II. DES DÉVELOPPEMENTS SCIENTIFIQUES QUI INTERROGENT
A. LES ORGANOÏDES DE CERVEAU ET DU SYSTÈME NERVEUX
Les organoïdes de cerveau ou de système nerveux, parfois appelées « cérébroïdes », ont été développées par les chercheurs afin d'obtenir des modèles d'étude pour ces structures difficiles à étudier chez l'homme, et que les modèles animaux ne peuvent totalement répliquer. Dans sa Lettre de la biomédecine (publication de veille stratégique en santé) de juillet 2024, l'ABM explique que « les cérébroïdes humains sont [...] des modèles tridimensionnels in vitro dérivés de cellules souches humaines, dans lesquels des types multiples et divers de cellules neuronales et gliales se différencient »713(*). Il existe une grande diversité de cérébroïdes, qui varient en termes de taille et de complexité (type de cellules présentes par exemple), et l'ABM souligne qu'ils « ne sont que des fragments miniatures du cerveau, et qu'ils sont loin de mimer l'ensemble de ses fonctions ». Elle note enfin qu'il leur « manque certains types cellulaires, de la vascularisation, des régions cérébrales et des circuits neuronaux anatomiquement organisés, considérés comme nécessaires au fonctionnement complexe du cerveau humain », et que « c'est l'ensemble de ces éléments qui pourrait potentiellement conférer au cerveau un “état de conscience” ».
À partir de 2023, des recherches ont été menées autour du concept d'« intelligence organoïde ». Une équipe a ainsi démontré la possibilité de constituer « un système électronique incluant un cérébroïde relié à un ordinateur »714(*). Plusieurs limites à ces modèles sont notées, comme l'absence de vascularisation qui mène à la mort prématurée des cellules, mais de nouvelles recherches sont en cours, y compris dans le secteur privé715(*).
Les cérébroïdes et leurs applications posent de nombreuses questions éthiques, mais à ce jour l'ABM note que « la communauté scientifique et de nombreux éthiciens estiment qu'aucune évidence biologique actuelle ne permet d'affirmer que les cérébroïdes possèdent une forme de conscience ou de perception, en raison de leur simplicité structurelle et fonctionnelle, et des limites de développement qu'ils présentent ».
Il n'existe pas à ce jour en France de réglementation spécifique pour les organoïdes de cerveau ou de système nerveux. Si ces derniers sont issus de CSEh, alors les protocoles sont soumis à déclaration auprès de l'ABM, mais ce n'est pas le cas pour les protocoles impliquant les iPSC. L'ISSCR quant à elle ne recommande pas un encadrement particulier pour les recherches portant sur les cérébroïdes.
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713 Agence de la biomédecine,
« Les cérébroïdes : des ministructures qui
interrogent », La lettre de la biomédecine,
juillet 2024,
https://back.agence-biomedecine.fr/uploads/4_lettre_de_la_biomedecine_661d396a0d.pdf
* 714 Hongwei Cai, Zheng Ao, Chunhui Tian, Zhuhao Wu, Hongcheng Liu, Jason Tchieu, Mingxia Gu, Ken Mackie et Feng Guo, « Brain organoid reservoir computing for artificial intelligence », Nature Electronics, 6, no 12, décembre 2023, p. 1032-39, https://doi.org/10.1038/s41928-023-01069-w
* 715 Rich Pelley, « A petri dish of human brain cells is currently playing Doom. Should we be worried? », The Guardian, mars 2026, https://www.theguardian.com/games/2026/mar/16/petri-dish-brain-cells-playing-doom-cortical-labs