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Les plantes médicinales et l'herboristerie : à la croisée de savoirs ancestraux et d'enjeux d'avenir

25 septembre 2018 : Les plantes médicinales et l'herboristerie : à la croisée de savoirs ancestraux et d'enjeux d'avenir ( rapport d'information )

B. UN MARCHÉ DYNAMIQUE PORTÉ PAR DES ATTENTES SOCIÉTALES CONTEMPORAINES

1. Des aspirations pour des soins « naturels »

Dans le sillage de pionniers qui ont porté les soins naturels dans les médias dans les années 1970, les consommateurs, en France comme dans de nombreux pays européens, semblent depuis quelques années redécouvrir les plantes et leurs vertus.

Pour la présidente de l'ordre des pharmaciens, sa profession, au contact du public, le note clairement : « il y a bien une attente sociétale forte de produits naturels doux, sans effets indésirables, efficaces, utilisés surtout en préventif ou contre les petits maux du quotidien »14(*). Les représentants de l'ordre des médecins ont partagé le même constat d'un « attrait manifeste pour une médecine dite naturelle, liée en partie aux scandales récents liés à certains médicaments ».

Le recours aux plantes médicinales et aux produits à base de plantes est au carrefour de plusieurs attentes sociétales : une quête de naturalité, la volonté de se réapproprier des usages traditionnels, l'attention portée à des produits naturels perçus comme plus sûrs et plus sains, d'où une demande forte pour des produits issus de l'agriculture biologique ou dont la traçabilité est assurée ; mais également des comportements d'automédication qui traduisent une volonté d'être acteur de sa santé, de promouvoir la prévention et l'hygiène de vie.

D'après des sondages cités par les représentants des laboratoires Pierre Fabre et Arkopharma, le marché des « médecines naturelles » compterait 25 % d'acheteurs au sein de la population15(*), essentiellement des femmes (65 %), tandis que 63 % des Français considèrent que la naturalité est un critère de choix important des produits pour se soigner, comme le sont la sécurité et l'efficacité.

Les principaux motifs de recours aux plantes sont les questions de sommeil, de stress, de vitalité ou de minceur, les troubles de la digestion, de la circulation ou des articulations.

Comme l'ont relevé Carole Brousse, anthropologue, et Jean-Baptiste Gallé, pharmacognoste, dans une étude auprès de consommateurs de plantes médicinales16(*), l'approche est soit négative, pour moins de la moitié des répondants (méfiance vis-à-vis du médicament de synthèse ou de l'allopathie, crainte des effets secondaires, situation d'impasse thérapeutique), soit positive pour une majorité d'entre eux (tradition familiale, conseil de professionnels, constat de l'efficacité, volonté d'une plus grande autonomie dans la prise en charge de sa santé).

2. Un secteur économique en forte croissance

L'intérêt des consommateurs nourrit la forte croissance des marchés subséquents liés à l'utilisation des plantes médicinales, qui sont très diversifiés dans la mesure où différents procédés permettent d'obtenir une large gamme de produits à partir d'une même plante.

Les produits issus des plantes

Source : FranceAgriMer

Les représentants du laboratoire Pierre Fabre ont indiqué que le marché de la santé et de la beauté naturelles représenterait, en France, plus de 3 milliards d'euros.

Aux côtés de marchés traditionnels plutôt stables, comme celui des plantes sèches ou en vrac, destinées à des infusions, ou des médicaments à base de plantes et autres préparations pharmaceutiques, de nouveaux marchés connaissent un fort développement.

· Le principal est celui des compléments alimentaires17(*) qui représente en France un chiffre d'affaires de 1,8 milliard d'euros et connaît une croissance remarquable de + 6 % par an depuis une dizaine d'années, similaire à celle observée au niveau européen.

D'après les données du Synadiet, le syndicat national des compléments alimentaires, deux tiers des compléments alimentaires vendus en France (64 %) contiennent au moins une plante. Ce segment, qui connaît la plus forte croissance, représenterait près d'un milliard d'euros de chiffre d'affaires et environ 8 000 emplois.

Ce marché est dynamique et se renouvelle rapidement : un tiers des compléments alimentaires vendus dans le monde sont commercialisés depuis moins de trois ans ; en France, à titre d'illustration, environ 1 000 nouvelles demandes par mois d'enregistrement de produits sont déposées, dont 80 % sont à base de plantes.

· Le marché des huiles essentielles et de l'aromathérapie est également très dynamique.

Selon une étude18(*) de FranceAgriMer portant sur les seules ventes en pharmacie, le marché des huiles essentielles avoisine les 180 millions d'euros, avec une croissance en volume de 40 % entre 2012 et 2016. Les plus fortes ventes sont portées par la lavande fine, le tea tree (arbre à thé), la menthe poivrée ou encore l'eucalyptus. Ces données ne prenant pas en compte les ventes hors circuit pharmaceutique qui pourraient représenter 90 % du marché total, notamment dans des magasins bio, des grandes surfaces ou sur internet, il est à supposer que la tendance est en réalité bien plus importante. L'étude précitée fait ainsi état d'un chiffre d'affaires des cinq principales entreprises françaises fournisseurs d'huiles essentielles en augmentation de 20 % par an entre 2009 et 2015.

· Les cosmétiques « naturels » représentent un autre débouché de plus en plus important.

Le président de Weleda France a indiqué lors de son audition que ce secteur représentait un chiffre d'affaires de 450 millions d'euros, en croissance de plus de 8 % par an, marquant une accélération notamment du fait de la défiance des consommateurs concernant certaines matières premières utilisées par l'industrie cosmétique.

Ces débouchés porteurs ainsi que de nouveaux marchés émergents - avec l'usage des plantes dans l'alimentation animale, les soins vétérinaires ou encore la protection des cultures - confèrent à la filière française des plantes, de l'amont à l'aval, des perspectives intéressantes au profit du développement des territoires.


* 14 Cf. compte rendu de l'audition de représentants de l'ordre des médecins et de l'ordre des pharmaciens (11 juillet 2018).

* 15 Etude Stethos U&A de juillet 2016 sur les achats de compléments alimentaires, phytothérapie ou aromathérapie en pharmacie ou parapharmacie, portant sur un échantillon de 1 170 personnes.

* 16 Cette étude a été réalisée sur la base d'une enquête mise en ligne entre juin 2016 et novembre 2017, qui a recueilli 1 471 réponses exploitables (80 % de femmes, 45 ans de moyenne d'âge, 60 % des répondants issus du monde rural).

* 17 Le statut de chaque catégorie de produits, la réglementation applicable et les circuits de distribution sont présentés dans la partie III ci-après.

* 18 « Le marché de l'aromathérapie en pharmacie », FranceAgriMer, janvier 2018. Les chiffres cités dans cette étude sont tirés de données de la société Openhealth.