II. E-COMMERCE, PLATEFORMES EXTRA-EUROPÉENNES, SECONDE MAIN ET DISCOUNT REBATTENT LES CARTES DU COMMERCE

A. LE E-COMMERCE, CANAL DE CONSOMMATION DEVENU INCONTOURNABLE

La progression continue du e-commerce depuis 20 ans constitue la transformation la plus structurante du commerce en France. Le marché du commerce en ligne a ainsi doublé au cours des dix dernières années, marquées notamment par la crise sanitaire qui a encore popularisé son usage. Les trois quarts des Français de plus de 15 ans ont acheté en ligne en 2025 et le e-commerce représente désormais environ 12 % des ventes de produits du commerce de détail, avec des parts de marché très importantes dans l'habillement, l'électronique et l'électroménager.

Évolution du chiffre d'affaires du commerce de détail (produits et services)
entre 2006 et 2024 et proportion du commerce en ligne
dans le commerce de détail de produits

Source : Insee et Fevad

Pour autant, il serait vain d'opposer commerce en ligne et commerce physique : le e-commerce n'est pas un canal autonome de distribution mais une composante parmi d'autres du commerce global. Plus de 80 % des enseignes disposant d'un réseau physique réalisent également de la vente en ligne. Le click and collect, qui s'est particulièrement développé au moment de la crise sanitaire, constitue le paradigme de cette mixité des usages numériques et physiques. Il représente désormais près d'un tiers des commandes en ligne dans la grande distribution ou le textile.

Par ailleurs, le e-commerce réduit les fractures territoriales de consommation en permettant à des populations qui disposaient jusqu'ici d'un accès réduit au commerce dans les zones périurbaines et rurales de pouvoir consommer des produits beaucoup plus diversifiés. Il crée moins d'emplois que le commerce physique mais il en crée néanmoins via ses centres logistiques eux aussi installés dans des bassins d'emploi peu favorisés. Il offre enfin, via les places de marché, une zone de chalandise bien plus large à nos commerçants qui savent en exploiter toutes les potentialités.

La plupart des commerçants y voient ainsi davantage une opportunité qu'un risque, à la condition toutefois que la compétition se fasse à armes égales.

B. LES PLATEFORMES CHINOISES, ACCÉLÉRATRICES DE « DÉCOMMERCIALISATION »

En seulement quelques années, les plateformes chinoises Shein, Temu et Aliexpress ont fait brutalement irruption sur le marché français en s'appuyant sur des prix anormalement bas, un marketing en ligne très agressif, en particulier sur les réseaux sociaux, une logistique optimisée et un renouvellement permanent de leur offre.

5,6 Mds€

C'est valeur des produits importés en 2025 via les plateformes chinoises.

Source : DGDDI

En 2025, selon la direction générale des douanes et des droits indirects (DGDDI) la valeur des produits importés via ces plateformes représentait 5,6 Mds€ pour 826 millions d'articles, soit 2,3 millions d'articles par jour ou 26 articles par seconde, ce qui est absolument colossal.

En 2025, les trois entreprises Shein, Temu et AliExpress représentaient déjà 19 % des achats de vêtements en ligne en volume et 8 % en valeur. 97 % de ces articles, dont le prix moyen n'est que de 6,4 €, provenaient de Chine.

Principales catégories de produits concernés par les importations
de petits colis en France en 2025

Source : direction générale des douanes et des droits indirects (DGDDI),
rapport annuel 2025, février 2026

Prenant appui sur l'exonération totale de droits de douane dont bénéficiaient jusqu'au 1er mars 2026 les petits colis d'une valeur de moins de 150 €, ces plateformes chinoises pratiquent une concurrence déloyale à tous les niveaux : production subventionnée, non-conformité quasi systématique et dangerosité fréquente des produits, interfaces numériques addictives et trompeuses. Il y a donc urgence à agir sur tous ces aspects pour faire cesser ces abus qui mettent en péril nos commerçants.

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