C. LES FORCES ARMÉES EN GUYANE (FAG), PILIER DE LA SÉCURITÉ ET DE LA SOUVERAINETÉ NATIONALES

Les FAG constituent le plus important contingent du ministère des armées hors Hexagone, avec environ 2 500 militaires et civils. À ces effectifs permanents s'ajoutent 358 réservistes, et des renforts temporaires déployés pour les missions de lutte contre l'orpaillage et la pêche illicites.

Outre les volets « posture permanente de sécurité maritime » et « posture permanente de sécurité aérienne », l'action des FAG se décline en trois opérations permanentes conduites en interministériel : une opération d'intérêt stratégique (Titan) et deux opérations ayant trait à la souveraineté (Harpie et Polpêche).

A) LA MISSION HARPIE A PERMIS DE CONTENIR L'ORPAILLAGE ILLÉGAL SANS POUR AUTANT L'ENRAYER

Opération interministérielle de lutte contre l'orpaillage illégal (LCOI) sur le territoire national, elle constitue le volet répressif de la lutte contre l'orpaillage illégal. Sur réquisition administrative du préfet de Guyane, les FAG interviennent en appui des forces de sécurité intérieure (gendarmerie, police aux frontières, douanes).

Le nombre de sites actifs d'orpaillage illégal se situe entre 450 et 550 pour environ 6 100 orpailleurs dont plus de 90 % sont brésiliens.

Participation de la mission à l'opération Harpie

En moyenne, 350 militaires sont engagés chaque jour en forêt.

Côté gendarmerie, le dispositif Harpie mobilise 277 gendarmes, dont 120 permanents et 157 renforts.

Depuis septembre 2025, la gendarmerie et les FAG disposent d'un état-major conjoint dédié à l'opération Harpie. Bien que récemment mise en place, cette structure a déjà démontré son utilité en renforçant la cohérence et l'efficacité de la coopération entre les FAG et les forces de sécurité intérieure.

Pour l'année 2024, la LCOI a permis la saisie de 14,5 kg d'or et 50 kg de mercure. Par ailleurs, 7 683 carbets (habitations sommaires), 66 concasseurs, 600 groupes électrogènes, 93 quads et 178 pirogues ont été détruits, représentant un total d'avoirs criminels s'élevant à 94,5 M€ en valeur.

Au bilan, si l'opération Harpie a permis de contenir le développement de l'orpaillage illégal, elle n'a pas réussi à enrayer durablement le phénomène. Ce dispositif a néanmoins contribué à éviter que la Guyane française ne connaisse, comme le Brésil ou plus encore le Suriname, une déforestation et une pollution massives liées à cette activité.

L'augmentation quasi continue du cours de l'or observée depuis la fin de l'année 2018 rend par ailleurs l'orpaillage illégal de plus en plus attractif, compensant ainsi la diminution de sa « rentabilité » économique résultant des actions menées dans le cadre de l'opération Harpie.

B) LA LUTTE CONTRE LA PÊCHE ILLICITE (POLPÊCHE) ET LE NARCOTRAFIC (NARCOPS)

La pêche illégale par des navires étrangers demeure un phénomène préoccupant en Guyane, favorisé par le faible développement de la pêche légale.

L'opération Polpêche de lutte contre la pêche illicite en zone de responsabilité permanente (ZRP) guyanaise s'est globalement intensifiée ces dernières années, tant en nombre de procédures ouvertes (234 en 2023 puis 373 en 2024 soit une augmentation de 60 %) qu'en quantité de navires déroutés et voués à la destruction (9 en 2023 puis 14 en 2024).

Des opérations coup de poing (opérations « Mako ») sont par ailleurs régulièrement menées afin de lutter contre la pêche non déclarée et non réglementée, garantir la souveraineté dans les eaux françaises face à cette pratique illégale et protéger les ressources halieutiques de la région.

En matière de lutte contre le narcotrafic (Narcops), les patrouilleurs Antilles Guyane (PAG) des FAG ont vu leur mobilisation s'accélérer lors d'opérations sous contrôle opérationnel des forces armées aux Antilles (FAA). La montée en puissance de cette mission nécessite cependant désormais de développer une véritable expertise en la matière et pourrait conduire à une priorisation des opérations.

C) L'OPÉRATION TITAN ET L'INTERROGATION LIÉE À LA MONTÉE EN CADENCE DES LANCEMENTS DEPUIS LE CENTRE SPATIAL GUYANAIS

L'opération Titan vise à assurer la protection périphérique du CSG lors des phases critiques de lancement, grâce au déploiement d'un dispositif de surveillance et de contrôle interarmées couvrant les trois milieux : terrestre, maritime et aérien.

Le nombre de jours dédiés à l'opération Titan a connu une diminution significative, passant de 170 jours en moyenne dans les années 2000-2010 à 130 à 140 jours actuellement. Un retour à plus de 30 tirs annuels pourrait porter cette durée à environ 200 jours, avec un impact opérationnel sur d'autres missions, en particulier l'opération Harpie, mais également sur les dispositifs de sûreté aérienne et maritime.

D) DES EFFORTS EN MATIÈRE CAPACITAIRE ET DE CONDITION DU PERSONNEL QUI DOIVENT ÊTRE POURSUIVIS

La LPM pour les années 2024 à 2030 porte une ambition particulière pour les armées outre-mer, afin de renforcer l'aptitude des forces à défendre la souveraineté, protéger les intérêts français et contribuer à la stabilité régionale. Cette ambition a été déclinée par l'état-major des armées dans un schéma directeur outre-mer (SDOM) qui traduit l'impératif de rattrapage pour renouveler les équipements au standard des forces de l'Hexagone et adapter les forces aux opérations actuelles et à venir.

Le parc de matériel terrestre utilisé en Guyane est vieillissant : les véhicules utilitaires tout chemin, notamment les TRM 2000, affichent par exemple une moyenne d'âge supérieure à 30 ans. Un plan de renouvellement progressif est engagé, incluant le remplacement des véhicules tout-terrain, des moteurs de pirogues et l'acquisition de drones destinés à appuyer les missions de terrain.

S'agissant des moyens maritimes, la base navale de Dégrad-des-Cannes verra sa flotte progressivement modernisée. Les unités de la gendarmerie maritime, dont la moyenne d'âge avoisine les 20 ans, seront remplacées par deux vedettes de nouvelle génération d'ici 2031.

Le SDOM intègre aussi la remise à niveau des infrastructures. Les travaux nécessaires doivent permettre le renouvellement capacitaire, et également améliorer les conditions de travail.

En particulier, la base aérienne (BA) 367 doit subir prochainement d'importants travaux de modernisation. Seul point d'appui souverain français couvrant l'ensemble des fuseaux horaires du continent américain, la BA 367 est aujourd'hui saturée, ses infrastructures actuelles s'avérant sous-dimensionnées, voire inadaptées. À titre d'exemple, le ravitailleur MRTT ne peut pas stationner sur la base militaire, mais doit être positionné sur l'aéroport civil. Il apparaît par conséquent nécessaire que la base puisse accueillir ce type d'appareils de même que des A400M. Le SDOM intègre ainsi un projet de création d'un parking pour gros porteurs de six emplacements.

Plus généralement, la modernisation de la flotte des FAG rend cette évolution indispensable, les nouveaux appareils étant beaucoup plus volumineux. L'hélicoptère Guépard est par exemple 2,5 fois plus grand que le Fennec, nécessitant davantage de surface et des infrastructures adaptées.

36 M€ sont prévus dans la LPM au titre des travaux de modernisation de la BA 367, mais les besoins réels sont estimés à 48 M€ en raison des surcoûts par rapport à la métropole et de contraintes environnementales.

Les moyens inscrits en projets de loi de finances chaque année devront par conséquent être suffisants pour mener les travaux prévus dans le SDOM, qui concernent des emprises situées sur le territoire national et constituent à ce titre des investissements de long terme nécessaires pour la protection de nos espaces souverains. Par ailleurs, tout retard pris dans la mise en oeuvre de ces travaux pourrait se traduire par la nécessité de renouveler certaines études en matière environnementale, rallongeant d'autant leurs délais de livraison.

La mission a également pu constater sur place le manque criant de places d'hébergement. Les compagnies stationnées au quartier La Madeleine sont actuellement hébergées dans des hangars à l'issue de leurs missions, en attendant leur retour dans l'Hexagone ou leur redéploiement entre deux missions. Cette période peut, dans les cas les plus longs, atteindre 15 jours. La montée en puissance prévue dans la LPM, qui devrait se traduire par la création de 250 postes d'ici 2030, rend d'autant plus nécessaire la construction de places d'hébergement supplémentaires. Les besoins sont ainsi estimés à 300 lits.

Plusieurs personnes entendues par la mission ont par ailleurs souligné les difficultés rencontrées par les militaires mutés en Guyane pour assurer la scolarisation de leurs enfants. Un travail de coordination devrait par conséquent être engagé avec les communes de Guyane afin de faciliter la scolarisation des enfants de militaires dans leur commune de résidence.

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