C. LUTTE CONTRE LA DISCRIMINATION FONDÉE SUR LA RELIGION ET PROTECTION DE LA LIBERTÉ DE RELIGION DE CONVICTION EN EUROPE

L'intervention d'Emmanuel Fernandes (porte-parole du groupe GUE)

Chers collègues,

Je tiens d'abord à remercier le rapporteur pour la grande qualité de son travail, extrêmement documenté et qui revêt une importance particulière dans un contexte où les discriminations fondées sur la religion connaissent un accroissement quasi exponentiel, non seulement dans nos États membres mais, il faut bien le dire et s'en alarmer, sur l'ensemble de la planète.

Les discriminations, qu'elles soient religieuses ou non, fracturent nos sociétés et nos démocraties, et fragilisent le vivre-ensemble. Elles augmentent à mesure que progresse l'extrême droite et l'accession au pouvoir de responsables eux-mêmes porteurs du concept fallacieux de "choc des civilisations" amplifie la progression des haines inter-religieuses. Combattre ces discriminations et celles et ceux qui en font un fondement de leur logiciel politique doit donc être une priorité pour notre Assemblée et pour l'ensemble de nos États membres.

Nous soutenons pleinement les orientations émises dans le projet de résolution : la prévention, l'éducation dès le plus jeune âge, ainsi que la formation tout au long de la vie sont des outils indispensables pour déconstruire les préjugés et lutter durablement contre la haine.

Cela passe aussi par les médias.

En France, neuf personnes possèdent 90 % de la presse. Parmi elles, M. Vincent Bolloré, qui utilise ses médias pour véhiculer des discours islamophobes. Le 29 janvier, sur la chaîne CNEWS, média de l'empire M. Bolloré, une élue locale affirmait que les attaques au couteau relevaient d'un « caractère culturel » lié à l'islam. Ces propos participent à la banalisation des discriminations. Lutter contre les discriminations, c'est aussi lutter contre le capitalisme et ses conglomérats médiatiques qui promeuvent la haine.

Nous devons également mieux analyser les discriminations grâce à une approche intersectionnelle. Les discriminations religieuses se conjuguent souvent à d'autres traitements inégalitaires. Les femmes, par exemple, sont particulièrement exposées, tout comme les LGBTQIA+ ou les personnes en situation de handicap. Les discriminations religieuses s'entremêlent avec le patriarcat, la LGBTphobie et le validisme.

Aussi, si l'islamophobie prend de plus en plus d'ampleur en Europe comme dans le monde, l'antisémitisme demeure une discrimination persistante. La mémoire est une clé essentielle pour combattre cette haine et il est temps de mettre en place de véritables politiques publiques de lutte contre ces discriminations. De même, il est tout aussi important de ne pas les instrumentaliser : s'opposer à la politique du gouvernement génocidaire israélien ne saurait être assimilé à une position antisémite.

Enfin, nous devons nous doter d'institutions efficaces.

En France, le Défenseur des droits constitue un outil utile pour lutter contre les discriminations et garantir l'accès aux droits. Ce type d'institution existe dans de nombreux pays membres et nous prônons leur généralisation à condition qu'elle soit indépendante, dotée de moyens suffisants et connue des citoyens.

Lutter contre les discriminations fondées sur la religion, c'est défendre la libre conscience. C'est une responsabilité collective que nous devons pleinement assumer et c'est pourquoi mon groupe votera en faveur de l'adoption de ce texte.

Je vous remercie.

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