiers scientifiques et techniques est inférieure à 30 %, pouvant tomber à 10 % dans certaines filières comme les mathématiques et le numérique ».

Ce constat est corroboré par l'Association Elles bougent : « alors qu'en terminale S, on atteint quasiment la parité entre les filles et les garçons, les filles ne représentent plus qu'une proportion de 10 % des élèves en filières techniques de l'enseignement supérieur. Les filles qui souhaitent faire des sciences se tournent très majoritairement vers le domaine médical ou paramédical ou les études de vétérinaire, ce qui correspond à la fonction care34(*) ».

Enfin, comme le souligne l'universitaire Christine Fontanini, spécialiste des sciences de l'éducation, dans un ouvrage récent, « en sciences, le déficit des femmes dans les études supérieures s'observe globalement dans la plupart des pays d'Europe d'occidentale et d'Amérique du Nord. Actuellement, les formations d'ingénieurs (universitaires ou non) connaissent le taux de féminisation le plus faible de l'enseignement supérieur, puisqu'il est de 27 %35(*) ».

b) Une filière automobile offrant des perspectives variées, qui n'échappe pas à ce constat

Les débouchés proposés par la filière automobile sont extrêmement diversifiés :

constructeurs automobiles (usines de voiture, fonction design, conception, production et vente de véhicules et, de façon plus marginale, les activités liées à la course automobile) ;

réseaux de distribution et succursales de vente (marché de l'occasion et marché des véhicules neufs) ;

filières de commercialisation des importateurs ;

métiers de l'équipement36(*) ;

- enfin, au bout de la chaîne, il faut inclure les fournisseurs de services comme les banques, Cetelem, les assureurs ou les assisteurs (TOM-TOM, GPS...).

L'Association nationale pour la formation automobile (ANFA), qui regroupe plusieurs de ces métiers, illustre clairement le nombre et la diversité de ceux-ci : commerce automobile, réparation automobile, commerce de détail d'équipements automobiles (hors démolisseurs), commerce de détail de carburants en magasin spécialisé, commerce et réparation de cycles et de motocycles, contrôle technique automobile, écoles de conduite, location (courte et longue durée), démolisseurs-recycleurs, parcs de stationnements.

Compte tenu des nombreuses potentialités d'emploi offertes par ce secteur, il est regrettable que la filière automobile se caractérise, comme d'autres filières scientifiques et techniques, par une faible féminisation. C'est le cas quel que soit le champ retenu, avec une proportion de femmes largement inférieure à 40 %37(*).

On en fait le constat au niveau de l'enseignement professionnel, puisque dans les filières « moteurs et mécanique automobile », on compte 98,2 % de garçons38(*).

C'est ce que confirme le témoignage de Léa Garigue, peintre en carrosserie décor, meilleur apprenti de France, qui indiquait à la délégation que dans son lycée professionnel, « tous secteurs confondus, sur plus de 600  élèves, nous n'étions que 14 filles pour 600 garçons. En carrosserie, j'étais la seule fille39(*) ».

En ce qui concerne l'industrie automobile, d'après les données transmises par l'association Women and Vehicles in Europe (WAVE), les femmes y représentent en moyenne 25 % des salariés, alors que près d'un automobiliste sur deux est une femme.

L'encadré ci-après détaille la proportion de femmes au sein des principaux constructeurs et équipementiers de l'industrie automobile française.

Chiffres des effectifs par entreprise (2015)

Groupe PSA (automobile, France, Europe et hors Europe) : 82 % d'hommes, 18 % de femmes

Renault (effectif mondial) : 81 % d'hommes, 19 % de femmes

Faurecia (Monde) : 72 % d'hommes, 28 % de femmes (mais en France, 77 % contre 23 %)

Michelin (Monde) : 83 % d'hommes, 17 % de femmes

Valeo : 67 % d'hommes, 33 % de femmes

Source : chiffres communiqués par l'association WAVE. Données à fin décembre 2015, issues des rapports annuels 2015 des entreprises concernées

L'association Femmes et sciences a par ailleurs communiqué des données relatives à la féminisation des différents secteurs d'activité du groupe PSA, retranscrites dans l'encadré ci-après.

Quelques données sur les constructeurs : l'exemple de PSA - taux de féminisation des filières (ingénieurs et ETAM40(*)) en %

Emboutissage et ferrage : 3 %

Conception et maintenance bâtiment infrastructures : 6 %

Mécanique : 7 %

Montage : 7 %

Maintenance et réparation automobile : 8 %

Peinture : 8 %

Électricité Électronique : 10 %

Style : 12 %

Conception véhicule : 12 %

Qualité : 14 %

Management de programmes projets : 16 %

Achats : 22 %

Systèmes d'information : 23 %

Programmation et logistique : 24 %

Commerce marketing : 28 %

Secrétariat général : 36 %

Gestion coûts finances : 42 %

CGC produits financiers : 44 %

Communication : 62 %

Ressources humaines : 64 %

Source : données transmises par l'association Femmes et sciences 

Pour ce qui est du domaine automobile, tous métiers confondus, Florence Lagarde, vice-présidente de l'association WAVE, estime que des avancées sont perceptibles: « Il y a huit ans, on comptait 8 % de femmes dans l'automobile tous secteurs confondus, contre un pourcentage supérieur à 10 % aujourd'hui41(*) ».

Enfin, le rapport de l'Association nationale pour la formation automobile (ANFA) regroupe des données très complètes sur la proportion et la place des femmes dans la branche des services de l'automobile42(*).

- En 201343(*), 22,8 % des salariés de la branche des services de l'automobile sont des femmes44(*) ;

- la part des femmes dans la branche des services de l'automobile est presque deux fois plus faible que dans l'ensemble du secteur du commerce où 52 % des salariés sont des femmes ;

- concernant les catégories socio-professionnelles des salariés, les hommes occupent principalement des postes d'ouvriers qualifiés (40 %) tandis que 70 % de femmes occupent des postes d'employés ;

- de plus, si la part des femmes parmi les salariés est de 22,8 % en moyenne pour la branche des services de l'automobile, cette répartition est variable selon les activités : la part des femmes salariées est pratiquement de 50 % dans le commerce de détail de carburants ou l'enseignement de la conduite ;

- en revanche, elles sont peu nombreuses (moins de 18 %) dans le commerce ou la réparation de véhicules utilitaires et industriels ou dans le contrôle technique automobile.

Proportion de femmes parmi les salariés de la branche des services de l'automobile selon l'activité principale

Secteur d'activité

% de femmes

Commerce automobile

19,2 %

Réparation automobile

18,2 %

Commerce de détail d'équipements automobiles (hors démolisseurs)

17,4 %

Commerce de détail de carburants en magasin spécialisé

49,2 %

Commerce et réparation de cycles et de motocycles

18, 5 %

Contrôle technique automobile

15,9 %

Écoles de conduite

48,6 %

Location courte durée

37,5 %

Location longue durée

41,7 %

Démolisseurs-recycleurs

17,7 %

Parcs de stationnement

32,0 %

Total

22,8 %

Source : Données sociales de la branche des services de l'automobile, édition 2014

Il faut également noter que 24,7 % des femmes salariées dans la branche ont plus de 50 ans, contre 19,9 % dans l'ensemble du commerce.

Par ailleurs, dans la branche des services de l'automobile, les salariés masculins sont majoritairement des ouvriers qualifiés occupant des postes techniques : mécaniciens, carrossiers, peintres... Les femmes, quant à elles, sont pour près des trois quarts affectées à des postes administratifs : secrétaires, employées comptables ou financiers ou encore vendeuses non spécialisées, ce qui rejoint des constats opérés dans bien d'autres secteurs économiques.

Parmi les 59 255 salariés de la branche dont la formation a été prise en charge par l'ANFA en 2013, 13,7 % sont des femmes et 86,3 % sont des hommes.

En 2013, sur 100 salariés embauchés, 72 % étaient des hommes, taux en hausse par rapport à l'année précédente.

En conséquence, près de 81 % de la masse salariale provient des salariés masculins.

Enfin, en 2013, le salaire moyen annuel de la branche est estimé à 26 686 euros bruts, avec des inégalités entre hommes et femmes particulièrement fortes : 27 415 euros pour les hommes contre 23 576 euros pour les femmes.

2. Un secteur encore peu attractif pour les jeunes femmes
a) Des métiers méconnus, voire ignorés
(1) Un manque d'information sur les métiers...

Parmi les facteurs pouvant expliquer le faible nombre de femmes attirées par le secteur automobile, il convient de mentionner en premier lieu le manque d'information.

La diversité des métiers de l'automobile et les perspectives de carrière qu'ils offrent sont en effet largement méconnus voire ignorés, comme en atteste le témoignage d'Aurore Vieillard, qui a ouvert sa propre entreprise de carrosserie, la « Carrosserie couchoise » :

« Je pense que la mauvaise connaissance des métiers y est pour quelque chose, malgré quelques initiatives d'orientation telles que le « carrefour des métiers au féminin ».

Les jeunes vont voir ce qu'ils connaissent dans les forums des métiers, sans chercher à découvrir d'autres domaines. Ils s'intéressent la plupart du temps à la gendarmerie, à la coiffure, à l'esthétique...

Pourquoi ne pas envisager des journées portes ouvertes dans des concessions ou des garages, pour permettre aux jeunes de découvrir les différents métiers du secteur automobile, qui sont très nombreux et variés, mais qui restent globalement méconnus ?45(*) »

Ce ressenti fait écho au constat dressé devant votre co-rapporteure Chantal Jouanno, le 21 juin 2016, par Marie-Sophie Pawlak, présidente de l'association Elles bougent : « Je pense que le problème principal se situe au niveau de l'orientation scolaire et tient à un manque d'information et à une méconnaissance totale des métiers industriels46(*) ».

(2) ... en lien avec une réflexion insuffisante sur l'orientation professionnelle au sein du système scolaire français

Ce manque d'information provient notamment de plusieurs lacunes au niveau du système scolaire français en matière d'orientation professionnelle. Ce constat a d'ailleurs été mis en avant dans le rapport de la mission d'information sur l'orientation scolaire de la commission de la culture du Sénat, présidée par Jacques-Bernard-Magner (Socialiste et républicain, Puy-de-Dôme) et dont le rapporteur était Guy-Dominique Kennel (Les Républicains, Bas-Rhin)47(*).

Les représentantes de l'association Elles bougent ont notamment, au cours de leur audition, regretté l'absence d'une plage dédiée, dans l'emploi du temps scolaire, à l'orientation professionnelle et souligné la nécessité de repenser l'orientation en termes de métier et pas de formation, afin de permettre aux lycéens de mieux comprendre la réalité du monde professionnel : « En France, nous ne sommes pas performants en matière d'orientation, à la différence des pays anglo-saxons qui prévoient très tôt dans le système scolaire une réflexion approfondie et un temps dédié à l'orientation professionnelle, dans le cadre de l'emploi du temps des élèves. (...) Seul le stage de troisième permet de s'y préparer, mais si le stage lui a plu, le jeune ne cherchera pas à découvrir d'autres filières (...) Il faut penser l'orientation en termes de métier et pas de formation. Beaucoup de métiers sont, dans le cadre actuel, ignorés alors qu'ils sont passionnants et offrent des rémunérations de niveau élevé48(*)».

L'association propose à cet égard de mettre en place au collège/lycée un module « projet professionnel » solide, suivi sur plusieurs années. Il s'agit de renforcer les modules dédiés au choix de l'orientation dans les emplois du temps des élèves, avec des heures réparties de manière stable et régulière sur toute l'année, pour leur permettre de construire et formaliser un ou plusieurs projets, avec un suivi exigeant.

b) Le poids des stéréotypes et des représentations
(1) Des stéréotypes persistants

Au-delà de la méconnaissance des métiers, c'est aussi le poids des stéréotypes et des représentations qui explique la faible proportion de jeunes femmes s'orientant vers les professions de l'industrie automobile. Ces mécanismes expliquent plus généralement le peu de mixité caractérisant les autres filières scientifiques et techniques.

Cette dimension, bien connue de la délégation, est bien appréhendée dans l'ouvrage précité de l'universitaire Christine Fontanini sur l'orientation et les parcours des filles et des garçons dans l'enseignement supérieur49(*).

La spécialiste des sciences de l'éducation explique que « les choix d'orientation scolaire et professionnelle différenciés selon les filles et les garçons persistent et conditionnent les professions exercées par les hommes et les femmes. Les trajectoires scolaires et professionnelles différentes selon le sexe sont liées aux stéréotypes de sexe qui jalonnent les parcours scolaires : la socialisation familiale et scolaire, les relations entre pairs ou encore les médias, et qui limitent le champ des possibles, notamment des filles ».

Dans ce mécanisme de reproduction, il faut prendre en compte, selon cette analyse, l'influence des « représentations des professions à travers des personnes-types qui les exercent, constituant des prototypes ». En effet, « lorsqu'un élève réfléchit à son orientation, il tend à chercher une congruence ou un processus d'appariement entre « ses représentations de soi » et les « prototypes ». Or, la majorité des formations et des professions sont considérées comme plutôt féminines ou masculines parce qu'elles sont occupées majoritairement par des femmes ou des hommes mais aussi parce qu'elles correspondent à des centres d'intérêt et des aptitudes jugés comme convenant davantage à l'un ou l'autre sexe50(*) (...)».

(2) ... relayés par les parents, le corps enseignant ou la médecine du travail

Or, ces stéréotypes, qui déterminent les choix des jeunes, sont parfois relayés par les parents et le corps enseignant ainsi que par les médecins du travail, comme en attestent différents témoignages recueillis par la délégation, notamment auprès de deux jeunes femmes qui étaient présentes au Sénat le 8 mars, à l'initiative de votre co-rapporteure Christiane Hummel, dans le cadre d'une rencontre avec des femmes meilleures ouvrières de France (MOF)51(*).

S'agissant du rôle des parents, Aurore Vieillard, gérante de la « Carrosserie couchoise », estime que « la réaction des parents compte aussi. Ils sont généralement réticents à ce que leur fille exerce un métier manuel52(*) ». De même, Léa Garigue, peintre en carrosserie décor, meilleur apprenti de France, fait état du soutien de sa mère et des réticences initiales de son père qui a fini toutefois par adhérer à son projet professionnel.

Séverine Jean, carreleur, meilleur ouvrier de France, ancienne employée dans une entreprise de démolition automobile, a dû « [se] battre avec les femmes de [sa] famille pour aller contre le poids de la tradition » : « Dans ma famille, la tradition veut que les femmes aient deux choix : soit la comptabilité de l'entreprise familiale, soit l'éducation des enfants en étant mère au foyer. En conséquence, quand j'ai fait le choix d'intégrer l'entreprise familiale du côté de l'action, je me suis heurtée à la réaction des femmes de ma famille qui transmettent leur propre conditionnement53(*) ».

Sur la base de ce constat, l'association Elles bougent recommande d'associer davantage les parents à des initiatives liées à l'orientation, afin qu'ils aient une meilleur aperçu des métiers d'ingénieurs et de techniciens et qu'ils soient en capacité d'échanger en connaissance de cause avec leurs enfants.

S'agissant du corps professoral, Léa Garigue a évoqué les obstacles susceptibles de venir des enseignants. En outre, Aurore Vieillard estime que beaucoup de professeurs des lycées professionnels enseignent depuis très longtemps sans jamais avoir actualisé leur formation en la confrontant à la réalité de métiers nécessairement très évolutifs.

Tous ces témoignages viennent corroborer l'analyse de l'universitaire Christine Fontanini, selon laquelle les filles doivent surmonter de nombreux obstacles pour obtenir certains diplômes de l'enseignement supérieur : « Quand les filles accèdent à des classes préparatoires scientifiques à dominante mathématiques-physique, elles sont confrontées - comme souvent dans l'enseignement secondaire - à des professeur(e)s qui considèrent que les mathématiques ne sont pas une discipline « féminine » et que ces préparations ne seraient pas faciles pour elles (...). En STS et IUT industriels, les étudiantes peuvent également être confrontées à des enseignant(e)s qui doutent de leurs compétences dans les disciplines techniques, pouvant les amener à avoir moins confiance en elles54(*) ».

Enfin, Aurore Vieillard a estimé que certains médecins du travail avaient tenté de la dissuader d'exercer le métier qu'elle avait choisi, convaincus que les professions liées à la mécanique n'étaient pas adaptées aux jeunes femmes, notamment dans la perspective d'une future maternité.

Bien que ces comportements soient motivés par des préoccupations sanitaires, liées notamment à une éventuelle grossesse, une sensibilisation de cette profession aux stéréotypes de genre pourrait sans doute s'avérer utile.

(3) L'influence des représentations

Enfin, au-delà des stéréotypes, il ne faut pas négliger non plus le poids des représentations associées aux métiers techniques, en particulier ceux de l'industrie automobile, comme l'ont souligné plusieurs des interlocuteurs de la délégation.

Ainsi Aurore Vieillard, gérante de la « Carrosserie couchoise », estime-t-elle que « les adolescentes peuvent appréhender ces métiers comme susceptibles de nier leur féminité (on porte un bleu de travail) et caractérisés par des conditions physiques pas forcément très confortables (on a froid l'hiver et chaud l'été)55(*) ».

De même, pour Marie-Sophie Pawlak, présidente de l'association Elles bougent : « Trop souvent encore, le monde industriel est présenté selon des clichés qui font qu'il n'est pas possible pour une jeune fille de se projeter dans une telle carrière, perçue comme non féminine. Les publicités mettent toujours en avant les tenues avec casque ou bleu de travail...

Or, il faut faire très attention aux représentations et aux images. La question de l'habit, loin d'être anecdotique, est très importante. Il faut casser le stéréotype des métiers où l'on porte des casques et des bleus de travail, et montrer que les femmes ingénieures et techniciennes demeurent féminines. De la même façon, il est important que les jeunes filles puissent se rendre dans les entreprises pour casser les représentations stéréotypées des usines, telles qu'elles existaient au XIXe siècle, et que l'on peut encore trouver dans certains manuels scolaires56(*) ».

c) La question du sexisme dans un univers très masculin
(1) Des carrières pensées dans une logique masculine

Un autre facteur pouvant expliquer le peu d'attrait du secteur automobile pour les jeunes filles tient à la façon essentiellement « masculine » dont sont présentés ces métiers.

Sylvaine Turck-Chièze, présidente de l'association Femmes et sciences a insisté sur le fait que les filles et les garçons ne se projettent pas de la même façon dans leur futur professionnel et qu'il faut dès lors utiliser ce levier pour rendre les carrières scientifiques et techniques attractives pour les jeunes filles. Celles-ci en effet se projettent dans ce qu'elles connaissent, en général l'enseignement et les disciplines du soin et de la santé, le care, où les femmes sont très largement surreprésentées, aux dépens de filières professionnelles plus prometteuses.

À cet égard, l'universitaire Christine Fontanini, spécialiste des sciences de l'éducation, cite une étude selon laquelle « le souhait de « travailler dans un domaine qui les passionne » est largement et majoritairement partagé par les filles (85 %) et les garçons (78 %). En revanche, les filles recherchent plus du « temps pour la vie de famille » (19 %) et à « être utiles aux autres (19 %) que les garçons (respectivement 13 et 9 %), ces derniers étant davantage attirés par le fait de « bien gagner leur vie « (56 %) et « d'avoir du temps libre pour faire autre chose (14 %) que les filles (respectivement 37 % et 7 %) (Lemaire, 2005)57(*) ».

Or, comme l'a souligné Jean-Luc Chabanne, secrétaire général du Comité d'organisation du concours « Un des meilleurs ouvriers de France » et des expositions du travail (COET), présent au cours de la rencontre du 8 mars au Sénat avec des femmes meilleurs ouvriers de France (MOF), « la société française en général présente une vision très masculine des métiers et des carrières. Actuellement, le modèle du parcours professionnel est tracé par les hommes, pour les hommes, du point de vue des hommes58(*) ».

Il est dès lors très difficile pour les femmes de s'y reconnaître et, a fortiori, pour des jeunes femmes en quête de leur orientation, de s'y projeter.

On retrouve une analyse similaire dans l'ouvrage précité de la spécialiste des sciences de l'éducation Christine Fontanini. Selon elle, les femmes travaillant dans des secteurs à majorité masculine sont « confrontées à la dominance des codes et modèles managériaux calqués sur des normes dites masculines : investissement professionnel sans limite, mobilité et disponibilité, stéréotypes de comportements imprégnés de compétitivité, voire d'agressivité (...). Le surinvestissement professionnel demandé dans ces professions rend complexe pour les femmes la conciliation de leur vie professionnelle et de leur vie familiale dans un contexte de partage très inégal des tâches entre les pères et les mères dans la sphère domestique59(*) ».

(2) Sexiste, le secteur automobile ?

Enfin, les jeunes femmes redoutent également d'être confrontées au sexisme d'un univers encore très masculin.

C'est notamment ce que révèle une enquête réalisée par CSA pour l'association Elles bougent, publiée en février 201660(*), dans sa partie relative à la question des discriminations.

Les réponses de l'Enquête Elles bougent aux questions relatives
aux discriminations et au sexisme

À la question « De manière générale, pensez-vous que les femmes peuvent encore être victimes de discrimination dans le monde professionnel », 93 % des ingénieures et 87 % des étudiantes répondent oui.

De même, à la question « De manière générale, dans le monde du travail, est-ce que tu penses qu'on peut encore rencontrer des problèmes juste parce qu'on est une femme », 89 % des élèves filles répondent positivement.

Autrement dit, quel que soit leur âge, les femmes pensent que les discriminations sont toujours présentes dans le monde du travail.

De même, 6 femmes sur 10 pensent avoir déjà été discriminées, ou anticipent qu'elles le seront.

Ainsi, à la question « Pensez-vous vous-même avoir déjà été victime de discrimination dans le monde du travail parce que vous êtes une femme», 61 % des ingénieures répondent oui.

Dans le même esprit, à la question « Quand vous pensez à l'avenir, pensez-vous que vous pourrez être victime de discrimination parce que vous êtes une femme quand vous travaillerez en entreprise ? », 56 % des étudiantes répondent positivement. De plus, à la question « Et toi-même, quand tu travailleras plus tard, est-ce que tu penses que tu pourrais rencontrer des problèmes juste parce que tu es une fille ? », 67 % des élèves filles répondent oui.

Le tableau ci-après présente les types de discriminations vécues ou redoutées par les femmes interrogées dans le cadre de cette enquête.

Enfin, à la question « Et de manière générale, avez-vous déjà entendu des remarques sexistes à votre encontre ou à l'encontre de quelqu'un de votre entourage, que ce soit dans votre école, dans le monde professionnel ou ailleurs ? », on constate que le sexisme ordinaire est fortement ressenti par les étudiantes, puisque 72 % d'entre elles répondent positivement.

On observe qu'il existe un écart entre les appréhensions des plus jeunes et le vécu heureusement moins pessimiste des femmes ingénieures en activité, en termes de salaires et de promotions. La perception plus sombre des étudiantes tient sans doute à un problème d'attractivité, d'où l'enjeu de la communication sur les opportunités offertes par le secteur automobile pour les jeunes femmes.

Pour autant, plusieurs exemples sont révélateurs d'un sexisme ambiant dans le secteur automobile, comme le révèlent les témoignages concordants de l'ensemble des jeunes femmes entendues par la délégation, reproduits dans l'encadré ci-après.

Témoignages relatifs au sexisme dans le milieu automobile

Aurore Vieillard, gérante de la « Carrosserie couchoise » : « J'ai rencontré des difficultés pour effectuer mon apprentissage, car aucun patron ne voulait me prendre dans son garage. En outre, j'ai également eu du problème à trouver du travail, en lien avec les préjugés sexistes. J'ai donc rencontré les difficultés habituelles d'une jeune fille réussissant dans une filière typiquement masculine, n'échappant ni aux préjugés ni aux stéréotypes, mais j'ai surmonté tout cela grâce à ma force de caractère61(*) ».

Léa Garigue, peintre en carrosserie décor, meilleur apprenti de France : « La plus grosse difficulté à me faire accepter, je l'ai rencontrée dans les garages. Les chefs d'atelier ont peur de recruter des jeunes filles, surtout des adolescentes de quinze ans, âge des premiers stages. À cette occasion, j'ai subi beaucoup de réflexions sexistes (les filles sont trop fragiles, pas assez fortes physiquement et moralement, elles perturberaient les collègues masculins...). En conséquence, je n'ai jamais pu faire d'apprentissage, faute de trouver un atelier/garage volontaire pour m'accueillir. Les gens qui réagissent ainsi sont des personnes qui n'ont jamais travaillé avec des femmes. Mais je travaille actuellement avec un chef d'atelier qui a l'habitude de travailler avec des hommes et des femmes, et tout se passe très bien. Je ne rencontre aucun problème. En outre, j'ai déjà été refusée à des salons ou des foires dédiées à l'automobile ou à la moto pour exposer mes oeuvres. Je n'ai jamais reçu de réponse à mes candidatures, contrairement à mes amis masculins62(*) ».

Séverine Jean, carreleur, meilleur ouvrier de France, ancienne employée dans une entreprise de démolition automobile : « Je n'ai pas non plus été épargnée par les remarques sexistes dans mon travail63(*) ».

De surcroît, l'inadaptation des locaux est bien souvent invoquée pour justifier que le secteur demeure masculin. Ce prétexte bien connu, classiquement allégué dans d'autres milieux, confirme, au-delà des obstacles psychologiques liés à la persistance des clichés et stéréotypes, que des difficultés matérielles peuvent expliquer la faible attractivité des métiers du secteur automobile pour les jeunes femmes.

Celles qui ont été entendues par la délégation ont toutes mis en exergue l'inadaptation des lycées professionnels ou des centres de formation des apprentis (CFA) pour les accueillir64(*).

Ainsi, très souvent, ces locaux ne comportent pas de vestiaires féminins. Par exemple, Aurore Vieillard, gérante de la « Carrosserie couchoise », estime que, « au vu de [son] expérience, (...) les lycées professionnels ne sont pas équipés pour accueillir des filles dans certaines filières (par exemple, absence d'internat et de vestiaire pour les filles en CFA auto)65(*) ».

De même, Léa Garigue, peintre en carrosserie décor, meilleur apprenti de France, explique que, « en tant que fille suivant un cursus considéré comme masculin, je me suis heurtée à des problèmes matériels. En effet, peu de lycées professionnels offrant des formations dites « masculines » sont adaptés pour bien accueillir des filles. Ils n'ont pas de vestiaire ou de toilettes pour les filles par exemple. C'est pareil dans les petites concessions automobiles66(*). »

De surcroît, la question des vestiaires dédiés aux femmes est loin d'être anodine dans les concessions automobiles ou les garages, puisqu'il apparaît que de nombreux patrons semblent s'abriter derrière ce prétexte pour éviter d'accueillir de jeunes apprenties ou d'embaucher de jeunes femmes.

Enfin, il convient de noter ici que la problématique liée aux conditions d'accueil des jeunes filles s'étend également aux places d'internat dans les classes préparatoires. Ainsi, l'universitaire Christine Fontanini rappelle que « les internats ont été conçus à une époque où il n'y avait pratiquement que des préparationnaires masculins. À l'heure actuelle, 42 % des élèves en préparation sont des filles et seulement 36 % des places en internat au niveau national leur sont proposées », ce qui s'apparente à une « discrimination fondée sur le sexe67(*) ».

Soucieuse que ce type de difficultés matérielles ne mène pas à discriminer les jeunes femmes, la délégation demande que les lycées professionnels et les centres de formation des apprentis (CFA) spécialisés dans des filières considérées comme masculines soient systématiquement équipés pour faciliter l'accueil des jeunes filles dans ces filières.

Une recommandation sera formulée en ce sens.

(3) Quelles conséquences sur les parcours professionnels des femmes ?

Les préjugés tenaces dans le milieu automobile ont bien souvent pour conséquence de cantonner les femmes à certains métiers et de les empêcher d'accéder aux postes de responsabilité.

Florence Lagarde, vice-présidente de l'association WAVE, dénonce ainsi « un double plafond de verre vertical, qui les empêche de progresser dans la hiérarchie de l'entreprise, et transversal, qui les cantonne à certains métiers (communication, marketing, ressources humaines....)68(*) ».

Ainsi, les données les plus récentes relatives au « top 100 » des entreprises de l'industrie automobile (constructeurs et équipementiers) montrent qu'il reste de gros progrès à faire pour « fissurer » le plafond de verre. C'est tout l'enjeu des actions en faveur de la féminisation et de l'égalité professionnelle menées par les grandes entreprises de l'industrie automobile (cf. infra).

Palmarès de la féminisation des entreprises du secteur automobile, septembre 2015 -
les 100 premiers cadres/dirigeants dans l'entreprise selon l'ordre hiérarchique

Valeo : 20 %

Renault : 17 %

Plastic Omnium : 10 %

PSA Peugeot Citroën : 8 %

Michelin : 8 %

Faurecia : 7 %

Source : données transmises par l'association WAVE

3. Une orientation souhaitable : mieux faire connaître aux jeunes femmes les opportunités professionnelles offertes par le secteur automobile
a) Le rôle des associations pour informer les collégiennes et les lycéennes des opportunités professionnelles offertes par le secteur automobile

Le rôle des associations oeuvrant en faveur de la féminisation des filières scientifiques est fondamental pour permettre aux jeunes femmes de découvrir des métiers vers lesquelles elles ne se tournent pas spontanément, mais qui sont en réalité susceptibles de leur offrir des perspectives de carrière enrichissantes et épanouissantes.

La délégation souhaite plus particulièrement présenter deux de ces associations et rendre hommage à leur travail.

Elles bougent

Créée en 2005, l'association d'intérêt général Elles bougent est un réseau de femmes ingénieures et techniciennes, qui a pour objectif d'informer et de sensibiliser les jeunes filles sur les métiers scientifiques et techniques, et de partager et échanger les expériences au sein d'un réseau multipartenaires.

L'association est présidée par Marie-Sophie Pawlak, responsable du Département Partenariats Entreprises à l'ESSEC.

Parrainée par plusieurs ministères, dont celui en charge des droits des femmes, elle regroupe des établissements d'enseignement supérieur, des fédérations, des entreprises partenaires (industriels et équipementiers des secteurs de l'automobile, de l'aérospatial, du ferroviaire, du maritime, de l'énergie), ainsi que des marraines.

Elle est parrainée par un président d'honneur - actuellement Bruno Guillemet, directeur des ressources humaines du groupe Valeo - et son conseil d'administration est constitué d'écoles et d'entreprises partenaires.

Elle définit ses missions autour de quatre axes principaux :

- regrouper au sein de l'association collégiennes, lycéennes, étudiantes, ingénieures et techniciennes pour échanger et susciter des vocations ;

compléter l'information des jeunes par des actions concrètes et conviviales en matière d'orientation et de projet professionnels ;

attirer un plus grand nombre d'étudiantes vers les formations de technicienne et d'ingénieure et, à terme, les orienter vers les secteurs peu féminisés ;

- créer une communauté de femmes ingénieures et techniciennes pour établir une synergie et un dialogue entre les différents membres.

Comme l'a indiqué Marie-Sophie Pawlak au cours de son audition par votre co-rapporteure Chantal Jouanno le 21 juin 2016 : « Nous voulons casser les stéréotypes sur les métiers techniques et scientifiques, en interpellant les lycéennes et les étudiantes, en les informant sur ces filières techniques et scientifiques présentées par des modèles de femmes déjà en poste. Pour cela, nous nous appuyons sur un réseau de marraines69(*) ».

Femmes et sciences

À la suite de ses travaux sur la désaffection des filles pour les filières scientifiques, Huguette Delavault a fondé en 2000 l'association Femmes et Sciences avec Françoise Cyrot-Lackmann, Claudine Hermann, Françoise Gaspard, Colette Kreder et l'association Femmes et mathématiques. Sylvaine Turck-Chièze est désormais la présidente de l'association.

Femmes et sciences a pour missions de :

promouvoir l'image de la science chez les femmes et l'image des femmes dans les sciences, et inciter les jeunes filles à s'engager dans des carrières scientifiques et techniques ;

renforcer le statut des femmes exerçant des carrières scientifiques et techniques et améliorer leurs conditions et leurs perspectives de carrière ;

regrouper les femmes scientifiques, universitaires ou non, des secteurs publics ou privés, et leur offrir un lieu de rencontre pluridisciplinaire ;

développer les connaissances sur la situation des femmes dans les carrières et études scientifiques et techniques.

L'association regroupe 200 membres, femmes et hommes, scientifiques ou non, qui partagent les mêmes objectifs.

10 personnes morales, associations, institutions ou grandes écoles sont membres de Femmes et sciences :

- l'association Femmes et mathématiques, membre fondateur ;

- l'association Femmes ingénieurs ;

- l'association pour la parité dans les métiers scientifiques et techniques (APMST) ;

- la Conférence des Grandes Écoles (CGE) ;

- les anciens élèves de l'ESIEA (école d'ingénieurs en sciences et technologies du numérique) ;

- l'École normale supérieure de Cachan (ENS Cachan) ;

- l'École normale supérieure de Rennes (ENS Rennes) ;

- l'École Polytechnique ;

- Grenoble INP (Institut polytechnique de Grenoble) ;

- l'École supérieure de Physique et de Chimie Industrielle de la Ville de Paris (ESPCI) ;

- les Mines ParisTech.

Enfin, Femmes et Sciences est membre de la plateforme européenne des femmes scientifiques (EPWS).

Le message principal de l'association porte sur la dénonciation des stéréotypes et représentations sexistes, ainsi que sur l'absence de femmes dans les structures de décisions ou les travaux scientifiques.

En 2014, Femmes et sciences a été récompensée pour son action en recevant le trophée d'Or de l'égalité de l'Association pour l'emploi des cadres (APEC), catégorie associations et organismes publics.

Source : documents de communication et site Internet des associations Elles bougent et Femmes et sciences

Pour atteindre leurs objectifs, les deux associations ont mis en place différents outils et actions.

Par exemple, Femmes et sciences organise un colloque annuel, généralement en partenariat avec la Mission pour la place des femmes au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), pour faire le point sur les avancées, en France et en Europe, dans le domaine des actions menées contre les stéréotypes subis par les femmes et les jeunes filles dans leur orientation et pour valoriser les carrières scientifiques et techniques des femmes.

L'association participe aussi à différents comités régionaux, nationaux et européens pour accroître la visibilité des femmes scientifiques, ainsi qu'à divers jurys de prix scientifiques, tel le Prix Irène Joliot-Curie.

Elle mène également des actions envers les pouvoirs publics, telles que des campagnes d'information ou de sensibilisation, assorties de propositions.

Elle organise ou participe enfin à des salons étudiants, des journées portes ouvertes ou des forums métiers, notamment le forum Elles bougent - réseaux et carrières au féminin. Il s'agit d'un forum de recrutement annuel dédié aux étudiantes d'écoles d'ingénieur(e)s et de filières universitaires scientifiques et techniques, dans le but de les aider à développer leurs talents et à créer leurs propres réseaux, afin qu'elles disposent du maximum d'atouts dans leur début de carrière.

En outre, dans le domaine de l'automobile, Elles bougent accueille au moment du Mondial de l'Automobile une centaine de jeunes filles pour leur faire découvrir par équipe les produits et métiers de cette industrie.

En conséquence, afin de répondre à la problématique du manque d'information sur les métiers de l'automobile, la délégation recommande, dans la lignée des actions menées par Elles bougent et Femmes et sciences, le développement, à destination des collégiennes et des lycéennes, de « forums métiers » spécifiquement dédiés au secteur automobile et de journées portes ouvertes dans toutes les entreprises du secteur, notamment les concessions et les garages, afin de renforcer leur connaissance de la diversité des métiers existant dans ce domaine et des perspectives d'avenir et de carrière qu'ils leur offrent.

Une recommandation sera formulée en ce sens.

Par ailleurs, Elles bougent organise ses actions de communication autour d'un réseau de plus de 3 000 marraines (ingénieures, techniciennes dans les entreprises partenaires, mais aussi étudiantes en fin de cycle dans les établissements partenaires), pour permettre aux jeunes élèves d'échanger avec des marraines et de visiter des sites industriels.

Elle organise tout au long de l'année des rencontres chez les entreprises partenaires, ainsi que des rencontres multipartenaires à plus grande échelle sous forme de forum, de rallye par équipe, d'ateliers métiers.

Le réseau des marraines permet aux jeunes élèves d'échanger avec des femmes faisant carrière dans le domaine scientifique - par exemple l'industrie automobile - et qui peuvent faire office de modèle et d'exemple.

C'est également ce que recommande Élisabeth Young, présidente de l'association WAVE : « Il faut communiquer auprès des femmes déjà actives ou qui entrent sur le marché de l'emploi, pour les encourager à rejoindre le secteur automobile : elles apportent de la richesse et de la performance économique, ainsi que l'a démontré une étude. Il faut leur prouver, à travers des exemples ou des modèles de femmes ayant réussi dans ce secteur, qu'elles auront la possibilité de faire carrière dans un secteur intéressant, caractérisé par une grande variété de métiers. Il faut également dédramatiser les clichés sexistes associés à ces métiers70(*) ».

Une initiative originale pour tordre le cou aux préjugés :
un garage 100 % féminin

Fin 2007, un concessionnaire, Hervé Malige, a eu l'idée de lancer un garage n'employant que des femmes au Crès (Hérault). Les 14 mécaniciennes recrutées ont suivi pendant deux ans une formation à toutes les techniques de l'automobile (mécanique, carrosserie...). Selon Hervé Malige, « cette expérience a permis de créer un électrochoc et de faire voler en éclats un mur, celui des préjugés. Depuis, le nombre de filles inscrites dans des filières de mécanique a augmenté de 8 % dans l'académie».

Source : LADEPECHE.fr, article du 18 janvier 2008 : Un garage 100 % mécaniciennes71(*).

b) Des actions de communication à encourager

Les témoignages recueillis par la délégation mettent en avant le besoin d'information et de communication sur la féminisation du secteur automobile, afin que les jeunes filles ne se sentent pas isolées et prennent conscience qu'il leur est possible de réussir leur carrière dans un univers majoritairement masculin, y compris lorsqu'on est une femme.

Il en va ainsi de Séverine Jean, carreleur, meilleur ouvrier de France, ancienne employée dans une entreprise de démolition automobile : « À l'époque où j'ai choisi d'exercer dans la démolition automobile, cela m'aurait beaucoup aidée de voir un spot publicitaire avec des femmes modèles, pour me montrer que je n'étais pas une exception, une anormalité72(*) ».

À cet égard, une étude de l'économiste Chantal Duchène intitulée « Transport et parité des sexes » datant de 2011 évoque une initiative intéressante menée pour mieux faire connaître les métiers du transport aux femmes : « Pour promouvoir la place des femmes dans les métiers du transport, en France, l'association Femmes en mouvement, les transports au féminin a, en liaison avec le secrétariat aux droits des femmes, réalisé une vidéo intitulée « Le transport public, un métier de femmes ! » qui a été utilisée par le ministère de l'Éducation nationale et le ministère de l'Emploi pour faire connaître les métiers du transport (conduite, contrôle mais aussi mécanique) aux jeunes femmes73(*) ».

c) Des filières d'excellence à féminiser

L'enjeu de la féminisation du secteur automobile concerne également les filières d'excellence incarnées par le concours « Un des meilleurs ouvriers de France » (MOF).

Comme l'a mis en exergue le rapport de la délégation aux droits des femmes sur la journée du 8 mars au Sénat74(*), ces filières sont encore très peu féminisées, qu'il s'agisse des meilleurs apprentis de France, des meilleurs ouvriers de France, ou des compagnons75(*).

Ainsi, en ce qui concerne le 25ème concours d'un des Meilleurs ouvriers de France (2013-2015), on relève 532 femmes inscrites sur 2 587  candidats (20,6 %), 160 femmes qualifiées sur 762 qualifiés (21 %) et 53  « Meilleures ouvrières de France » désignées, soit 23,6 % de femmes sur un total de 225 MOF.

En tant que secrétaire du COET, Jean-Luc Chabanne a indiqué avoir l'intention de rencontrer les présidents des 238 filières métiers qui y sont représentées et de leur faire part de sa volonté d'ouvrir davantage les classes du concours « d'un des Meilleurs ouvriers de France » aux femmes. Il constate ainsi que, lors du dernier concours, « dans l'industrie, y compris dans l'industrie automobile (carrosserie, mécanique), il n'y avait aucune femme. Le COET mène donc en ce moment, à mon initiative, un gros travail sur la carrosserie, la peinture, le covering, métiers qui font appel à la créativité76(*) ».

Au demeurant, la délégation estime que cette évolution ne peut pas passer par la création de nouvelles épreuves adaptées au profil de l'emploi féminin. Cela s'apparenterait à un tour de passe-passe pour féminiser le concours sans pour autant favoriser la mixité des filières les plus masculines. Pour favoriser l'égalité professionnelle dans les filières d'excellence, il faut mener là encore un travail en profondeur pour encourager l'orientation des jeunes filles vers des métiers non typiquement féminins.

S'inspirant des actions menées par les associations et par le COET, la délégation souhaite que des actions de communication spécifiques soient dédiées à la problématique de la féminisation du secteur automobile, en partenariat avec les directions des ressources humaines des entreprises, les lycées professionnels et les centres de formation des apprentis (CFA). Ces actions de communication pourraient prendre la forme de courts programmes télévisés ou vidéos en ligne, ainsi que de campagnes d'affichage dans les collèges et les lycées.

Une recommandation sera formulée en ce sens.


* 34 Compte rendu de l'audition des représentantes de l'association Elles bougent, le 21 juin 2016.

* 35 Christine Fontanini : Orientation et parcours des filles et des garçons dans l'enseignement supérieur, éditions Mont-Saint-Aignan : Presses universitaires de Rouen et du Havre (PURH), 2016.

* 36 Fournisseurs des constructeurs qui fournissent les pièces détachées associées à la conception d'un véhicule, comme les moteurs ou les tableaux de bord.

* 37 Rappelons que la mixité des métiers existe quand le genre minoritaire est présent dans une proportion d'au moins 40 %.

* 38 Données issues du document Vers l'égalité réelle entre les femmes et les hommes, chiffres clés, édition 2016, l'essentiel, ministère des familles, de l'enfance et des droits des femmes.

* 39 Compte rendu de l'entretien avec Léa Garigue, meilleur apprenti de France, peintre en carrosserie décor.

* 40 Employés, techniciens et agents de maîtrise.

* 41 Compte rendu de l'audition des représentantes de l'association WAVE, le 11 mai 2016.

* 42 Données sociales de la branche des services de l'automobile, édition 2014.

* 43 Dernière année connue.

* 44 Cette proportion était de 23,1 % en 2011, de 22,3 % en 2012.

* 45 Compte rendu de l'audition d'Aurore Vieillard, gérante de la « Carrosserie couchoise », le 11 mai 2016.

* 46 Compte rendu de l'audition des représentantes de l'association Elles bougent, le 21 juin 2016.

* 47 Une orientation réussie pour tous les élèves, rapport n° 737 (2015-2016) fait au nom de la commission de la culture et de l'éducation, 29 juin 2016.

* 48 Compte rendu de l'audition des représentantes de l'association Elles bougent, le 21 juin 2016.

* 49 Christine Fontanini, op. cit.

* 50 Christine Fontanini, op. cit.

* 51 Voir le rapport : Le 8 mars 2016 au Sénat, Journée internationale des droits des femmes, rapport n° 745 (2015-2016) de Chantal Jouanno fait au nom de la Délégation aux droits des femmes.

* 52 Compte rendu de l'audition d'Aurore Vieillard, gérante de la « Carrosserie couchoise ».

* 53 Compte rendu de l'entretien avec Séverine Jean, carreleur, meilleur ouvrier de France, ancienne employée dans une entreprise de démolition automobile.

* 54 Christine Fontanini, op. cit.

* 55 Compte rendu de l'audition d'Aurore Vieillard, gérante de la « Carrosserie couchoise », le 11 mai 2016.

* 56 Compte rendu de l'audition des représentantes de l'association Elles bougent, le 21 juin 2016.

* 57 Christine Fontanini, op. cit.

* 58 Compte rendu de l'entretien avec Jean-Luc Chabanne, secrétaire général du COET.

* 59 Christine Fontanini, op. cit.

* 60 Les femmes, l'industrie, la technologie et l'innovation, étude CSA pour Elles bougent, février 2016. Les réponses ont été recueillies auprès de 1 074 femmes ingénieures, 469 étudiantes et 449  collégiens et lycéens, dont 268 jeunes filles.

* 61 Compte rendu de l'audition d'Aurore Vieillard, gérante de la « Carrosserie couchoise », le 11 mai 2016.

* 62 Compte rendu de l'entretien avec Léa Garigue, peintre en carrosserie décor, meilleur apprenti de France.

* 63 Compte rendu de l'entretien avec Séverine Jean, carreleur, meilleur ouvrier de France, ancienne employée dans une entreprise de démolition automobile.

* 64 La rencontre du 8 mars 2016 au Sénat avec des femmes meilleurs ouvriers de France et meilleurs apprentis de France avait déjà permis de mettre en évidence une relative inadaptation de certaines formations aux élèves de sexe féminin, qu'il s'agisse des activités sportives proposées ou des locaux.

* 65 Compte rendu de l'audition de Mme Aurore Vieillard, gérante de la « Carrosserie couchoise ».

* 66 Compte rendu de l'entretien avec Léa Garigue, peintre en carrosserie décor, meilleur apprenti de France.

* 67 Christine Fontanini, op. cit.

* 68 Compte rendu de l'audition des représentantes de l'association WAVE, le 11 mai 2016.

* 69 Compte rendu de l'audition des représentantes de l'association Elles bougent, le 21 juin 2016.

* 70 Compte rendu de l'audition des représentantes de l'association WAVE, le 11 mai 2016.

* 71 Des aléas de lancement et des erreurs d'appréciation économique de la part de son fondateur ont entraîné la radiation de l'entreprise en 2012.

* 72 Compte rendu de l'entretien avec Séverine Jean, carreleur, meilleur ouvrier de France, ancienne employée dans une entreprise de démolition automobile.

* 73 Transport et parité des sexes, étude du Forum International des transports de l'OCDE, Chantal Duchène, 2011.

* 74 Le 8 mars 2016 au Sénat, Journée internationale des droits des femmes, rapport n° 745 (2015-2016) de Chantal Jouanno fait au nom de la Délégation aux droits des femmes.

* 75 Actuellement, les jeunes femmes ne peuvent prétendre devenir compagnon de l'Union compagnonnique, mais une réflexion est en cours sur ce sujet.

* 76 Compte rendu de l'entretien avec Jean-Luc Chabanne, secrétaire général du COET.