C. SOUTENIR L'ENGAGEMENT POUR UNE PAIX GLOBALE, JUSTE ET DURABLE POUR L'UKRAINE ET LA SÉCURITÉ DU CONTINENT EUROPÉEN

1. L'intervention de M. Bertrand Bouyx, au nom du groupe ADLE

Mes chers collègues,

Notre continent est attaqué de toute part. À l'Est, en Ukraine par la Russie dans une guerre ouverte qui dure depuis plus de 4 ans. Nous le savons. Nous en débattons à chaque partie de session depuis 2022. À l'Ouest, au Groenland par notre allié le plus ancien, les États-Unis. Et cela est plus inattendu. Pour se persuader que ce sont les deux faces d'une même pièce, il suffit d'écouter Sergueï LAVROV, le ministre russe des affaires étrangères, qui, je cite, disait : « La Crimée est tout aussi importante pour la sécurité de la Russie que le Groenland l'est pour les États-Unis ». S'attaquer au Groenland, c'est aussi pour le président des États-Unis, une manière de lâcher l'Ukraine, de légitimer la guerre d'agression que lui mène la Russie.

Tout cela est paradoxal, car la première phrase du projet de résolution, je cite : « L'Assemblée parlementaire salue les efforts diplomatiques déployés par les États-Unis, l'Ukraine et ses alliés pour mettre fin à la guerre d'agression menée par la Russie contre l'Ukraine... » est juste aussi. Oui, les États-Unis déploient d'un côté des efforts pour arriver à une paix juste en Ukraine, mais de l'autre, ils créent les conditions de la victoire russe. C'est toute la complexité du moment géopolitique que nous vivons.

Alors, passée la sidération pour nous Européens, que faire ? Reprendre l'adage, si on ne veut pas être au menu, il faut que nous soyons à table. Et pour cela, il n'y a qu'une seule voie, c'est celle de la puissance et de l'autonomie stratégique. À cet effet, nous appelons nos collègues européens qui sont fascinés par M. Donald Trump à choisir entre cette fascination et la défense de la souveraineté de leur pays. Il en va de notre survie à tous en tant que peuples libres. Car oui, la sécurité de l'Ukraine, c'est d'abord une affaire européenne. C'est notre vision du monde. Celle du respect de la souveraineté des États, du multilatéralisme et du respect du droit international. Celle qui refuse les visées impériales qui semblent à l'oeuvre. C'est la défense de nos intérêts, car l'Ukraine ne défend pas seulement son territoire, elle défend l'intégrité de l'Europe tout entière. Elle est seulement en première ligne.

Pour atteindre notre autonomie stratégique, il ne faut pas seulement miser sur la diplomatie mais aussi, ensemble, sur l'industrie de défense, le numérique, le spatial, être capable de proposer des alternatives crédibles aux biens et services américains ou chinois. Nous devons également, et je ne pouvais pas finir ce discours sans l'évoquer, être capable de nous nourrir nous-mêmes. L'agriculture, mes chers collègues, est peut-être l'activité la plus essentielle et la plus oubliée tellement nous sommes habitués à ce qu'elle fonctionne chez nous.

En définitive, nous souscrivons, avec le groupe Alliance des démocrates et des libéraux pour l'Europe (ALDE), évidemment à tous les points de la résolution, mais elle n'est qu'une des facettes de tout ce à quoi nous devons nous atteler. Et nous y atteler ensemble dans un esprit de coopération et de fraternité face aux vents contraires qui nous menacent tous.

Dans ce contexte, le groupe ALDE, bien évidemment votera la résolution présentée par notre collègue M. Piero FASSINO.

2. L'intervention de M. Christophe Chaillou

Mes chers collègues,

Ce rapport de notre collègue M. Piero FASSINO rappelle utilement un constat dont certains, hélas, doutent encore : défendre l'Ukraine face à la Russie, c'est bien défendre l'Europe tout entière. Si nous laissions M. Vladimir POUTINE aller plus loin, nous risquerions bien d'aboutir à une paix injuste et lourde de conséquences pour tous les pays du continent.

Vous me permettrez d'appuyer tout particulièrement la recommandation qui vise à exiger un cessez-le-feu immédiat et total : « L'Ukraine ne doit pas être contrainte à négocier sous les bombes ». Cette phrase résonne aujourd'hui comme un triste écho aux frappes que la Russie a menées sur Kiev et Kharkiv, au moment-même où elle participait à des pourparlers avec les représentants ukrainiens et américains.

S'agissant du soutien américain dans le processus de paix, le rapport souligne également une forme d'ambiguïté, et je rejoins les propos de notre collègue M. Christophe LACROIX. Les États-Unis de M. Donald TRUMP ne peuvent malheureusement plus être considérés comme un allié indéfectible pour l'Europe. La stratégie de défense nationale que vient d'adopter le Pentagone prévoit clairement un recentrage de l'engagement des États-Unis sur leur propre sol et dans l'Indo-Pacifique. Même s'il s'agit d'une véritable bascule géostratégique, nous, Européens, ne pouvons feindre la surprise. Le « pivot » vers l'Indo-Pacifique opéré il y a 15 ans par l'administration Obama constituait déjà les prémisses d'un éloignement des préoccupations américaines pour notre continent. Nous n'en avions malheureusement pas suffisamment tiré les conséquences à l'époque. Peut-être pensions-nous que cela n'irait pas plus loin. C'était sans compter sur l'élection de M. Donald TRUMP. Son mépris du droit international et de la coopération multilatérale a complètement bouleversé le partenariat atlantique qui, jusqu'à ce jour, gouvernait la sécurité du continent.

Il est indispensable que notre Europe apporte une réponse ferme face au conflit qui sévit en Ukraine, mais aussi face à toutes les autres menaces orchestrées par la Russie, que ce rapport n'oublie pas de mentionner : qu'il s'agisse des conflits gelés en Moldavie ou en Géorgie, des vols de drones. C'est bien évidemment, mes chers collègues, toute l'Europe, dans ses valeurs et ses engagements, qui est menacée aujourd'hui.

Merci pour votre attention.

3. L'intervention de Mme Louise Morel

Chers collègues,

Je voudrais d'abord saluer le travail du rapporteur sur ce sujet, et plus globalement l'engagement constant de notre institution pour soutenir une paix juste et durable en Ukraine. Le Conseil de l'Europe a su être au rendez-vous de l'histoire, notamment avec la création du Tribunal spécial pour juger le crime d'agression contre l'Ukraine. C'est un pas décisif qu'il affirme clairement qu'une paix durable ne peut exister sans justice, et que le droit international ne se négocie pas.

Mais nous devons aussi le dire avec lucidité : nous devons aller plus vite, et aller plus loin. Car pendant que nous construisons les instruments juridiques, indispensables, certes, la guerre, elle, continue de frapper le quotidien des Ukrainiennes et des Ukrainiens.

Je voudrais partager avec vous quelques chiffres qui permettent de mesurer l'ampleur du conflit. Pour l'année 2025 à elle seule, qui s'ajoute à plusieurs autres années de guerre depuis 2022, ce sont plus de 1 950 missiles et 54 600 drones qui se sont abattus sur l'Ukraine.

L'une de leurs cibles principales a été l'énergie et depuis octobre, ce sont 8,5 gigawatts de capacités électriques qui ont été endommagés, seulement 3,6 gigawatts ont été rétablis. À Kiev, après les frappes de janvier 2026, ce sont aujourd'hui 81 % des logements et infrastructures qui sont privés d'électricité et de chauffage, touchant 1,5 million de personnes, et cela pendant un hiver rigoureux où les températures avoisinent fréquemment les -20 degrés.

Ces chiffres illustrent l'ampleur du conflit au quotidien pour les Ukrainiennes et les Ukrainiens.

Aussi, je voudrais dire que sur ce débat qui vise à soutenir une paix juste et durable en Ukraine, ce n'est pas seulement à propos de l'avenir et de l'après-guerre qu'il faut agir, soutenir l'Ukraine, c'est aussi continuer à agir maintenant, pour que le froid, l'obscurité et l'épuisement ne deviennent pas des armes de soumission.

Je sais que la France, l'Union européenne, et de nombreux pays membres de cette assemblée soutiennent l'Ukraine et apportent des générateurs, des financements, de la coordination technique. Je formule le voeu qu'en rentrant la semaine prochaine dans nos parlements, nous continuions à porter ce message, car chaque donation, chaque soutien fait la différence.

Slava Ukraini.

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