C. FORMER, ATTIRER ET ACCOMPAGNER LES COMPÉTENCES NÉCESSAIRES À LA TRANSITION
1. Les ressources humaines, premier facteur d'attractivité du territoire
Il a été rappelé lors des auditions que les ressources humaines sont la première source d'attractivité d'un territoire.
En effet, en matière de développement économique et industriel, l'un des premiers critères de sélection d'un site par les industriels est la présence d'un bassin d'emploi avec des personnes compétentes et suffisamment formées.
C'est l'une des difficultés rencontrées par les territoires ruraux, et en particulier hyper-ruraux, qui, du fait de leur enclavement géographique, souffrent d'éloignement vis-à-vis des centralités urbaines, des bassins d'emploi, des centres de décisions. Par conséquent, ces territoires n'ont pas pu développer de base économique et industrielle. Leur manque d'attractivité est un facteur de déprise démographique.
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Le premier problème est de faire venir les gens et de les installer sur le territoire. Ce n'est pas toujours qu'un sujet industriel, il faut travailler l'ensemble des facteurs : logement, aménités territoriales, accueil du salarié et de sa famille, etc. Il manque des solutions de logement adaptées. Source : Extraits d'audition |
Dans son étude sur les industries rurales35(*), l'économiste Magali Talandier décrypte les stratégies d'adaptation mises en place par certains territoires pour attirer et conserver leurs emplois industriels, qui se substituent ainsi à la puissance publique défaillante. On constate un retour à une forme de paternalisme industriel : pour survivre, les entreprises sont contraintes de prendre en charge pour leurs salariés les questions du logement, de la mobilité, de la santé, de la qualité de vie. La sécurisation de leurs emplois industriels passe par cette offre de services.
2. Accompagner le développement des jeunes ruraux
Les jeunes ruraux, qui représentent près de 5,3 millions de jeunes de moins de 20 ans, soit un tiers des jeunes Français, sont confrontés aux déterminismes sociaux et territoriaux, contre lesquels lutte l'association Rura.
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Focus : L'accompagnement des jeunes ruraux par l'association Rura L'association Rura (ex-Chemins d'avenir), reconnue d'intérêt général et agréée par le ministère de l'Éducation nationale, accompagne les jeunes des ruralités et des petites villes de France dans leur développement, afin de lutter contre les déterminismes sociaux et territoriaux. Près de 5,3 millions de jeunes de moins de 20 ans grandissent en milieu rural, soit un tiers des jeunes Français (et même 50% en incluant les jeunes des petites villes). Les jeunes ruraux sont confrontés à une série d'obstacles qui entravent leur développement : autocensure (« ce n'est pas fait pour moi »), déclassement, vulnérabilité économique, enjeux de mobilité, accessibilités des services, fracture numérique, phénomène d'assignation à résidence ou d'injonction de partir, etc. Par exemple, les jeunes ruraux de moins de 29 ans passent 2h37 min par jour dans les transports, soit 42 min en plus que les jeunes urbains, notamment du fait du ramassage scolaire. Leur budget mensuel moyen en matière de transport est de 528 euros par mois contre 307 euros pour les jeunes urbains (source : rapport Jeunesse et mobilité : la fracture rurale, association Rura, institut Terram, mai 2024)36(*). La question du développement des jeunes ruraux a longtemps été dans l'angle mort des pouvoirs publics. Face à la chaîne de problèmes rencontrés par les jeunes ruraux, l'association Rura a mis en place une chaîne de solutions : 15 000 jeunes sont ainsi accompagnés individuellement (collégiens, lycéens, jeunes professionnels), pour une période d'un an renouvelable, et se voient proposer des bourses, des offres stages, des rencontres avec des professionnels, etc., en partenariat avec 150 établissements scolaires partenaires. L'association, qui dispose d'un budget de 4,3 millions d'euros en 2025, prend en charge les frais exposés. Par ailleurs, partant du constat de l'absence de dispositifs publics ciblés sur les jeunes ruraux, l'association a porté la création du dispositif des territoires éducatifs ruraux (TER), qui consiste en un réseau coopératif qui fédère les acteurs éducatifs, sociaux, de santé et culturels d'un territoire autour d'un projet éducatif renforcé et adapté aux élèves des territoires peu denses. Expérimenté à partir de janvier 2021 dans 23 territoires préfigurateurs, le dispositif est progressivement généralisé. En 2023, les 64 TER ont concerné 570 communes regroupant 86 collèges, 632 écoles et 67 836 élèves. En 2025, on compte 203 TER, avec l'objectif fixé d'atteindre 300 TER en 2027. |
Les rapporteurs recommandent de généraliser le dispositif des territoires éducatifs ruraux (TER) à l'ensemble des territoires ruraux.
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Recommandation : généraliser le dispositif des territoires éducatifs ruraux (TER) à l'ensemble des territoires ruraux • Généraliser à l'ensemble des territoires ruraux le dispositif des Territoires éducatifs ruraux pour pallier le manque de réponses et de solutions éducatives dans des territoires peu denses, en renforçant l'action coordonnée des acteurs éducatifs, sociaux, de santé, culturels et sportifs présents sur un même bassin de vie. |
3. Renforcer et valoriser la formation des élus locaux
Dans le rapport final du Grand atelier de la transition écologique de 2025, l'AMRF du Gard note que :
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Un effort doit être porté sur la montée en compétence des élus et des citoyens avec par exemple des formations, des outils pédagogiques et des dispositifs de mutualisation des ressources. La mise en place de formations pour les nouveaux élus communaux renforcerait leurs compétences dès le début de leur mandat. La mise en place de formation à la coordination de projets à destination des équipes communales contribuerait à professionnaliser des chargés de mission capables d'assurer un pilotage efficace des initiatives locales. Source : Rapport final du Grand atelier de la transition écologique - AMRF du Gard37(*) |
Pour être acteurs de la transition de leur territoire, les élus locaux doivent être formés dans le cadre de modules de formation dédiés : transition écologique, gestion des risques, développement économique et industriel, de stratégies de coopération territoriale, de prospective territoriale.
Les élus du Gers ont par exemple été formés à la gestion collective des crises liées au changement climatique dans le cadre du « Résilience Tour ».
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Bonne pratique : le « Résilience Tour » fait étape dans le Gers Le « Résilience Tour » a fait étape dans le Gers en octobre 2025 pour sensibiliser les élus locaux, qui sont en première ligne, mais aussi les citoyens, les scolaires et les entreprises afin de mieux gérer collectivement les crises (inondations, tempêtes, incendies, accidents industriels, etc.) et de trouver des solutions concrètes pour garantir la sauvegarde des populations et la résilience des territoires. Parmi les modules proposés : communication de crise, mises en situation, etc. Source : Gers - Résilience Tour |
Par ailleurs, les formations des élus doivent pouvoir être reconnues et valorisées. L'université de Nîmes propose ainsi aux élus locaux depuis 2026 une formation diplômante inédite en France relative à « la gestion des collectivités territoriales rurales ».
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Bonne pratique : l'université de Nîmes propose une formation diplômante inédite aux élus des territoires ruraux Intitulé « Formation des élus pour la gestion des collectivités territoriales rurales », ce diplôme universitaire inédit en France s'adresse aux maires et élus municipaux des communes rurales du Gard, conçu avec les acteurs institutionnels du territoire. Il répond à quatre défis : · Donner aux élus les compétences juridiques, financières et managériales nécessaires à l'exercice de leur mandat, · Favoriser la compréhension des enjeux contemporains des territoires ruraux (transition écologique, numérique, attractivité) et accompagner les élus dans la transformation des territoires ruraux, · Accompagner les élus dans la gestion quotidienne et stratégique de leur commune, · Créer un lieu d'échanges entre élus, afin de mutualiser expériences et bonnes pratiques au bénéfice de l'ensemble du territoire. Cette formation constitue un véritable outil de valorisation de l'engagement des élus locaux au service de leurs communes. Le rythme de la formation, organisée sur deux années universitaires, doit permettre de concilier formation et exercice du mandat électif. Source : Université de Nîmes |
Les rapporteurs recommandent de systématiser la formation des élus locaux aux stratégies et outils de développement durable des territoires :
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Recommandation : systématiser la formation des élus locaux aux stratégies et outils de développement durable des territoires ruraux • Développer des filières de formation diplômante pour les élus locaux en lien avec les universités, sur le modèle du diplôme universitaire en gestion des communes rurales créé par l'Université de Nîmes ; • Développer des modules de formation en matière de transition écologique, de développement économique et industriel, de stratégies de coopération territoriale, de prospective territoriale. |
C'est en réunissant ces conditions de réussite (gouvernance, ingénierie, développement des compétences) qu'une approche inclusive du développement durable des ruralités est possible.
* 35 « L'industrie rurale face à la raréfaction des ressources », Magali Talandier, Manon Loisel, La caravane des ruralités, 2025 : Rapport_01_industrie-rurale_BD.pdf




