B. LES TERRITOIRES RURAUX, AU CoeUR DES TRANSITIONS

1. Vers un changement de perception des ruralités

Comme le souligne l'enquête Paroles de campagne - Réalités et imaginaires de la ruralité française (2025)4(*), les représentations de la ruralité ont longtemps souffert les clichés, contribuant à l'invisibilisation des ruraux. Les ruralités sont souvent associées, dans l'imaginaire collectif, à une France « agricole, conservatrice et figée », contribuant à alimenter le clivage entre les villes et les campagnes et le sentiment de relégation des ruraux, avec pour conséquence politique la montée des extrêmes. Au-delà des clichés, les territoires ruraux apparaissent désormais comme porteurs de solutions pour accompagner de façon durable les transitions.

2. Les ruralités, un « modèle à investir » pour accompagner les transitions

Au-delà de leur image parfois écornée, les territoires représentent désormais un « modèle à investir » pour adapter les territoires aux transitions climatique, énergétique, économique, démocratique, sociale et culturelle. L'enquête Paroles de campagne souligne la capacité de résilience des ruralités françaises :

Loin d'être un héritage du passé, la ruralité devient, pour une majorité de Français, un modèle à investir. Dans un monde confronté à la nécessité de relocaliser et de renforcer l'autonomie alimentaire et énergétique, mais aussi dans une période de profonde crise démocratique, la vie rurale incarne des solutions concrètes. Ce que les ruraux ont souvent appris à faire par contrainte, faire avec moins, coopérer localement, bricoler des réponses devient une source d'inspiration. 81 % des Français estiment qu'on devrait davantage s'inspirer de ce qui se passe dans les zones rurales pour résoudre les problèmes à l'échelle nationale.

Pour les ruraux comme pour les urbains, investir le modèle rural, c'est donner à la France les moyens d'un avenir plus résilient, plus équilibré, plus humain. C'est un investissement nécessaire non seulement pour la ruralité, mais pour le pays tout entier.

Source : Paroles de campagne. Réalités et imaginaires de la ruralité française (2025).

3. Les atouts des territoires ruraux pour accompagner les transitions dans le cadre d'un développement durable

Pour permettre l'adaptation des territoires et des populations aux transitions, les ruralités disposent de ressources et d'atouts : ressources naturelles, puits de carbone, biodiversité, alimentation en circuits courts, disponibilité du foncier, ancrage industriel, qualité de vie réelle ou potentielle.

Ces ressources et atouts permettent aux ruralités de promouvoir un modèle de développement durable des territoires : production d'énergies renouvelables, décarbonation, agroécologie, économie circulaire, développement de filières biosourcées, création ou relocalisation d'emplois industriels - la notion d'industrie englobant la quasi-totalité des biens manufacturés et des services.

Les territoires ruraux doivent toutefois concilier des logiques qui peuvent apparaître contradictoires : (ré)industrialiser des territoires ruraux implique l'acceptabilité de ces projets industriels ; développer une zone d'activité économique en ruralité nécessite de disposer de réserves foncières compatibles avec les exigences du zéro artificialisation nette (ZAN).

Pour assurer un développement durable des territoires ruraux, ces arbitrages doivent être opérés dans le cadre d'une stratégie globale d'aménagement du territoire, définie dans le cadre d'instances de gouvernance associant l'ensemble des acteurs concernés.

4. Le développement durable des territoires ruraux nécessite une transformation des modèles productifs et agricoles

Les ruralités permettent ainsi de penser une économie « humano-centrée »5(*) et non plus seulement tournée vers la compétitivité et l'attractivité du territoire.

Par exemple, la résilience alimentaire du territoire est rendue possible grâce au développement d'une agriculture durable et de proximité, à l'image du projet alimentaire territorial de la Plaine aux Plateaux, dans les Yvelines, un département « agri-urbain » :

 

Bonne pratique : le projet alimentaire territorial (PAT) des Yvelines

Le département des Yvelines est un territoire hétérogène, à la frontière entre l'urbain et le rural, très dense au nord-est, mais qui compte 138 communes rurales à l'ouest et au sud, soit plus de 50 % des communes du département.

Les enjeux agricoles et alimentaires y sont très importants, avec la nécessité d'articuler les espaces agricoles, qui produisent, et les espaces urbains, qui consomment. On parle d'ailleurs souvent des Yvelines comme d'un territoire « agriurbain », sur lequel les enjeux de transitions sont forts, tel que le projet alimentaire territorial (PAT) de la Plaine aux Plateaux, qui s'étend du plateau de Saclay à la plaine de Versailles.

Il s'agit d'un périmètre créé en 2014 et défini en lien avec le ministère de l'Agriculture et de l'alimentation. C'est le premier PAT créé en Île-de-France. Il est coordonné par l'association Terre et cité et recouvre 200 000 hectares de surface agricole utile et près de 200 fermes, tout en concernant près de 900 000 personnes.

Le PAT regroupe des collectivités territoriales, des associations, des agriculteurs, des entreprises, des particuliers, qui coconstruisent une démarche de relocalisation d'une agriculture de proximité et d'une alimentation saine dans les territoires.

Le PAT est labellisé par l'État et permet d'obtenir de financements pour une trentaine de projets. Parmi les actions engagées, on peut citer des aides à l'installation d'agriculteurs, des épiceries participatives ou encore la mise en place de circuits courts, notamment pour favoriser les produits locaux dans les cantines scolaires.

Avec sa gouvernance démocratique et multi-partenariale, qui met au coeur de son projet la résilience alimentaire, mais aussi sociale du territoire, tout en préservant le patrimoine agricole yvelinois, le PAT de la Plaine aux Plateaux démontre la capacité des territoires ruraux à conduire les transitions.


* 4 https://www.destincommun.fr/media/t0lneqdh/paroles-de-campagne-juin-2025_web.pdf. Enquête menée par Tristan Guerra, Clémentine Guilbaud Demaison, Raphaël Llorca, Laurent de Nervaux. Associations partenaires : Destin commun, Bouge ton coq, Insite, Rura.

* 5 « Vers une économie humano-centrée », Pierre Veltz, 2026.

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