N° 135

SÉNAT

SESSION ORDINAIRE DE 2025-2026

Enregistré à la Présidence du Sénat le 19 novembre 2025

RAPPORT D'INFORMATION

FAIT

au nom de la commission des affaires étrangères, de la défense
et des forces armées (1) par la mission d'information
sur le
Plateau des Guyanes,

Par MM. Cédric PERRIN, Étienne BLANC, Olivier CIGOLOTTI et André GUIOL,

Sénateurs


(1) Cette commission est composée de : M. Cédric Perrin, président ; MM. Pascal Allizard, Olivier Cadic, Mmes Hélène Conway-Mouret, Catherine Dumas, Michelle Gréaume, MM. André Guiol, Jean-Baptiste Lemoyne, Claude Malhuret, Akli Mellouli, Philippe Paul, Rachid Temal, vice-présidents ; M. François Bonneau, Mme Vivette Lopez, MM. Hugues Saury, Jean-Marc Vayssouze-Faure, secrétaires ; M. Étienne Blanc, Mme Valérie Boyer, MM. François-Noël Buffet, Christian Cambon, Mme Marie-Arlette Carlotti, MM. Alain Cazabonne, Olivier Cigolotti, Édouard Courtial, Jérôme Darras, Mme Nicole Duranton, MM. Philippe Folliot, Guillaume Gontard, Mme Sylvie Goy-Chavent, MM. Jean-Pierre Grand, Ludovic Haye, Loïc Hervé, Alain Houpert, Patrice Joly, Mmes Gisèle Jourda, Mireille Jouve, MM. Alain Joyandet, Roger Karoutchi, Ronan Le Gleut, Didier Marie, Pierre Médevielle, Thierry Meignen, Jean-Jacques Panunzi, Mme Évelyne Perrot, MM. Stéphane Ravier, Jean-Luc Ruelle, Bruno Sido, Mickaël Vallet, Robert Wienie Xowie.

L'ESSENTIEL

Dans le prolongement des travaux menés il y a plus de deux ans sur le Plateau des Guyanes, le bureau de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées a décidé de conduire une nouvelle mission dans la région.

En effet, l'Amérique latine a longtemps constitué un angle mort de la diplomatie française, alors même que la France y occupe une position singulière. Seul État européen d'Amérique du Sud, notre pays partage, du fait de sa présence à travers le territoire de la Guyane, les formidables atouts, mais également les défis propres à cette région. La France doit par conséquent se donner les moyens de devenir un acteur régional clé, en développant la coopération avec ses voisins et en réaffirmant sa souveraineté.

Dans cette perspective, la mission poursuivait deux objectifs.

En premier lieu, elle visait à identifier les leviers possibles de renforcement des relations bilatérales entre la France et le Guyana, alors que notre pays a ouvert une ambassade à Georgetown en septembre 2025, devenant ainsi le premier État membre de l'Union européenne à disposer d'un tel niveau de représentation dans ce pays. Le dynamisme économique du Guyana, porté par l'exploitation de ses ressources pétrolières et marqué par une croissance exceptionnelle ces dernières années, offre en effet une opportunité majeure pour nos entreprises. Par ailleurs, le renforcement de la coopération avec nos voisins, dont le Guyana, est indispensable pour lutter efficacement contre les activités illicites en Guyane, en grande partie « importées ».

En second lieu, et de manière liée, la mission s'est attachée à dresser un bilan de l'action des forces armées en Guyane, acteur central de la lutte contre les activités illégales (orpaillage, pêche, narcotrafic), lesquelles présentent une forte dimension régionale.

À l'issue de ses travaux, la mission formule 20 recommandations s'articulant autour de 4  axes : i) approfondir la coopération régionale, ii) accentuer l'efficacité des actions menées dans le cadre de la lutte contre la criminalité en Guyane, iii) poursuivre la montée en puissance des forces armées en Guyane, iv) renforcer le partenariat avec le Guyana.

Source : ministère de l'Europe et des affaires étrangères

I. LA GUYANE, PORTE FRANÇAISE SUR L'AMÉRIQUE DU SUD

A. UN TERRITOIRE DISPOSANT DE FORMIDABLES ATOUTS

a) Ressources minérales de la Guyane

UN TERRITOIRE DOTÉ D'IMPORTANTES RESSOURCES NATURELLES INSUFFISAMMENT EXPLOITÉES

La Guyane constitue le plus grand département de France, avec une superficie de 83 846 km², soit environ 16 % du territoire métropolitain, une étendue comparable à celle du Portugal. Elle dispose d'un patrimoine naturel exceptionnel, dont le potentiel est cependant sous-exploité, faute de filières légales suffisamment développées et structurées.

La forêt guyanaise alimente une filière de 180 entreprises et environ 670 salariés. Son chiffre d'affaires atteint 100 M€ par an, centré sur le marché local, notamment le BTP. Les perspectives de développement de la filière reposent sur la valorisation de la biodiversité de la forêt guyanaise (1 800 essences d'arbre y sont recensées) et le développement de nouveaux débouchés (agroalimentaire, pharmaceutique, cosmétique, biomasse, etc.).

Source : BRGM, Delor et al. (2001)

La filière minière, historiquement centrée sur l'or, demeure sous-exploitée malgré un potentiel évalué à plus de 525 tonnes, correspondant à une valeur de l'ordre de 63 Mds€ au cours de l'or actuel1(*).

La production légale s'élève ainsi à 1,2 tonne d'or par an en moyenne pour un chiffre d'affaires de l'ordre de 50 M€. L'orpaillage illégal demeure quant à lui massif : les orpailleurs clandestins extrairaient ainsi entre 5 et 10 tonnes d'or par an, voire davantage, soit une perte comprise entre 600 M€ et 1,2 Md€ pour l'économie guyanaise, voire davantage en tenant compte de l'évolution du cours de l'or.

Jusqu'à 10 tonnes d'or sont extraites chaque année illégalement, soit une perte économique pour la Guyane pouvant dépasser 1,2 Md€. Quel pays pourrait accepter un tel pillage ?

En dépit d'un potentiel important, la zone économique exclusive (ZEE) guyanaise, riche en ressources halieutiques, s'étendant sur une superficie de 121 000 km², le secteur de la pêche est en déclin. La filière ne comptait ainsi que 35 entreprises2(*) et 277 salariés3(*).

Faute de bateaux guyanais en nombre suffisant, la pêche au large s'appuie sur 45 navires vénézuéliens, qui disposent de licences accordées par l'Union européenne.

La concurrence des navires étrangers et la pêche illégale - selon l'IEDOM4(*), 56 navires illégaux pêcheraient en moyenne quotidiennement dans les eaux guyanaises dont la production pourrait atteindre jusqu'à quatre fois la production locale - fragilisent en outre la ressource et nuisent à l'attractivité du secteur.

B) LE CENTRE SPATIAL GUYANAIS (CSG), ACTEUR IMPORTANT DE L'ÉCONOMIE GUYANAISE

Le Centre spatial guyanais (CSG) joue un rôle économique clé pour la Guyane. Une quarantaine d'entreprises cohabitent sur le site, qui représente près de 1 500 emplois permanents directs (80 % de l'ensemble des salariés et 60 % des ingénieurs et des cadres sont en contrat local) et 4 500 emplois salariés en incluant les emplois indirects.

Selon l'Insee5(*), en 2019, le CSG contribuait à hauteur de 13 % au PIB de la Guyane et représentait 12 % de ses recettes fiscales.

La mission accueillie au centre spatial guyanais par son directeur, M. Philippe Lier

L'enjeu principal réside désormais dans la consolidation de la dimension industrielle du centre spatial. Il s'agit, d'une part, d'assurer la capacité à soutenir des cadences de lancement plus soutenues, et d'autre part, de permettre l'accueil de nouveaux acteurs issus du NewSpace, désireux de bénéficier des infrastructures et des compétences disponibles sur la base de Kourou.

Ouverture aménagée dans une clôture protégeant des installations photovoltaïques destinée à faciliter le passage de tortues

Les travaux d'infrastructures réalisés par le CSG peuvent cependant être ralentis ou renchéris du fait de l'application de réglementations environnementales inadaptées. De larges ouvertures destinées à faciliter le passage de tortues ont ainsi dû être aménagées dans une clôture destinée à protéger des panneaux photovoltaïques, réduisant l'efficacité du dispositif.

Les travaux d'infrastructures réalisés par le CSG peuvent être ralentis ou renchéris du fait de l'application de réglementations environnementales inadaptées.

L'enjeu est de transformer progressivement le centre spatial guyanais en un véritable aéroport spatial européen, capable d'accueillir plusieurs opérateurs et de renforcer le rôle du Centre national d'études spatiales (CNES) dans la gestion et l'évolution de la base.


* 1 Autour de 120 euros le gramme.

* 2 En 2022.

* 3 En 2023.

* 4 Institut d'émission des départements d'outre-mer, l'exploitation des ressources naturelles en Guyane. Panorama économique et perspectives, n° 835, mai 2025.

* 5 L'impact de l'activité spatiale dans l'économie guyanaise en 2019, Insee Dossier Guyane n° 11, décembre 2022

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