II. UNE TRAJECTOIRE FINANCIÈRE MAÎTRISÉE MALGRÉ L'INFLATION ET L'ÉLARGISSEMENT DU PÉRIMÈTRE

A. UNE TRAJECTOIRE FINANCIÈRE MARQUÉE PAR L'INFLATION ET DES AJUSTEMENTS DE PÉRIMÈTRE

1. Un coût prévisionnel en hausse, mais stabilisé en fin de période
a) Un montant global évalué à 3,174 milliards d'euros

Le coût prévisionnel des deux villages et de leurs ouvrages connexes est passé de 2,665 milliards d'euros fin 2018 à 3,174 milliards d'euros fin 2025, soit une hausse de 509 millions d'euros et de 19,1 % en euros courants. Le périmètre retenu, qui est celui des deux villages et de leurs ouvrages connexes, est présenté dans l'annexe 1, « périmètre des ouvrages retenus dans le chiffrage » du présent rapport. Il faut également souligner que ces chiffres incluent les financements privés.

En euros constants (2016)14(*), le coût prévisionnel final est évalué à 3,013 milliards d'euros, soit une progression de l'ordre de 13 % par rapport à 2018. L'écart entre la progression en euros courants et la progression en euros constants montre que l'inflation explique une part significative de la hausse nominale, mais non l'essentiel de l'évolution : le différentiel lié aux prix représente environ 161 millions d'euros, soit près d'un tiers de l'augmentation en euros courants15(*).

L'évolution de la trajectoire financière n'a toutefois pas été linéaire. Les dépenses ont d'abord fortement augmenté entre 2018 et 2023, avant de refluer en 2024 et 2025. Les réponses transmises indiquent que le coût prévisionnel est passé à 3,216 milliards d'euros fin 2023, ce qui représente une progression de 20,7 % par rapport à 2018, avant de revenir à 3,174 milliards fin 2025, soit une baisse de 1,3 % par rapport au pic de 2023.

La maquette des financements a d'ailleurs fait l'objet de révisions régulières (tous les ans, sauf en 2019) afin de tenir compte des modifications de périmètre et de l'inflation. Les révisions ultérieures de la maquette ne traduisent donc pas une dérive budgétaire, mais elles sont au contraire un gage de bonne gestion. L'évolution annuelle est la suivante :

- en 2020, le coût augmente de 133,7 millions d'euros par rapport à 2018, principalement du fait d'un élargissement du périmètre des ouvrages intégrés aux deux villages ;

- en 2021, l'augmentation est de 84,9 millions d'euros, correspondant notamment à une première actualisation des coûts par rapport à l'inflation depuis 2016 ;

- en 2022, la hausse atteint 136,2 millions d'euros par rapport à 2021. Elle masque cependant des évolutions contrastées, avec, d'un côté, la réévaluation de 200 millions d'euros de l'effort des promoteurs privés pour l'héritage du village des médias et, de l'autre, certains ajustements à la baisse dans la maquette de la Solidéo ;

- en 2023, les dépenses publiques sont fortement réévaluées, dans un contexte de tensions sur le marché francilien de la construction, en raison de la hausse du coût de l'énergie et des matières premières. Le coût global progresse alors de 196,3 millions d'euros par rapport à 2022 ;

- en 2024 puis 2025, la trajectoire s'inverse : les coûts diminuent respectivement de 29 millions d'euros puis de 13,4 millions d'euros, sous l'effet de la fin de l'épisode inflationniste, de l'achèvement des principaux ouvrages et de la non-consommation de provisions pour risques.

Évolution par année des financements
du village des athlètes et du village des médias

(en millions d'euros courants, sauf mention contraire)

Source : commission des finances, d'après les réponses transmises au rapporteur spécial par la Solidéo, la délégation interministérielle aux Jeux olympiques et paralympiques, la direction des sports, et la direction de l'habitat, de l'urbanisme et des paysages

b) Un financement demeuré majoritairement privé, malgré la progression plus rapide des concours publics

En 2025, en euros courants, le coût prévisionnel des deux villages et de leurs ouvrages connexes (infrastructures, voiries, franchissement...) demeure majoritairement porté par des financements privés. Sur un total de 3,174 milliards d'euros, les financements publics représentent 1,046 milliard d'euros, soit 33,0 % du total. Les financements privés atteignent pour leur part 2,128 milliards d'euros, soit 67,0 % du total.

Cette prépondérance du financement privé est particulièrement marquée pour le village des athlètes et ses ouvrages connexes, où les financements privés représentent 68,8 % du total, contre 31,2 % pour les financements publics. Elle demeure également majoritaire pour le village des médias et ses ouvrages connexes, avec 61,4 % de financements privés et 38,6 % de financements publics.

Entre 2018 et 2025, la structure de financement des deux villages et de leurs ouvrages connexes a néanmoins évolué dans le sens d'un renforcement relatif de la part publique, sans remettre en cause la prépondérance du financement privé. En 2018, les financements publics représentaient 750,0 millions d'euros sur un total de 2,665 milliards d'euros, soit 28,1 % du coût total, ce qui représente 4,8 points de moins qu'entre 2018 et 2025.

Évolution du volume de financement privé et public

(en millions d'euros)

Note : l'année 2019 n'a pas fait l'objet d'une réévaluation de la maquette financière.

Source : commission des finances, d'après les réponses transmises au rapporteur spécial par la Solidéo, la délégation interministérielle aux Jeux olympiques et paralympiques, la direction des sports, et la direction de l'habitat, de l'urbanisme et des paysages

Ce renforcement relatif du financement public ne s'explique pas par une diminution des financements privés, qui ont augmenté au contraire, mais par une dynamique plus rapide des dépenses publiques. Entre 2018 et 2025, les financements publics augmentent d'environ 296 millions d'euros, soit une progression de 39,4 %, alors que les financements privés ne progressent que d'environ 213 millions d'euros, soit 11,1 %.

2. Un financement public de plus d'un milliard d'euros, concentré sur la maquette Solidéo
a) Une distinction nécessaire entre maquette Solidéo et financements publics complémentaires

Les financements publics consacrés aux deux villages et à leurs ouvrages connexes s'élèvent à 1 045,8 millions d'euros courants (2025), dont 863,3 millions d'euros relevant de la maquette Solidéo et 182,5 millions d'euros de financements publics complémentaires dans le dernier budget prévisionnel des Jeux.

Ce montant représente environ 15,7 % de l'ensemble des dépenses publiques recensées pour les Jeux de Paris 2024 (6,6506 milliards d'euros), ou 28,8 % des seules dépenses publiques d'infrastructures (3,6314 milliards d'euros)16(*). Si l'on considère uniquement la maquette de la Solidéo, les deux villages et leurs ouvrages connexes occupent une place prépondérante, avec 863,3 millions d'euros, soit environ 54 % du budget public total de la maquette (1,596 milliard d'euros).

Part des dépenses du village des athlètes et du village des médias
dans les dépenses publiques relatives aux Jeux de Paris 2024

(en millions d'euros)

Source : commission des finances, d'après Cour des comptes, Les Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024, septembre 2025

Il faut par ailleurs souligner que 84 % du budget pluriannuel de la Solidéo pour le village des athlètes a été consommé fin 2025 pour les villages des athlètes, et 80 % du budget pluriannuel pour le village des médias. Les chiffres prévisionnels pour 2025 seront donc selon toute vraisemblance conforme à l'exécution.

La distinction entre les financements publics du village des athlètes et du village des médias relevant de la maquette Solidéo et les financements publics hors maquette découle du montage institutionnel retenu pour la livraison des ouvrages olympiques.

La maquette Solidéo correspond au socle financier conventionnel arrêté par le pacte financier et par les conventions de financement conclues avec l'État et les collectivités : elle retrace en principe les concours publics destinés aux ouvrages supervisés par la Solidéo et faisant l'objet d'un suivi et d'un vote dans le cadre de sa gouvernance.

Les versements des cofinanceurs sont ensuite appelés sur la base de conventions qui définissent, ouvrage par ouvrage, les montants financés et les échéanciers de versement ; la Solidéo reverse ensuite ces subventions aux maîtres d'ouvrage dans le cadre des conventions d'objectifs.

Les financements publics hors maquette répondent à une autre logique : ils permettent de financer des dépenses qui concourent bien aux opérations olympiques ou à leur héritage, mais qui ne relèvent pas du socle initial pris en charge par la maquette Solidéo. Il peut s'agir d'aménagements ou d'équipements dont l'utilité dépasse les besoins stricts des Jeux, de compléments demandés par les collectivités pour la phase héritage, ou encore d'opérations portées directement par un autre maître d'ouvrage public.

Toutefois, la maquette et le budget de la Solidéo ne coïncident pas parfaitement : des financements complémentaires publics ont pu abonder le budget de la Solidéo alors qu'elle était maître d'ouvrage, ou qu'elle supervisait ces ouvrages, bien que ceux-ci n'aient pas été inscrits dans sa maquette financière.

Les raisons sont multiples : certains comportaient un programme allant au-delà des seuls besoins olympiques, ou une partie du coût devait rester à la charge du maître d'ouvrage ou du bénéficiaire final.

La Cour des comptes relève ainsi que, sur les 70 ouvrages dont la Solidéo assure la maîtrise d'ouvrage ou la supervision, 30 bénéficient de financements complémentaires publics ou privés qui concourent à leur réalisation sans être tous intégrés à la maquette17(*).

Ouvrages relatifs au village des médias et au village des athlètes
ayant fait l'objet d'un financement public complémentaire

Ouvrage

Maître d'ouvrage

Financement public hors maquette 2025

ZAC Village des athlètes

Solidéo

25,1

ZAC Écoquartier fluvial

Plaine Commune

13,5

Franchissement Île-Saint-Denis

Département de la Seine-Saint-Denis

4,5

Enfouissement des lignes à haute tension

RTE

62,6

Base avancée de la préfecture de police

État

8,7

Lycée Marcel Cachin

Région Île-de-France

43,7

ZAC Village des médias phase 1

Solidéo

3,1

Gymnase de Dugny

EPT Paris Terres d'Envol

5,2

Escalade et réinstallation sports urbains

Solidéo

0,8

Écoles du Bourget

Ville du Bourget

0,7

Dépollution du terrain des Essences

Département de la Seine-Saint-Denis

0,2

Passerelle piétonne Le Bourget

Solidéo

2,8

Aménagements piétons Le Bourget

Département de la Seine-Saint-Denis

6,2

Aménagements piétons Marville

Département de la Seine-Saint-Denis

2,5

Piscine de Marville / centre aquatique Annette Kellermann

Département de la Seine-Saint-Denis

2,9

Source : commission des finances, d'après les réponses transmises au rapporteur spécial par la Solidéo, la délégation interministérielle aux Jeux olympiques et paralympiques, la direction des sports, et la direction de l'habitat, de l'urbanisme et des paysages

Inversement, des ouvrages ont été intégrés dans la maquette et supervisés par la Solidéo, alors qu'ils n'étaient pas strictement indispensables aux Jeux ou qu'ils avaient été décidés indépendamment d'eux.

La Cour des comptes cite la couverture du court Suzanne-Lenglen de Roland-Garros et la reconstruction complète du stade Yves-du-Manoir, en indiquant que ces projets figuraient dans la maquette alors qu'ils étaient également décidés indépendamment des Jeux et que, pour Yves-du-Manoir, l'organisation des Jeux ne rendait pas l'opération complète indispensable18(*). La note d'étape de juin 2025 indique également que la nouvelle arène sportive à Paris (l'Adidas Arena / Arena Porte de la Chapelle) est inscrite dans la maquette alors que le projet préexistait aux Jeux19(*).

Ces inclusions ne constituent pas toutefois des anomalies en tant que telles, dans la mesure où la maquette Solidéo n'a pas vocation à retracer uniquement des dépenses strictement indispensables à la tenue des Jeux, mais aussi des ouvrages financés dans la perspective de l'héritage.

b) Une contribution de l'État majoritaire, mais diluée par l'élargissement du périmètre

De nombreuses personnes publiques ont participé au financement du village olympique et du village des médias. La répartition initiale des contributions publiques a été fixée dans le cadre du protocole des cofinanceurs du 14 juin 2018, signé entre l'État et les collectivités concernées, puis déclinée par ouvrage dans la maquette financière de la Solidéo.

La répartition des financements s'est notamment faite en fonction de l'emprise territoriale des collectivités concernées. L'EPT Paris Terres d'envol, de même que les Villes de Dugny et du Bourget n'ont pas financé les équipements du périmètre du village olympique, qui se situaient sur le territoire des communes de Saint-Ouen, de Saint-Denis et de L'Île-Saint-Denis.

Des opérateurs de l'État tels que l'Agence de la transition écologique (Ademe), l'Agence nationale du sport (ANS), l'Agence de l'eau Seine-Normandie, ainsi que l'entreprise « Réseau de transport d'électricité » (RTE) ont également participé aux financements des ouvrages.

Dans le détail, la part des financements de chaque infrastructure est précisée dans les conventions d'objectifs propres à chaque ouvrage.

Répartition des financements du village olympique et du village des médias
dans les dernières prévisions actualisées en 2025

(en millions d'euros 2025)

Financeurs publics

Village des athlètes et ouvrages connexes

Village des médias et ouvrages connexes

Total

 

Montant

Part

Montant

Part

Montant

Part

État

506,2

67,1 %

197,6

67,8 %

703,8

67,3 %

Région Île-de-France

98,3

13,0 %

5,8

2,0 %

104,0

9,9 %

Ville de Paris

11,0

1,5 %

16,7

5,7 %

27,7

2,6 %

Métropole du Grand Paris

23,4

3,1 %

6,8

2,3 %

30,2

2,9 %

Département de la Seine-Saint-Denis

16,5

2,2 %

32,9

11,3 %

49,4

4,7 %

Département des Hauts-de-Seine

3,0

0,4 %

0,0

0,0 %

3,0

0,3 %

EPT Plaine Commune

30,5

4,0 %

1,8

0,6 %

32,3

3,1 %

EPT Paris Terres d'Envol

0,0

0,0 %

23,0

7,9 %

23,0

2,2 %

Ville de Dugny

0,0

0,0 %

2,5

0,9 %

2,5

0,2 %

Ville du Bourget

0,0

0,0 %

4,2

1,4 %

4,2

0,4 %

Ville de Saint-Ouen

9,2

1,2 %

0,0

0,0 %

9,2

0,9 %

Ville de Saint-Denis

11,5

1,5 %

0,0

0,0 %

11,5

1,1 %

Ville de Villeneuve-la-Garenne

10,4

1,4 %

0,0

0,0 %

10,4

1,0 %

ADEME

1,1

0,2 %

0,0

0,0 %

1,1

0,1 %

Agence de l'eau Seine-Normandie

2,6

0,3 %

0,0

0,0 %

2,6

0,2 %

ANS

0,0

0,0 %

0,2

0,1 %

0,2

0,0 %

Société du Grand Paris

0,1

0,0 %

0,0

0,0 %

0,1

0,0 %

RTE

30,5

4,0 %

0,0

0,0 %

30,5

2,9 %

Total

754,3

100 %

291,5

100 %

1 045,8

100 %

Source : commission des finances, d'après les réponses transmises au rapporteur spécial par la Solidéo, la délégation interministérielle aux Jeux olympiques et paralympiques, la direction des sports, et la direction de l'habitat, de l'urbanisme et des paysages

La part de l'État est très majoritaire parmi les financements publics, puisqu'elle atteint 703,8 millions d'euros (soit 67,3 %) et se porte même à 738,3 millions d'euros (soit 70,6 %) si l'on ajoute la contribution de ses opérateurs.

Les autres cofinanceurs publics les plus contributifs sont, dans l'ordre, la région Île-de-France (9,9 % des investissements), le département de la Seine-Saint-Denis (4,7 %), l'EPT Plaine Commune et la Métropole du grand Paris (environ 3 % chacun).

Le sous-total de l'ensemble des collectivités séquano-dionysiennes (département, EPT et communes) s'élève à 132,1 millions d'euros, soit 12,6 % de l'ensemble des contributions publiques sur le périmètre des deux Villages.


* 14 La maquette initiale de 2018 avait été chiffrée en euros de 2016, pour permettre les comparaisons avec le dossier de candidature.

* 15 Dans la maquette financière, la neutralisation de l'inflation apparaît donc essentiellement sur les concours publics.

* 16 Les chiffres totaux de dépenses sont tirés des chiffrages réalisés par la Cour des comptes dans son rapport sur les Jeux olympiques et paralympiques de 2024 de septembre 2025.

* 17 Cour des comptes, La Société de livraison des ouvrages olympiques, observations définitives, juin 2025, pages 28 et 29.

* 18 Cour des comptes, L'organisation des Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024, rapport au Parlement, janvier 2023, page 51

* 19 Cour des comptes, Les dépenses publiques liées aux Jeux olympiques et paralympiques de 2024 : premier recensement, note d'étape, juin 2025, pages 44 et 45.

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