C. LES VIOLENCES INTRAFAMILIALES À LA RÉUNION : UN PHÉNOMÈNE MASSIF ET STRUCTUREL, UNE RÉPONSE PUBLIQUE QUI DOIT S'AFFERMIR

1. Un phénomène massif et ancré, qui mobilise fortement les services de l'État

Les violences intrafamiliales constituent à La Réunion un phénomène d'une ampleur exceptionnelle : l'île est le deuxième département de France le plus touché (pour le taux de victimes rapporté à la population).

Profondément enraciné dans la société, ce phénomène est aggravé par l'alcoolisation. La consommation d'alcool intervient en effet dans près de 95 % des situations de violences intrafamiliales, en désinhibant les comportements violents et en amplifiant les tensions au sein des foyers. Ce phénomène cohabite en outre avec les violences sexistes et sexuelles, très présentes sur l'île, avec un taux de 1,95 pour 1000 habitants, contre 1,37 pour le reste du territoire français.

Le traitement des violences intrafamiliales exerce une pression considérable sur l'ensemble de la chaîne judiciaire et pénale, ainsi que sur les dispositifs d'accompagnement des victimes, puisqu'ils représentent 40 % de l'activité du tribunal, et 80 % de l'activité de la permanence du parquet.

Cette pression s'étend naturellement aux établissements pénitentiaires, la surpopulation carcérale s'élevant à 131 % en moyenne sur les trois établissements du territoire - une surpopulation en grande partie liée aux incarcérations ou placements sous contrainte liés aux violences intrafamiliales selon Noëlle Lebas, cheffe d'établissement adjointe de la maison d'arrêt de Saint-Pierre, visitée par la délégation.

2. En dépit d'une véritable prise de conscience, un fléau difficile à endiguer

Au cours des dernières années, l'action publique s'est organisée pour prendre en charge ce fléau, avec plusieurs progrès significatifs. Les forces de sécurité intérieure se sont dotées d'outils et d'unités plus dédiés, en témoigne la création sur le territoire de brigades de gendarmerie spécialisées dans les violences intrafamiliales, qui ont pour mission l'accueil des victimes, la conduite des enquêtes et l'orientation vers les dispositifs d'accompagnement médico-psychologique et social.

L'autorité judiciaire a quant à elle renforcé ses outils d'intervention et de suivi, dans une logique de réactivité accrue et de protection des victimes, avec la mise en place d'une véritable « spécialisation VIF » qui a permis d'améliorer le fonctionnement quotidien de la chaîne pénale. Le tribunal judiciaire met également en oeuvre une réponse pénale graduée plus réactive et dissuasive, fondée sur l'utilisation renforcée des procédures rapides, et selon Bertrand Pagès, la « sévérité des peines prononcées en matière de VIF » produit désormais un « effet dissuasif » notable.

En parallèle, la prise en charge sociale, sanitaire et psychologique des victimes s'est progressivement professionnalisée, avec le développement de structures dédiées et de dispositifs d'accompagnement adaptés.

Ces avancées demeurent toutefois entravées par des contraintes structurelles importantes, au premier rang desquelles figure l'insuffisance des capacités d'hébergement d'urgence, qui limite parfois les possibilités de mise à l'abri des victimes.

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