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Réagir face à la chute du niveau en mathématiques : pour une revalorisation du métier d'enseignant

16 juin 2021 : Réagir face à la chute du niveau en mathématiques : pour une revalorisation du métier d'enseignant ( rapport d'information )

II. UN DÉFICIT D'ATTRACTIVITÉ DE L'ENSEIGNEMENT DANS LES FILIÈRES SCIENTIFIQUES QUI PÈSE SUR LES RECRUTEMENTS PAR CONCOURS

Au-delà des performances des élèves, bien en deçà des investissements liés à l'ampleur de la dépense d'éducation en France, l'enseignement des mathématiques pâtit d'un manque d'attractivité, conduisant à ce que le recrutement des enseignants soit de plus en plus complexe.

Selon l'enquête TIMSS 2015, les professeurs français sont les moins nombreux en Europe à se déclarer très satisfaits de leur métier : seuls 32 % des élèves en France ont un enseignant très satisfait de son métier contre 45 % en moyenne dans l'OCDE.

Les mathématiques souffrent notamment de la concurrence du secteur privé, qui attire les meilleurs élèves et conduit à une attrition du vivier d'enseignants.

A. UN TAUX DE COUVERTURE DES CONCOURS DE RECRUTEMENT QUI S'ÉRODE ANNUELLEMENT

1. Une hausse générale des effectifs d'enseignants en mathématiques qui fait évoluer le profil des enseignants

En dix ans, les effectifs des enseignants du second degré public ont augmenté de 3,4 % pour l'ensemble des disciplines générales, du fait d'une baisse des départs à la retraite et d'un recrutement plus important de non-titulaires. La hausse des effectifs a été concentrée en 2012 et 2018 (+5,7 %), en rupture avec la dynamique engagée avant 2012 (-1,9 % en 2012). Depuis 2018, les effectifs d'enseignants sont relativement stables, la légère baisse constatée en 2019 (-0,7 % par rapport à 2018) étant partiellement compensée par un redressement en 2020 (+0,3 % par rapport à 2019)5(*).

Concernant plus spécifiquement les mathématiques, la hausse du nombre des enseignants entre 2012 et 2018 a été plus importante que dans les autres disciplines (+7,4 %), alors même que les autres disciplines scientifiques ne voyaient le nombre d'enseignants croître que de 4,7 %, soit une dynamique inférieure à celle de l'ensemble des matières. Depuis 2018, les effectifs des enseignants en mathématiques sont cependant stables (+0,1 % en 2019 et -0,2 % en 2020).

Au total, les postes offerts aux concours de mathématiques ont régulièrement augmenté. Ils ont cru de 500 postes au Capes externe entre 2010 et 2020, et de 151 à l'agrégation externe sur la même période.

Le rapporteur spécial constate que, grâce aux recrutements effectués lors de la dernière décennie, la structure démographique des enseignants en mathématiques dans le second degré a évolué.

Depuis 2010, on observe un vieillissement de la population enseignante, puisque l'âge moyen était de 42,5 ans en 2010. La moyenne d'âge des enseignants en mathématiques est de 43,7 ans en 2020, contre 44 ans dans les autres disciplines scientifiques et 44,1 ans pour l'ensemble des enseignants du second degré public. La part des enseignants de moins de 30 ans en mathématiques s'élève à 10 %, soit une proportion semblable à celle des autres disciplines.

Contrairement à l'ensemble des professeurs, la population d'enseignants en mathématiques s'est considérablement rajeunie depuis 2010. Les enseignants de plus de 50 ans représentaient 21 % des enseignants en mathématiques en 2010, ce qui n'est le cas que de 14,5 % d'entre eux actuellement. Les enseignants de mathématiques sont donc dans l'ensemble plus jeunes que ceux des autres disciplines : seuls 17,3 % des enseignants ont plus de 50 ans.

Évolution de l'âge moyen des enseignants titulaires en mathématiques
depuis 2010

Source : DEPP

Contrairement à ce qui peut être observé pour l'ensemble des disciplines, les enseignants en mathématiques sont le plus souvent des hommes. Ainsi, si en 2018 les femmes représentaient 58 % des enseignants dans le second degré public (et 83 % dans le premier degré public), elles ne représentaient la même année que 41 % des admis au Capes de mathématiques6(*).

2. Le déficit de candidats entraîne une augmentation des postes non pourvus

Le métier d'enseignant connaît une perte d'attractivité globale, mais les enseignants en matières scientifiques sont particulièrement concernés par cette situation. Selon un rapport de l'Insee de 20157(*), le recrutement des enseignants évolue selon quatre déterminants : le taux de chômage, l'écart de rémunération de début de carrière entre le secteur public et privé, du volume d'emploi public offert et du degré de concurrence potentielle parmi les sortants du système éducatif. Selon cette étude, le dernier facteur n'a qu'une influence à la marge s'agissant du recrutement des professeurs. En revanche, la conjoncture économique, c'est-à-dire le niveau de chômage des jeunes actifs et l'écart entre le secteur public et le secteur privé, pèse plus particulièrement sur les enseignants en mathématiques, qui pourraient parvenir à une rémunération supérieure dans le secteur privé.

Cette perte d'attractivité se traduit directement par un taux de couverture (soit le rapport du nombre d'admis au nombre de postes, en pourcentage) aux concours d'enseignants en mathématiques en net tassement sur la dernière décennie. Jusqu'en 2010, les taux de couverture du Capes comme de l'agrégation étaient proches de 100 % : en d'autres termes, il y avait autant d'admis que de postes ouverts.

En revanche, après 2011, les taux de couverture chutent brutalement, pour atteindre 58,6 % au Capes externe de mathématiques en 2014 et 65,1 % en 2016 à l'agrégation externe de mathématiques.

Taux de couverture aux concours externes du Capes et de l'agrégation (en %)

Source : DEPP

Le taux de couverture des concours d'enseignants en mathématiques s'est lentement redressé au cours des cinq dernières années, sans revenir au niveau de 2010. En 2020, il atteint 87,8 % en 2020 pour le Capes externe et 81,9 % en 2020 pour l'agrégation externe.

En conséquence, de plus en plus de postes demeurent non pourvus à l'issue des concours, faute d'un nombre suffisant de candidats. En 2020, 1 165 postes ont été ouverts au Capes externe, contre 1 440 en 2015, dont 12 % n'ont pas été pourvus, contre 19 % de postes non pourvus en 2019. Entre 2010 et 2020, le nombre de postes non pourvus annuellement a augmenté de 153 postes pour le Capes, et de 73 pour l'agrégation. Le rapporteur spécial considère cette situation comme extrêmement préoccupante.

Concernant l'agrégation externe de mathématiques, la situation est moins dramatique, mais n'en demeure pas moins inquiétante. Si la situation s'est améliorée par rapport à 2015, année où près de 40 % des 457 postes ouverts n'avaient pas été pourvus, la proportion de postes non pourvus en 2020 s'élève à environ 10 %.

Évolution du nombre de postes non pourvus aux concours de l'enseignement

En rouge : mathématiques. En bleu : disciplines scientifiques hors mathématiques. En vert : littérature et sciences humaines. En violet : langues. En turquoise : disciplines artistiques. En orange : éducation physique. En lavande : disciplines professionnelles.

Source : commission des finances d'après la DEPP

Ces chiffres sont propres aux mathématiques, qui cristallisent l'essentiel des difficultés de recrutement. Ainsi, le taux de couverture des disciplines de lettres et sciences humaines est d'environ 95 % depuis 2018.

Le rapporteur spécial insiste sur le risque que représentent ces données et sur la nécessité d'en tirer rapidement les conséquences.


* 5 Bilan social du ministère de l'éducation nationale, 2018-2019.

* 6 Rapport de jury du Capes externe, section Mathématiques, session 2018, présenté par M. Loïc Foissy, président du jury.

* 7 Insee, Les déterminants de l'attractivité de la fonction publique de l'État, 2015.