II. LA CANNE À SUCRE : UNE FILIÈRE ESSENTIELLE POUR CERTAINS TERRITOIRES ET TRIBUTAIRE DES SOUTIENS PUBLICS POUR RESTER COMPÉTITIVE

A. LA CANNE À SUCRE : UNE FILIÈRE TRÈS IMPLANTÉE AUX ANTILLES ET À LA RÉUNION

La culture de la canne à sucre, adaptée au climat des Antilles et de La Réunion et résiliente aux cyclones, est culturellement, socialement et économiquement structurante pour ces territoires. Outre la production de sucre, cette culture alimente la production d'électricité, grâce à la combustion de la bagasse37(*), la production de rhum agricole ou traditionnel, et concourt à l'amendement organique des sols avec la vinasse et les résidus de récolte tels que la paille.

Trois départements et régions d'outre-mer sont concernés par la culture de la canne : La Réunion, la Guadeloupe et la Martinique. Les rapporteurs spéciaux se sont donc concentrés sur le financement public de la canne à sucre au sein de ces territoires, tout en précisant que la culture de la canne existe également de manière plus marginale en Guyane, en Polynésie française et, qu'en outre, la Corse fait l'objet, depuis 2022, d'une expérimentation - sur quelques hectares.

Dans les trois territoires principalement concernés, la filière canne-sucre-rhum-énergie représentait, en 2021, 33,9 % de la surface agricole utilisée38(*) avec toutefois des disparités (54% de la surface agricole réunionnaise, contre 25 % en Guadeloupe et 17 % en Martinique).

La filière canne à sucre constitue un élément important de l'économie des DROM, tout particulièrement à La Réunion et en Guadeloupe où la canne occupait, en 2024, respectivement 22 664 hectares et 11 317 hectares. En Martinique, on compte environ 4 000 hectares de canne à sucre. Si l'on inclut la Guyane, d'après le recensement agricole de 2020, la filière canne à sucre regroupe près de 8 000 exploitations dans quatre DROM, représentant l'équivalent de 7 100 emplois directs à temps plein. Les cinq sucreries ultramarines emploient, quant à elles, plus de 600 salariés. Au total, les filières canne, sucre et rhum génèrent près de 40 000 emplois directs, indirects et induits. Lors de la campagne 2024-2025, deux millions de tonnes de cannes à sucre ont été récoltées sur une surface d'environ 35 220 hectares.

Une partie de la récolte de cannes à sucre est transformée par les cinq sucreries implantées dans ces territoires ultramarins, pour une production totale de 174 000 tonnes de sucre de canne lors de la campagne 2024-2025. Le sucre issu de cette production est valorisé sous deux formes principales. Environ 60 % du sucre de canne produit dans les DROM est expédié en Europe afin d'y être raffiné et transformé en sucre blanc, au même titre que le sucre obtenu à partir de la betterave. Le reste de la production est constitué de « sucres spéciaux », c'est-à-dire des sucres roux non raffinés, commercialisés sur les marchés locaux ainsi que dans l'Union européenne.

Quatre sociétés sucrières implantées sur cinq sites dans les DROM

la Réunion

Guadeloupe

Martinique

Tereos Océan Indien :

· Sucrerie de Bois-Rouge

· Sucrerie du Gol

Gardel S.A. :

· Sucrerie du Moule

Sucrerie et rhumerie Marie Galante S.A. :

· Sucrerie de Grand'Anse

S.A.E.M. de production sucrière et rhumerie de la Martinique :

· Sucrerie du Galion

Source : Commission des finances d'après Cultures sucre

En outre, plusieurs « coproduits » valorisés dans différents secteurs sont issus du processus industriel de fabrication du sucre :

- la bagasse, résidu fibreux issu du broyage de la canne, est utilisée comme combustible pour fournir de la vapeur et de l'électricité à l'industrie sucrière par cogénération ;

- la mélasse, résidu liquide de la cristallisation du sucre, sert principalement à la fabrication de rhum et, dans une moindre mesure, à la production d'éthanol ;

- la vinasse, déchet liquide de la distillation, est réutilisée comme engrais grâce à sa richesse en matières organiques et minérales ;

- les résidus de récolte contribuent à l'amendement des sols et peuvent également être utilisés pour l'alimentation animale.

La production de sucre de canne

Le processus industriel sucrier consiste à extraire le saccharose, sucre cristallisable contenu dans les tiges de la canne, et à l'isoler des autres constituants de la plante. Ce process se déroule en plusieurs étapes.

Une fois que les cannes ont été réceptionnées par la sucrerie, elles sont broyées et préparées, pour pouvoir procéder à l'extraction de leur jus, qui est séparé de la matière fibreuse (la bagasse). Le jus récupéré est épuré et clarifié, puis évaporé pour fabriquer un sirop, très concentré en saccharose. La cuisson de ce sirop permet de générer des cristaux de sucre. La liqueur obtenue est alors malaxée, centrifugée : on obtient alors du sucre dans sa forme finale, qui sera séché, stocké, conditionné puis distribué.

Source : réponses de Tereos au questionnaire des rapporteurs

Par ailleurs, la production de rhum constitue un autre débouché majeur de la filière canne dans les outre-mer. Elle est assurée par vingt-quatre distilleries implantées en Guadeloupe, en Guyane, en Martinique et à La Réunion, qui produisent chaque année près de 270 000 hectolitres d'alcool pur (HAP)39(*). Cette production se répartit entre le rhum agricole, obtenu par fermentation et distillation du jus de canne à sucre, et le rhum de sucrerie, élaboré à partir de la mélasse issue de la fabrication du sucre.


* 37 La bagasse est le résidu fibreux de la canne à sucre après que celle-ci a été passée par le moulin pour en extraire le suc.

* 38 Rapport établi par l'Inspection générale des finances, le Conseil général de l'environnement et du développement durable et le Conseil général de l'agriculture, de l'alimentation et des espaces ruraux, sur les « Perspectives de la filière canne-sucre-rhum-énergie en outre-mer » (2021).

* 39 D'après le Conseil Interprofessionnel du Rhum Traditionnel des DOM.

Partager cette page