B. COMME LES AUTRES PAYS DE LA RÉGION, LA GUYANE FRANÇAISE EST CONFRONTÉE À D'IMPORTANTS ENJEUX SÉCURITAIRES

A) LE FLÉAU PERSISTANT DE L'ORPAILLAGE ILLÉGAL

La Guyane se situe au coeur du « croissant aurifère » sud-américain et figure parmi les régions les plus riches au monde en ressources en or. L'extraction légale y demeure cependant limitée, laissant une large place à l'orpaillage illégal (cf. supra). Or celui-ci constitue à la fois une catastrophe économique (les revenus issus de l'orpaillage illégal ne bénéficient pas à l'économie guyanaise), environnementale (du fait de la déforestation et de l'utilisation du mercure pour amalgamer les paillettes), sociale (du fait de la criminalité liée) et sanitaire (les populations locales sont les premières victimes des pollutions).

Devant la mission, Joël Sollier, procureur général près la cour d'appel de Cayenne, a indiqué que si l'orpaillage illégal est un phénomène dans une large mesure exogène (96 % des orpailleurs illégaux sont brésiliens et la logistique est majoritairement fournie à partir du Suriname par des comptoirs situés sur le Maroni tenus par des commerçants chinois), il est pourtant traité comme une criminalité interne, avec des moyens inadaptés. Le magistrat, dont il convient de saluer l'action et la détermination, a notamment pointé la faiblesse du contrôle des frontières, alors que les actions menées dans le cadre de l'opération Harpie se déroulent essentiellement à l'intérieur du territoire national.

Au regard du caractère transfrontalier de l'orpaillage illégal, un renforcement de la coopération franco-brésilienne apparaît ainsi indispensable. Il pourrait prendre plusieurs formes : mise en place d'un droit de poursuite sur une bande de territoire déterminée, extradition des ressortissants brésiliens poursuivis par la justice française, transfèrement des détenus brésiliens. La nouvelle convention d'entraide judiciaire, votée par le Sénat en juin 20256(*), en voie d'être définitivement adoptée, prévoit à cet égard plusieurs évolutions bienvenues : investigations bancaires, saisies et confiscations des avoirs criminels, interceptions téléphoniques, livraisons surveillées, poursuites transfrontalières et formation d'équipes communes d'enquêtes.

Il conviendrait enfin de faire aboutir le projet de mise en réseau du Parc amazonien de Guyane et du Parc national des montagnes du Tumucumaque. La création d'une zone de biodiversité protégée commune présenterait en effet un double intérêt : elle consacrerait la reconnaissance du site comme espace prioritaire pour la préservation environnementale du Brésil, et constituerait un levier de dialogue politique renforcé entre les deux pays.

B) LA GUYANE, ZONE DE TRANSIT DU NARCOTRAFIC ENTRE L'AMÉRIQUE LATINE ET L'EUROPE

La Guyane constitue un point stratégique dans les circuits internationaux de la cocaïne, servant à la fois de zone de transit et de rebond entre les régions productrices d'Amérique latine et les marchés européens.

Face au constat de l'augmentation du trafic de stupéfiants à destination de l'Hexagone, via notamment le phénomène des « mules » empruntant la liaison Cayenne-Paris - jusqu'à une trentaine par vol - et d'une saturation des services judiciaires, un dispositif administratif - l'opération « 100 % contrôle » - a été mis en place au départ de l'aéroport Félix Éboué de Cayenne depuis le mois d'octobre 2022. Cette opération donne lieu à une revue systématique de la totalité de la liste des voyageurs de chaque vol et peut aboutir à une procédure administrative de refoulement depuis l'aéroport, sous la forme d'arrêtés d'interdiction d'embarquement, à l'encontre des personnes présentant une probabilité élevée de participation au trafic de stupéfiants à destination de l'Hexagone.

Entre 2022 et 2025, 17 000 arrêtés ont ainsi été pris dans ce cadre alors que, dans le même temps, une division par vingt du nombre de saisies a été constatée.

Cependant, les moyens alloués à la police de l'air et des frontières comme à la douane restent limités (centre de rétention administrative sous-dimensionné, moyens pour les éloignements inadaptés et coûteux) et nécessitent des ajustements constants face aux stratégies de contournement mises en oeuvre par les trafiquants.

C) L'INQUIÉTANT DÉVELOPPEMENT DES FACTIONS ARMÉES BRÉSILIENNES

Depuis quelques années, la Guyane fait face à l'arrivée des factions armées brésiliennes, apparues dans les prisons brésiliennes dans les années 1970, en lien avec l'accroissement des flux liés au narcotrafic. Quatre factions sont désormais présentes en Guyane : Primeiro Comando da Capital (PCC), Comando Vermelho (CV), Família Terror do Amapá (FTA) et Amigos Para Sempre (APS), des différents groupes pouvant présenter des interconnexions (FTA et PCC par exemple). Si leurs modes d'action peuvent être différents, ils se caractérisent par le recours décomplexé à la violence (braquages à main armée, assassinats, enlèvements, etc.) et ont pour objectif commun de prendre pied en Guyane, considérée comme la porte d'entrée vers l'Europe. Une « jonction » semble en outre s'opérer avec l'orpaillage illégal, alors que le cours de l'or ne cesse de croître, dépassant les 130 dollars le gramme au mois d'octobre 2025, ce qui accroît de facto les risques encourus par les militaires des forces armées en Guyane dans le cadre de l'opération Harpie (cf. infra).

Outre le risque d'implantation durable en Guyane (400 factionnaires seraient déjà recensés), il existe une menace que ce phénomène se projette dans l'Hexagone, en particulier en cas de transferts de factionnaires dans les prisons de métropole.


* 6 Projet de loi autorisant l'approbation de l'avenant à la convention d'entraide judiciaire en matière pénale du 28 mai 1996 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République fédérative du Brésil.

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