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Biodiversités du bassin Atlantique Un gradient latitudinal source d'une richesse exceptionnelle mais vulnérable Colloque du 6 juin 2019

7 juin 2019 : Biodiversités du bassin Atlantique Un gradient latitudinal source d'une richesse exceptionnelle mais vulnérable Colloque du 6 juin 2019 ( rapport d'information )

TROISIÈME TABLE RONDE
LA BIODIVERSITÉ, MOTEUR DE LA
COOPÉRATION RÉGIONALE ?

De gauche à droite : Philippe Folliot, Député du Tarn,
et Michel Vaspart, Sénateur des Côtes-d'Armor

PROPOS INTRODUCTIF
Michel VASPART,
Sénateur des Côtes d'Armor

Monsieur le Président,

Mesdames et Messieurs,

Il me revient d'ouvrir une dernière séquence autour d'une question stratégique : la biodiversité est-elle un moteur de coopération dans les différents bassins océaniques, et dans le bassin Atlantique en particulier ?

Je serai concis compte tenu de la qualité des interventions de cet après-midi, qui ont déjà plus ou moins évoqué cette problématique, et parce que notre modérateur Jean-Bernard Nilam, est particulièrement bien placé pour en parler. En sa qualité d'ambassadeur délégué à la coopération Antilles-Guyane, il fait partie des trois diplomates nommés pour la coopération régionale dans les bassins Atlantique, Indien et Pacifique, qui ont pour mission de renforcer la coopération structurelle entre les territoires d'outre-mer et les pays voisins.

La biodiversité est devenue un enjeu majeur des relations internationales et un axe fort de la diplomatie française. D'une part, il y a ses menaces terribles sur le vivant, rappelées lors des interventions précédentes. En tant que président de la mission sénatoriale sur la gestion des risques climatiques et l'évolution des règlements d'indemnisation, qui doit rendre prochainement ses conclusions, je suis particulièrement conscient de la vulnérabilité de nos territoires et des zones littorales. J'ai aussi été l'auteur d'une proposition de loi sur l'adaptation des littoraux au changement climatique. Lorsque j'ai représenté notre président de la Commission du développement durable au G7 des ministres de l'environnement à Metz il y a quelques semaines, j'ai entendu le cri d'alarme, notamment du ministre des îles Tonga.

Cette prise de conscience que l'on voit se développer partout dans le monde, et spécialement parmi la jeunesse, pousse à la mobilisation des acteurs publics, qui s'appuie sur le constat irréfutable des experts d'une accélération de la disparition des espèces au cours des dernières décennies.

Mon collègue Dominique Théophile a évoqué la Conférence sur les algues sargasses, menace préoccupante pour toute la zone caraïbe, mais l'on pourrait citer aussi la Conférence de Paris de 2015 sur le climat, qui a marqué une étape importante. La question de la valorisation des ressources naturelles et du développement durable est devenue centrale. Gardiennes de 80 % de la biodiversité nationale, les collectivités d'outre-mer sont concernées au premier chef par ces questions.

En effet, du fait de leur insularité ou de leur positionnement géographique en ce qui concerne la Guyane, elles sont structurellement dépendantes des importations d'énergie et de produits alimentaires, qui occasionnent un coût écologique élevé et une forte empreinte carbone. Les collectivités d'outre-mer sont désormais engagées dans un objectif de développement davantage appuyé sur leur propre potentiel. C'est le fameux objectif du développement endogène, avec la perspective de la mise en valeur de leurs ressources spécifiques. La biodiversité est en outre une source d'innovation et de recherche, donc de développement d'entreprises spécialisées dans la R&D (recherche et développement) et la commercialisation de produits liés à la biodiversité.

Enfin, la préservation et la valorisation des atouts écologiques de l'outre-mer sont une source de développement du tourisme et même, de l'écotourisme, malgré des effets parfois difficiles à maîtriser. Compte tenu de ces facteurs, la préservation et la valorisation de la biodiversité constitue, à l'heure actuelle, un facteur de dynamisation de la coopération régionale pour les collectivités d'outre-mer avec les pays voisins. D'ambitieux accords et programmes régionaux en faveur de la biodiversité ont ainsi été conclus.

J'en citerai trois en particulier. Le premier est le programme Environnement des Caraïbes, qui est l'un des programmes administrés par les Nations-Unies. Ce programme se décline lui-même en trois sous-programmes : l'évaluation et la gestion de la pollution de l'environnement, les aires spécialement protégées et le volet communication formation et sensibilisation. L'autre projet régional, GUYAMAZON, est un programme franco-brésilien de coopération scientifique et universitaire visant à renforcer les capacités universitaires et scientifiques, sur le thème de la biodiversité dans la région Guyane et les États amazoniens du Nord Brésil. Je mentionne également le programme RENFORESAP, lancé en octobre 2018, et qui vise à renforcer la coopération sur la protection des aires protégées entre les trois pays du plateau des Guyanes, et partager les expériences.

Concernant les enjeux spécifiques de la biodiversité ultramarine, l'initiative française pour les récifs coralliens (IFRECOR) agit plus particulièrement pour la protection et la gestion durable des récifs coralliens et des écosystèmes associés, mangroves ou herbiers. Dans les collectivités françaises d'outre-mer, l'objectif principal d'IFRECOR est de promouvoir sur le plan local, national et international, la protection et la gestion durable des récifs coralliens et écosystèmes associés.

Pour répondre à cet objectif, l'IFRECOR, dont le comité national est réuni en ce moment même à Saint-Martin, met en oeuvre un plan d'action sur cinq ans qui s'articule autour de plans d'actions locaux établis par chaque collectivité, et de programmes transversaux.

En résumé, ce type de coopération vise à renforcer la coordination des actions entre les collectivités d'outre-mer entre elles, ou avec les pays voisins. Il s'agit aussi de partager les modèles originaux, les îles faisant souvent office de laboratoires, notamment dans le domaine de l'adaptation au changement climatique et de la réduction des pressions entropiques.

Pour toutes ces raisons, la coopération régionale représente pour nous un espoir supplémentaire de voir la biodiversité mieux protégée. Nous ferons en sorte qu'elle reste la valeur ajoutée de nos territoires, pour le plus grand bénéfice de l'humanité.

Jean-Bernard NILAM,
Modérateur,
Ambassadeur, délégué à la coopération régionale Antilles-Guyane

Merci beaucoup monsieur le sénateur pour ces propos introductifs de très haute qualité. Je remercie également le Président Michel Magras de son amitié et de son invitation. Je me fais bien volontiers, Monsieur le sénateur, l'écho de ce que vous avez décrit comme nos priorités.

Nos collectivités doivent être les laboratoires de ce lien entre biodiversité et coopération. Je soulignerai surtout à quel point la biodiversité ultramarine est une richesse dont nous sommes les comptables, à la fois devant nos territoires et devant les générations futures.

Je soulignerai enfin à quel point il est stratégique de relier les questions de biodiversité et la problématique de coopération régionale, car les menaces sont globales et ne s'arrêtent pas aux frontières. C'est vrai dans le Golfe du Saint-Laurent, dans la mer des Caraïbes, et dans l'environnement amazonien. Nous savons que de part et d'autre, nous n'avons pas toujours la même vision des choses que nos voisins, mais nous devons essayer de travailler ensemble.

Une autre justification à cette nécessité de coopération est de construire, avec l'aide de la Commission européenne, les instruments financiers internationaux qui constitueront une réponse satisfaisante pour les petits États insulaires en voie de développement, fortement exposés au réchauffement climatique.

Enfin, le développement de programmes de coopération communs pour la surveillance des espaces maritimes représente un enjeu fort de coopération au niveau maritime et fluvial. Pour protéger ces espaces qui sont exposés à l'action des acteurs illégaux, nous devons adopter une approche coordonnée avec nos partenaires au sein des organisations régionales multilatérales.

Cécile VINCENT,
Enseignante-chercheure université de La Rochelle
« Étude de l'écologie alimentaire des mammifères marins et leurs interactions avec les activités humaines de pêche à Saint-Pierre-et-Miquelon »

Propos de présentation du modérateur Jean-Bernard Nilam, Ambassadeur, délégué à la coopération régionale Antilles-Guyane

Je passe la parole à Cécile Vincent, qui est enseignante-chercheure au Centre d'Études biologique à l'Université de la Rochelle et qui va nous parler des mammifères marins.

Mesdames, Messieurs,

Ma présentation portera sur un programme de recherche qui vient de commencer, de sorte que j'aurai assez peu de résultats concrets à vous présenter. Je vous en exposerai néanmoins les objectifs et la méthode, en vous faisant part des résultats préliminaires d'une expérimentation menée avec des collègues canadiens sur place.

Saint-Pierre-et-Miquelon est un territoire situé au sud de Terre-Neuve, entre le courant chaud du Gulf Stream qui remonte et le courant froid du Labrador qui redescend, ce qui en fait une zone très riche du point de vue de la productivité marine. On y trouve de nombreux prédateurs supérieurs, dont des mammifères marins, auxquels je m'intéresse tout particulièrement.

[Un powerpoint est projeté]

Quelques chiffres pour commencer.

Vingt-et-une espèces de mammifères marins ont été observées à Saint-Pierre-et-Miquelon ces dernières années, ce qui constitue une richesse exceptionnelle par rapport à d'autres territoires, surtout sur une surface aussi réduite. Parmi ces espèces, quinze sont observées régulièrement, quatre occasionnellement et deux non observées depuis 2000. Il s'agit de quatre espèces de phoques et de dix-sept espèces de cétacés.

Tous les mammifères marins sont protégés en France par un décret, aussi bien contre la destruction que contre le dérangement intentionnel. Ils font également l'objet de conventions internationales : CITES, CMS, CBI, etc...15(*).

Parmi les espèces observées à Saint-Pierre-et-Miquelon, quatre ont été classés comme en danger par l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), une autre comme menacée. Deux espèces sont considérées comme vulnérables, tandis que pour d'autres les données sont manquantes. Les espèces restantes sont classées « de préoccupation mineure ».

Le projet COPEMAM que je suis venue vous présenter vise à mieux comprendre et gérer les conflits entre activités de pêche et mammifères marins dans l'archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon. Les mammifères marins sont des espèces emblématiques à forte biomasse, dont l'impact est important sur les écosystèmes, et qui interagissent également avec les activités humaines, notamment de pêche.

Pour ce projet qui va durer deux ans et demi, nous avons choisi trois axes de recherche : distribution et abondance des mammifères marins à Saint-Pierre-et-Miquelon ; écologie alimentaire des mammifères marins et compétition avec les ressources halieutiques et les pêcheries ; meilleure compréhension des interactions entre les mammifères marins et les pêcheurs.

Le projet est financé par l'Agence française pour la biodiversité (AFB), avec un co-financement de la Direction des territoires de l'alimentation et de la mer (DTAM) de Saint-Pierre-et-Miquelon. Les partenaires principaux en sont le laboratoire du Centre d'études biologiques de Chizé (CEBC, CNRS/ La Rochelle Université), qui coordonne l'ensemble, ainsi que l'Université de Floride qui possède une grande expérience de l'écologie trophique des cétacés, l'Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) de Saint-Pierre-et-Miquelon et l'OPAP (Organisation professionnelle des artisans pêcheurs de Saint-Pierre-et-Miquelon).

La méthodologie et les résultats attendus visent à opérer des transects en mer, pour identifier et localiser les cétacés, de même que leurs activités. Nous profiterons également de ces occasions pour réaliser des biopsies de lard, pour étudier les traceurs écologiques.

De même, l'étude du régime alimentaire sera menée, ainsi que le recensement des phoques à terre autour des îles. Nous effectuerons aussi des suivis satellitaires de phoques, en collant des balises sur le poil.

Nous avons prévu des identifications de champs de proies en mer grâce à des sonars embarqués sur les bateaux. Enfin, nous mènerons des enquêtes auprès des pêcheurs pour qualifier et quantifier les problèmes d'interaction avec les mammifères marins.

Les résultats préliminaires de la coopération avec Saint-Jones, au Canada, sont présentés. Ce projet financé et coordonné par Pêche et Océans Canada consistait à effectuer des suivis télémétriques de quinze phoques gris dans la zone du Grand Barachois, en été 2017.

Il est intéressant d'observer que ces phoques, une fois partis de Saint-Pierre-et-Miquelon, ont voyagé très loin pour rejoindre les eaux canadiennes. Il s'agit donc d'une espèce très mobile, comme tous les mammifères marins. Cette expérience démontre par conséquent l'importance de la coopération régionale.

Crédits photo : Cécile Vincent

[Une vidéo est projetée]

Jean-Bernard Nilam, modérateur, Ambassadeur, délégué à la coopération régionale Antilles-Guyane. - Je vous remercie vivement. Le lien avec la coopération régionale est évident, comme vous l'avez souligné. Les populations de mammifères marins ne connaissent pas les frontières, ce qui nous renvoie à la commission mixte franco-canadienne. En son sein, se rejoignent les autorités françaises et canadiennes sur des questions de coopération, notamment halieutique.

Audrey THONNEL,
Coordinatrice de l'Atlas de la biodiversité communale de Saül et technicienne Recherche et Développement, Parc amazonien de Guyane
« Renforcer le réseau des aires protégées du plateau des Guyanes :
le projet RENFORESAP »

Propos de présentation du modérateur Jean-Bernard Nilam, Ambassadeur, délégué à la coopération régionale Antilles-Guyane

Je passe maintenant la parole à Audrey Thonnel qui est administratrice de données de formation. Elle s'est immergée dans la diversité écologique de la Guyane et va nous parler du Parc amazonien de Guyane.

Le projet RENFORESAP est un projet de coopération régionale entre la Guyane, le Suriname et le Guyana. Il vise à renforcer le réseau des aires protégées du Plateau des Guyanes, ainsi que leur contribution à un développement local durable et respectueux des cultures et modes de vie en sites amazoniens isolés.

La forêt amazonienne est l'une des plus vastes forêts tropicales humides préservées au monde, rendant un grand nombre de services écosystémiques. Les aires protégées occupent une grande place sur le territoire des trois Guyanes. Ce sont des instruments indispensables pour maintenir un équilibre entre l'usage des ressources, la transformation des espaces, la protection d'autres et le respect des modes de vie patrimoniaux.

RENFORESAP se déroule sur 3 ans avec un budget total de 662 000 euros. Il est piloté par le Parc amazonien de Guyane et associe les gestionnaires d'aires protégées du Suriname, du Guyana et de la Guyane. Ce projet bénéficie des financements des fonds européens du Programme de Coopération Interreg Amazonie (PCIA), de la Direction de l'environnement de l'aménagement et du logement de Guyane, de l'Agence Française de Développement et du Fonds français pour l'environnement mondial.

Son objectif général est de renforcer la capacité des aires protégées à répondre aux défis communs qu'elles rencontrent et à capitaliser les meilleures expériences.

Le projet permettra aussi d'offrir une meilleure visibilité aux problématiques de conservation de la biodiversité du Plateau des Guyanes.

[Une vidéo est projetée]

La forêt amazonienne, plus particulièrement celle du Plateau des Guyanes, forme l'une des plus grandes forêts tropicales préservées au monde16(*). Elle représente un eldorado de biodiversité et procure d'importants services écologiques, notamment dans la lutte contre le changement climatique.

Cette région abrite également des populations autochtones et traditionnelles, garantes d'un patrimoine culturel unique.

Le maintien de cet écosystème dépend de l'équilibre entre l'utilisation durable des ressources naturelles, le respect des cultures et des modes de vie et le renforcement des institutions.

Les aires protégées sont un outil important pour atteindre cet objectif. Leurs contributions à l'économie locale, au développement durable, à l'éco-tourisme et à la sauvegarde du patrimoine culturel font partie intégrante de leurs missions. Néanmoins, les aires protégées du Plateau des Guyanes sont confrontées à de nombreuses menaces : orpaillage illégal, déforestation, perte de la transmission culturelle...

Le programme RENFORESAP (2018-2020) vise à renforcer le dialogue entre les gestionnaires et les acteurs d'espaces protégés de 3 des pays constituant le Plateau des Guyanes : le Guyana, le Suriname et la Guyane Française. L'objectif est de capitaliser les meilleures expériences mises en oeuvre pour faire face à ces défis. Quatre thèmes font l'objet d'une attention particulière : l'écotourisme ; la science participative pour la gestion durable des ressources naturelles ; les stratégies de lutte contre les menaces liées à l'orpaillage illégal et la transmission des patrimoines culturels vivants.

Durant trois ans, les actions mises en oeuvre pour répondre à ces objectifs sont l'organisation de trois ateliers régionaux et la production de synthèses sur les quatre thématiques. Ces contributions seront diffusées au niveau local, régional et international et seront disponibles en anglais, français, néerlandais et portugais.

Le projet RENFORESAP permettra aussi d'offrir une meilleure visibilité aux problématiques de conservation de la biodiversité et renforcera la contribution des aires protégées au développement local et durable dans le respect des modes de vie des communautés.

Il associe les aires protégées de Guyane française, du Suriname et du Guyana ainsi que plusieurs organisations internationales de protection de la nature. Il est porté par le Parc amazonien de Guyane, la Commission des aires protégées du Guyana, le Ministère du Développement régional et le ministère de la planification spatiale et de la gestion des ressources terrestres et forestières du Suriname.

Ce programme est financé à 74 % par des fonds européens (PCIA). Il bénéficie également du soutien de l'Agence française de développement (AFD), de la Direction de l'environnement de Guyane française (DEAL) et du Fonds français pour l'environnement mondial (FFEM).

La forêt du Plateau des Guyanes est un bien commun à préserver.

Les étapes clés du projet à ce jour sont notamment le lancement officiel de RENFORESAP qui a eu lieu en octobre 2018, à Paramaribo, au Suriname. Ce lancement a réuni plus de 60 personnes des trois pays partenaires parmi lesquels des officiels et des représentants d'ONG régionales impliquées dans la conservation de la biodiversité, d'associations regroupant les communautés traditionnelles, d'initiatives régionales s'intéressant à la coopération entre les pays du Plateau des Guyanes, de gestionnaires et d'agent de terrain d'espaces protégés. Des sessions de travail étaient également à l'ordre du jour afin d'établir la feuille de route du projet.

Au mois de mai 2019 s'est tenu le premier atelier régional à Lethem au sud du Guyana. Trois jours de travail à proximité des Montagnes Kanuku, aire protégée au sud du Guyana à la frontière Brésilienne, où 55 participants des trois pays ont pu échanger sur leurs expériences, les défis rencontrés et les opportunités de coopération pour promouvoir et préserver la transmission du patrimoine culturel vivant dans les aires protégées des Guyanes.

L'année 2019 se poursuit avec d'autres événements clés pour RENFORESAP notamment : l'organisation d'une table ronde sur la science participative pour la gestion durable des ressources naturelles. Cet événement parallèle aura lieu pendant le 5e Congrès International sur la Biodiversité du Plateau des Guyanes en Colombie au mois d'août. Il y aura ensuite le deuxième atelier régional au Suriname, en novembre, sur la thématique du développement de l'écotourisme.

Puis, en 2020, ce sera au tour de la Guyane d'organiser le troisième atelier du projet sur les stratégies de lutte contre l'orpaillage illégal dans les aires protégées.

Pour conclure, le projet compte participer au Congrès Mondial de la Nature de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) à Marseille en juin 2020 pour présenter le bilan de ses ateliers régionaux et les stratégies d'actions des 3 pays concernés sur les 4 thématiques de RENFORESAP.

Kaieteur Falls au Guyana (Aire Protégée) - Crédits photo : S. Pyneeandy

Le côté atypique de ce projet réside dans sa coordination tournante. La coordinatrice, Sevahnee Pyneeandy, est basée à tour de rôle dans les trois pays, pour faciliter l'organisation des ateliers régionaux et rencontrer plus facilement les acteurs des aires protégées des trois Guyanes.

Doris JOSEPH,
Responsable du service Environnement et cadre de vie,
commune du Lamentin
« La coopération entre le Lamentin et Santiago de Cuba, moteur d'une démarche communale de préservation de la biodiversité
de la mangrove en Martinique »

Propos de présentation du modérateur Jean-Bernard Nilam, Ambassadeur, délégué à la coopération régionale Antilles-Guyane

Le lien avec la thématique de coopération régionale s'effectue aussi au travers des outils européens et communautaires tels que le Programme de Coopération Interreg Amazonie (PCIA), programme européen doté de 18 millions d'euros sur la génération 2014-2020.

Doris Joseph est ingénieure territoriale au sein de la commune du Lamentin, en Martinique, où elle dirige le service Environnement et cadre de vie. Son ambition tenue et réussie est de mettre en oeuvre la politique environnementale au sein de cette collectivité.

Bonjour à tous,

Comment le jumelage entre Le Lamentin en Martinique et Santiago de Cuba a-t-il servi à mettre en place un processus de préservation de la biodiversité ?

Ce jumelage implique deux territoires pourtant situés à trois heures de vol l'un de l'autre dans les Antilles. Les îles des Antilles comptent 45 millions d'habitants, ce qui représente environ 66 % de la population de la France continentale. Nos deux édiles de Santiago et du Lamentin travaillent ensemble depuis vingt-deux ans sur des projets de coopération, malgré leurs échelles différentes. En effet, la ville de Santiago est aussi grande et compte autant d'habitants que la Martinique. Durant ces vingt-deux années, nous avons travaillé sur des thématiques en lien avec la santé, l'insertion professionnelle des jeunes ou la prise en compte des risques naturels. Depuis 2011, nos élus ont souhaité travailler ensemble à la préservation de la biodiversité.

Un tiers du territoire du Lamentin est affecté à des espaces naturels de forêts : mangroves sur le littoral ou espaces boisés en milieu terrestre. Les élus ont souhaité travailler de manière spécifique sur la mangrove, cette forêt humide littorale présentée par Modeste Salignat précédemment. Le projet qu'ils ont mis en oeuvre est dénommé « SELA Biodiversité, même diversité du vivant... mais diversité des pratiques». « SELA » est l'acronyme de Stratégie Environnementale du Lamentin qui comporte un volet coopération. Le projet, vient poser la question de la biodiversité commune comme tremplin de coopération. Il a mobilisé de nombreux partenaires locaux, a été reconnu par le Ministère des affaires étrangères au travers du label PACT 3.

Le projet « SELA Biodiversité, même diversité du vivant... mais diversité des pratiques» comporte trois volets : Connaître, Valoriser, Gérer.

Le premier volet est « Connaître ». Comme nous l'avons largement dit aujourd'hui, connaître la biodiversité est important pour son appropriation. C'est la raison pour laquelle nous avons réalisé un inventaire rapide, biologique, sociologique et technologique dans la mangrove du Lamentin, de Ducos, de Rivière Salée et des Trois-Îlets, les quatre communes qui partagent la mangrove de la Baie de Fort-de-France. En effet, les élus du Lamentin ont décidé de ne pas cantonner leur projet uniquement aux problématiques de la mangrove de leur propre territoire. Ils ont donc affirmé l'importance pour l'ensemble des territoires partageant une mangrove commune, de travailler de façon concertée.

Pour les besoins de l'inventaire, plus de cinquante intervenants venus de Martinique et de Santiago de Cuba ont échangé malgré leurs langues différentes sur les espèces recensées sur la zone d'étude. Nous avons donc accueilli, issus des deux pays, des scientifiques de plusieurs spécialités de la faune et de la flore. Par exemple, des spécialistes de l'avifaune, de l'entomologie ou des araignées, et des spermatophytes. Ces spécialistes ont travaillé de jour comme de nuit dans la mangrove et l'arrière-mangrove, ainsi que dans le milieu marin. De plus, se sont tenues des réunions sociologiques avec les populations utilisant cette mangrove afin d'identifier leurs pratiques : pratiques sociales, urbaines et économiques dans la mangrove.

Une fois la connaissance de la biodiversité acquise, il convient de la « Valoriser ». L'inventaire biologique a permis d'identifier les espèces répertoriées dans un livre prochainement édité. En outre toujours sur cette question de valorisation de la biodiversité, nous avons voulu impliquer tous les enfants de la commune du Lamentin. Des coopérants cubains ont, durant plusieurs semaines, formé les animateurs périscolaires du Lamentin, aux pratiques cubaines d'éducation à l'environnement. À titre d'exemple, au Lamentin, nous n'éduquons pas les enfants uniquement dans la classe, mais nous faisons en sorte de rencontrer aussi les familles. Toute la problématique était donc d'inciter les familles à venir à l'école, pour partager les enjeux.

À ce titre, dix-sept écoles ont été sensibilisées, représentant plus de 2 300 enfants. À l'heure actuelle, tous les enfants scolarisés au Lamentin dans les écoles maternelles et primaires savent ce qu'est la mangrove, ils y sont tous allés et peuvent en parler. Les activités pédagogiques réalisées ont donné lieu à des expositions. Aussi, depuis septembre dernier, nous avons constitué une équipe de dix-sept collégiens du collège Edouard Glissant, pour travailler avec nous sur les volets « Connaître », « Valoriser » et « Gérer ». Ces volontaires se sont impliqués dans la gestion du site naturel du Morne-Cabri, très important pour la commune.

Le troisième volet est « Gérer ». L'inventaire rapide a permis d'identifier 960 espèces dans les zones étudiées, et de fixer des recommandations partagées par les spécialistes, la population, les entreprises. D'où la naissance ce projet devenu une priorité de gestion pour les élus, qui ont souhaité mettre fin à la disparition de la mangrove. En effet, sans que nous en ayons conscience, celle-ci avait perdu quatre hectares en dix ans. Après le passage du cyclone Dean, neuf hectares de mangrove ont eu du mal à se régénérer. Aussi, nous ambitionnons de créer des vocations scientifiques chez les jeunes : Qu'ils soient en mesure de reconnaître les espèces, de les étudier et de les valoriser.

Le projet « Réciprocité » vient proposer d'« emboîter » les mains de l'Homme et de la nature, afin de s'apporter une aide mutuelle. Au Lamentin, nous avons décidé que l'Homme aiderait la nature à se régénérer. Ce projet Réciprocité, dans un secteur tampon du projet de réserve de la baie de Génipa, vient circonscrire les activités humaines à l'arrière d'un sentier, support pour découvrir la mangrove et également sensibiliser les salariés des entreprises. Il s'agit aussi de reboiser les neuf hectares de mangrove perdue après le cyclone Dean. Pour l'instant nous nous concentrons sur des opérations de reboisement en compensation de la réalisation de projets structurants pour l'île. Récemment les 17 rangers ont planté 170 plants de palétuviers en arrière d'une zone d'activité pour compenser les activités néfastes du passé.

Les partenaires techniques et financiers du projet Réciprocité, qui compte en fait cinq volets, sont nombreux et ont été très réactifs aux côtés de la Ville (les services de l'État, les entreprises, les associations, l'Université, les écoles...). Parmi eux se trouvent l'Union européenne et l'Agence française de la biodiversité que le Conseil municipal du Lamentin, au travers de son maire David Zobda présent ce jour, remercie pour la reconnaissance récente au travers de notre sélection pour l'appel à projet initiatives pour la reconquête de la biodiversité en outre-mer.

[Une vidéo présentant la maquette d'un livre est projetée]

Le livre sur l'inventaire sera édité en deux langues. Il valorisera le travail colossal de coopération entre deux pays dont les pratiques et les langues sont différentes, et qui ont pourtant obtenu des résultats extraordinaires, qu'il faut saluer.

Jean-Bernard Nilam, modérateur, Ambassadeur, délégué à la coopération régionale Antilles-Guyane. - Nous saluons pour notre part le travail de la municipalité du Lamentin et le vôtre. Sous l'angle de la coopération régionale, je retiens deux idées, dont la première est le constat d'une évolution des modèles. Nous avons vu avec les Guyanes l'intérêt de la coopération de totale proximité. Dans votre projet, le fait que Santiago de Cuba soit située à trois heures de vol ne change rien à la volonté de coopération et de partage d'expériences. La deuxième idée tient au fait que nous pensons trop souvent que ce sont les collectivités majeures, qui sont les acteurs de la coopération régionale. Vous prouvez que les collectivités municipales peuvent jouer un rôle important.

Sandrine PIVARD,
Directrice du centre d'activités régional pour les espaces et
espèces spécialement protégées de la Caraïbe (CAR-SPAW)
« Le centre d'activités régional pour les espaces et espèces
spécialement protégés dans la Caraïbe »

Propos de présentation du modérateur Jean-Bernard Nilam, Ambassadeur, délégué à la coopération régionale Antilles-Guyane

Malheureusement, Mme Sandrine Pivard, coordinatrice du CAR-SPAW, n'est pas présente, mais elle a transmis une vidéo que je vous propose de regarder à présent.

[Intervention par vidéo]

Mesdames et Messieurs,

Bonjour,

Je vous prie tout d'abord d'excuser mon absence. La Conférence des Parties de la Convention de Carthagène, qui s'était tenue à Cayenne en 2017, se déroule actuellement au Honduras. Au travers de cette présentation, je vais vous présenter le CAR-SPAW, son cadre institutionnel, et comment la France contribue aux enjeux importants de préservation et de valorisation de la biodiversité, notamment marine, de la grande Caraïbe.

Située dans la ceinture tropicale, la Grande Région Caraïbe désigne la région occidentale de l'océan Atlantique. Elle est composée de la mer des Caraïbes, du Golfe du Mexique et des terres qui les entourent. Représentant moins de 1 % de la surface mondiale et des terres immergées, la Grande Région Caraïbe a une géographie singulière, composée de territoires aux caractéristiques très diverses, et d'écosystèmes marins remarquables. La grande diversité de cette région se retrouve également au niveau politique et juridique, puisqu'elle est composée de territoires aux statuts divers. Trente régions indépendantes, seize territoires d'outre-mer français, britanniques, américains et néerlandais, aux niveaux de vie extrêmement variés. Pour autant, ces territoires ont en commun le fait de partager une étroite dépendance à leurs environnements marins et côtiers.

Ainsi, la biodiversité caribéenne est à la base des communautés humaines des territoires de cette région, car elle procure subsistance, pêche, eau, matériaux, emploi, protection côtière et bien-être aux populations. Tous les grands écosystèmes côtiers sont présents : forêts littorales, récifs coralliens et espèces associées, herbiers, hautes plages, mangroves...

Du fait des activités humaines, ces écosystèmes et les populations d'espèces qui les composent, se dégradent et sont dorénavant si menacés que la grande région Caraïbe abrite deux des trente-six points chauds de biodiversité mondiale. Pourtant, 70 % de la population vit sur les côtes et dépend directement, en termes de protection et de ressources, de ces écosystèmes. Un quart des ressources en poisson de la planète provient directement des récifs et des mangroves.

Cette biodiversité remarquable génère directement six millions d'emplois dans la Caraïbe et contribue à hauteur de vingt-cinq milliards de dollars à son économie. Les récifs coralliens à eux seuls, contribuent pour environ deux milliards d'euros et sont essentiels pour les secteurs clés que sont la pêche, le tourisme et la protection côtière.

Conscients des enjeux vitaux de préservation de la biodiversité caribéenne et de la nécessité d'oeuvrer collectivement, les États de la Grande Région Caraïbe se sont réunis sous l'égide de l'ONU pour lancer le Programme pour l'environnement des Caraïbes et élaborer la Convention pour la protection et la mise en valeur des milieux marins dans la région des Caraïbes. Signée à Carthagène des Indes, en Colombie en 1983, cette Convention régionale est déclinée en trois protocoles, dont l'un est spécifiquement dédié à la protection de la biodiversité régionale. Il s'agit du protocole relatif à la vie sauvage, ou protocole SPAW (Specially Protected Area and Wildlife), signé en 1990 à Kingston, Jamaïque.

Concernant la mise en oeuvre de ce protocole, auquel adhérent dorénavant dix-sept parties depuis la ratification récente du Honduras, le programme pour l'environnement de la Caraïbe s'appuie sur un réseau de centres d'activités régionaux, le CAR-SPAW, créé par un accord entre l'ONU et la France en 2000, et basé en Guadeloupe, hébergé par la DEAL. Cette localisation dans un département d'outre-mer confère à la France une position privilégiée dans les instances internationales liées à la Convention de Carthagène.

D'autres pays se sont engagés sur les deux autres protocoles de la Convention. Ainsi, trois centres sont basés à Cuba, Trinité-et-Tobago et Curaçao, tandis que le siège du Secrétariat est à Kingston.

La mission du CAR-SPAW est de promouvoir la coopération régionale pour la protection et le développement de la grande région Caraïbe. À cet effet, le CAR-SPAW met en oeuvre les quatre axes du programme biennal établi par la conférence des Parties, centrées sur la coopération régionale.

De manière transversale, les activités au titre du protocole SPAW portent également sur la communication, l'éducation et la sensibilisation. Enfin, le CAR-SPAW a un rôle essentiel au niveau régional de mobilisation de bailleurs de fonds internationaux, pour la réalisation de projets de protection de l'environnement.

Les missions coeur du CAR-SPAW contribuent au développement de la gouvernance régionale lors des conférences réunissant les Parties, mais également de l'ensemble des réunions institutionnelles avec les représentants des États signataires. Ceci a conduit par exemple, lors de la dernière réunion du comité scientifique et technique, à la création d'un groupe de travail dédié aux sargasses pour les deux prochaines années.

Le CAR-SPAW est aussi amené à participer à des réunions spécifiques sur invitation des États, pour développer leur stratégie nationale. Il anime également un réseau croissant d'aires marines protégées, labellisées SPAW à l'issue d'un processus d'évaluation et d'un examen par les instances de la Convention. Trente-deux aires labellisées sont actuellement dénombrées dans la grande région Caraïbe, dont neuf sont françaises, avec l'intégration toute récente de réserves guyanaises.

Le CAR-SPAW est en lien avec un très grand nombre d'acteurs
de la Caraïbe, tant institutionnels que gouvernementaux et inter-gouvernementaux, scientifiques et ONG. Il joue un rôle de facilitateur pour le développement de projet dans toute la Caraïbe. Parfois, il se fait lui-même porteur ou co-porteur de projets lorsqu'ils sont particulièrement structurants à l'échelle régionale. C'est ainsi le cas de CARIMAM, dédié à la protection des mammifères marins, et de CARIBCOAST, dédié à la protection côtière. À noter que les territoires français sont particulièrement bien représentés, car ils sont concernés par 90 % des enveloppes budgétaires.

En 2011, l'Europe a mis en oeuvre l'initiative BEST, une initiative spécifique sur la biodiversité des outre-mer européennes, dont le déploiement est assuré par l'UICN Europe (Union internationale pour la conservation de la nature), s'appuyant sur un réseau de hubs régionaux. Pour la Caraïbe, c'est le CAR-SPAW qui assure cette mission. Un fort lien avec les collectivités et instances régionales est indispensable pour la réussite de ces projets. L'expérience dans les différentes régions de l'océan Indien, Pacifique et de la Caraïbe, montre tout l'intérêt de s'appuyer sur des hubs régionaux connectés aux États européens. C'est un point de vigilance pour le prochain programme 2020.

Pour résumer, le CAR-SPAW est une petite équipe composée majoritairement de personnels financés par des fonds extérieurs. Il repose sur sa capacité à mobiliser les bailleurs internationaux et à mettre en place le cadre assurant la bonne conduite des projets. En cela, il est comparable au Plan Bleu pour la Convention de Barcelone, en Méditerranée.

À l'appui d'un réseau régional important et d'une expertise reconnue, il est à la disposition des États et notamment de la France, pour faciliter ses actions dans le contexte régional.

Je vous remercie. Je me tiens à votre disposition pour toutes questions relatives à cet engagement important de la France aux côtés de l'ONU.

Crédits photo : Sandrine Pivard

Jean-Bernard Nilam, modérateur, Ambassadeur, délégué à la coopération régionale Antilles-Guyane. - Comme l'a dit Sandrine Pivard, nous sommes dans une région réellement particulière à l'échelle du continent américain et dans le cadre des différentes relations internationales. Cette région est passionnante pour l'ambassadeur à la coopération régionale que je suis, parce qu'elle est le lieu du déploiement de l'activité d'au moins trois organisations régionales multilatérales de coopération majeures.

La première est bien connue de la Guadeloupe et de la Martinique, puisqu'il s'agit de l'Organisation des États de la Caraïbe orientale, dont elles sont devenues membres associés. La deuxième est le CARICOM, certainement la plus connue et la plus importante, notamment grâce au partenariat qu'elle a développé avec l'Union européenne : le CARIFORUM. La troisième est l'Association des États de la Caraïbe (AEC), qui intègre dans ses préoccupations des éléments environnementaux. Ces trois associations sont des interlocuteurs naturels de la France au titre des questions de biodiversité.

Ma deuxième réflexion tient au fait que nous nous trouvons dans un environnement où les extrêmes se côtoient au niveau des économies des pays et de leur capacité à réagir face aux défis du changement climatique. D'un côté, Haïti qui se situe au 19e rang des pays les plus pauvres de la planète avec 805 dollars de produit intérieur brut (PIB) par habitant, et de l'autre côté parmi les pays indépendants, il y a Trinidad-et-Tobago, dont le PIB par habitant dépasse 17 000 dollars. La Martinique et la Guadeloupe, en tant que collectivités françaises, sont au-dessus de 20 000 euros.

Par conséquent, la coopération régionale est un défi très difficile à relever du fait même de cette diversité des acteurs.

Piero DELPRETE,
Chargé de recherche, Institut de recherche pour le développement (IRD)
« Le programme international Flora of the Guianas »

Propos de présentation du modérateur Jean-Bernard Nilam, Ambassadeur, délégué à la coopération régionale Antilles-Guyane

Je donne la parole à Piero Delprete pour évoquer le programme international « Floras of the Guianas », un autre bel exemple de coopération entre des entités différentes.

Mesdames, Messieurs,

Avant de présenter le programme, je commencerai par une introduction sur les trois Guyanes, concentrées sur le bouclier de Guyane, qui se trouve être la plus ancienne formation géologique encore observable sur la planète. Cette formation, datant du précambrien, est âgée de deux à deux milliards et demie d'années. Y sont présents six pays : Colombie, Venezuela, Guyana, Suriname, Guyane française, et le Brésil. Le bouclier des Guyanes - différent du plateau des Guyanes - concentre aussi l'une des plus importantes biodiversités au monde, et l'une des moins connues.

Les trois Guyanes recouvrent un territoire de 50 millions d'hectares, dont 85 % sont couverts de forêts primaires. Les savanes sont aussi présentes, surtout dans la région côtière et la partie méridionale du Suriname et du Guyana. Entre 15 000 et 18 000 espèces de plantes sont estimées présentes dans le bouclier des Guyanes, dont 4 500 espèces d'arbres. Les savanes côtières de la Guyane française sont l'habitat le plus menacé des Guyanes, et sans doute le moins étudié.

Le consortium Flora of the Guianas est composé de dix institutions de coopération internationales, aussi diverses que le Museu Paraense Emilio Goeldi de Belem (Brésil) ou l'Institut de Recherche pour le Développement (IRD) de Cayenne et le jardin botanique de New-York. La coopération internationale date de 1983, récemment élargie aux trois Guyanes.

L'objectif de la coopération est la taxonomie, qui se trouve à la base de la majorité des recherches écologiques de la région, et surtout de recenser l'immense diversité végétale des trois Guyanes.

Le but principal du consortium est la publication de la série Flore of the Guianas, prochainement éditée dans le cadre d'une collaboration entre le Muséum national d'Histoire naturelle (MNHN) de Paris et l'IRD. Les autres buts du consortium visent à la collecte d'échantillons de plantes dans les trois Guyanes et la distribution de ces échantillons aux herbiers des institutions du consortium, ainsi qu'à la formation initiale et continue des personnels locaux en botanique, écologie et conservation des milieux naturels.

Le consortium se réunit tous les deux ans, à chaque fois dans une institution différente. En 2015, j'ai organisé avec l'aide de mes collègues une réunion comptant plus de participants venus d'Europe et d'Amérique du Nord et du Sud. Il s'agit par conséquent d'une organisation très vivante et active.

Jean-Bernard Nilam, Ambassadeur, délégué à la coopération régionale Antilles-Guyane. - Nous voyons ici un exemple de coopération qui dépasse la Caraïbe, pour pouvoir toucher l'Amérique du Nord et l'Europe.


* 15 Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvage menacées d'extinction (CITES) ; Convention sur la conservation des espèces migratrices appartenant à la faune sauvage (CMS) ; Commission Baleinière Internationale (CBI).

* 16 Surfaces des aires protégées : Guyana : 18 163 km2 ; Suriname : 21 461 km2 ; Guyane française : 44 840 km2.