D. LES ENTRETIENS MENÉS PAR LA DÉLÉGATION FRANÇAISE À STRASBOURG
1. Rencontre avec des membres des Forces démocratiques russes
Une délégation d'opposants russes conduite par les anciens prisonniers politiques Vladimir Kara-Mourza et Oleg Orlov, Prix Nobel de la Paix avec Mémorial, a été reçue le 22 avril dans les locaux de la délégation. Les opposants russes se sont réjouis de la création d'une Plateforme de dialogue avec les forces démocratiques russes et biélorusses à l'APCE et ont dressé un panorama de la situation politique et sociale interne - aujourd'hui plus de 2 000 prisonniers politiques sont enfermés en Russie contre 800 au milieu des années 1980 dans l'ensemble de l'ex-URSS. À cela s'ajoutent plus de 7 000 civils ukrainiens ainsi que les prisonniers de guerre qui sont la seule catégorie qui fait l'objet de négociations et de libérations programmées dans le cadre des échanges de prisonniers. M. Kara-Mourza a mis en garde contre un cessez-le-feu en Ukraine qui n'inclurait pas une libération des otages civils ukrainiens (y compris les enfants déportés) et des prisonniers politiques russes, l'opposition à la guerre en Ukraine, considérée comme une trahison voire du terrorisme étant désormais le motif principal des arrestations. Il a insisté sur l'urgence d'agir, plus de 15 prisonniers étant morts en prison en 2025 et déjà 5 en avril 2026.
Oleg Orlov a remercié la France pour son soutien aux membres de Mémorial déclarée organisation extrémiste en Russie et l'accueil des réfugiés politiques, mais a regretté que la libération de Laurent Vinatier n'ait pas été l'occasion de demander la libération également d'un prisonnier politique. Il a expliqué le rôle de Mémorial dans la recherche des otages civils ukrainiens dont le statut juridique est flou. Il a aussi proposé une initiative pour faire parrainer des prisonniers politiques par des parlementaires de l'APCE.
Répondant à une question de M. Bouyx sur les déserteurs, Nathalie Arno, présidente de Free foundation Russia, a expliqué que la France est le seul pays européen à donner des visas humanitaires à ces déserteurs, considérant que déserter est un acte d'activisme. Elle a évoqué le sort des déserteurs réfugiés au Kazakhstan qui risquent l'extradition. De nombreux déserteurs se trouvent en Arménie. Elle a insisté sur le rôle de la société civile russe pour les recherches des otages ou des enfants ukrainiens, la Croix-rouge étant inactive.
Vladimir Milov, expert en économie, a expliqué que le blocage du Détroit d'Ormuz n'avait pas pour l'instant de conséquences sur l'économie de guerre poutinienne. La vente de pétrole et de gaz rapportant 2 à 3 milliards de dollars par an, il faudrait 20 mois de blocage pour que l'ensemble du déficit russe soit comblé. La croissance est désormais négative et l'inflation augmente. Désormais il y a un mécontentement de la société mais également des oligarques qui soutenaient Poutine. En effet, l'effort de guerre combiné à la crise démographique déjà existante entraîne un manque important de main-d'oeuvre dans certains secteurs industriels ou du bâtiment.
Liubov Sobol a insisté sur le fait que l'opinion publique serait à plus des deux tiers en faveur de l'arrêt de la guerre. La répression violente de toute manifestation en faveur de la paix, même symbolique, les risques et les peines de prison encourus et le blocage d'internet depuis avril sont autant de freins à la communication sur cette opposition réelle.
M. Kara-Mourza a rappelé que les élections législatives russes d'automne 2026 pourraient, comme cela avait été le cas à l'initiative d'Aleksei Navalny à l'époque, être l'occasion d'une manifestation symbolique. M. Navalny avait appelé les Russes à se rendre aux bureaux de vote à une certaine heure en signe de protestation.
2. Une rencontre avec la délégation canadienne
Le 23 avril 2026, la délégation canadienne a été reçue dans les bureaux de la délégation. Elle a fait part de son intérêt pour les débats sur la Convention d'Istanbul sur les violences faites aux femmes, une adhésion du Canada étant envisagée.
La question de l'Arctique a été évoquée, Bertrand Bouyx informant la délégation qu'il préparait un rapport sur les enjeux de l'Arctique dans lequel il évoquerait les sujets liés aux revendications des États-Unis mais également l'ingérence de la Chine. La délégation canadienne a fait part de son intérêt pour diversifier ses partenariats notamment avec l'Union européenne avec laquelle elle partage une frontière commune. Le Canada pourrait ainsi fournir l'Europe en matières premières.
Sur la situation au Moyen-Orient et les conséquences sur le prix du carburant, le Canada a pris des mesures temporaires de réduction des taxes.
Les questions de défense ont également été abordées avec en point de mire la recherche d'une autonomie stratégique du Canada. L'augmentation du budget de Défense a été importante avec des investissements dans le Nord arctique. Le Canada, fort d'une expertise dans la construction navale, est en train de construire au Québec un brise-glace géant. Par ailleurs, la délégation canadienne a défendu l'idée de la création d'une Banque de la Défense dans le cadre de l'OTAN.