B. DES HAUSSES TARIFAIRES FINANCIÈREMENT UTILES POUR LES ÉTABLISSEMENTS, DONT LES EFFETS SUR LES PUBLICS RESTENT DIFFICILES À ISOLER

1. Des tarifs qui progressent plus rapidement que l'inflation dans la quasi-totalité des établissements

Entre 2015 et 2025, les tarifs pleins des musées et établissements patrimoniaux étudiés ont connu une progression généralisée.

Les augmentations les plus fortes concernent notamment le Domaine national de Chambord, dont le tarif plein est passé de 11 à 19 euros, soit une progression de 72,7 %, et la Cité de l'architecture et du patrimoine, où il est passé de 8 à 13 euros, soit une hausse de 62,5 %. S'agissant de la CAPA, elle figure, avec le Mucem et le musée Guimet, parmi les musées dont les tarifs étaient les plus faibles en 2015.

Le tarif plein du Musée du Louvre, demeuré fixé à 15 euros pendant une grande partie de la période, a atteint 22 euros en 2024 et 2025, soit une augmentation de 46,7 % par rapport à 2015. Le tarif du Musée d'Orsay est passé de 11 à 14 euros, soit une progression de 27,3 %, tandis que celui du Musée national Picasso-Paris a augmenté de 12,50 à 16 euros, soit 28,0 %.

Cette évolution ne résulte toutefois pas d'une indexation régulière des tarifs sur l'inflation. Les grilles tarifaires sont généralement maintenues pendant plusieurs années, puis font l'objet de hausses ponctuelles parfois importantes. Le tarif du Louvre est ainsi resté stable à 15 euros de 2015 à 2023 avant de passer directement à 22 euros. À Fontainebleau, les augmentations ont été plus progressives, de 11 à 12 euros, puis à 13 euros, à 14 euros, avant une hausse à 17 euros en 2025.

Les années 2024 et 2025 marquent à cet égard une accélération des revalorisations. La hausse récente de l'inflation, l'augmentation des coûts de fonctionnement et la recherche de ressources propres supplémentaires ont en effet conduit plusieurs établissements à relever leurs tarifs à cette période.

Évolution des prix du tarif plein dans plusieurs établissements patrimoniaux entre 2015 et 2025

(en euros)

Musée

2015

2016

2017

2018

2019

2020

2021

2022

2023

2024

2025

Évolution 2015-2025

DN de Chambord

11

11

13

13

14,5

14,5

14,5

14,5

15,5

15,5

19

+ 72,7 %

Louvre

15

15

15

15

15

15

15

15

15

22

22

+ 46,7 %

CAPA

8

8

8

8

8

9

9

9

9

9

13

+ 62,5 %

Musée d'Orsay

11

11

12

14

14

14

14

14

14

14

14

+ 27,3 %

Musée Pablo Picasso

12,5

12,5

12,5

12,5

13

14

14

14

14

16

16

+ 28,0 %

Musée du quai Branly

9

10

10

10

10

12

12

12

12

14

14

+ 55,6 %

Mucem

8

9,5

9,5

9,5

9,5

11

11

11

11

11

11

+ 37,5 %

Centre Pompidou

14

14

14

14

14

14

14

15

15

15

15

+ 7,1 %

Château de Fontainebleau

11

11

11

12

12

12

13

13

14

14

17

+ 54,5 %

Musée de l'Orangerie

9

9

9

9

9

12,5

12,5

12,5

12,5

11

11

+ 22,2 %

Musée Guimet

7,5

7,5

7,5

11,5

11,5

11,5

11,5

11,5

11,5

11,5

12

+ 60,0 %

Domaine national de Versailles (billet château)

15

15

18

18

18

18

18

18

18

21

21

+ 40 %

Domaine national de Versailles (billet passeport sans les grandes eaux)

18

18

20

20

20

20

20

20

20

24

24

+ 33,3 %

Note : pour le domaine national de Versailles, le billet château a été supprimé en 2026 au profit du billet passeport, qui donne accès à l'ensemble du domaine.

Source : commission des finances, d'après les réponses des établissements et de la direction générale des patrimoines et de l'architecture au questionnaire des rapporteurs spéciaux

Afin de comparer les tarifs à l'inflation, les deux séries ont été ramenées à un indice 100 en 2015.

Entre 2015 et 2025, l'inflation cumulée atteint environ 20,9 %, soit un indice de 120,9 en base 100 (2015).

L'indice atteint environ 172,7 pour le Domaine national de Chambord, 155,6 pour le Musée du quai Branly - Jacques Chirac, 146,7 pour le Musée du Louvre, 137,5 pour le Mucem et 127,3 pour le Musée d'Orsay. La hausse du tarif du Musée d'Orsay demeure ainsi relativement proche de l'inflation, tandis que celles de Chambord, du quai Branly et du Louvre la dépassent très nettement.

Le Centre national d'art et de culture Georges-Pompidou constitue la seule exception parmi les opérateurs étudiés. Son tarif plein ne progresse que de 7,1 % sur la période, pour atteindre un indice de 107,1 en 2025.

Comparaison de l'évolution du tarif plein avec l'inflation
sur une sélection de musées

(évolution appliquée à un indice en base 100)

Source : commission des finances, d'après les réponses des établissements et de la direction générale des patrimoines et de l'architecture au questionnaire des rapporteurs spéciaux

2. Des hausses tarifaires sans effet identifiable sur la fréquentation globale

Sur longue période, aucune corrélation nette n'apparaît entre l'évolution des tarifs et celle de la fréquentation. Entre 2015 et 2025, le château de Chambord et le musée Guimet combinent hausse tarifaire et hausse de fréquentation, tandis que le château de Fontainebleau et le musée Pablo Picasso connaissent au contraire une baisse de fréquentation malgré une hausse du tarif. Les musées du Louvre et d'Orsay augmentent leurs tarifs avec une fréquentation en hausse modérée.

La mission conjointe de l'Inspection générale des finances et de l'Inspection générale des affaires culturelles de 2015 sur l'évaluation de la politique de développement des ressources propres des organismes culturels de l'État est arrivée à une conclusion similaire sur la décennie précédente : « il ressort d'une analyse menée par la mission que l'augmentation des tarifs au cours des dix dernières années n'a pas eu un impact significatif statistiquement sur l'évolution du nombre de billets vendus »19(*).

Évolution du tarif plein et de la fréquentation
de plusieurs opérateurs entre 2015 et 2025

(tarifs en euros)

Établissement

Tarif plein 2015

Tarif plein 2025

Évolution du tarif plein 2015-2025

Fréquentation totale 2015

Fréquentation totale 2025

Évolution de la fréquentation 2015-2025

Château de Chambord

11

19

+ 72,7 %

783 350

1 218 055

+ 55,5 %

Musée national des arts asiatiques - Guimet

7,5

12

+ 60,0 %

260 337

338 280

+ 29,9 %

Château de Fontainebleau

11

17

+ 54,5 %

468 736

455 994

- 2,7 %

Musée du Louvre

15

22

+ 46,7 %

8 369 432

9 045 775

+ 8,1 %

Musée Picasso

12,5

16

+ 28,0 %

737 832

591 324

- 19,9 %

Musée d'Orsay

11

14

+ 27,3 %

3 439 831

3 785 134

+ 10,0 %

Château de Versailles

15

21

+ 40,0 %

7 427 672

8 302 636

+ 11,8 %

Source : commission des finances, d'après les réponses des établissements et de la direction générale des patrimoines et de l'architecture au questionnaire des rapporteurs spéciaux

L'examen des seules années de revalorisation tarifaire conduit au même constat : une hausse de tarif peut coïncider avec une baisse de fréquentation, comme au Louvre, à Guimet ou au musée Picasso, mais aussi avec une hausse, comme à Versailles, au musée d'Orsay, à Fontainebleau ou à Chambord.

Évolution du tarif plein et de la fréquentation de plusieurs opérateurs
lors des années de revalorisation du tarif

(tarifs en euros)

Établissement

Années considérées

Tarif plein initial

Tarif plein après hausse

Évolution du tarif plein

Fréquentation initiale

Fréquentation après hausse

Évolution de la fréquentation

Musée national des arts asiatiques - Guimet

2017 ? 2018

7,5

11,5

+ 53,3 %

318 504

274 163

- 13,9 %

Musée du Louvre

2023 ? 2024

15

22

+ 46,7 %

8 807 668

8 681 079

- 1,4 %

Château de Chambord

2024 ? 2025

15,5

19

+ 22,6 %

1 186 851

1 218 055

+ 2,6 %

Château de Fontainebleau

2024 ? 2025

14

17

+ 21,4 %

425 982

455 994

+ 7,0 %

Château de Versailles

2016 ? 2017

15

18

+ 20,0 %

6 701 193

7 714 389

+ 15,1 %

Musée d'Orsay

2017 ? 2018

12

14

+ 16,7 %

3 177 842

3 687 228

+ 16,0 %

Musée national Picasso

2023 ? 2024

14

16

+ 14,3 %

558 907

482 405

- 13,7 %

Source : commission des finances, d'après les réponses des établissements et de la direction générale des patrimoines et de l'architecture au questionnaire des rapporteurs spéciaux

L'absence de corrélation visible ne signifie pas que la hausse des prix n'a aucun impact sur la fréquentation. Elle montre en revanche que la combinaison d'autres facteurs a des effets plus importants sur l'évolution de la fréquentation. Le même rapport de l'IGF et de l'IGAC souligne ainsi que seul l'effet de la conjoncture économique ressortait clairement dans les statistiques de fréquentation des musées.

3. Un rendement avéré, mais un risque d'éviction sociale mal mesuré

Dès lors que les revalorisations tarifaires ne provoquent pas une diminution équivalente de la fréquentation payante, elles se traduisent mécaniquement par une augmentation des recettes, et les hausses tarifaires ont un effet financier nettement identifiable.

Les établissements ayant procédé aux revalorisations les plus importantes sont ainsi généralement ceux dont les recettes ont le plus progressé : le domaine national de Chambord, la Cité de l'architecture et du patrimoine et le Musée national des arts asiatiques - Guimet combinent, par exemple, de fortes augmentations du tarif plein et une progression très soutenue de leur billetterie. À l'inverse, le Centre Pompidou, dont le tarif n'a que faiblement évolué, enregistre une diminution de ses recettes de billetterie sur la période.

L'absence d'effet clairement identifiable sur la fréquentation totale ne signifie cependant pas que les hausses tarifaires sont sans conséquence sur l'accessibilité des musées.

Une fréquentation stable peut en effet masquer une modification de la composition du public. Le renoncement de visiteurs disposant de revenus modestes ou souhaitant effectuer des visites régulières peut être compensé par la progression du tourisme international ou par la venue de publics moins sensibles au prix.

Une étude du Crédoc de 2016 indique qu'en 2014, 19 % des Français déclaraient avoir renoncé au moins une fois, au cours de l'année précédente, à visiter une exposition, un musée ou un monument parce que le prix était trop élevé. Cette proportion atteignait 25 % parmi les personnes disposant de bas revenus, 24 % parmi les vingt-cinq à trente-neuf ans et 26 % dans l'agglomération parisienne20(*).

Une enquête plus récente, datée de janvier 2024, indique que 36 % des Français avaient renoncé à une visite patrimoniale au cours des douze mois précédents pour cette même raison.

Ces données déclaratives ne permettent pas de mesurer précisément le nombre de visites effectivement perdues du fait d'une hausse déterminée, mais elles montrent néanmoins que le prix affecte inégalement les publics. Les catégories bénéficiant de la gratuité sont en partie protégées, mais les hausses peuvent peser sur les ménages aux revenus modestes ou intermédiaires.


* 19 Inspection générale des finances et Inspection générale des affaires culturelles, Évaluation de la politique de développement des ressources propres des organismes culturels de l'État, mars 2015, page 13 et annexe II.

* 20 Crédoc, Les visites du patrimoine culturel et la question de la gratuité, mars 2016.

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