EXAMEN EN COMMISSION
Réunie le mercredi 18 février 2026, sous la présidence de M. Philippe Mouiller, président, la commission examine le rapport d'information de M. Philippe Mouiller, Mmes Patricia Demas, Annick Petrus, Émilienne Poumirol, M. Olivier Henno et Mme Raymonde Poncet Monge, rapporteurs de la mission d'information sur la politique familiale au Portugal.
M. Philippe Mouiller, président. - Mes chers collègues, nous débutons par un point sur la mission que notre commission a effectuée au Portugal en septembre dernier.
Avant le compte rendu collectif que nous allons en faire, il me faut évoquer le contexte dans lequel cette mission s'inscrit. Les chiffres publiés en début d'année par l'Insee sont édifiants. En 2025, la France a enregistré moins de naissances que de décès, une première depuis la Seconde Guerre mondiale. Selon les statistiques publiées l'année dernière, l'indicateur conjoncturel de fécondité s'établit, en 2024, à 1,62 enfant par femme. Depuis la fin de la Première Guerre mondiale, cet indicateur n'a jamais été aussi bas. Cette situation doit être prise au sérieux, car elle représente un défi immense pour notre pays.
Le Portugal, nous le verrons, est confronté à un défi démographique plus important que le nôtre. Il fait face à une crise de natalité et à un vieillissement de sa population qui comptent parmi les plus marqués de l'Union européenne. Néanmoins, si la France et le Portugal connaissent des difficultés similaires, les deux pays se différencient dans leur trajectoire.
Le Portugal, dont l'indice de fécondité figurait parmi les plus faibles de l'Union européenne en 2013, avec 1,21 enfant par femme, est remonté, en 2024, au douzième rang, avec 1,45 enfant par femme. En France, en revanche, le nombre de naissances a diminué de 21,5 % entre 2010 et 2024 et l'indice de fécondité est passé de 1,99 en 2013 à 1,62 en 2024.
Parallèlement, le Portugal a investi massivement dans sa politique familiale, au travers notamment de deux mesures qui nous ont particulièrement intéressées : la gratuité des crèches et les congés post-naissance.
La commission des affaires sociales a donc décidé de se pencher sur le modèle portugais. Ce déplacement, qui nous a conduits de Lisbonne à Évora, avait un objectif précis : étudier les réponses politiques de l'un de nos partenaires européens face à un défi que nous partageons, bien qu'à des degrés divers.
Mme Émilienne Poumirol, rapporteure. - À notre arrivée à Lisbonne, nous avons été reçus par l'ambassadrice de France au Portugal, Hélène Farnaud-Defromont, au Palais de Santos, l'un des plus beaux édifices de la capitale, qui est aussi la résidence officielle des ambassadeurs français depuis 1948.
L'ambassadrice, que je tiens vivement à remercier, ainsi que l'ensemble de ses collaboratrices et collaborateurs, pour la qualité de leur accueil, nous a conviés à un petit-déjeuner et à une réception avec les membres de la communauté française. Ces deux évènements ont démontré l'excellence de la relation bilatérale entre nos deux pays et la force des liens économiques et culturels qui nous unissent. Le traité d'amitié et de coopération signé en février 2025 renforce encore notre relation avec le Portugal, en particulier sur la scène internationale et dans le domaine stratégique de la protection des océans.
Je souhaite également dire quelques mots sur le cadre institutionnel du Portugal. L'unique chambre du Parlement, l'Assemblée de la République, est composée de 230 députés, élus au suffrage universel proportionnel pour un mandat de quatre ans.
Ce système favorise une représentation plurielle. On compte huit groupes politiques au Parlement, dont les trois principaux sont l'Alliance démocratique, une coalition de centre droit disposant de 89 sièges, le parti socialiste, qui compte 58 députés, soit autant que le parti d'extrême droite Chega (« Assez »). Ce modèle impose souvent la recherche de compromis ou la gestion de gouvernements minoritaires - une réalité politique très vive au Portugal ces dernières années, et un peu plus récente pour nous !
En outre, la procédure législative diffère de la nôtre. Premièrement, l'Assemblée se distingue par un nombre très élevé de commissions permanentes - on en compte treize. Deuxièmement, les modifications du texte sont réalisées uniquement en commission, la séance plénière étant réservée au vote sur le texte. Troisièmement, en l'absence de bicamérisme, les textes sont examinés une première fois en commission, puis en séance, et une seconde fois en commission avant le vote définitif en séance.
En raison de la suspension des travaux parlementaires, nous n'avons pas pu rencontrer nos homologues de la commission de la santé et de la commission du travail, de la sécurité sociale et de l'inclusion.
En revanche, nous avons pu visiter le Palais de São Bento : cet ancien monastère bénédictin, construit à la fin du XVIe siècle, est devenu le siège du Parlement en 1834, après l'extinction des ordres religieux.
Le Portugal a connu deux périodes de bicamérisme : de 1838 à 1911 et de 1842 à 1933. Les deux chambres siégeaient alors dans le même bâtiment, les deux hémicycles étant situés de part et d'autre d'un vaste escalier d'honneur. Aujourd'hui, la salle de l'hémicycle, qui accueillait l'ancien Sénat, et la salle des séances, où se déroule désormais l'activité législative, coexistent. L'ancienne salle du Sénat est utilisée pour des réunions de groupe, de commission, des séances solennelles ou pour accueillir le Parlement des jeunes.
J'en viens à l'objet de notre déplacement. Le Portugal est aujourd'hui, avec l'Italie, le pays dont la population est la plus âgée de l'Union européenne.
Les chiffres que nous avons recueillis montrent une inversion spectaculaire de la pyramide des âges. On dénombre désormais presque deux seniors de plus de 65 ans pour chaque jeune de moins de 15 ans. Cette situation résulte de deux facteurs conjoints : l'augmentation constante de l'espérance de vie et une natalité en berne depuis plusieurs décennies.
Ce déséquilibre n'est pas qu'une statistique ; c'est un défi majeur pour le système de solidarité nationale. Lors de nos entretiens, il est clairement apparu que sans un sursaut démographique ou un apport migratoire soutenu, la pérennité du modèle social portugais est menacée. Par ailleurs, la société portugaise, notamment les jeunes, est traversée par les mêmes inquiétudes que la jeunesse française quant à la situation économique du pays, le changement climatique ou encore l'évolution des tensions internationales. Ces éléments, bien que difficilement mesurables, pèsent sur l'évolution de la natalité et sur la décision d'avoir des enfants.
Surtout, nous avons pu constater que les Portugais eux-mêmes estiment que la situation démographique de leur pays est plus sombre qu'elle ne l'est en réalité. Ainsi, au cours des entretiens, de nombreux intervenants ont indiqué, à tort, que le Portugal se situait à la dernière place du classement européen en matière de natalité, ce qui en faisait le plus mauvais élève de l'Union. Pourtant, contrairement à la France, la trajectoire d'évolution des naissances est désormais positive au Portugal.
Le contraste est ici frappant. Tandis que la société portugaise a pleinement pris la mesure des enjeux liés à son déclin démographique, la France, en comparaison, peine encore à inscrire cette question cruciale au coeur de ses priorités politiques et sociales.
M. Olivier Henno, rapporteur. - Face à cette situation, le gouvernement portugais a lancé des politiques ambitieuses, mais celles-ci se heurtent à des réalités économiques tenaces.
Le Portugal a investi massivement dans l'accueil de la petite enfance. Nous avons visité des structures qui démontrent une volonté de faciliter la conciliation entre vie professionnelle et familiale. À Lisbonne comme à Évora, dans un milieu plus rural, nous avons constaté la qualité de l'encadrement des enfants ainsi que la volonté de faire de l'accueil des 0-3 ans une véritable priorité.
Depuis plusieurs années, le Portugal connaît une hausse importante du taux d'emploi des femmes de 15 à 64 ans, qui est passé, entre 2010 et 2024, de 57,9 % à 70,4 %. Sur la même période, ce taux est passé de 60,7 % à 66,4 % en France et de 56,8 % à 66,2 % dans l'Union européenne à vingt-sept. Alors que la question de la garde des enfants restait jusque-là très majoritairement une affaire privée, l'entrée massive des femmes sur le marché du travail a été accompagnée par le développement des structures collectives d'accueil des enfants.
En 2020, le gouvernement socialiste d'Antonio Costa a lancé le programme Creche Feliz. Ce dispositif a pour objectif de rendre l'accueil en crèche totalement gratuit pour l'ensemble des enfants de moins de 3 ans, sans condition de revenus. Cette mesure vise à apporter une réponse à la baisse de la natalité en facilitant l'articulation entre vie professionnelle et vie privée et en soulageant les familles de la charge financière que représente la garde d'un enfant en structure d'accueil collectif.
Dans un premier temps, seuls les enfants des familles à plus faibles revenus pouvaient bénéficier de la mesure, et uniquement au sein du réseau associatif. En janvier 2023, le programme a été étendu aux crèches privées lucratives et, un an plus tard, à toutes les crèches publiques. Entre 2020 et 2023, le nombre d'enfants bénéficiaires est passé de 20 473 à 90 649, tandis que le coût annuel a été multiplié par plus de 30, pour atteindre 156,6 millions d'euros, contre 5 millions à son lancement.
Le dispositif repose aujourd'hui sur un financement identique dans l'ensemble du pays de 473,80 euros par enfant et par mois. Cette somme est directement versée aux établissements d'accueil. La ministre du travail a confirmé qu'il s'agissait d'un programme ambitieux, dont le coût, en 2024, était évalué à près de 700 millions d'euros par an, soit 0,24 % du PIB du pays, en supposant que tous les enfants concernés soient accueillis sur douze mois dans un établissement.
Dans l'hypothèse d'un financement des 498 000 places en structures collectives, pour un coût moyen annuel de 16 000 à 18 000 euros par an, une telle mesure, appliquée à la France, représenterait un financement public évalué entre 8 milliards et 9 milliards d'euros par an, soit environ 0,3 % du PIB.
Le gouvernement portugais n'a cependant pas encore évalué les effets de cette mesure, qui n'est pleinement effective que depuis 2024. Il est encore trop tôt pour tirer un bilan complet de cette politique publique. Il ressort toutefois des auditions que nous avons menées que ce dispositif a entraîné une très forte augmentation de la demande des places en crèches. En ont découlé des tensions importantes sur les structures d'accueil, ce qui soulève la question du soutien au secteur privé lucratif, très peu développé, et à la création de crèches au sein des entreprises afin de fournir une offre répondant à l'évolution de la demande.
Mme Raymonde Poncet Monge, rapporteure. - Le deuxième pilier de la relance de la natalité au Portugal porte sur le congé post-naissance. Le pays s'est engagé dans une vaste réforme des congés de naissance dans l'objectif de rééquilibrer l'accompagnement des enfants entre les deux parents dans les premiers mois de leur vie. Le Portugal propose aujourd'hui un des congés de naissance les plus avantageux d'Europe.
Ce congé se caractérise par une pluralité d'options permettant de concilier au mieux la vie professionnelle et familiale et de favoriser la reprise du travail pour les femmes. Par ailleurs, cette politique ambitieuse retarde l'entrée en crèche, de manière à diminuer les coûts pour la collectivité et d'alléger la pression sur l'offre.
Concernant les modalités pratiques de ce congé, les Portugais peuvent choisir une première option, consistant en 120 jours consécutifs indemnisés à 100 % du salaire moyen calculé sur les six derniers mois. Parmi ces 120 jours, la mère doit obligatoirement en prendre 42, soit six semaines, et le père 28, durant les 42 premiers jours. Si les jours qui restent sont partagés et que le père prend au moins 30 jours de congés exclusifs, alors le couple a le droit à 30 jours supplémentaires, soit 150 jours au total.
Il existe une deuxième option, de 150 jours consécutifs, indemnisés à 80 % du salaire, avec les mêmes durées minimales entre les deux parents. Toutefois, si les deux parents prennent chacun au moins 30 jours non simultanément durant cette période, alors le couple a le droit à 30 jours supplémentaires, soit 180 jours au total. Ces 180 jours sont alors indemnisés à 83 % du salaire. Là encore, si le père prend 60 jours exclusifs durant cette période de 180 jours, alors l'indemnisation passe à 90 % du salaire.
L'objectif affiché est de récompenser l'engagement du père et de l'inciter à prendre son congé de manière exclusive afin que la mère, si elle le souhaite, puisse retrouver une vie professionnelle plus rapidement, tout en favorisant la création du lien entre le père et son enfant. Alors que nous débattons en France d'une profonde réforme du congé de naissance et que chacun reconnaît l'importance de l'accompagnement du nouveau-né dans ses premiers jours, cet exemple mérite d'être regardé avec le plus grand intérêt.
Permettez-moi un petit pas de côté pour évoquer un aspect très spécifique de la politique de solidarité au Portugal, qui n'a pas d'équivalent en France : le rôle des institutions particulières de solidarité sociale (IPSS).
L'État portugais n'a véritablement pris en charge les questions sociales qu'au sortir de la dictature salazariste. Pour mettre en oeuvre sa politique dans ce domaine, il s'est appuyé sur les communautés et les paroisses qui assuraient jusqu'alors les missions de solidarité. Le statut des IPSS a été formellement créé en 1983, lorsque ces anciennes institutions ont été juridiquement reconnues comme des partenaires à part entière de l'État. Aujourd'hui, le secteur privé non lucratif reste le premier acteur social du pays, aussi bien au niveau de la garde d'enfants que de la protection de l'enfance ou de l'aide à domicile pour les personnes âgées. À titre d'exemple, la mairie de Lisbonne ne gère quasiment aucun établissement en direct : dans le cadre du programme B.a.Bá, elle construit les murs, puis en confie la gestion à ces institutions agréées par le Gouvernement.
Mme Patricia Demas, rapporteure. - Parmi ces institutions, l'une d'entre elles joue un rôle tout particulier : la Santa Casa da Misericórdia de Lisboa (SCML). Fondée en 1498, elle fait partie des institutions les plus anciennes du Portugal et exerce une véritable délégation de service public dans le domaine de la santé et du social. En tant que gestionnaire de la loterie nationale, elle dispose de recettes propres pour un montant de 294 millions d'euros en 2024. À titre d'exemple, à Lisbonne, la SCML gère plusieurs hôpitaux et 27 établissements d'accueil du jeune enfant.
Par ailleurs, la SCML est l'un des plus grands opérateurs portugais dans le domaine de la protection de l'enfance. Elle prend ainsi en charge plus d'un quart des mesures de protection du pays et accompagne plus de 1100 familles. La délégation a visité un centre de capacité familiale à Lisbonne, qui rassemble, en un même lieu, un établissement d'accueil de la protection de l'enfance et un centre d'accueil pour les familles afin d'offrir un accompagnement à la parentalité. Plusieurs appartements sont mis à la disposition de ces ménages qui bénéficient ainsi d'un accompagnement tout en conservant une certaine autonomie.
Enfin, au cours de notre déplacement, un autre enjeu majeur auquel doit faire face la société portugaise et qui pèse sur son avenir démographique est apparu : il s'agit du départ massif de ses jeunes depuis plusieurs années. On estime aujourd'hui que 30 % des jeunes nés au Portugal - environ 850 000 personnes âgées de 15 à 39 ans - résident actuellement en dehors du pays. C'est un défi considérable pour le pays, dont une partie de la jeunesse la plus qualifiée part en quête de salaires plus élevés ailleurs en Europe.
En effet, les primes à la naissance ainsi que les autres aides de ce type sont vouées à l'échec en l'absence d'hommes et de femmes en âge d'avoir des enfants. La ministre du travail, de la solidarité et de la sécurité sociale, Mme Maria do Rosário Palma Ramalho, lors de son entretien avec la délégation, a insisté sur l'importance de cette question dans la politique de l'actuel gouvernement. L'objectif de ce dernier n'est pas simplement « de mettre de l'argent dans le système, mais bien de créer tout un écosystème favorable pour que les jeunes ne partent pas et reviennent ».
Selon l'Institut national des statistiques, le Portugal est le pays de l'Union européenne où l'on observe la plus forte différence entre le coût de l'immobilier et les revenus. Entre 2015 et 2025, l'immobilier a augmenté de plus de 105 % quand le salaire moyen progressait seulement de 29 % sur la même période. Les difficultés d'accès à la propriété entraînent un report massif de la demande sur le marché locatif, ce qui conduit à une augmentation du prix des loyers et affecte le pouvoir d'achat des ménages.
Mme Sofia Athayde, adjointe au maire en charge des droits de l'homme et sociaux, de l'éducation, de la jeunesse et de la santé à Lisbonne, a quant à elle évoqué le manque d'offre locative traditionnelle et les difficultés d'accès au logement. La municipalité a ainsi lancé un vaste programme de réhabilitation et de construction de logements afin d'augmenter l'offre et de permettre aux jeunes familles de se loger dans la capitale.
Face à ces défis, le pays a mis en place un grand nombre de politiques visant à soutenir la jeunesse, notamment des allégements d'impôt jusqu'à 35 ans ou des aides à l'achat immobilier.
L'objectif est de réduire drastiquement l'impôt sur le revenu des jeunes durant leurs premières années de vie active. Le dispositif actuel prévoit une exonération dégressive sur dix ans pour les moins de 35 ans. Le but n'est donc plus seulement de faire revenir ceux qui sont partis, mais aussi de créer les conditions d'un maintien sur place des jeunes en augmentant significativement le salaire net disponible lors de l'entrée dans la vie active. L'effort financier est considérable : pour mettre en oeuvre le programme de réduction d'impôt IRS Jovem, l'État a consenti à une baisse de ses recettes fiscales de l'ordre de 525 millions d'euros en 2025.
M. Olivier Henno, rapporteur. - Au retour de notre déplacement, quel bilan tirer de l'expérience portugaise pour nos propres politiques ?
Tout d'abord, nous avons noté un décalage entre l'intention politique et la réalité vécue. À Lisbonne comme à Évora, nos interlocuteurs nous ont fait part de difficultés structurelles persistantes. C'est sans doute l'un des enseignements les plus marquants de notre déplacement : les aides à la famille sont souvent absorbées par l'explosion du coût de la vie.
À Lisbonne, la pression immobilière est telle que les jeunes couples sont poussés vers des périphéries lointaines, ce qui complique l'accès aux services et décourage les projets de naissance.
À Évora, bien que la situation soit différente, l'enclavement et l'accès aux soins restent des préoccupations majeures. L'exemple portugais nous montre que la multiplication des places en crèche ne suffit pas si le logement reste inaccessible.
L'enseignement pour la France est ici crucial : une politique démographique efficace doit être ambitieuse et transversale et ne peut se concevoir indépendamment d'une action sur le logement et d'une maîtrise du coût de la vie.
Ensuite, sur la fiscalité des jeunes, le modèle portugais mérite une attention particulière. En France, l'entrée dans la vie active se traduit souvent par des conditions de vie précaires. Une réduction ciblée de l'impôt sur le revenu pour les premières années pourrait représenter un levier pour l'autonomie des jeunes, bien que son coût budgétaire doive être rigoureusement évalué.
En conclusion, le Portugal n'hésite pas à innover et à expérimenter des solutions radicales face à la menace qui pèse sur son modèle social. Si certaines mesures comme les réductions d'impôts ciblées sont séduisantes, elles rappellent aussi l'importance de l'attractivité économique globale d'un territoire.
Je remercie le président Mouiller et mes collègues Patricia Demas, Annick Petrus, Émilienne Poumirol et Raymonde Poncet Monge pour la qualité de nos échanges durant cette mission. Je veux également avoir une pensée pour les victimes du terrible accident du funiculaire qui a eu lieu à Lisbonne pendant notre déplacement.
Enfin, nous remercions les services de l'ambassade, et plus généralement l'ensemble de nos interlocuteurs, pour l'accueil chaleureux qu'ils nous ont réservé et pour l'intérêt de nos échanges.
M. Philippe Mouiller, président. - Je vous remercie pour cette intéressante étude comparative. Néanmoins, le nerf de la guerre reste la question budgétaire. Je précise que plusieurs mesures, instaurées par le gouvernement socialiste, ont été renforcées par la coalition de centre droit qui lui a succédé. En effet, la logique est celle de trouver un consensus autour des enjeux démographiques, au-delà des différences d'orientation politique.
M. Dominique Théophile. - Félicitations pour ce travail : il livre un certain nombre d'éléments détaillés qui pourraient servir pour notre pays. Une récente étude de l'université de Stanford montre que le taux de fécondité augmente de 0,32 enfant par femme au sein des couples lorsque les deux parents sont en télétravail au moins une fois par semaine. Quel crédit accorder à cette étude ?
Mme Brigitte Bourguignon. - Vous avez évoqué des centres regroupant des familles, ainsi que des enfants placés sous protection. Qui est en charge, au Portugal, de la protection de l'enfance ?
Mme Raymonde Poncet Monge, rapporteure. - La compétence relève de l'État, avec délégation aux IPSS.
M. Philippe Mouiller, président. - Il existe en la matière une coordination entre l'État, via la commission nationale de protection des enfants et jeunes gens en risque et les collectivités, et notamment les mairies. Concrètement les actions sont ensuite réalisées par les IPSS qui sont souvent d'anciennes institutions catholiques, devenues associations à but non lucratif.
Mme Jocelyne Guidez. - Je suis toujours étonnée d'entendre que des jeunes invoquent les difficultés financières ou la situation en Ukraine lorsqu'on les interroge sur leur volonté ou non de faire des enfants. Les jeunes filles que je reçois en stage s'intéressent, quant à elles, davantage à leur liberté qu'à ce qui les entoure...
M. Philippe Mouiller, président. - On observe en effet un phénomène de société global, qui n'est pas propre à la France.
Mme Marie-Do Aeschlimann. - Combien de jeunes Portugais optent pour ce congé de naissance très favorable sur le plan pécuniaire ? Il serait intéressant d'en connaître le coût pour les finances publiques.
Mme Jocelyne Guidez. - Ce sont 30 % de jeunes Portugais qui quittent leur pays, notamment pour suivre des études ailleurs en Europe, et beaucoup ne reviennent pas : ce chiffre fait penser au départ de nos jeunes Ultramarins à destination de l'Hexagone.
Mme Émilienne Poumirol, rapporteure. - Pour comprendre pourquoi les jeunes partent du Portugal, il faut tenir compte du niveau des salaires dans ce pays : nous avons entendu un professeur d'université qui bien qu'ayant trente ans d'ancienneté y gagne moins de 2 000 euros par mois, et un ingénieur débute à 1 500 euros mensuels. Par ailleurs, les prix du logement ont beaucoup augmenté, obligeant des jeunes à retourner vivre chez leurs parents. L'habitat a certes été rénové, mais ils n'y ont pas accès... On ne sait pas encore si le dispositif que nous vous avons présenté est de nature à les faire rester au pays.
Mme Patricia Demas, rapporteure. - En 2023, près d'un père portugais sur deux avait utilisé le congé paternité.
M. Olivier Henno, rapporteur. - La natalité est la priorité nationale au Portugal, qui pourrait voir sa population baisser de 20 % d'ici à quelques années du fait de la succession de générations ayant un indicateur conjoncturel de fécondité de moins d'1,6 enfant par femme. C'est vertigineux ! La baisse de la natalité en France est beaucoup plus récente mais tout aussi inquiétante.
Mme Raymonde Poncet Monge, rapporteure. - Il est vrai que ce congé parental est généreux, mais il permet de diminuer la demande de places de crèche, qui est forte. Un autre objectif était de réduire le taux de pauvreté en permettant aux plus modestes de bénéficier de la gratuité des crèches, mais il n'a pas été atteint.
M. Alain Milon. - Le rapport de l'Insee du 13 janvier dernier indique qu'entre 1980 et 2025, le nombre de naissances en France a baissé de près de 200 000...
Le dispositif qui nous a été présenté est intéressant, mais coûteux. Par quelles recettes est-il financé ?
M. Philippe Mouiller, président. - La situation financière du Portugal n'est plus mauvaise depuis que le FMI a pris la main sur la gestion financière de ce pays, et des marges de manoeuvre ont été retrouvées depuis quelques années.
M. Daniel Chasseing. - Les finances publiques portugaises sont excédentaires, ce qui permet d'améliorer la vie de ses habitants. En France, un tel dispositif représenterait une dépense de 8 milliards d'euros... Au Portugal, quel échelon administratif finance ce congé ?
Par ailleurs, il semble que les investissements immobiliers réalisés par des acheteurs non portugais aient aggravé le problème du logement dans ce pays...
Mme Chantal Deseyne. - Vous avez identifié deux leviers majeurs : l'accès au logement et la garde d'enfants. En France, les jeunes femmes veulent concilier leur vie professionnelle et leur vie personnelle et familiale ; pourtant, rien n'avance au niveau des crèches et des gardes d'enfants, et les congés parentaux ne résolvent pas le problème du retour à l'emploi.
Mme Émilienne Poumirol, rapporteure. - Au Portugal, la natalité est en baisse depuis longtemps et le phénomène du départ des jeunes est également ancien. Le pays a donc besoin de main d'oeuvre, via l'immigration provenant notamment de ses anciennes colonies, ce qui a entraîné la montée du parti d'extrême droite Chega, qui compte désormais 60 députés. Il faut bien comprendre que la faiblesse de la natalité, la hausse de l'immigration et les problèmes d'ordre politique sont liés.
M. Philippe Mouiller, président. - Mes chers collègues, nous avons terminé l'examen de ce rapport d'information.
La commission adopte le rapport d'information et en autorise la publication.