C. AGIR PLUS MASSIVEMENT SUR LES FACTEURS STRUCTURELS : DÉSENCLAVEMENT, SÉCURITÉ ET BIENS COMMUNS RÉGIONAUX

1. Le désenclavement, prérequis de toute intégration régionale
a) Créer un marché commun des transports aériens

La question de la connectivité, dans toutes ses dimensions (aérienne, maritime, numérique et commerciale), devrait être l'objectif prioritaire de la coopération océanienne.

Lors du déplacement de la délégation dans le Pacifique, les entretiens ont beaucoup tourné autour de ce sujet. Le directeur général de la CPS notamment, Paula Vivili, a regretté que son organisation n'y ait pas apporté de réponse et admis que le « coût est un défi ».

Chaque collectivité française tend à développer ses propres projets. En Polynésie, la Route du Corail prévoit la création d'une ligne aérienne au départ de la Polynésie française desservant les îles Cook, Tonga, Samoa et Fidji, sa destination finale. Une étude de faisabilité de cette nouvelle ligne a permis de valider plusieurs prérequis à son lancement : l'existence d'un marché porteur, l'intérêt marqué par plusieurs compagnies aériennes et offices du tourisme, le soutien des autorités de l'aviation civile et de gestion des plateformes aéroportuaires des territoires et États concernés. La compagnie Air Tahiti s'est officiellement positionnée pour opérer cette nouvelle ligne.

Le projet polynésien s'inscrit clairement à l'échelle régionale et englobe le volet économique (maintenance et connectivité numérique).

Moetai Brotherson a confirmé que la Polynésie a signé en octobre 2025 un Memorandum of Understanding (MoU), ou protocole d'entente, avec l'État et la compagnie domestique historique Air Tahiti pour établir sur la plateforme aéroportuaire de Tahiti-Faa'a ce qui doit être à la fois un centre de formation aux métiers de la maintenance aéronautique et un centre de maintenance pour les avions de transport régionaux (ATR) qui, outre la Polynésie française, desservent plusieurs réseaux domestiques dans le Pacifique, en particulier en Nouvelle-Calédonie et aux Fidji. « Nous entendons ainsi devenir le point focal de ces opérations de maintenance » a-t-il affirmé, offrant une alternative aux deux grands pôles actuels (Auckland et Singapour).

Le projet s'inscrit dans une stratégie à long terme :

- régionale : permettre à la Polynésie française de mieux s'intégrer dans son environnement Pacifique et de se « réancrer durablement dans le Grand Pacifique ». L'accord ouvre la voie à une meilleure connectivité avec Samoa, Tonga et Fidji ;

- économique : faciliter le commerce, l'investissement et les échanges humains, notamment via des circuits touristiques combinant Tahiti et les Îles Cook, ou des connexions depuis l'Australie vers la Polynésie via les Cook ;

- géopolitique : la Polynésie française a pour ambition d'être plus présente dans les organisations régionales au cours des années à venir. Lors du dernier FIP, qui s'est tenu à Honiara dans les îles Salomon en septembre 2025, le président polynésien a proposé que la réunion du FIP en 2031se tienne pour la première fois en Polynésie française.

La Nouvelle-Calédonie est aussi impliquée dans plusieurs projets majeurs à l'échelle du bassin Pacifique avec le renforcement des liaisons aériennes internationales de la compagnie Aircalin (et la restructuration de la desserte aérienne intérieure).

Même si ce réaménagement se heurte à des difficultés. Lors de son déplacement en avril dernier, la desserte aérienne intérieure était à l'arrêt en raison de blocages des aérodromes de Lifou, Maré, Ouvéa et de l'île des Pins. Un projet de transfert des opérations d'Air Calédonie de l'aérodrome urbain de Nouméa-Magenta vers l'aéroport international de La Tontouta, présenté comme par le gouvernement « crucial pour la survie économique de la société », suscite de vives tensions avec les collectifs d'usagers et les autorités coutumières. La compagnie domestique Air Calédonie a depuis été placée en redressement judiciaire.

Il est à noter que Air Calédonie, exploitant également des ATR, propose un centre de maintenance similaire à la Polynésie mais tourné vers la région mélanésienne, à la faveur du transfert de son activité sur la plateforme aéroportuaire de La Tontouta en Nouvelle-Calédonie.

Pourtant force est de constater que Suva reste mieux desservie que Nouméa ou Papeete. La capitale des Fidji est en effet le hub régional majeur dans le Pacifique Sud. Elle bénéficie de vols directs et réguliers vers plusieurs destinations du Pacifique (Australie, Nouvelle-Zélande, Samoa, Tonga, etc.) et même au-delà (via Nadi, l'autre aéroport international fidjien). Les tarifs sont souvent plus compétitifs avec une concurrence accrue entre compagnies (Fiji Airways, Virgin Australia, Air New Zealand, etc.), à l'inverse de Nouméa qui dépend principalement d'Aircalin pour ses liaisons internationales, avec des vols moins fréquents et plus chers, vers l'Australie, la Nouvelle-Zélande ou Wallis-et-Futuna.

Comme l'a souligné la Chambre territoriale des comptes en 2025, la Nouvelle-Calédonie souffre d'un manque de stratégie claire pour sa desserte aérienne et maritime. Les subventions publiques sont mal optimisées, et les infrastructures (aéroports, ports) sont moins développées qu'à Suva, où les investissements sont plus importants pour soutenir le tourisme et le commerce. La Chambre relevait la nécessité d'une stratégie de desserte aérienne du territoire.

Deux autres projets, plus limités mais allant dans le sens de l'intégration régionale, sont défendus par la diplomatie française :

- la création d'un Master en management du transport aérien, sous l'égide de l'école nationale française de l'aviation civile (ENAC), conçu comme un socle commun de formation pour créer de futures synergies régionales. La Direction générale de l'aviation civile de France (DGAC) et l'Autorité de l'aviation civile de Singapour (CAAS) ont annoncé le lancement en 2026 de ce programme dispensé conjointement par l'École nationale de l'aviation civile (ENAC) et l'Académie de l'aviation de Singapour (SAA). Il vise à fournir une formation entièrement gratuite et de haut niveau aux cadres de l'aviation civile les petits États insulaires du Pacifique, contribuant ainsi au développement économique régional et à l'amélioration des normes de l'aviation civile dans la région. Une dizaine d'Etats et territoires ont désigné des cadres à former : Fidji, Îles Cook, Niue, Samoa, Îles Salomon, Tonga, Vanuatu, Tuvalu, Polynésie française ;

- l'accès des aéroports des Etats insulaires du Pacifique Sud à la classification « Airport Carbon Accreditation » qui prévoit un accompagnement sur-mesure par la France pour un verdissement des activités aéroportuaires dans le Pacifique. La mise en oeuvre de cet accompagnement nécessite au préalable de la part des autorités aéroportuaires d'adresser à l'AFD une requête. Les autorités de Nauru et de Tonga auraient manifesté leur intérêt.

Mais c'est la desserte aérienne de Wallis-et-Futuna en particulier qui reste problématique.

Wallis est reliée trois fois par semaine à la Nouvelle-Calédonie et une fois par semaine à Fidji, sans liaison maritime de passagers. Futuna, distante de 230 kilomètres, est reliée six jours sur sept à Wallis par des Twin Otter à faible capacité (12 à 14 passagers).

Dès que les vents de travers à Futuna dépassent les 10 noeuds, la sécurité des vols n'est plus garantie dans les phases critiques de décollage et d'atterrissage - les vols sont alors annulés et le risque est de se retrouver bloqué à Futuna plusieurs jours. Les déplacements des malades, des étudiants, des professionnels, des administratifs sont périlleux et il faut réserver au moins deux mois à l'avance pour espérer avoir une place. L'isolement de l'archipel contribue à son dépeuplement.

Les leviers de désenclavement existent pourtant selon les études réalisées. Il conviendrait par exemple de :

- moderniser l'aérodrome de Futuna pour accueillir l'ATR 42. De nombreux experts estiment en effet que l'appareil idéal pour desservir Futuna par presque tous les temps est l'ATR 42. Aux Fidji, un ATR 42 se pose sans difficulté à Labasa sur une piste courte comparable à celle de Futuna. Mais pour que la DGAC autorise ce type d'appareil, des aménagements aéroportuaires à Vele sont nécessaires. Ces investissements se heurtent actuellement à les contraintes foncières et supposeraient une très forte volonté politique ;

- créer une liaison directe Wallis-Fidji plus fréquente. Wallis est à seulement 730 kilomètres de Nandi (Fidji), hub régional majeur desservi par Qantas, Fiji Airways, Air New Zealand. Une liaison trois fois par semaine (au lieu d'une) offrirait : un accès aux soins à Suva ; une porte d'entrée vers Auckland et Sydney sans transiter par la Nouvelle-Calédonie ; un désenclavement commercial. Mais ceci suppose que Fiji Airways soit candidate à un projet de DSP69(*) et que des droits de trafic sont négociés entre la France et les Fidji ;

- ouvrir la concurrence sur la liaison Wallis-Nouméa. Les élus locaux plaident pour des liaisons ouvertes à plusieurs compagnies afin de briser le monopole actuel. Air Tahiti Nui, dans le cadre de l'accord-cadre Nouvelle-Calédonie-Polynésie française de novembre 2025, pourrait être associée à une desserte élargie, créant une concurrence sur cet axe et potentiellement une liaison directe Wallis-Papeete ;

- instaurer une continuité territoriale renforcée. L'État finance déjà la DSP inter-îles, mais les collectivités hors DROM comme Wallis-et-Futuna ont des dispositifs de continuité territoriale qui relèvent de la compétence propre du territoire. Une réforme alignant Wallis-et-Futuna sur le régime des DROM (obligations de service public encadrées nationalement, avec tarifs sociaux imposés) renforcerait les garanties pour les habitants.

Recommandation n° 15 : Désenclaver Wallis-et-Futuna :

- en aménagement de la piste de Futuna pour l'ATR 42 et la modernisation des systèmes de navigation ;

- en augmentant des fréquences Wallis-Fidji en négociant entre compagnies régionales (Air Calin, Air Tahiti, Fiji Airways) ;

en ouvrant la concurrence sur l'axe Wallis-Nouméa.

b) Développer les liaisons maritimes pour le fret et les passagers

Les ports ultramarins sont les poumons des territoires insulaires - 90 % des biens de consommation y transitent par la mer, et ce chiffre est encore plus élevé dans les petites îles du Pacifique. Les ports agissent comme des cordons ombilicaux, assurant aussi bien le fret que le trafic croisière et le cabotage.

Le transport maritime en Polynésie française affiche des progrès significatifs : la fréquentation passagers a augmenté de 20 % entre 2015 et 2024, le fret de 4 %. Le gouvernement de Polynésie a prévu un investissement de 20 milliards de francs CFP pour renouveler la flotte entre 2026 et 2028 : cinq navires neufs et un rénové répartis entre les Australes, les Marquises, les Tuamotu et les Gambier. Le modèle de référence reste l'Aranui, cargo mixte reliant Papeete aux Tuamotu et aux Marquises - le seul navire avec le Saporo à approvisionner ces îles reculées, transportant viande, légumes, matériaux de construction, véhicules et passagers en circuit fermé.

En Nouvelle-Calédonie, le port de Nouméa que la délégation sénatoriale a visité en compagnie du ministre Samuel Hnepeune, chargé des affaires maritimes et des infrastructures maritimes, portuaires et aéroportuaires, de la recherche et de la valorisation des ressources naturelles, de la formation professionnelle, s'étend sur plus de 1 000 hectares et est en pleine modernisation. Pour les liaisons inter-îles, deux bateaux tournent sur un planning mensuel seulement. Et la Nouvelle-Calédonie ne dispose pas de liaison maritime régulière vers les autres collectivités françaises.

Quant à Wallis-et-Futuna, il n'existe pas de liaison maritime entre les deux îles Wallis et Futuna. Le fret arrive par navire cargo une fois par mois environ depuis Nouméa ou Auckland, sans service passagers. Pourtant un rapport gouvernemental sur la desserte recommandait dès 2020 l'affrètement d'un ferry pour les boursiers lors des vacances scolaires, et l'étude de l'achat d'un bateau multi-missions assurant à la fois des missions régaliennes (sauvetage en mer, surveillance des pêches) et le transport de fret entre les deux îles.

Plusieurs possibilités connues d'amélioration existent pourtant :

- créer une ligne de cabotage franco-française entre les trois collectivités. Il n'existe aujourd'hui aucune liaison maritime directe entre Papeete, Nouméa et Wallis. La distance Wallis-Nouméa (2 000 kilomètres) et Wallis-Papeete (2 200 kilomètres) est grande mais parfaitement compatible avec un navire cargo-mixte de type Aranui ;

- intégrer Wallis-et-Futuna dans un circuit régional élargi vers les Fidji, Tonga et Samoa. Wallis est à 730 kilomètres des Fidji et à moins de 500 kilomètres de Tonga. Un navire pourrait desservir la boucle Wallis-Tonga-Samoa-Fidji avec escale mensuelle ;

- développer le port de Wallis en hub intermédiaire de transbordement. Wallis occupe une position géographique centrale dans le triangle Fidji-Tonga-Samoa-Nouvelle-Calédonie-Polynésie. Aujourd'hui sous-équipé, son port pourrait être modernisé pour servir de point d'escale aux lignes de cabotage régionales - notamment pour les navires desservant les Fidji depuis Auckland ou Sydney ;

- rationaliser le fret longue distance depuis l'Europe et l'Australie. CMA CGM dessert déjà Papeete et Nouméa sur une ligne hebdomadaire reliant l'Europe à l'Australie et à la Nouvelle-Zélande via la côte est américaine. Mais Wallis-et-Futuna n'est pas incluse dans ces grandes rotations. Négocier une escale de transbordement à Wallis sur ces lignes - même mensuelle - réduirait considérablement les coûts du fret actuellement acheminé via Nouméa avec des semaines de délai supplémentaire ;

- développer la croisière comme vecteur d'intégration régionale et de revenus. La croisière est un levier économique considéré comme sous-exploité pour les liaisons inter-collectivités.

Les collectivités françaises du Pacifique pâtissent de l'isolement tout comme la majorité des petits États insulaires. L'insertion dans les flux du commerce international est au coeur des enjeux communs de leur développement.

S'appuyant sur les initiatives de ses collectivités du Pacifique, la délégation suggère que la France lance enfin une grande initiative pour un Marché commun des transports afin de mobiliser les acteurs - publics et privés- et les financements afin d'améliorer la connectivité aérienne et maritime interinsulaire dans le Pacifique Sud.

Elle associerait les États volontaires, les trois collectivités françaises, les compagnies locales et l'Union européenne, avec une approche progressive et diplomatique auprès des autorités institutionnelles existantes (FIP, CPS) et serait financée avec notamment des fonds européens.

Recommandation n° 16 : Lancer une initiative pour la création d'un Marché commun des transports afin d'améliorer la connectivité aérienne et maritime interinsulaire dans le Pacifique Sud, associant les États, les trois collectivités françaises, les compagnies locales et l'Union européenne.

c) Accélérer la connectivité numérique

Les câbles sous-marins sont tout aussi essentiels pour compenser l'isolement physique des territoires du Pacifique.

La stratégie indopacifique française prévoit explicitement le renforcement des câbles sous-marins et de leur sécurité, avec la loi de programmation militaire 2024-2030 allouant 13 milliards d'euros aux outre-mer. L'AFD joue un rôle central en cofinançant les projets de câbles sous-marins. Des bailleurs régionaux comme la Banque Asiatique de Développement et l'Union européenne y contribuent aussi.

Plusieurs réalisations illustrent la dynamique déjà en cours :

- en Polynésie française, le câble Honotua (2010) a relié Tahiti au réseau mondial via Hawaï, puis le câble Natitua (2018) a connecté 20 îles supplémentaires des Marquises et des Tuamotu ; Natitua combine deux technologies : câbles sous-marins pour les îles principales, et liaisons satellite pour les îles les plus éloignées ;

- pour Wallis-et-Futuna, le câble Tui Samoa (1 600 kilomètres reliant Fidji à Samoa avec une escale à Wallis-et-Futuna) a ouvert l'accès au très haut débit mais connaît des difficultés. Les défaillances techniques et les perturbations ont freiné son adoption massive et son coût élevé (investissement initial et maintenance) pèse sur le budget territorial ;

- en Nouvelle-Calédonie, le câble Gondwana-2 a permis de sécuriser la connectivité internationale en ajoutant une route vers Fidji, après une dépendance exclusive au câble vers Sydney depuis 2008.

Le câble Tam-Tam, en 2026, inaugure une nouvelle génération en reliant le Vanuatu à la Nouvelle-Calédonie tout en embarquant des capteurs intelligents (technologie SMART) pour la surveillance sismique et environnementale. Ce projet comprend deux composantes : une composante de collecte de données environnementales et d'alerte sismique (« SMART »), et une composante classique de télécommunication (« TELECOM »). La partie SMART est financée par France 2030 à hauteur de 18 M d'euros. La partie telecom est en attente de financements (BEI). Au-delà de l'innovation technologique, le câble Tam-Tam incarne un nouveau modèle de coopération concrète entre acteurs publics et privés.

En Polynésie, Google installe actuellement huit câbles sous-marins au départ de Tahiti faisant du territoire un hub d'une connectivité sans précédent entre l'Amérique du Nord et l'Asie. Ils desserviront le Chili, la côte ouest des États-Unis, Guam, Fidji, l'Australie, ce qui positionne la Polynésie dans la région comme un hub numérique. Selon Moetai Brotherson, ces nouveaux câbles amèneront 50 fois plus de bande passante que celle disponible actuellement, rendant la Polynésie plus attrayante pour les entreprises et de nouvelles perspectives numériques.

Alors que la Polynésie semble bien partie pour devenir un hub mondial, et que la Nouvelle-Calédonie innove, Wallis-et-Futuna lutte encore pour garantir à ses habitants une connexion digne de ce nom.

Recommandation n° 17 : Concentrer les financements européens dans la région (prêts BEI, fonds NDICI, Mécanisme pour l'interconnexion de l'Europe...) sur les projets structurants à forte visibilité, notamment en matière de transports aériens et maritimes, de connectivité numérique et de souveraineté.

2. La sécurité : un levier de coopération régionale pour favoriser le développement

L'exercice par l'État de ses missions régaliennes dans ses collectivités (défense, sécurité) constitue un des atouts majeurs de l'influence française dans la région. Les actions dans ce domaine constituent un levier croissant et efficace de coopération régionale.

a) Surveillance et protection des ZEE : un enjeu souverain de première importance

On l'a vu, les Forces Armées en Polynésie Française (FAPF) et les Forces Armées de Nouvelle-Calédonie (FANC) constituent le pilier militaire de la présence française dans le Pacifique. La présence militaire française dans la région est significative « même s'il faut la relativiser par rapport à la 7e flotte basée au Japon ou au déploiement des forces australiennes, en coopération très étroite avec les Five Eyes » selon Véronique Roger Lacan.

Avec environ 1 800 personnels en Nouvelle-Calédonie et 1 300 en Polynésie française, elles assurent de nombreuses missions :

- protection de la population, du territoire et des eaux sous juridiction française sur un espace océanique immense (50 % des eaux sous juridiction française pour les seules FAPF) ;

- exercices militaires régionaux (Croix-du-Sud en Nouvelle-Calédonie, Marara en Polynésie française) à fort impact diplomatique ;

- coordination entre les deux forces (échanges hebdomadaires, soutien mutuel en cas de crise, exercices conjoints) ;

- déploiements vers l'Asie-Pacifique (Philippines, Hawaï, Amérique latine) portant la voix de la France au-delà du strict espace océanien.

Ces moyens devraient être renforcés par la future Loi de Programmation Militaire (LPM). Le renforcement capacitaire vise notamment la modernisation des moyens (drones, spatial, data) et l'arrivée attendue d'un A400M d'ici la fin de la décennie renforceront la mobilité et la capacité de projection.

Le commandement pour l'Asie-Pacifique est basé à Tahiti et un réseau d'attachés de défense se déploie dans les États insulaires (notamment à Fidji depuis 2024, non résident pour Kiribati, Samoa, Tonga et Nauru). En Polynésie française, les armées sont aujourd'hui les seules à disposer de moyens hauturiers.

En matière de sécurité régionale, il faut souligner l'importance de la création de l'Académie du Pacifique pour le rayonnement français dans la région.

Académie du Pacifique

Lors de sa visite dans la région en juillet 2023, le Président de la République avait annoncé le lancement d'une Académie du Pacifique, ayant pour mission de dispenser aux Etats du Pacifique un panel de formations couvrant un large spectre du domaine de la sécurité : protection civile, sûreté maritime, maintien de l'ordre, et défense.

Les premières activités (détachements opérationnels du MINARM aux Fidji, séminaire des garde-côtes à Tahiti) se sont tenues en 2024. Les activités sont centrées à Nouméa, mais l'Académie peut labelliser des formations dispensées ailleurs par nos opérateurs afin de s'articuler au mieux avec d'autres initiatives de nos partenaires comme l'Australie qui a ouvert un centre de coordination de la « Police du Pacifique » à Brisbane, auprès duquel est placé un coopérant français.

Pour 2025, un objectif de 500 stagiaires a été fixé, la programmation 2024 ayant permis de former plus de 300 stagiaires. Les stages sont organisés par les forces armées en Nouvelle-Calédonie (FANC), les forces armées en Polynésie française (FAPF), les garde-côtes ou les forces de l'ordre et de sécurité positionnés dans nos territoires (police, gendarmerie, sécurité civile). En parallèle, la DCSD mobilise son réseau de coopérants dans la région pour faciliter la participation à ces formations et en développer de nouvelles. Ces derniers sont positionnés à Melbourne (protection civile), Brisbane (Pacific Policing Initiative) et aux Fidji (centre de formation aux opérations de maintien de la paix). L'une des priorités identifiées pour l'avenir est d'étendre les formations à la lutte contre les trafics de stupéfiant.

La surveillance et la protection de la ZEE sont assurées par les forces armées dans le cadre de l'Action de l'État en Mer (AEM), dont les forces consacrent la moitié de leur temps en mer à des missions au bénéfice des États de la région.

Celle-ci permet de lutter en particulier contre la pêche illicite. Comme l'ont souligné les auditions, les ZEE françaises sont les seules zones exemptes de pêche illégale chinoise dans le Pacifique Sud. La France est le 2e contributeur au contrôle des pêches en haute mer au sein de l'organisation régionale WCPFC, après les États-Unis.

Les forces armées françaises effectuent des patrouilles maritimes dans les ZEE du Pacifique pour le compte de l'Agence des pêches du Forum des Îles du Pacifique. Celles-ci permettent de lutter contre la pêche illégale, non déclarée et non réglementée (INN). En vue d'agir en concertation plus étroite avec les Etats insulaires, la marine nationale travaille à rendre possible l'embarquement d'officiers des autorités locales lors de ces patrouilles (« shipriding »).

Le programme européen CRIMARIO III (Critical Maritime Routes in the Indian Ocean) complète ce dispositif. Il a été étendu au Pacifique (37 pays partenaires). Ce programme comprend plusieurs volets :

- diffusion du système IORIS (plateforme sécurisée et neutre de communication et de gestion des événements en mer) ;

- renforcement les capacités nationales de partage d'informations maritimes et de la coopération inter-administrations et régionale ;

- l'initiative SHARE.IT, qui vise à développer une solution technologique commune afin de relier les systèmes d'échange d'informations existants, en partenariat avec les centres de fusion de l'information de la région. L'Australie privilégie pour des raisons stratégiques l'utilisation de l'outil américain Sea Vision.

b) Lutte contre le narcotrafic et les dispositifs de concentration de poissons dérivants (DCP).

Lors du déplacement en Nouvelle-Calédonie, une séquence détaillée a été consacrée à la lutte contre le narcotrafic, phénomène en plein essor dans la région.

La Polynésie française en particulier se trouve sur la route de flux de trafics illicites transpacifiques entre le continent américain et l'Océanie. La densité de ce trafic s'est intensifiée récemment et des prises spectaculaires et sans précédent ont été réalisées.

L'« Équipe France » - armées, douanes, gendarmerie, police - constitue la réponse interministérielle à cette menace et montre des résultats en coordonnant les efforts :

- les FAPF disposent des moyens aéromaritimes ; les succès opérationnels de début 2026 illustrent l'efficacité de la coopération renforcée entre services français et partenaires étrangers (États-Unis, Australie) ;

- le Plan de lutte contre le narcotrafic du Haut-commissaire intègre un volet AEM (action de l'État en mer) avec des besoins interministériels supplémentaires en cours de traitement.

Même si des vulnérabilités persistent (contrôles de passagers non systématiques à l'aéroport de Tahiti-Faa'a ; trafic via voiliers difficile à détecter dans les îles Marquises) cette coopération horizontale et régionale donne des résultats et bénéficie à toute la région (Australie, Nouvelle-Zélande, Fidji).

Par ailleurs, aux limites de la ZEE , un véritable pillage des ressources halieutiques est organisée par des pêcheurs venus du sud est asiatique.Le phénomène des Dispositifs de Concentration de Poissons (DCP) dérivants lâchés par les navires de pêche (jusqu'à 700 par campagne pour un senneur chinois) constitue un enjeu à la fois économique (captation indirecte des ressources halieutiques polynésiennes) et environnemental (échouage sur les côtes). La réglementation internationale reste insuffisamment contraignante.

Il serait pertinent que les forces de sécurité françaises contribuent notamment par les moyens de surveillance satellitaire à des solutions au niveau régional.

Les dispositifs de concentration de poisson (DCP) dérivants

Il s'agit de radeaux. Posés sur l'océan, ils offrent une ombre propice sous laquelle se réfugient les petites espèces de poissons, qui attirent ensuite des espèces plus grosses. Schématiquement, les navires de pêche se placent au nord-est. Un senneur chinois peut lâcher jusqu'à 700 DCP dérivants par campagne de pêche. Ces DCP traversent notre ZEE, y captent une partie de la ressource halieutique pour l'amener en dehors, au sud-ouest de cette zone où d'autres navires attendent de la recueillir. C'est une capture indirecte d'une ressource qui échappe ainsi aux armements polynésiens.

L'enjeu est également environnemental. Une proportion non négligeable des DCP dérivants s'échoue en effet sur les côtes de nos îles, qu'ils polluent de leurs plastiques que nous n'avons pas les moyens techniques de collecter ni de traiter.

Le phénomène des DCP dérivants reste difficile à juguler, avec une réglementation internationale insuffisamment contraignante, et rien n'empêche les navires chinois de les utiliser.

L'emploi des dispositifs de concentration de poisson (DCP) dérivants contourne la protection assurée par les forces armées françaises. Comme l'a précisé Moetai Brotherson : les navires battant pavillon étranger pêchent aux abords de notre ZEE ; les relevés du trafic maritime tracent d'ailleurs de manière tout à fait éloquente les contours de cette dernière. C'est aujourd'hui l'emploi des dispositifs de concentration de poisson (DCP) dérivants qui conduit à nous interroger.

Il s'agit de radeaux. Posés sur l'océan, ils offrent une ombre propice sous laquelle se réfugient les petites espèces de poissons, qui attirent ensuite des espèces plus grosses. Schématiquement, les navires de pêche se placent au nord-est. Un senneur chinois peut lâcher jusqu'à 700 DCP dérivants par campagne de pêche. Ces DCP traversent notre ZEE, y captent une partie de la ressource halieutique pour l'amener en dehors, au sud-ouest de cette zone où d'autres navires attendent de la recueillir. C'est une capture indirecte d'une ressource qui échappe ainsi aux armements polynésiens ».

L'enjeu est également environnemental. Une proportion non négligeable des DCP dérivants s'échoue en effet sur les côtes de nos îles, qu'ils polluent de leurs plastiques que nous n'avons pas les moyens techniques de collecter ni de traiter.

Le phénomène des DCP dérivants reste difficile à juguler, avec une réglementation internationale insuffisamment contraignante, et rien n'empêche les navires chinois de les utiliser.

Recommandation n° 18 : Lutter, par une coopération sécuritaire régionale renforcée, contre les fléaux du narcotrafic et des dispositifs de concentration de poissons dérivants (DCP).

c) Interventions humanitaires, gestion des crises, sécurité civile

On rappelle pour mémoire l'accord FRANZ (France, Australie, Nouvelle-Zélande) et les dispositifs ESIWA+ et CRIMARIO III qui structurent la coopération en matière de gestion des crises climatiques et humanitaires.

Par ailleurs, les forces françaises maintiennent une capacité d'intervention humanitaire rapide dans toute la région, illustrée par les exercices annuels Marara (Polynésie, années paires) et Croix-du-Sud (Nouvelle-Calédonie, années impaires).

Sur la cybersécurité, l'Académie du Pacifique (siège à Nouméa) forme les partenaires régionaux. La coordination avec l'USINDOPACOM est facilitée par le fuseau horaire partagé entre Tahiti et Hawaï.

Comme l'a souligné Mme Marianne Péron-Doise, « nous sommes devenus une puissance innovante qui a intégré sa dimension insulaire, tout en conservant son rôle de grande puissance. D'un côté, nous envoyons le porte-avions Charles-de-Gaulle ou des frégates participer à des exercices qui nécessitent des moyens et des plateformes sophistiquées ; de l'autre, nous sommes aussi une nation insulaire qui lutte avec ses voisins contre le changement climatique, protège ses stocks de pêche - et donc lutte contre la pêche illégale - et fait avancer un certain nombre de traités internationaux contre l'impact du changement climatique sur les océans ».

Grâce à ces actions, la France apparait comme une puissance partenariale. Le discours et les actions se font au profit des populations et plus uniquement sur nos capacités militaires.

Comme l'a souligné le commandant Gabriel Soubrier, à Nouméa, il existe une forte coopération entre les FANC et les FAPF, ce qui renforce la fiabilité des actions.

Les liens avec le FANC sont constants et se traduisent par des échanges hebdomadaires afin de coordonner les activités, préparer les échéances conjointes notamment internationales et se soutenir mutuellement.

Si chaque force dispose de zones de responsabilités permanentes au sein desquelles elles sont chargées de conduire des opérations et de coopérer avec leurs partenaires, il existe un besoin de coordination interzones et de mise en cohérence de l'action de la France.

Les FANC sont ainsi actives et en « lead » dans le monde océanien ; ses voisins sont proches et disposent de forces de défense. Elles assurent le plus souvent la représentation des deux forces dans les réunions internationales. Le siège de l'Académie du Pacifique à Nouméa correspond à cette situation, ce qui renforce le besoin de coordination et de travail main dans la main avec les FAPF.

En cas d'évènement climatique ou de crise, les FAPF peuvent être amenées à soutenir les FANC, comme cela a par exemple été le cas lors d'un glissement de terrain survenu en PNG en 2024.

Ce soutien mutuel fonctionne dans les deux sens. Les FANC mettent à disposition des moyens pour opérer en zone Asie Pacifique au profit du commandement basé à Tahiti.

À Nouméa, la délégation a aussi participé à une réunion très riche avec l'Ordre de Malte et le dispositif PIROPS au cours de laquelle il a été exposé les dispositifs de premiers secours envisageables pour les réfugiés climatiques, préoccupation croissante de la région.

Ce sujet de la sécurité civile prend en effet de l'ampleur et la France y prend pleinement sa part. Elle a lancé lors de la COP21 en 2015 l'initiative Climate Risk and Early Warning Systems (CREWS). Cette initiative vise à développer les systèmes d'alerte précoce aux catastrophes climatiques dans 74 États vulnérables, en particulier les petits États insulaires en développement dont l'ensemble du Pacifique, en renforçant leurs capacités de prévision hydrométéorologique et les services de gestion des risques. CREWS rassemble à ce jour 9 Etats contributeurs et plusieurs observateurs dont les Etats-Unis via USAID. L'objectif initial de CREWS de mobiliser 100 millions USD en faveur d'alerte a été atteint en 2022 (dont 35M USD de contribution française).

Mme Marianne Péron-Doise l'a rappelé : « Nous répondons à la hausse du niveau de la mer non seulement par une action d'urgence sur le plan humanitaire, mais aussi en participant à des études conjointes pour renforcer la connaissance de nos territoires et de celle de nos voisins. La Nouvelle-Calédonie joue un rôle de plateforme humanitaire en cas d'urgence dans la région. Ce rôle extrêmement important tend à se renforcer, en coopération avec l'Australie, la Nouvelle-Zélande et nos partenaires régionaux ».

3. Le partage de solutions adaptées en faveur des « biens communs » du Pacifique

La conscience d'une identité océanienne s'exprime dans la notion devenue courante de « biens communs du Pacifique ». Elle renvoie principalement à la gestion collective et partagée des ressources naturelles, culturelles et environnementales par les sociétés insulaires de la région.

Grâce à ses outre-mer, la France est très sensibilisée à cette approche. Face à des puissances jugées prédatrices ou arrogantes, elle peut se prévaloir d'engagements tangibles : son rôle historique au sein de la CPS, des programmes environnementaux phares (PROE, Kiwa), et des avancées dans le domaine de la protection juridique70(*).

Pour renforcer l'efficacité et la visibilité de leurs actions, la France et les collectivités pourraient cibler encore davantage des solutions concrètes pour la préservation des biens communs des populations océaniennes.

A la suite de ses auditions et de son déplacement dans le Pacifique la délégation considère que cinq domaines en particulier sont à privilégier : l'économie bleue ; la formation et la recherche ; le sport, et la culture.

La France et ses collectivités peuvent jouer un rôle prépondérant car elles disposent d'atouts indéniables : antériorité, outil diplomatique, positionnement au sein de l'Union européenne et des instances internationales.

a) L'économie bleue

Dès 2022, la France a oeuvré en faveur d'une diplomatie bleue. Elle a participé à des discussions de haut niveau, notamment dans le cadre de l'ONU. Celles-ci ont abouti cette année à la mise en oeuvre du Traité sur la haute mer et à un renforcement des capacités régionales de lutte contre la pêche illégale, un fléau dans la région.

Comme l'a souligné Mme Purcarescu, « la diplomatie bleue a trouvé un écho au sein de l'Union européenne lorsque cette dernière a publié sa stratégie de coopération indopacifique. On y voit la marque de l'influence française, avec un positionnement très fort sur la diplomatie maritime, les coopérations, mais aussi une offre qui, sans contrebalancer le projet chinois de Belt and Road Initiative, propose une alternative ».

La France et ses territoires du Pacifique jouent un rôle actif et complémentaire dans la promotion d'une économie bleue durable, avec un focus sur la gestion scientifique des stocks de poissons, la lutte contre la pêche illégale, et la coopération régionale pour une exploitation équitable et respectueuse des écosystèmes marins.

Parmi les actions françaises récentes pour l'économie bleue on peut citer :

- la feuille de route pour l'économie bleue ultramarine à horizon 2030 : signée en juin 2025 lors de la Conférence des Nations unies sur l'Océan à Nice, cette feuille de route vise à accompagner le développement durable des activités maritimes dans les outre-mer, en alignement avec la Stratégie nationale pour la mer et le littoral (SNML) 2024-2030. Elle inclut des mesures pour la protection des écosystèmes marins, la valorisation des ressources halieutiques, et la coopération régionale avec les États voisins du Pacifique ;

- la création d'aires marines protégées (AMP) : grâce à ses outre-mer, la France a pu s'engager à protéger 100 % de ses récifs coralliens dans le Pacifique (70 % des stations suivies en bon état en Nouvelle-Calédonie, Polynésie française et Wallis-et-Futuna). L'objectif, très ambitieux, est d'atteindre 15 % de la surface maritime sous protection forte dès 2026, en intégrant les enjeux de biodiversité et de pêche durable.

Concernant la gestion des ressources halieutiques, on peut relever :

- afin d'éviter la surexploitation et à préserver les écosystèmes marins, la France applique des quotas et des plans de gestion pour les espèces menacées (thon rouge, thon obèse), en coordination avec les organisations régionales de gestion des pêches (ORGP) comme la Commission des pêches du Pacifique occidental et central (WCPFC) ;

- elle procède à des contrôles renforcés : plus de 3 000 contrôles annuels sont réalisés en outre-mer pour lutter contre la pêche illégale, non déclarée et non réglementée (INN), avec un accent sur la protection des ZEE du Pacifique.

En complément elle soutient la recherche et l'innovation :

- avec le développement de systèmes de suivi des ressources halieutiques en partenariat avec la CPS et les services locaux, pour une gestion basée sur des données scientifiques (évaluation des stocks, impact des changements climatiques) ;

- le soutien à des programmes comme Tech4Islands (technologies pour les îles) et PIURN (recherche universitaire), qui intègrent des solutions pour une pêche durable et une aquaculture raisonnée.

Dans ce domaine, la France pourrait aller plus loin. Au cours des auditions, plusieurs pistes ont été signalées, comme élargir et renforcer les aires marines protégées (AMP) ou renforcer la recherche scientifique afin d'améliorer la connaissance des stocks halieutiques et des impacts du changement climatique (acidification, réchauffement) avec l'IRD et l'Ifremer.

Des exemples ultramarins concrets peuvent être reproduits ou amplifiés comme :

- le modèle de gestion coutumière des lagons par les communautés kanaks de la Nouvelle-Calédonie a permis de préserver des zones de pêche traditionnelles. Ce modèle pourrait être étendu à d'autres territoires, avec un appui juridique et scientifique de l'État ;

- les AMP de Polynésie française : les « rahui » (zones marines gérées par les communautés) pourraient inspirer un réseau plus large d'aires protégées participatives dans le Pacifique.

La création de zones maritimes particulièrement vulnérables (ZMPV), citée par le président Brotherson, devrait être davantage soutenue : « À la suite de la dernière Conférence des Nations Unies sur l'Océan (Unoc) réunie à Nice en juin 2025 et après avoir créé les aires marines protégées (AMP) les plus vastes au monde, nous entendons instaurer de telles ZMPV pour protéger certaines de nos îles du trafic de navires qui transportent parfois des marchandises dangereuses au large des côtes. Imaginez qu'un pétrolier ne sombre à quelques milles nautiques de l'atoll d'Arutua dont la perliculture est la seule activité économique. »

Mais il a exprimé un fort regret : « à ce jour, la seule contribution financière que nous avons reçue pour nous aider à l'instauration des AMP est venue d'une association d'ONG, dont le fonds Bezos pour la Terre et le projet Héritage des océans de Pew et Bertarelli. Son montant était de 15 millions de dollars, soit approximativement 1,5 milliard de francs Pacifique. Force est de constater que l'État n'est pas au rendez-vous, ce qui est quelque peu frustrant après le succès de la dernière Unoc. C'est une invitation que je lance... ».

b) L'environnement et l'adaptation au changement climatique

La préoccupation environnementale est centrale dans la région. Domaines prioritaires dans le Pacifique, l'environnement et l'adaptation au changement climatique font l'objet de très nombreux projets, programmes, initiatives pour lesquels la France a souvent ouvert la voie.

Les projets phare de la France dans le Pacifique visent actuellement à cibler la résilience des écosystèmes et des populations face au changement climatique.

Il s'agit d'un projet phare de la diplomatie climatique française (la France en est le premier contributeur avec 40 M€). En 2026, la France a renforcé son engagement avec une contribution supplémentaire de 14 millions d'euros pour soutenir de nouveaux projets en Nouvelle-Calédonie et en Polynésie française.

La question de la protection des zones côtières préoccupe particulièrement les archipels. La Polynésie continue à travailler sur les zonages côtiers. Ce combat est commun avec les petits Etats archipélagiques menacés de disparition comme Tuvalu ou Kiribati.

La Polynésie peut être considérée comme précurseur voir modèle dans ce domaine.

Initiatives de la Polynésie française en matière d'adaptation au changement climatique

Une mission d'assistance à maîtrise d'ouvrage de 18 mois, pilotée par la Direction de l'Environnement (DIREN) et financée par l'AFD, est en cours afin de définir une trajectoire d'adaptation multisectorielle, fondée sur l'analyse des politiques publiques existantes, l'identification de solutions adaptées aux contextes insulaires et l'élaboration d'un plan d'actions structuré.

Plusieurs projets financés par la France et l'Union européenne (UE) sont déjà en cours ou récemment achevés sur ce territoire :

- sur la connaissance du risque climatique, le projet CLIPSSA, porté par l'IRD et Météo-France, financé par l'AFD à 2,3 M€, vise à modéliser le climat futur jusqu'à l'horizon 2100 à haute résolution pour la Polynésie française, en intégrant les savoirs locaux et en produisant des données sur l'agriculture et la ressource en eau ;

- le projet ADAPTOM évalue et déploie des solutions fondées sur la nature pour réduire les risques côtiers sur des sites pilotes, avec un appui scientifique et technique aux acteurs locaux ;

- le projet Futurisks, lié à ADAPTOM, améliore la compréhension des aléas météo-marins. Une étude de faisabilité sur un observatoire des effets du changement climatique pour les îles du Pacifique Sud a été rendue en novembre 2024.

Sur l'aménagement du littoral, une stratégie d'aménagement du territoire face au recul du trait de côte est en cours de lancement pour un montant de 80 k€ (AFD), avec pour objectif de caractériser les zones à enjeux et de réfléchir aux mécanismes à mettre en place -indemnisations en cas de relocalisation, réglementation - en intégrant une vision socioéconomique et anthropologique.

Le projet Nu'u Moana, porté par la direction de la construction et de l'aménagement et le ministère du foncier et du logement du Pays, doit permettre une projection de l'évolution du trait de côte pour six atolls des Tuamotu et pour la Pointe Vénus à horizon 30 ans.

Mais pour aller plus loin et être à la hauteur des enjeux, la Polynésie pointe cinq obstacles majeurs : Le manque de donnée fiables et territorialisées, le manque de ressources humaines et d'ingénierie, le manque de formation et de compétences techniques, un niveau de sensibilisation et d'information des populations encore faible et un financement insuffisant au regard des besoins.

On a rappelé que si les financements de la France et de l'Europe demeurent très en deçà des besoins réels. À l'échelle régionale, le constat est encore plus frappant : le Pacifique ne reçoit que 309 millions de dollars US annuellement en financement climatique, soit 0,3 % des flux mondiaux, alors que les besoins en adaptation de la région sont estimés à plus d'un milliard de dollars par an. Ce déséquilibre profond est jugé d'autant plus injuste que les États et territoires insulaires du Pacifique contribuent à moins de 0,03% des émissions mondiales de gaz à effet de serre, tout en étant parmi les premiers à subir les conséquences du dérèglement climatique.

La France, et plus précisément ses territoires du Pacifique (Nouvelle-Calédonie, Polynésie française, Wallis-et-Futuna), n'a officiellement adhéré au Pacific Resilience Facility (PRF) que très récemment, alors que le Forum des Îles du Pacifique (FIP) considère ce mécanisme comme une priorité absolue pour canaliser les financements des bailleurs internationaux vers les besoins locaux en matière de résilience climatique. Concernant l'adaptation au changement climatique, le dispositif Pacific Resilience Facility est très attendu. La France a annoncé 2 millions d'euros ; au regard de la contribution des pays voisins, c'est peu. Si l'on veut asseoir l'influence de la France et des PTOM dans le Pacifique, une augmentation de la contribution française serait très appréciée.

Un exemple de coopération régionale innovante et prometteuse concerne aussi la scorie de nickel de la Nouvelle-Calédonie.

La scorie de nickel, sous-produit de la fusion du minerai de nickel et particulièrement abondante en Nouvelle-Calédonie, peut aider à lutter contre l'érosion côtière et la montée du niveau de la mer. Comme la délégation a pu la constaté dans le port de Nouméa, elle est utilisée pour l'aménagement de quais ou de digues, remplaçant ainsi le sable naturel dans la composition du béton.

Plusieurs États insulaires du Pacifique (comme les Îles Marshall, Kiribati, Tuvalu, etc.) se sont montrés intéressés par cette solution, et des études régionales sont en cours pour évaluer les conditions d'utilisation et d'export de la scorie, pilotées par le Centre pour l'attractivité du nickel et son environnement (CNRTEC) en Nouvelle-Calédonie. Les Îles Marshall ont déjà signé un contrat pour l'achat de 30 000 tonnes de scorie auprès de la SLN (Société Le Nickel).

L'ambassadrice Véronique Roger-Lacan a confirmé : « Nous avons été approchés par de nombreux États insulaires qui avaient entendu parler de ce matériau magique existant en quantité astronomique en Nouvelle-Calédonie : la scorie de nickel. Il est aujourd'hui de notoriété publique qu'elle est utilisable pour créer des digues et des remblais. Nous avons ainsi réussi à créer un projet régional avec sept États insulaires qui bénéficieront de la scorie de nickel calédonien ».

La scorie, dont 25 millions de tonnes sont stockés à Nouméa, au pied de la SLN à Doniambo, présente un avantage certains pour ces pays. « Pour l'instant, ils creusent leur lagon pour récupérer du sable, où sinon ils explosent leur récif pour écraser le corail et en faire des agrégats », a expliqué Véronique Roger-Lacan, ambassadrice de France pour le Pacifique, lors d'une conférence de presse mercredi 6 mai. Ce sable serait ainsi remplacé par la scorie, dont les usages peuvent être multiples. Construction de bâtiment, terrassement, aménagement de quai ou de digue pour lutter contre l'érosion côtière et la montée du niveau de la mer.

Recommandation n° 19 : Soutenir les projets environnementaux innovants comme la création de zones maritimes particulièrement vulnérables (ZMPV) en Polynésie française et la scorie de nickel de Nouvelle-Calédonie pour lutter contre l'érosion côtière.

c) La recherche et la formation

La recherche est incontestablement pour la France et ses collectivités du Pacifique un vecteur d'influence, de coopération et d'intégration.

La délégation a pu échanger avec les représentants du CRESICA en Nouvelle-Calédonie. Depuis 2014, l'enseignement supérieur et la recherche en Nouvelle-Calédonie sont structurés autour de ce consortium (Consortium de Coopération pour la Recherche, l'Enseignement Supérieur et l'Innovation). Il coordonne les efforts de 9 organismes71(*) de recherche, enseignement supérieur et innovation présents sur le territoire soit 250 personnels participant à 180 projets dans une logique de mutualisation et d'optimisation des moyens et des équipements. De nombreux exemples de cette coordination ont été présentés à délégation à Nouméa.

La plupart des projets sont élaborés ou en partenariat avec les collectivités, entreprises, associations du territoire mais aussi avec certains Etats du Pacifique Sud. Lors de cette rencontre, l'ouvrage « Nouvelle-Calédonie, un océan de savoirs », coédité par l'IRD et les presses universitaires de l'Université de la Nouvelle-Calédonie, a permis d'illustrer l'excellence du travail partenarial sur ce territoire.

Les accords-cadres signés avec la CPS, le PROE et l'USP (University of the South Pacific) fondent un cadre institutionnel qui contribue activement au rayonnement de la diplomatie scientifique française et européenne. L'enjeu climatique étant l'un des moteurs de la coopération régionale, les organismes apportent une large contribution et de manière transversale et concrète.

Ainsi le projet de recherche-action Clipssa, porté conjointement par l'AFD, l'IRD et Météo-France, vise à apporter de nouvelles connaissances scientifiques qui sont complétées et confrontées aux savoirs locaux pour contribuer à la formulation de stratégies d'adaptation dans l'usage des ressources naturelles72(*) en livrant des données scientifiques inédites sur le climat futur du Pacifique Sud (d'ici à 2100) sous divers scénarios climatiques du GIEC, dont celui de l'Accord de Paris sur le climat.

L'Université de Polynésie française (UPF) est également l'un des pivots de la recherche régionale. Elle rassemble plus d'une centaine de personnels permanents et la qualité de ses travaux est reconnue au niveau régional. L'action de l'université s'inscrit aussi dans une dynamique partenariale, avec les universités françaises ultramarines (dans le cadre du laboratoire d'excellence Corail), et à une échelle régionale via le réseau des universités du Pacifique insulaire (PIURN). D'autres partenariats sont également développés avec l'Australie, la Nouvelle-Zélande et à l'échelle Asie-Pacifique. De nombreux autres exemples de coopération scientifique (Criobe, labex corail...) impliquant les organismes de recherches renommés (CNRS , IRD, Ifremer...) vont dans le même sens de l'intégration régionale de la collectivité.

PIURN : un réseau universitaire panpacifique

Le Pacific Islands Universities Research Network (PIURN), fondé en 2013, est un consortium qui rassemble 14 universités membres, dont deux universités françaises : l'Université de Nouvelle-Calédonie et l'Université de Polynésie française. Le PIURN vise à renforcer la coopération universitaire et scientifique dans le Pacifique Sud, à travers des projets de recherche collaborative alignés sur les besoins de la région et les Objectifs de Développement Durable (ODD).

Il met également en valeur la recherche francophone dans le Pacifique et comble le fossé entre recherche anglophone et francophone dans la région, en rassemblant les universitaires et en s'engageant en faveur du multilinguisme.

Depuis 10 ans, les universités membres du PIURN travaillent en collaboration par le biais d'appels à propositions financés par l'Université de la Nouvelle-Calédonie et l'Université du Pacifique Sud. Cette collaboration a permis 14 publications avec plus de 50 étudiants impliqués.

Source : https://fj.diplomatie.gouv.fr/fr

Mais un sujet, la mobilité des étudiants dans le Pacifique, mérite encore davantage d'appuis.

Actuellement cette mobilité repose sur trois piliers complémentaires : les aides des collectivités, les dispositifs de l'État, et les coopérations régionales.

Ainsi la Polynésie a conclu des partenariats éducatifs avec la Nouvelle-Zélande, notamment dans le cadre du PPPE, ainsi que des stages de formation professionnelle avec l'Australie et la Nouvelle-Zélande dans le cadre des échanges menés par le Campus des métiers et des qualifications - Hôtellerie & Restauration - du Pacifique.

Les programmes européens financent aussi des mobilités notamment pour accompagner les porteurs de projets. Sur la période 2018-2023, pour la Polynésie, 252 mobilités ont été financées dans le cadre d'Erasmus+.

Mais en l'état actuel, ces dispositifs ne permettent pas encore des échanges régionaux suffisamment développés ni pleinement réciproques.

En effet, les projets impliquant des pays tiers non associés au programme Erasmus+, ne relevant pas de l'article 19 du Règlement (UE) 2021/817 du Parlement européen et du Conseil du 20 mai 2021 établissant Erasmus+73(*), s'inscrivent dans la dimension internationale d'Erasmus+.

La mise en oeuvre de cette dimension internationale est conditionnée par l'inscription des actions envisagées dans le cadre des priorités de politique extérieure de l'UE, définies pour chacune des 14 zones régionales dans le Erasmus+ Multiannual Indicative Programme (MIP), qui incluent le Pacifique (Région 8 : Fidji, Îles Cook, Îles Marshall, Îles Salomon, Kiribati, Micronésie, Nauru, Niue, Palaos, Papouasie - Nouvelle-Guinée, Samoa, Timor-Oriental, Tonga, Tuvalu, Vanuatu, Australie, Nouvelle-Zélande).

Néanmoins, sur un budget global d'Erasmus+ de 26 milliards d'euros sur la période 2021-2027, le budget dédié à la dimension internationale de ce programme n'est que de 2,2 milliards d'euros, financés par l'Instrument de Voisinage, de Coopération au Développement et de Coopération Internationale (NDICI) et par l'Instrument d'Aide de Préadhésion (IPA) - pour les pays concernés uniquement.

En outre, le champ d'action de la dimension internationale d'Erasmus+ est beaucoup plus restreint que celui du volet interne du programme. Concernant la mobilité, cette dimension internationale offre deux possibilités :

- un établissement de l'enseignement supérieur ou de enseignement et de la formation professionnels peut dédier 20 % de ses financements au titre de l'« action clé 1 - mobilité (AC1) » à des projets de mobilité en lien avec des pays tiers non associés au programme ;

- un établissement de l'enseignement supérieur peut demander des financements spécifiques dans le cadre de l'action « Mobilité de l'enseignement supérieur soutenue par les fonds de politique extérieure (AC 171) », afin de financer des mobilités sortantes et des mobilités entrantes, sous réserve d'une évaluation qualitative.

Tel est par exemple le cas du projet Erasmus+ de l'Université de la Polynésie française avec la Business School de la Victoria University of Wellington (Nouvelle-Zélande) pour une licence professionnelle Hôtellerie-tourisme et pour un master Management et commerce international option tourisme, ou encore avec l'Open University de Saigon (Vietnam) pour des projets de co-diplômes et avec l'Université Royale de Droit et des Sciences Économiques (URDSE) de Phnom Penh (Cambodge) pour une licence professionnelle74(*).

Limitées en raison du faible nombre de bourses disponibles, les mobilités Erasmus+ dans la région Pacifique se heurtent en outre à plusieurs difficultés : l'absence d'avance de fonds - les allocations étant versées lors du bilan intermédiaire et à la fin de la mobilité -, comme le mentionne le Pôle supérieur du Lycée La Mennais de Polynésie française qui propose pour les BTS des mobilités de stage Erasmus+ dans la zone Pacifique (Australie, Nouvelle-Zélande, Îles Cook), ou encore aux coûts de la vie, des visas et de l'hébergement en Australie et en Nouvelle-Zélande qui rendent paradoxalement une mobilité dans la zone Pacifique plus onéreuse que dans l'Union européenne75(*).

Ainsi, les contraintes géographiques et financières spécifiques au Pacifique, combinées à la rigidité du cadre réglementaire européen - notamment le plafond de 20 % pour les mobilités hors Europe - créent des asymétries significatives. L'échange demeure principalement orienté vers l'Europe, au détriment d'un ancrage régional Pacifique qui serait pourtant plus cohérent avec les réalités des territoires.

La délégation souhaite un véritable « Erasmus du Pacifique» dont les contours ont commencé à émerger dans le cadre du « Campus Mobile Pacifique » depuis deux ans et demi.

L'objectif de ce programme est d'affirmer la place de la France dans la région comme partenaire de développement et acteur reconnu d'enseignement supérieur et de recherche de qualité tout en renforçant l'intégration régionale et l'attractivité de nos territoires ultramarins dans le Pacifique.

Programme « Campus Mobile Pacifique »

Né d'une volonté exprimée par le Président Macron lors de sa visite dans le Pacifique en juillet 2023, le programme Campus Mobile Pacifique est financé par le Ministère de l'Europe et des affaires étrangères.

Il vise à renforcer les échanges universitaires et scientifiques entre les collectivités françaises du Pacifique et les États insulaires de la région, en favorisant notamment les liens entre francophones et anglophones.

Ce programme s'appuie sur les deux universités des collectivités françaises du Pacifique : l'Université de Nouvelle-Calédonie (UNC) et l'Université de la Polynésie française (UPF).

Pour 2024, un premier financement a permis la mobilité d'étudiants et de chercheurs vers et depuis l'UNC et l'IRD à Nouméa, des formations d'étudiants du Vanuatu en langue française à l'UNC de Nouméa.

Un second appel à projets a été lancé en juillet 2025 pour financer des projets dans le cadre de l'enveloppe de 130 000 €. Le programme, inauguré lors du Comité des représentants des gouvernements et administrations (CRGA) de la Communauté du Pacifique à Tonga en octobre 2025, a concerné 70 bénéficiaires sur sept projets impliquant, avec la Nouvelle-Calédonie et la Polynésie française, les Fidji, la Papouasie-Nouvelle-Guinée, les Salomon, Samoa, Tonga et le Vanuatu. Parmi ces projets, l'un a par exemple réuni l'Université de Fidji, l'Institut Pasteur de Nouvelle-Calédonie et l'Institut Louis Malardé sur la recherche médicale sur la surveillance génomique des pathogènes (réseau SEQUOIA) et sur les arbovirus à Fidji (programme REASON). Un autre, doté de 44 000 €, visait à organiser des échanges entre l'université nationale du Vanuatu et l'IRD, cinq chercheurs de l'IRD donnant des cours intensifs à Port-Vila et mettant en place des études de terrain, et 15 étudiants du Vanuatu - issus du diplôme de résilience climatique ou en licence en sciences de l'environnement - effectuant un stage pratique de deux semaines à Nouméa et une formation en français à l'UNC.

Ce programme constitue ainsi un levier concret d'intégration régionale pour la France dans le Pacifique, articulant mobilité étudiante, coopération scientifique et diplomatie linguistique.

Source : MEAE

Saluant les débuts très prometteurs de ce « Campus Mobile Pacifique », Mme Véronique Roger-Lacan a souligné, au cours de son audition par la délégation le jeudi 18 décembre 2025, que : « c'est la première fois que les territoires français s'ouvrent ainsi à leur environnement régional direct ».

Ce dispositif très concret vient combler une lacune comme l'a exposé Moetai Brotherson : « Un Erasmus Pacifique est une excellente idée. La mobilité peut être un facteur de blocage. La Polynésie française dispose d'un système de bourse propre au Pays : les bourses non majorées s'élèvent à environ 500 euros ; dans les secteurs prioritaires, elles peuvent atteindre 1 300 euros. Ces sommes permettent d'assurer le quotidien, mais la mobilité reste un frein. Le plafond Erasmus de 20 % est totalement inadapté aux réalités qui sont les nôtres en matière de déplacement. »

Ce type d'initiatives est vu favorablement par des États voisins comme l'Australie qui développe ses propres instruments. Comme le programme « Australia Awards », originellement dédié aux pays en développement, permet désormais à des étudiants de Polynésie française et de Nouvelle-Calédonie d'étudier en Australie, renforçant ainsi la maîtrise de l'anglais.

Il faut noter que la mobilité professionnelle est également encouragée depuis peu au niveau régional. Le programme australien PALM permet des séjours de travail de 4 à 5 mois en Australie. Initialement axé sur l'agriculture, il s'ouvre aux secteurs de la santé (infirmières, soins aux personnes âgées). Un premier groupe néo-calédonien intégrera le dispositif dès cette année.

Recommandation n° 20 : Mettre en place « un Erasmus du Pacifique » afin de développer la mobilité des étudiants, renforcer les échanges universitaires et scientifiques avec les États insulaires du Pacifique.

d) Le sport et la culture

On l'a dit, le rayonnement français s'appuie sur la vitalité de la francophonie, qui demeure une réalité forte au Vanuatu (un tiers des habitants) et sera mise à l'honneur lors du prochain Sommet de la Francophonie à Phnom Penh en novembre.

Le sport et la culture offrent deux autres perspectives prometteuses pour la coopération et l'intégration régionales de nos collectivités et pour le rayonnement français en général. Ce sont des domaines dans lesquelles l'État et les collectivités peuvent oeuvrer de concert et de manière complémentaire à l'échelle régionale.

Ces projets doivent venir en complément des actions menées en Polynésie et en Nouvelle-Calédonie, où de remarquables initiatives existent.

Par exemple, les établissements culturels publics polynésiens - Musée de Tahiti et des Îles, Conservatoire artistique, Centre des métiers d'art, Maison de la culture - développent de riches partenariats avec leurs homologues régionaux : projets scientifiques et artistiques communs, échanges d'expertise et de formation, prêts d'oeuvres, participation à des comités scientifiques régionaux... La Polynésie développent aussi des coopérations bilatérales avec Hawaï (accueil des pirogues traditionnelles Hôkule'a et Hikianalia en 2022 et 2025), la Nouvelle-Zélande (signature en août 2025 d'un protocole d'accord entre le New Zealand Maori Arts and Crafts Institute - Te Puia, le Centre des Métiers d'Art et le service de l'artisanat de la Polynésie française), les Îles Cook (Organisation depuis 2025 d'une compétition nationale annuelle de sports traditionnels), la Nouvelle-Calédonie (Échanges d'expertise sur les démarches d'inscription au patrimoine mondial de l'UNESCO).

De grandes manifestations sont organisées à l'échelle régionale comme le Festival International du Film documentaire Océanien (FIFO). Organisé à Papeete (Tahiti) tous les ans depuis 2004, en partenariat avec la Maison de la Culture de Tahiti - Te Fare Tauhiti Nui, le FIFO est devenu un lieu de mémoire, de transmission et de rencontres entre les cultures insulaires océaniennes et le reste du monde. Son succès a fait des émulés dans l'océan Indien et dans la Caraïbe.

En juin 2028, la Nouvelle-Calédonie accueillera quant à elle le Festival des arts et de la culture du Pacifique (FESTPAC) qui requiert aussi du soutien.

Festival des arts et de la culture du Pacifique (FESTPAC)

Créé en 1972, le FESTPAC est le plus ancien et le plus important événement culturel régional du Pacifique. Il se tient tous les quatre ans dans un pays hôte différent et rassemble, durant deux semaines, les délégations des 27 pays membres de la CPS, ainsi que plusieurs États et territoires invités (Hawaï, Île de Pâques, Taïwan, Îles Norfolk notamment).

Il constitue un espace privilégié de transmission, de reconnaissance mutuelle et de dialogue entre les peuples océaniens, contribuant à la consolidation d'une identité régionale partagée.

Le prochain FESTPAC en juin 2028 se tiendra à Nouméa. Événement régional majeur, il soulève la question de la restauration du site du Centre culturel Djibaou, conçu par Renzo Piano, gravement menacé par des dégradations structurelles liées à leur exposition environnementale depuis près de 30 ans. Le coût des travaux évalué par l'Agence de développement de la culture kanak ADCK détaillé lors de la visite de la délégation le 25 avril 2026 est chiffré à 9 millions d'euros.

Source : DSOM

La mise en place d'une véritable politique de la culture à l'échelle régionale est un sujet émergent face aux influences extérieures et la puissance de diffusion de nouveaux modèles culturels et sociétaux.

Dans ce contexte, la France porte une ambition dans le secteur audiovisuel prenant appui sur le succès du FIFO. Depuis 2025, la France via le fonds Pacifique soutient ainsi le programme Pacific Echoes, un programme articulé autour de la préservation des archives et du soutien à la création audiovisuelle océanienne.

Annoncé par le Président de la République lors du 6eme sommet Pacifique- France de juin 2025 à Nice et co-construit avec les acteurs du secteur dans les collectivités françaises du Pacifique, il a vocation à être géré par la Communauté du Pacifique (CPS) au bénéfice de l'ensemble des membres de l'organisation. Son double objectif du projet est de protéger le patrimoine audiovisuel océanien via la numérisation d'archives et de lutter contre l'uniformisation des contenus culturels à travers le soutien à la création audiovisuel. La France y contribue à hauteur de 350 000 euros et a sollicité le soutien des principaux bailleurs publics et privés de l'audiovisuel océanien. L'Australie cofinance ce programme à hauteur de 1,5 million de dollars australiens sur trois ans.

L'enjeu apparait en effet crucial pour des communautés comme celles des îles Salomon ou des Tuvalu, menacées par la montée des eaux, qui ont besoin de préserver et transmettre leur histoire autrement que par l'oralité. Ce programme doit aussi contribuer à l'épanouissement des industries créatives « dans le Pacifique, pour le Pacifique et par le Pacifique ».

Lors de son audition, l'ambassadrice a évoqué avec fierté ce programme : « je suis très fière d'un grand projet sur la promotion d'un programme audiovisuel océanien, avec un premier volet de digitalisation des archives du Pacifique, qui sont en train de disparaître faute de politique culturelle dans ces États. Le deuxième volet est le soutien à la création d'une industrie culturelle et créative océanienne, afin que les tsunamis Netflix, Amazon et TikTok ne soient pas les seules références culturelles des jeunesses de nos territoires ».

Les sports constituent aussi un vecteur puissant de liens entre territoires et de transmission culturelle intergénérationnelle. Cet aspect essentiel a été souligné lors des auditions du président Brotherson comme des ambassadrices d'Australie et de Nouvelle-Zélande.

Or, plusieurs grands rendez-vous sportifs dans le Pacifique se tiendront au cours des prochaine années. La région Pacifique s'inscrit dans une séquence sportive exceptionnelle : Tahiti 2027, la Coupe du monde de rugby en Australie en 2027, et les JO de Brisbane en 2032. Pour les Jeux du Pacifique, la Polynésie française accueillera plus de 4 000 athlètes et officiels issus de 24 pays, dans 24 disciplines. Plusieurs disciplines feront office d'épreuves qualificatives pour les Jeux Olympiques de Los Angeles 2028.

*

Ces perspectives nombreuses de coopération, avec le concours de la France et de ses collectivités, renforcent le mouvement d'intégration en cours dans cette cette région au coeur de enjeux d'avenir.

C'est en venant en appui des priorités régionales de ses collectivités et en contribuant à leur rayonnement, que la France renforcera son influence dans ce bassin océanique où elle continue à disposer de nombreux atouts.


* 69 Délégation de service public à mettre en place.

* 70 La France souscrit aux conventions internationales (comme la CNUDM) qui qualifient les fonds marins et certaines ressources naturelles de patrimoine commun de l'humanité, renforçant ainsi leur protection collective.

* 71 Le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), le Centre Hospitalier Territorial (CHT), le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad), le Centre national de la recherche scientifique (CNRS), l'Institut Agronomique néo-Calédonien (IAC), l'Institut français pour l'exploitation de la mer (Ifremer), l'Institut Pasteur de Nouvelle-Calédonie (IPNC), l'Institut de Recherche pour le Développement (IRD) et l'Université de Nouvelle-Calédonie (UNC).

* 72 https://www.afd.fr/fr/projets-de-recherche/projet-clipssa-simuler-le-climat-lechelle-des-iles-et-integrer-les-savoirs.

* 73 Ni de l'article 13 de la proposition de règlement de la Commission européenne du 16 juillet 2025, établissant le programme Erasmus+ pour la période 2028-2034, en cours d'examen par le Parlement européen, qui conserve le même périmètre pour les pays associés au programme.

* 74 https://www.upf.pf/fr/charte-erasmus.

* 75  https://www.clm.ddec.pf/wp-content/uploads/2025/07/GUIDE-ERASMUS-PACIFIQUE-2025-2026.pdf.

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