D. RENFORCER LES DÉMOCRATIES AVEC LES JEUNES : DE LA PARTICIPATION À LA RESPONSABILITÉ PARTAGÉE
1. L'intervention de Mme Marie-Christine Dalloz
Une enquête récente faite en France auprès des 18-30 ans montre que si les jeunes peuvent éprouver de la défiance envers les politiques, ils sont loin d'être dépolitisés : ils s'informent, il est vrai majoritairement à travers les réseaux sociaux, ils s'engagent dans le sport, dans l'aide humanitaire, la culture, ils signent des pétitions en ligne. Je le constate régulièrement lors d'interventions dans des collèges sur le rôle du député : les élèves sont très intéressés. Et pourtant ils votent peu. Un tiers de ces 18-30 ans explique l'abstention des jeunes par un manque de confiance. Un quart d'entre eux pense que leur vote n'a aucun impact.
Face à ce constat le projet de résolution que nous examinons apporte quelques réponses. Son point 9 met en avant la nécessité de développer une instruction civique. En effet, c'est indispensable. Mais cette éducation à la citoyenneté ne doit pas se contenter de rappeler le rôle des institutions, les principes de la démocratie, elle doit également intégrer une culture numérique.
Alors que 51 % des jeunes ne regardent que des informations pas toujours vérifiées, il est indispensable de les sensibiliser aux risques des fausses informations et des manipulations de l'opinion publique. L'éducation à la citoyenneté active est également essentielle. Le succès des conseils municipaux des jeunes ou du Parlement des enfants organisé à l'Assemblée nationale française montre que l'engagement des jeunes est possible. Toutes les initiatives qui vont en ce sens doivent être soutenues. Mais il faudrait réfléchir à des initiatives touchant aussi les jeunes actifs, les primo-votants. Les institutions paraissent souvent bien lointaines pour les jeunes, tout simplement par méconnaissance. Le rôle des jeunes parlementaires pourrait être plus important en direction des jeunes de nos pays respectifs qui ne se sentent pas représentés. Le réseau des jeunes parlementaires de l'Assemblée Parlementaire de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (AP-OSCE) a organisé une série de table rondes dans les pays membres pour échanger avec des jeunes. Une proposition de texte a été présentée lors de la dernière session à partir de ces retours d'expérience. Cela répond pleinement au projet de résolution qui insiste sur le partage avec les jeunes.
2. L'intervention de Mme Louise Morel
Je voudrais d'abord saluer la qualité du travail mené par Madame la rapporteure. Je partage votre enthousiasme sur ce sujet et vos conclusions.
La question que nous examinons aujourd'hui est finalement comment associer réellement les jeunes, qu'ils aient d'ailleurs l'âge de voter ou non, à la décision publique ?
Cette question est d'autant plus fondamentale que, dans nombre de nos pays, on observe une abstention importante des jeunes lorsque le vote n'est pas obligatoire. Or une génération qui ne vote pas est une génération qui n'est pas représentée. Elle est tenue à l'écart de la décision politique. C'est d'autant plus préoccupant dans des sociétés européennes parfois vieillissantes, où le rapport de force entre générations devient, de fait, structurellement déséquilibré.
Je voudrais partager quelques réflexions, qui font écho au travail mené ici.
D'abord, une question de vocabulaire. On parle souvent de « la jeunesse », or je préférerais le terme « des jeunesses ». « Les jeunesses », parce qu'elle est très différente d'un pays à l'autre, au sein d'un même pays aussi, selon l'âge, le lieu de vie, et je crois que c'est important de le rappeler.
Ensuite, revenir sur le cadre du rapport qui dit : comment on passe de la participation à la responsabilité partagée. Je crois que nous devons aller plus loin dans l'association des jeunes, en particulier pour les décisions qui engagent nos pays pour des décennies. Je prends l'exemple des choix énergétiques et particulièrement, par exemple, du nucléaire. Est-il légitime parfois que sur ce sujet, il y ait une surreprésentation des générations qui décident alors que les montants engagés et l'aspect opérationnel de ces choix seront assumés par les générations futures. Je crois que nous devrions avoir des avis à minima consultatifs sur les sujets qui engagent nos pays pour des décennies, voire parfois des avis avec une valeur réellement contraignante.
Enfin, je voudrais revenir sur le sujet de la représentation des jeunes dans la vie politique. Il ne s'agit pas de remettre en cause le suffrage universel qui donne la légitimité démocratique, mais de reconnaître qu'une démocratie est plus forte lorsqu'elle reflète la diversité de la société.
Enfin, je voudrais partager une anecdote personnelle. J'ai été élue à 26 ans, et j'ai souvent entendu de collègues plus âgés : « Je ne suis pas d'accord avec toi, mais mes enfants pensent exactement comme toi. » Cela dit quelque chose de nos institutions. Écouter les plus jeunes d'entre nous, c'est aussi entendre ce que la société dira parfois dans 10 ou 15 ans et peut-être prendre un peu d'avance sur elle.
Je vous remercie.
3. L'intervention de M. Claude Kern
Monsieur le Président, mes chers collègues,
Je voudrais remercier Mme Sona GHAZARYAN pour ce rapport, et saluer cette initiative qui émane d'une jeune parlementaire, élue à l'Assemblée nationale d'Arménie qui est le deuxième plus jeune parlement au monde par sa moyenne d'âge !
Pour autant, il faut que les parlementaires « moins jeunes » se mobilisent aux côtés des plus jeunes pour faire avancer cette cause à laquelle je suis attaché. Le rapport mentionne notamment la mise en place de quotas pour les jeunes dans nos organes politiques. C'est une question que j'ai moi-même défendue, il y a quelques années, en cosignant une proposition de révision de notre Constitution. Il s'agissait d'introduire une meilleure représentation des différents groupes d'âge, de la même façon que nous l'avions fait pour encourager la parité femme-homme.
Je crois aussi que nos propres parlements doivent être de véritables « moteurs » en faveur de la participation et de la responsabilisation de la jeunesse. C'est en ce sens que ma propre assemblée a récemment organisé un événement inédit en juin dernier, dénommé le « Sénat des jeunes ». Le Président du Sénat a ainsi accueilli 265 collégiens qui ont pu suivre une journée d'initiation à la fabrique de la loi et au débat parlementaire.
Je dois en revanche apporter une réserve sur l'une des préconisations de la résolution, qui tient à l'abaissement de la majorité électorale à 16 ans : nous sommes encore nombreux en France à douter de sa pertinence. Il n'est pas acquis que cela améliore substantiellement la participation des jeunes à nos élections. Et cette mesure risque d'avoir des répercussions indésirables sur notre ordre juridique, en provoquant des incohérences avec l'âge de la majorité civile et un abaissement de la majorité pénale.
Nous pouvons en revanche soutenir les autres propositions avancées dans cette résolution, en particulier celles qui tendent à renforcer l'éducation civique de nos jeunes. Étant moi-même enseignant de métier, j'estime que l'éducation est le levier prioritaire pour les sensibiliser au bien-fondé du système démocratique. Alors que nous vivons dans une nouvelle ère marquée par la numérisation, je dirais même qu'un nouveau cadre éducatif s'impose, tant pour les jeunes que les moins jeunes, pour que chacun dispose des outils nécessaires à un usage raisonné et critique des médias sociaux.
Aussi, moyennant cette réserve sur l'abaissement de la majorité électorale, je soutiendrai la résolution qui nous est présentée.