L. LE DÉBAT SUR L'INTELLIGENCE ARTIFICIELLE ET LA MIGRATION
L'intervention d'Emmanuel Fernandes
Merci Monsieur le Président,
Le débat qui nous occupe à l'instant porte donc sur les applications déjà effectives ou potentielles de l'intelligence artificielle dans le domaine des migrations.
Mon Groupe pour la gauche unitaire européenne remercie et félicite le rapporteur pour son travail qui permet de rendre notre Assemblée attentive aux opportunités mais, sans doute avant tout, aux dangers et donc aux grandes précautions que nos États membres se doivent de prendre en la matière, afin de respecter les droits humains que nous sommes chargés de défendre ici.
Notre groupe prône une approche résolument humaine de l'accompagnement des personnes en situation de migration. Derrière le concept d'intelligence artificielle se cachent des réalités profondément politiques. La conception des algorithmes utilisés est imprégnée de décisions politiques, de choix, de préférences, d'orientations dans l'entraînement des modèles. Autrement dit, une intelligence artificielle produite dans un État autoritaire n'a rien de commun avec celle développée dans un État qui serait progressiste.
Nous approuvons l'ensemble des garanties proposées par le rapporteur et formulons le voeu qu'elles puissent suffire à empêcher, au sein des États membres, des atteintes aux droits et aux libertés en cas d'usage de l'IA. En effet, il serait redoutable de penser qu'on puisse gérer des personnes migrantes comme on gère des données. Il serait insensé de fournir à une intelligence artificielle le traitement de situations administratives individuelles, même au nom de la rapidité. Qui pourrait imaginer des jugements civils ou administratifs rendus par une machine ?
Derrière les chiffres et les données, il y a des vies humaines, des parcours singuliers qui exigent une approche spécifique, une véritable personnalisation des procédures. Comme nous le rappelle le philosophe Emmanuel LEVINAS, en humanité, c'est la rencontre avec le visage d'autrui qui est au coeur de la relation éthique. Quelle place, alors, pour une intelligence artificielle, purement numérique et dénuée de visage ?
Nous pensons que l'amélioration de l'accueil et du traitement des personnes migrantes passe avant tout par la mise en place de voies de migration sûres ainsi qu'une augmentation conséquente des moyens humains, pour accueillir accompagner, orienter et soutenir, dignement et dans le respect des droits humains.
Je vous remercie.