B. LES AFFRONTEMENTS ENTRE BANDES ET LES VIOLENCES URBAINES : UN PHÉNOMÈNE ÉMERGENT À ENDIGUER RAPIDEMENT
Longtemps préservée des formes les plus visibles de violences urbaines observées dans l'Hexagone, La Réunion voit apparaître depuis plusieurs années de nouvelles formes de conflictualité et de violences dans l'espace public.
Les actes de violence observés sur l'île ont nettement progressé au cours des dernières années : d'après les données communiquées à la mission par la préfecture, elles ont en effet augmenté de 16,5 % entre 2022 et 2023, de 9 % entre 2023 et 2024 puis de 4 % sur les dix premiers mois de l'année 2025.
D'intensité croissante, ces violences opposent régulièrement des groupes de jeunes, souvent mineurs, structurés autour de logiques de rivalités locales ou de tensions à dimension communautaire. Tant le préfet de La Réunion que certains élus locaux, à l'instar du maire de Saint-Benoît, attribuent en effet l'émergence de ces affrontements et violences urbaines à l'existence, dans certains quartiers, de tensions entre les communautés mahoraises et créoles.
Évolution des violences enregistrées à La Réunion
Source : commission des lois, d'après les données communiquées par la préfecture
Les pouvoirs publics ont rapidement pris la mesure de ce phénomène émergent et engagé une réponse visant à contenir la progression de ces violences.
Elle s'est en premier lieu traduite par un renforcement des moyens des forces de sécurité intérieure, La Réunion ayant bénéficié dans cette perspective de la création de quatre brigades de gendarmerie, dans le cadre du plan « 200 brigades ».
Visitée par la délégation, la nouvelle brigade de Bras-Fusil est implantée au coeur du quartier et privilégie le contact direct avec les habitants. Sa localisation particulière favorise une présence visible et continue, contribuant à restaurer la confiance et à prévenir les affrontements en amont.
Des opérations de sécurisation d'ampleur ont parallèlement été conduites, dans le cadre notamment des opérations dites « Place nette » menées depuis janvier 2024. Le préfet a également présenté, en février 2025, un plan départemental de restauration de la sécurité du quotidien (PADRSQ) décliné localement sous l'intitulé « #Etatyprotezanou », et dont le plan « anti-bandes » constitue la déclinaison la plus structurée.
Ces efforts ont produit des résultats encourageants, et permis de stabiliser certaines situations locales et faire reculer les affrontements entre bandes. Ces résultats demeurent toutefois fragiles, dans un contexte où le développement du trafic de stupéfiants fait craindre l'émergence des guerres de territoire. La suppression, par la loi du 11 août 2025, à l'horizon 2030, du « visa territorialisé » à Mayotte nourrit enfin des craintes parmi certains élus réunionnais, qui alertent sur le risque d'un transfert des difficultés mahoraises à La Réunion.
Afin de consolider les dispositifs existants dans la durée, l'arsenal administratif de lutte contre les troubles à l'ordre public résultant des violences entre bandes pourrait être renforcé, par l'introduction de leviers plus directs et dissuasifs (suspension des allocations familiales, renforcement des capacités d'expulsion locative, etc.) et le développement d'une police capable d'assurer des missions de proximité, sur le modèle de la nouvelle brigade du quartier de Bras-Fusil.
