B. LES AFFRONTEMENTS ENTRE BANDES ET LES VIOLENCES URBAINES : UN PHÉNOMÈNE ÉMERGENT À ENDIGUER RAPIDEMENT
1. La montée des violences urbaines et des logiques de bandes : un défi inédit pour la cohésion sociale réunionnaise
a) Une dynamique de violences en hausse qui fragilise le « vivre-ensemble » réunionnais
Longtemps présentée comme un territoire relativement préservé des formes les plus visibles de violences urbaines observées dans l'Hexagone, La Réunion voit apparaître depuis quelques années de nouvelles formes de conflictualité, structurées autour d'affrontements entre bandes de jeunes.
La délinquance réunionnaise et l'insécurité qui peut en résulter ne constituent, certes, pas un phénomène nouveau. Certains travaux universitaires antérieurs faisaient ainsi état d'une délinquance diffuse, majoritairement urbaine, mais sans structuration durable en bandes rivales160(*), malgré des logiques identitaires qui pouvaient déjà conduire certains jeunes à former des groupes dans l'objectif de s'approprier un territoire161(*).
L'intensification récente des faits de violence marque en revanche une inflexion notable. En 1990, La Réunion enregistrait 350 crimes et délits pour 100 000 habitants, contre 571 en France hexagonale, ce qui la classait « au 90ème rang des départements français ». Cette situation comparative n'est, hélas !, plus d'actualité.
Les données publiées par la préfecture en 2024162(*) indiquent qu'en 2023 la délinquance générale a progressé de 16,5 % par rapport à 2022, puis de 9 % entre 2023 et 2024, dépassant le niveau de 2019 et enregistrant une hausse de 11 % sur cinq ans, en dépit d'une accélération contenue (+4 %) sur les dix premiers mois de 2025.
Les atteintes volontaires à l'intégrité physique (Avip) connaissent une progression particulièrement soutenue : de 9 576 faits en 2019, elles sont passées à 13 449 en 2023 (+ 40 %). Entre 2022 et 2023, la hausse des Avip atteignait 18 %, et sur la même période de temps, La Réunion figurait parmi les cinq départements où l'augmentation des coups et blessures volontaires sur les personnes de 15 ans ou plus a été la plus élevée (+12 %)163(*).
Cette évolution se reflète également dans les indicateurs des infractions les plus graves : selon le service statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMI), le taux d'homicides s'élevait en 2023 à 2,2 pour 100 000 habitants à La Réunion, contre 1,6 dans l'Hexagone164(*).
Ces violences s'inscrivent dans un contexte plus large de progression des atteintes aux personnes. Le taux de violences aux personnes s'élève en effet à 13,6 pour 1 000 habitants, soit un niveau supérieur de deux points au taux national, selon les données communiquées à la mission par le préfet de La Réunion, Patrice Latron, au cours d'un échange le 8 septembre 2025 au siège de la préfecture.
Évolution des violences enregistrées à La Réunion
Source : commission des lois, d'après les données communiquées par la préfecture
b) Des violences commises par des groupes de mineurs, entre rivalités territoriales et tensions communautaires
L'évolution récente des violences sur le territoire marque également une rupture qualitative, qui se traduit, selon le préfet de la Réunion, par l'émergence de « phénomènes de bandes [...] à partir du début de l'année 2024 ».
Ces « bandes » présentent une caractéristique préoccupante : elles impliquent majoritairement des mineurs ou des très jeunes majeurs, souvent déjà connus des services de police et de la justice.
D'après les différents acteurs rencontrés sur place par la délégation, les phénomènes identifiés depuis 2024 reposeraient sur des regroupements informels de jeunes issus de quartiers limitrophes, structurés autour de rivalités territoriales et alimentés par des logiques d'appartenance et de défiance vis-à-vis des institutions. Certains quartiers de l'île sont particulièrement concernés, à commencer par le quartier du Champ Fleuri à Saint-Denis, le quartier du Bras-Fusil à Saint-Benoît et le quartier Fayard à Saint-André.
Ces groupes ne correspondent pas nécessairement à des organisations hiérarchisées ou durablement implantées, mais se constituent rapidement à l'occasion d'événements déclencheurs, souvent relayés par les réseaux sociaux, avant de se dissoudre ou de se recomposer selon les circonstances. Les affrontements peuvent mobiliser plusieurs dizaines d'individus et donner lieu à des violences collectives, parfois avec usage d'armes blanches.
La progression constatée des atteintes volontaires à l'intégrité physique, particulièrement marquée chez les jeunes, confirme cette dynamique. Les services de l'État relèvent en effet une hausse significative des faits impliquant des mineurs, dans un contexte où certaines situations de rupture familiale, de déscolarisation ou d'errance constituent des facteurs aggravants.
Outre qu'elles reposent sur des rivalités locales et des jeux d'appropriation territoriale, ces nouvelles violences revêtent une dimension communautaire.
Comme le relevait la délégation sénatoriale aux outre-mer dans un rapport publié en 2025 à propos du quartier de Bras-Fusil, où de nombreux « jeunes Mahorais vivent sans leurs parents restés à Mayotte », les « tensions entre les communautés mahoraises et créoles entraînent des violences urbaines ». Le préfet de La Réunion a d'ailleurs qualifié les violences survenues le 10 juillet 2025 dans le quartier du Champ Fleuri d'« affrontement communautaire »165(*).
Ce diagnostic est également partagé et relayé par plusieurs élus locaux, à l'instar de Patrice Selly, maire de Saint-Benoît. Dans son courrier adressé en janvier 2025 au Premier ministre, il alertait sur la situation d'urgence sécuritaire dans laquelle se trouve La Réunion, qu'il disait « aujourd'hui confrontée à une délinquance communautaire qui attise l'exaspération des Réunionnais et qui met en péril [le] vivre-ensemble ». Patrice Selly y pointait en particulier le rôle de certains mineurs isolés, souvent issus de la communauté mahoraise, dans les actes de délinquance, jugeant cette situation en partie imputable à une concentration des populations de la communauté mahoraise dans les logements sociaux, qui aurait conduit à une ghettoïsation de certains quartiers de Saint-Benoît et de Saint-André.
Parallèlement, les autorités de l'État établissent un lien entre progression du narcotrafic et violences de quartier, et identifient un phénomène de structuration rapide des filières.
Sans qu'il soit possible de parler, à ce stade, d'un basculement généralisé du territoire, l'apparition de bandes identifiées et d'affrontements réguliers constitue une évolution préoccupante, qui met à l'épreuve un modèle social fondé sur la coexistence pacifiée entre plusieurs communautés culturelles.
2. Une prise de conscience rapide et une réponse étatique ferme : un enjeu pris à bras-le-corps
a) Un renforcement des moyens et un changement de méthode : le pari d'une plus grande « proximité » entre forces de l'ordre et citoyens
Face à l'émergence des phénomènes de bandes et la progression des violences urbaines, l'État a engagé à La Réunion, de manière relativement rapide et visible, une réponse articulée autour de deux axes complémentaires : d'une part, le renforcement des effectifs et, d'autre part, une évolution de la doctrine d'emploi, fondée sur une présence accrue au plus près des habitants. Les forces de sécurité intérieure ainsi mobilisées ont pour mission d'éviter tout enracinement durable des logiques de territorialisation violentes.
Dans cette perspective, La Réunion a bénéficié d'un renforcement ciblé de ses moyens de sécurité, notamment dans le cadre du plan national de création de 200 brigades de gendarmerie, qui prévoyait la création de 22 brigades territoriales ou mobiles outre-mer, dont quatre au bénéfice de ce territoire.
Implantation de quatre nouvelles « BTM » dans le cadre du plan « 200 brigades »
Source : préfecture de La Réunion.
La brigade territoriale mobile implantée en mai 2024 dans le quartier de Bras-Fusil à Saint-Benoît, où les rapporteurs se sont rendus afin notamment de s'entretenir avec le colonel Christophe Heurteubise, constitue à cet égard une expérience emblématique : composée de six militaires, et censée comporter des locuteurs shimahorais, elle est installée au coeur du quartier et privilégie le contact direct avec les habitants. Sa localisation particulière favorise une présence visible et continue et vise ce faisant à restaurer la confiance et à prévenir les affrontements en amont.
Déployée pour répondre aux problématiques de violences urbaines constatées depuis 2019, la brigade s'est progressivement implantée dans le quartier sensible de Bras-Fusil, en axant son action sur la proximité et le contact avec les habitants. Les militaires organisent notamment la présence en « équipements de proximité de rue », participent à la sécurisation des abords des établissements scolaires (plan « école tranquille »), avec lesquels la gendarmerie locale a conclu des partenariats pour y mener des actions de prévention régulières.
Le positionnement spécifique des militaires de la brigade et leur contact privilégié avec les habitants du quartier leur permettent également, en lien avec les acteurs coordonnés par le conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance (CLSPD) de la commune de Saint-Benoît, d'identifier des situations naissantes de délinquance et d'intervenir de manière précoce pour assurer un traitement « alternatif » des faits de violence. De la même façon, leur connaissance du terrain et de la population favorise la collecte de renseignements et le recueil d'informations utiles pour les services de la police judiciaire.
D'après les équipes rencontrées sur place, l'implantation de la brigade et la relation de confiance qu'elle a tissée avec la population ont un effet « apaisant » dans ce quartier sensible et a contribué à l'amélioration du cadre de vie.
Des opérations de sécurisation d'ampleur ont parallèlement été conduites, dans le cadre notamment des opérations dites « Place nette » menées depuis janvier 2024 dans les communes du Port, de Saint-André, Saint-Benoît, Saint-Denis, Saint-Paul et Saint-Pierre. Conduites en étroite coordination avec l'autorité judiciaire, ces opérations visent à lutter contre la délinquance de proximité, à reconquérir l'espace public et à restaurer le cadre de vie des habitants.
Elles mobilisent l'ensemble des forces de sécurité intérieure - police nationale et gendarmerie nationale - avec le concours des polices municipales, ainsi que plusieurs partenaires institutionnels et privés, notamment les transporteurs et les bailleurs sociaux. Elles reposent sur une action coordonnée et multidimensionnelle : contrôles des parties communes et des caves d'immeubles, contrôles d'identité sur réquisition du procureur de la République, recours à des équipes cynophiles spécialisées dans la détection d'armes et de stupéfiants, contrôles administratifs de commerces, sécurisation des transports en commun et enlèvement systématique des véhicules dits « ventouses ».
En février 2025, le préfet a présenté son plan départemental de restauration de la sécurité du quotidien (PADRSQ) décliné localement sous l'intitulé « #Etatyprotezanou », et dont le plan « anti-bandes » constitue la déclinaison la plus structurée de cette stratégie, en ayant pour objectif de renforcer la lutte contre les stupéfiants, le phénomène de bandes et les violences urbaines.
Au coeur du dispositif figure la cellule départementale anti-bandes (CDAB), réunie à dix-neuf reprises depuis sa création sous le pilotage du directeur de cabinet du préfet. Cette instance assure un suivi individualisé des personnes signalées et coordonne les contrôles administratifs croisés (caisse d'allocations familiales - CAF, droit au séjour, bailleurs sociaux, protection de l'enfance).
Le bilan de la cellule départementale anti-bandes
Selon les éléments communiqués par le préfet à la mission166(*), la CDAB « a permis une structuration complète de la réponse publique » et, depuis février 2025 :
- 350 000 heures167(*) de présence des forces de l'ordre sur le terrain ont été comptabilisées ;
- près de 900 opérations de sécurisation ont été menées ;
- 148 individus ont été signalés ;
- 138 contrôles CAF ont été réalisés ;
- 25 bailleurs sociaux et 2 employeurs ont reçu un signalement ;
- la cellule départementale de recueil des informations préoccupantes (CRIP) a été saisie 26 fois ;
- plusieurs expulsions ont été engagées.
Source : préfecture de La Réunion
Au-delà des chiffres, la préfecture met en avant une évolution de méthode : présence renforcée pendant les périodes sensibles, interventions rapides pour prévenir les affrontements relayés sur les réseaux sociaux, meilleure articulation avec les polices municipales et implication accrue des acteurs sociaux. À ce titre et dans le cadre du plan, a également été mise en place depuis le 15 juillet 2025 une « brigade anti-criminalité (BAC) territoriale », composée de 25 agents voués à intervenir dans les différentes circonscriptions de l'île, et non plus seulement à Saint-Denis.
b) Des avancées réelles mais encore fragiles face aux bandes, à consolider par une mobilisation durable et soutenue des moyens de la sécurité réunionnaise
(1) Des réels progrès, qui ne doivent pas masquer les difficultés structurelles auxquelles est confrontée la cohésion sociale de l'île
Les services de l'État mettent en avant un premier bilan jugé encourageant de la stratégie engagée depuis 2024. Selon les éléments communiqués par la préfecture, le phénomène des bandes serait aujourd'hui « en voie de disparition », même si certaines activités se seraient déplacées vers des trafics moins visibles.
La baisse de la part des mineurs mis en cause - passée de 12 % à 8 % entre 2022 et 2025 - est présentée comme un indicateur encourageant de l'efficacité des mesures engagées. L'absence d'évènement majeur survenu durant les vacances scolaires de mars 2025, période traditionnellement sensible sur le territoire, est également interprétée comme un signal positif d'apaisement.
Ces résultats demeurent toutefois fragiles. Le développement du trafic de stupéfiants et la crainte de voir émerger des guerres de territoire constituent des facteurs de vigilance identifiés par le préfet. Les affrontements communautaires survenus en juillet 2025 dans le quartier du Champ Fleuri à Saint-Denis ont rappelé que des tensions pouvaient resurgir rapidement.
La suppression, par la loi n° 2025-797 du 11 août 2025 de programmation pour la refondation de Mayotte lors de son examen à l'Assemblée nationale, à l'horizon 2030, du « visa territorialisé » à Mayotte nourrit en outre des craintes parmi certains élus réunionnais, qui alertent sur le risque d'un transfert des difficultés mahoraises à La Réunion.
Le « visa territorialisé » à Mayotte
Un régime particulier existait jusqu'à présent en matière de séjour des étrangers à Mayotte : les titres de séjour délivrés par le représentant de l'État « n'autoris[aient, sauf exception] le séjour que sur le territoire de Mayotte » (article L. 441-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile). Cela signifiait concrètement qu'un étranger entré légalement sur le territoire mahorais et titulaire du titre de séjour afférent était dans l'obligation d'obtenir une autorisation spécifique pour quitter le territoire de Mayotte et se rendre dans un autre département français.
Ce régime dérogatoire au droit des étrangers était justifié par la situation migratoire exceptionnelle de Mayotte, marquée par une forte pression migratoire en provenance, notamment, des Comores. Le « visa territorialisé » permettait ainsi de limiter la circulation vers les autres départements français des étrangers admis à séjourner à Mayotte, en empêchant que les titres délivrés localement n'ouvrent automatiquement un droit de circulation et d'installation sur l'ensemble du territoire national.
Dans le cadre de l'examen du projet de loi de programmation pour la refondation de Mayotte, l'Assemblée nationale a adopté un amendement, intégré au texte définitif, prévoyant la suppression du titre territorialisé à compter du 1er janvier 2030.
Dans son rapport de 2025, la délégation sénatoriale aux outre-mer relevait, à cet égard, « [qu'à] La Réunion, la difficile cohabitation entre certaines communautés, notamment mahoraises et comoriennes, attise les violences urbaines et les phénomènes de ghettos. Le vivre-ensemble réunionnais si souvent mis en exergue vacille. La société multiculturelle réunionnaise ne connaît en réalité pas ou peu l'immigration. La succession des crises à Mayotte nourrit la peur d'une importation à La Réunion des violences et de la délinquance causées par l'afflux des jeunes Mahorais venus chercher refuge dans le département [...]. La crainte d'un effet de contagion, ainsi que d'une mobilisation de moyens de La Réunion en faveur de Mayotte, pénètre désormais dans le champ politique ».
(2) Des leviers pour consolider les résultats obtenus et donner aux autorités publiques les moyens d'agir plus efficacement
Dans ce contexte, la consolidation des résultats obtenus suppose une mobilisation complète et pérenne des effectifs et des outils disponibles. Le maintien d'une présence soutenue sur le terrain, la poursuite des opérations coordonnées et l'activation systématique des leviers administratifs - contrôles croisés avec les CAF, signalements aux bailleurs sociaux, saisine de la CRIP - apparaissent déterminants pour préserver la cohésion sociale et l'ordre public réunionnais.
En premier lieu, plusieurs mesures pourraient être envisagées pour améliorer l'efficacité de la réponse étatique face aux phénomènes de bandes et aux violences commises par les mineurs.
Des leviers administratifs plus directs et dissuasifs en matière de responsabilisation des familles pourraient être introduits. Ainsi, comme le suggère notamment le préfet de La Réunion, une possibilité de suspendre tout ou partie des allocations familiales en cas de carence éducative avérée constituerait un outil adapté pour répondre à l'augmentation des violences commises par les mineurs. Il s'agirait d'un mécanisme ciblé et temporaire de suspension des allocations familiales dès lors que deux conditions sont réunies : d'une part, un mineur a fait l'objet d'une condamnation pénale définitive et, d'autre part, les services compétentes ont constaté l'existence d'une carence éducative manifeste de la part des représentants légaux.
En outre, les rapporteurs ont été alertés sur le phénomène des « taties ». D'après le préfet de La Réunion et les forces de gendarmerie rencontrées sur place, il s'agit de personnes résidant à La Réunion et auxquelles sont confiés plusieurs enfants Mahorais mineurs, qui demeurent ensuite sur le territoire réunionnais en l'absence de leurs parents. Dans de nombreux cas, cela favorise des situations de « délaissement », les « taties » censées assurer l'entretien des enfants ne remplissant pas toujours leurs obligations familiales.
Confrontés à ces situations, les services de l'État entendent s'assurer que les personnes bénéficiaires des allocations familiales veillent effectivement à l'entretien des enfants dont elles ont la charge, afin notamment de lutter contre les situations de délaissement. Pour autant, et en dépit de la gravité de la situation, les enquêtes conduites par les CAF n'ont pas permis d'établir des situations de fraudes avérées.
En droit commun168(*), applicable à La Réunion, les CAF peuvent décider dans certains cas et après enquête sociale de verser les prestations familiales à la personne qui assure l'entretien de l'enfant. Par dérogation, à Mayotte169(*), une décision de justice est exigée pour qu'une personne tierce soit reconnue comme assumant la charge effective et permanente de l'enfant. Compte tenu de la spécificité de la situation réunionnaise, de l'atteinte portée à l'intérêt supérieur des mineurs concernés et de l'ampleur des troubles à l'ordre public susceptibles d'en résulter, l'exigence d'une décision de justice pour reconnaître la « charge effective et permanente de l'enfant » pourrait être étendue au territoire de La Réunion.
Parallèlement, un renforcement des capacités d'expulsion administrative ou de résiliation de baux dans les logements servant de points d'ancrage à des phénomènes de bandes ou à des trafics pourrait permettre d'agir plus rapidement sur les foyers de tensions. Les services de l'État ont indiqué aux rapporteurs avoir conclu des conventions avec les principaux bailleurs sociaux afin de faciliter l'engagement de procédures d'expulsion locative en cas de troubles à l'ordre public répétés, notamment en lien avec la participation à des violences commises par des bandes.
Pour trois des rapporteurs, Muriel Jourda, Agnès Canayer et Olivier Bitz, cette initiative pourrait être accompagnée par le législateur en reconnaissant au préfet une faculté de se substituer au bailleur social pour saisir le juge aux fins de résiliation du bail locatif170(*). Cette vision n'est en revanche pas partagée par Audrey Linkenheld.
Recommandation n° 13 - renforcer l'arsenal administratif de lutte contre les troubles à l'ordre public résultant des violences entre bandes, via l'introduction de leviers plus directs et dissuasifs (suspension des allocations familiales, renforcement des capacités d'expulsion locative, etc.).
En second lieu, plusieurs initiatives mériteraient d'être consolidées afin de prolonger l'effort engagé. Le développement d'une police en mesure d'agir au plus près des habitants et de conduire des actions de proximité, à l'image de la brigade territoriale mobile implantée au coeur du quartier de Bras-Fusil à Saint-Benoît, en offre une parfaite illustration.
De manière complémentaire, les initiatives portées par les collectivités locales doivent être encouragées et facilitées. La création d'un centre de supervision urbain à Saint-Pierre, doté d'un réseau de vidéoprotection, ainsi que la mise en place de patrouilles communes associant police nationale et police municipale, illustrent l'efficacité et la pertinence de certaines initiatives locales et d'une coopération renforcée. Une meilleure association des polices municipales, dont la connaissance fine du terrain constitue un atout déterminant, apparaît à cet égard comme un levier structurant pour inscrire dans la durée les progrès constatés.
Recommandation n° 14 - encourager le développement d'une police capable d'assurer des missions de proximité et valoriser les initiatives locales, notamment par l'implantation de brigades au coeur des quartiers et le renforcement de la coopération avec les polices municipales.
* 160 Bernard Remy, « La délinquance à La Réunion : entre mythe et réalité », Université de La Réunion, 1999.
* 161 Georges André Baronce, « Les espaces de délinquance dans les villes réunionnaises : essai de modélisation », Université de La Réunion, 2012.
* 162 Préfecture de La Réunion, « Le bilan de la sécurité à la Réunion - année 2023 », 2024.
* 163 SSMI, « Géographie départementale de la délinquance en 2023 », janvier 2024.
* 164 Ibid.
* 165 Préfecture de La Réunion, communiqué de presse du 11 juillet 2025.
* 166 Chiffres au 12 janvier 2026.
* 167 Chiffres au 9 juillet 2025, selon le communiqué de presse de la préfecture « Lutte anti-bandes : un premier bilan encourageant, une mobilisation collective à poursuivre et amplifier », publié à la même date.
* 168 Article R. 513-2 du code de la sécurité sociale.
* 169 Article 6 de l'ordonnance n° 2002-149 du 7 février 2002 relative à l'extension et la généralisation des prestations familiales et à la protection sociale dans le Département de Mayotte.
* 170 Une mesure adoptée à l'article 62 de la loi n° 2025-532 du 13 juin 2025 visant à sortir la France du piège du narcotrafic dans le cas où « les agissements en lien avec des activités de trafic de stupéfiants de l'occupant habituel d'un logement troublent l'ordre public de manière grave ou répétée ».

