B. LES MODULATIONS TARIFAIRES : UN VÉRITABLE POTENTIEL DE RECETTES ET D'OUVERTURE SOCIALE, QUI DOIT ÊTRE MANIÉ AVEC PRUDENCE

1. Les tarifs réduits : une politique en perte de vitesse au profit de la gratuité
a) Une politique particulièrement hétérogène, qui gagnerait à être davantage cadrée

Les tarifs réduits occupent une place plus discrète que les gratuités dans la politique tarifaire des musées de l'État. L'extension progressive des exonérations a en effet conduit les principaux publics prioritaires (jeunes, enseignants, demandeurs d'emploi, bénéficiaires de minima sociaux, personnes en situation de handicap...) à relever plus souvent de la gratuité que d'une réduction.

L'Inspection générale des finances et l'Inspection générale des affaires culturelles constataient ainsi que la proportion d'entrées à tarif réduit était passée de 12,3 % en 2004 à 7,3 % en 2013, parallèlement au développement des gratuités46(*).

Certains musées ne proposent d'ailleurs plus de tarifs réduits pour les droits d'entrée, comme c'est le cas du musée du Louvre47(*). L'établissement propose en revanche toujours des tarifs réduits pour des prestations complémentaires48(*). Le domaine national de Versailles ne propose plus non plus de tarifs réduits liés au statut de la personne.

De nombreux monuments du Centre des monuments nationaux fonctionnent désormais selon une architecture proche de celle du Louvre : un tarif individuel unique, complété par des catégories de gratuité. C'est notamment le cas, dans la grille tarifaire 2026, de l'Arc de Triomphe, du Panthéon, de l'abbaye du Mont-Saint-Michel, du château et des remparts de Carcassonne, du château d'Azay-le-Rideau, du château d'Angers et des tours et remparts d'Aigues-Mortes.

L'absence complète de tarifs réduits concerne cependant une minorité de grilles tarifaires des musées de l'État : les autres opérateurs du programme 175 conservent des tarifs réduits individuels, même si leur champ est parfois limité.

Au Musée du quai Branly - Jacques Chirac, par exemple, le tarif réduit du billet d'entrée est principalement réservé aux familles nombreuses, la plupart des autres publics prioritaires bénéficiant directement de la gratuité (Musée du quai Branly - Jacques Chirac, Tarifs individuels, octobre 2025).

Au Musée d'Orsay, le tarif réduit est notamment accordé aux titulaires d'une carte familles nombreuses, aux membres de l'association de l'École du Louvre, à plusieurs sociétés savantes et aux membres des sociétés d'amis des musées nationaux.

Exemple de tarifs réduits en 2025

(en euros)

Établissement

Tarif plein

Familles nombreuses

Jeunes de 18 à 25 ans hors EEE

Associations ou partenaires

Musée d'Orsay

14

11

--

11

Musée du quai Branly - Jacques Chirac

14

11

--

--

Musée national des arts asiatiques - Guimet

13

10

--

10

Mucem

11

--

7,50

7,50

Domaine national de Chambord

19

--

16,50

16,50

Note : Le Mucem ne prévoit pas de tarif spécifique pour les titulaires de la carte Familles nombreuses, mais propose un billet famille à 18 euros, valable pour deux adultes accompagnant jusqu'à cinq enfants de moins de dix-huit ans.

Source : commission des finances, d'après les réponses des établissements et de la direction générale des patrimoines et de l'architecture au questionnaire des rapporteurs spéciaux

Les tarifs réduits se caractérisent aussi par l'hétérogénéité des pratiques selon les établissements. Les réductions pour les jeunes de 18 à 25 ans qui ne sont pas résidents de l'Espace économique européen49(*) sont courantes dans les établissements, mais ne sont pas systématiques, et il en va de même pour les familles nombreuses.

Il n'existe pas de liste nationale unique des personnes ayant droit à un tarif réduit dans tous les musées de l'État. Les catégories de bénéficiaires et le montant de la réduction sont fixés dans les grilles tarifaires propres à chaque établissement.

Toutefois, l'administration a indiqué aux rapporteurs spéciaux que lorsqu'un conseil d'administration envisage de modifier cette grille, le ministère de la Culture lui demande notamment d'examiner les tarifs d'établissements comparables, les risques d'éviction de certains publics et les conséquences de la mesure pour les personnes les plus éloignées de la culture50(*).

L'évaluation du recours aux tarifs réduits reste toutefois lacunaire. Les données de fréquentation transmises par l'administration pour la période ne permettent pas toujours de séparer, au sein des entrées payantes, les billets vendus au plein tarif et ceux vendus à prix réduit.

Il est donc difficile d'identifier le nombre de bénéficiaires de chaque réduction, son coût pour l'établissement et son effet réel sur la décision de visite. À cette insuffisance statistique s'ajoute un enjeu de lisibilité : la multiplication des catégories, des justificatifs et des conditions de vente peut limiter le recours effectif aux réductions.

Les gratuités ont progressivement été préférées aux tarifs réduits parce qu'elles constituent un instrument plus lisible et souvent plus incitatif.

b) Des tarifs de groupe encore répandus, mais moins systématiquement avantageux

Les tarifs de groupe constituent une modalité ancienne de différenciation tarifaire, mais ils ne répondent pas à une logique unique. Pour les groupes scolaires ou sociaux, elle participe d'une politique de démocratisation culturelle, et le principe dans ce cas-là est souvent la gratuité.

Pour les groupes touristiques organisés, la réduction consentie est traditionnellement justifiée par le volume de billets achetés, l'anticipation de la réservation et la simplification de la commercialisation auprès des professionnels du tourisme.

Le musée du quai Branly propose ainsi un tarif de groupe de 11 euros au lieu de 14 euros par personne, et le musée national Picasso prévoit un tarif de 11 euros pour les personnes en groupe, contre 16 euros sinon. D'une manière générale, la présence d'un tarif de groupe demeure très répandue.

Exemples de tarifs de groupe applicables en 2026 pour plusieurs établissements

(tarifs en euros)

Établissement

Tarif plein

Tarif de groupe ou professionnel

Réduction

Conditions principales

Château de Chambord

21

18,50

- 11,9 %

Groupes à partir de 20 personnes

Musée du quai Branly - Jacques Chirac

14

11

- 21,4 %

Groupes à partir de 10 personnes

Musée national Picasso-Paris

16

11

- 31,3 %

Groupes à partir de 7 personnes

Musée national des arts asiatiques - Guimet

15

12

- 20,0 %

Groupes à partir de 9 personnes (sauf si réservation d'un conférencier)

Mucem

11

10,45 à 8,80

- 5 % à - 20 %

Remise quantitative à partir de 30 billets ; remise maximale à partir de 500 billets

Palais de la Porte Dorée

12

10,80 à 8,40

- 10 % à - 30 %

Remise quantitative à partir de 20 billets ; remise maximale à partir de 500 billets

Note : le tarif plein donné pour le domaine national de Chambord est celui applicable aux résidents de l'EEE.

Source : commission des finances

Le musée d'Orsay et le musée de l'Orangerie fonctionnent d'ailleurs désormais au moyen de forfaits globaux : respectivement 300 euros et 240 euros pour une visite autonome d'un groupe d'adultes, dans la limite de 25 personnes. Ils continuent donc bien à pratiquer une tarification propre aux groupes, mais sans afficher un « billet groupe » unitaire.

Cependant, les groupes commerciaux ne représentent pas nécessairement un coût moindre pour les établissements, dans la mesure où ceux-ci doivent mobiliser des capacités d'accueil importantes. Les groupes peuvent en effet nécessiter des opérations particulières de contrôle et de régulation des flux.

Depuis janvier 2026, le musée du Louvre applique à tous les participants à un groupe un tarif unique de 28 euros, auquel s'ajoute un droit de réservation de 20 euros pour un petit groupe ou de 90 euros pour un grand groupe. Ce tarif reste commercialement un tarif de groupe, mais il n'est plus systématiquement avantageux : il est inférieur au tarif individuel hors Espace économique européen (EEE), fixé à 32 euros, mais supérieur au tarif individuel pour les résidents de l'EEE, fixé à 22 euros.

2. Les abonnements : un levier de fidélisation et de diversification des publics
a) Les abonnements comportent un potentiel de diversification tarifaire encore inexploité

Les politiques d'abonnement occupent une place particulière dans la tarification des musées et monuments nationaux. Contrairement au billet individuel, qui rémunère une visite déterminée, l'abonnement donne généralement accès à l'établissement pendant une durée d'un ou deux ans, sans limitation du nombre de visites.

Les offres proposées par les grands établissements reposent fréquemment sur une segmentation entre formules individuelles et formules permettant de venir accompagné. La « carte blanche » des musées d'Orsay et de l'Orangerie est ainsi proposée pour un ou deux ans, en formule solo ou duo, avec une offre spécifique pour les moins de trente-six ans. Pour un an, les tarifs s'établissent actuellement à 52 euros en solo et à 79 euros en duo, contre respectivement 25 euros et 40 euros pour les formules jeunes.

Le Pass du Musée du quai Branly - Jacques Chirac est également décliné en formules solo ou duo, pour un ou deux ans, auxquelles s'ajoute un abonnement à 18 euros destiné aux enseignants et aux chercheurs. La carte « 1 an à Versailles » coûte quant à elle 65 euros en solo et 98 euros en duo.

À l'échelle d'un réseau, le Centre des monuments nationaux propose la carte Passion monuments, qui donne pendant un an un accès illimité à plus de quatre-vingts monuments. Elle est commercialisée à 49 euros en solo et à 78 euros en duo, avec un tarif inférieur en cas de renouvellement.

Depuis 2025, les Pass GrandPalais et GrandPalais + donnent accès pendant un an aux collections permanentes et aux expositions temporaires de quinze musées nationaux répartis sur le territoire. Le Pass GrandPalais + comprend en outre un accès illimité, sans réservation, aux expositions du Grand Palais et du Musée du Luxembourg. Le réseau comprend notamment le Musée de Cluny, le Musée d'Archéologie nationale, le Musée national de la Renaissance, le Château de Compiègne, la Maison Bonaparte et le Musée national Magnin.

L'abonnement favorise également la fréquentation des autres activités de l'établissement. En 2023, les titulaires de la « carte blanche » avaient réservé environ 6 000 des 17 500 places proposées dans le cadre de la programmation « Orsay en scène »51(*), soit 34 % de sa fréquentation.

Le Château de Versailles fournit par ailleurs un exemple d'abonnement conçu comme une politique de proximité. En 2024, la carte « 1 an à Versailles » comptait 22 694 adhérents, soit 8 % de plus qu'en 2023. Parmi eux, 85 % étaient français et 67 % franciliens ; un quart des adhérents résidaient à Versailles. L'enquête menée par l'établissement montre également que 70 % des abonnés déclaraient ne jamais venir pendant les congés scolaires52(*).

Les recettes tirées des abonnements sont rarement publiées, mais elles représentent une part minoritaire dans les recettes de billetterie des musées.

Les abonnements du Centre Pompidou ont représenté 820 992 euros de recettes, pour 19 314 cartes vendues, ce qui correspond à une recette moyenne de 42,50 euros par carte. Les abonnements représentent environ 4,3 % des recettes de billetterie du Centre Pompidou, mais seulement 0,4 % de ses recettes totales.

Les abonnements peuvent aussi être un outil utile pour favoriser la diversité sociale. Les musées de Niort Agglo, par exemple, accordent aux habitants des réductions sur les abonnements et certaines activités en fonction de leur quotient familial. Deux niveaux sont notamment distingués : un tarif pour les quotients inférieurs ou égaux à 622 euros et un autre pour ceux compris entre 623 et 996 euros.

Réduction sur les abonnements selon les revenus à Niort Agglo

La vérification repose sur une carte nominative délivrée en amont par Niort Agglo, appelée « Ma Carte ». Le musée ne demande donc pas à chaque visiteur de présenter son avis d'imposition au guichet.

Pour obtenir ou renouveler cette carte, chaque foyer transmet notamment :

- une attestation de quotient familial de la Caisse d'allocations familiales ou de la Mutualité sociale agricole datant de moins de trois mois, ou, pour les non-allocataires, le dernier avis d'imposition ou de non-imposition ;

- une pièce d'identité, un livret de famille et une photographie pour chaque personne demandant une carte.

Niort Agglo vérifie alors le quotient familial et attribue une carte correspondant à l'une des trois catégories tarifaires :

- jaune : quotient familial inférieur ou égal à 622 euros ;

- vert : quotient familial compris entre 623 et 996 euros ;

- bleu : tarif normal applicable aux résidents de Niort Agglo à partir de 997 euros.

La carte est nominative, délivrée à chaque membre du foyer et valable du 1er janvier au 31 décembre. Sa présentation dans les équipements communautaires, dont les musées, permet d'appliquer directement le tarif correspondant à sa couleur. Le dossier peut être instruit par le service Cohésion sociale ou déposé dans un musée ou un autre équipement communautaire.

Source : commission des finances, d'après le site de Niort Agglo

Aucun tarif réduit fondé sur les revenus n'est actuellement proposé pour les billets individuels, car la vérification des revenus n'est pas possible dans la pratique pour chaque vente. Une telle mesure serait cependant tout à fait envisageable pour les abonnements, dans la mesure où ils sont en général renouvelés tous les ans.

Une telle formule permettrait d'étendre la fidélisation muséale aux ménages modestes qui ne relèvent pas des gratuités catégorielles. Sa mise en oeuvre pourrait être expérimentée dans plusieurs établissements.

Recommandation : Expérimenter dans les musées et monuments nationaux une différenciation tarifaire des abonnements fondée sur le revenu des ménages (Musées et monuments nationaux).

b) La gestion externalisée des abonnements du Louvre : un dispositif atypique à rééquilibrer

Le modèle du Louvre est particulier, puisque l'offre d'abonnement destinée au grand public est principalement portée par la Société des Amis du Louvre, association reconnue d'utilité publique qui contribue notamment à l'enrichissement des collections.

Fondée en 1897 et reconnue d'utilité publique par un décret du 14 septembre 1898, la Société des Amis du Louvre a pour objet statutaire d'enrichir les collections du musée et de contribuer à l'amélioration de son aménagement. Elle a ainsi participé à l'acquisition de nombreuses oeuvres majeures et demeure la plus importante société d'amis de musée en France. À la fin de 2024, elle comptait 67 342 membres, toutes catégories confondues.

La Société des Amis du Louvre ne se limite toutefois plus à recueillir des dons auprès de mécènes. Elle assure également la gestion de la principale offre d'abonnement du musée. Les cartes qu'elle délivre permettent notamment un accès illimité et prioritaire aux collections permanentes et aux expositions temporaires du Musée du Louvre et du Musée national Eugène-Delacroix. Depuis la convention-cadre conclue le 20 juillet 2015, elle gère également les cartes destinées aux jeunes, après avoir déjà repris la carte Famille.

Cette organisation aboutit à ce que les recettes tirées des abonnements soient d'abord encaissées par une association privée, alors que l'accès offert en contrepartie est principalement assuré par l'établissement public. La convention de 2015 prévoit que la Société des Amis du Louvre reverse au musée une somme correspondant à 15 % des revenus des cartes d'adhésion qu'elle gère. En 2024, ce reversement forfaitaire s'est élevé à 752 634 euros, pour 5,02 millions d'euros de recettes d'adhésion, hors Cercle des mécènes.

La Société des Amis du Louvre finance également des acquisitions d'oeuvres et d'autres projets du musée. Entre 2018 et 2024, l'ensemble de ses concours au Louvre a atteint en moyenne 4,2 millions d'euros par an, dont une part importante consacrée aux acquisitions.

Or, dans une société d'amis classique, les ressources apportées au musée résultent principalement de dons supplémentaires recueillis auprès de ses membres. La Cour estime ainsi qu'« un pan entier de la gestion des publics » échappe de ce fait à l'établissement public53(*).

La répartition forfaitaire de 15 % présente en outre plusieurs fragilités juridiques. Ce mécanisme n'était conçu par la convention de 2015 que comme une solution transitoire, dans l'attente de la mise en place d'une convention de mandat. La Cour considère qu'une telle convention aurait dû conduire au reversement au Louvre de l'ensemble des recettes correspondant à la vente des cartes de fidélisation54(*).

Le mécanisme est également fragile du point de vue de l'association. Les statuts de la Société des Amis du Louvre limitent son objet à l'enrichissement des collections et à l'amélioration de l'aménagement du musée. Or le reversement forfaitaire de 15 % n'est pas affecté à un projet relevant de l'une de ces deux missions : les sommes versées deviennent des recettes fongibles du Louvre, utilisables pour son fonctionnement ou ses investissements.

La Cour des comptes recommande en conséquence de « réinternaliser avant la fin du premier semestre 2026 la gestion des formules d'abonnement confiées à la Société des Amis du Louvre ». Elle demande parallèlement qu'une nouvelle convention, conforme aux règles de la gestion publique et aux statuts révisés de l'association, soit conclue au plus tard en juin 2026.

Dans sa réponse à la Cour des comptes du 6 novembre 2025, le Louvre annonçait une « modernisation à venir » des formules de fidélisation, dont la maîtrise serait assumée par l'établissement « dans le cadre d'un mandat confié à la Société des amis du Louvre ». Lors de l'audition du Musée du Louvre, ses représentants ont reconnu le caractère atypique du dispositif. Le musée a déclaré vouloir « avancer sur le sujet », tout en précisant que cela devrait se faire « dans le respect de la gouvernance de la Société des Amis du Louvre ».

3. Les modulations tarifaires selon le moment de la visite : des outils de rendement et de régulation des flux
a) La tarification saisonnière, un levier de rendement adapté aux sites à forte saisonnalité

La tarification saisonnière poursuit deux objectifs principaux : mieux gérer les flux touristiques dans les monuments concentrant plus de la moitié de la fréquentation du réseau, et générer des recettes supplémentaires destinées à renforcer les capacités d'accueil et la conservation des sites.

En 2025, le Centre des monuments nationaux (CMN) a mis en place une tarification saisonnière pour un certain nombre de monuments55(*). Cette tarification consiste à distinguer une « basse saison » (1er octobre au 31 mars) et une « haute saison » (1er avril au 30 septembre), au cours de laquelle le prix des billets est relevé de 3 à 6 euros. Cette mesure s'est accompagnée d'une majoration tarifaire en haute saison.

Des plages à tarif réduit toute l'année ont d'ailleurs été préservées afin de ne pas pénaliser les publics familiaux et de maintenir un niveau d'accessibilité compatible avec les missions du CMN. Choisies par les administrateurs des monuments, ces plages sont variables selon les sites56(*).

Tarification saisonnière au sein du Centre des monuments nationaux

(en euros)

Monument

Tarif basse saison

Tarif haute saison

Écart
(en montant)

Écart
(en %)

Arc de Triomphe

16

22

+ 6

+ 38 %

Sainte-Chapelle

13

19

+ 6

+ 46 %

Panthéon

13

16

+ 3

+ 23 %

Château d'Azay-le-Rideau

13

16

+ 3

+ 23 %

Château d'Angers

11

14

+ 3

+ 27 %

Abbaye du Mont-Saint-Michel

13

16

+ 3

+ 23 %

Château et remparts de Carcassonne

13

19

+ 6

+ 46 %

Tours et remparts d'Aigues-Mortes

9

12

+ 3

+ 33 %

Source : commission des finances, d'après les réponses des établissements et de la direction générale des patrimoines et de l'architecture au questionnaire des rapporteurs spéciaux

Le circuit des tours de Notre-Dame de Paris, uniquement accessible par billetterie en ligne, n'a d'ailleurs pas été retenu dans le périmètre, compte tenu notamment d'une hausse de 13 à 16 euros, déjà prise en compte entre 2019 et 2025.

L'année suivante, le château de Versailles a également mis en place une tarification saisonnière : le tarif pour les résidents de l'Espace économique européen (EEE) est de 32 euros en haute saison, contre 22 euros en basse saison.

Le domaine national de Versailles pratiquait déjà une forme de modulation saisonnière du billet Passeport, liée à la programmation des Grandes Eaux et des Jardins musicaux. La réforme entrée en vigueur en 2026 a toutefois étendu cette logique à la grille générale, en distinguant désormais un tarif de haute saison et un tarif de basse saison.

Par ailleurs, compte tenu des enjeux liés au lissage de la fréquentation tout au long de l'année, le contrat d'objectifs 2023-2026 de l'établissement comportait un indicateur relatif à l'augmentation du visitorat en basse saison57(*).

Les premiers retours indiquent que des gains financiers sont effectivement constatés. Le compte financier 2025 du CMN a permis d'évaluer le gain de recettes de billetterie dû à la mise en place de la tarification saisonnière à 5,2 millions d'euros sur un total de 93,1 millions d'euros de recettes de billetterie en 2025, ce qui représente une part non négligeable des recettes (5,6 %).

L'établissement précise que ces recettes prévisionnelles ne prennent pas en compte les coûts liés à la mise en oeuvre de la mesure, comme l'adaptation des postes d'accueil et de contrôle et les achats de matériel supplémentaire et le recours à des personnels temporaires supplémentaires.

La tarification saisonnière n'est toutefois pas une solution « magique ». La haute saison correspond souvent aux vacances scolaires, et tous les visiteurs ne peuvent donc pas choisir librement de reporter leur visite en novembre ou en février. La modulation peut ainsi conduire à faire payer davantage des publics « captifs » du calendrier. Il faut également rester attentif au risque de complexification de la grille tarifaire.

La tarification saisonnière est donc un outil utile, mais qui doit être utilisé en priorité pour les établissements qui connaissent une forte variation de leur fréquentation au cours de l'année.

b) Les tarifs modulés selon l'horaire, un outil complémentaire de lissage des flux

Les tarifs réduits gardent également une utilité propre pour mieux prendre en compte les différentes modalités de visite. L'horaire d'arrivée, notamment, peut justifier un prix inférieur au plein tarif.

Le domaine national de Versailles fournit un exemple de cette approche. Dans le cadre de la réforme tarifaire entrée en vigueur en janvier 2026, l'établissement a supprimé le billet donnant accès au seul château, dont les ventes diminuaient au profit du billet « Passeport ».

Il a néanmoins constaté que cette formule partielle restait recherchée par les visiteurs arrivant tardivement. Afin de préserver une offre moins coûteuse pour ces publics, il a créé un billet « Passeport fin de journée », accessible à partir de 15 heures en basse saison et de 16 heures en haute saison.

Cette formule permet de concilier simplification de la grille et maintien d'un premier niveau de prix accessible. Plutôt que de conserver plusieurs billets correspondant à des périmètres géographiques différents, l'établissement propose une offre globale dont le prix varie selon la durée pendant laquelle le visiteur pourra effectivement en bénéficier. Le tarif réduit n'est donc plus lié à une catégorie particulière de public, mais à une prestation dont la valeur d'usage est objectivement moindre.

Les représentants de l'établissement du domaine national de Versailles ont d'ailleurs indiqué aux rapporteurs spéciaux que cette nouvelle réduction bénéficiait prioritairement aux visiteurs locaux, ce qui en fait un outil de fidélisation intéressant.

Des mécanismes comparables existent au Centre des monuments nationaux. Lors de l'instauration de la tarification saisonnière dans huit monuments en 2025, certains créneaux ont été maintenus à un tarif inférieur ou inchangé.

Les tarifs liés aux modalités de visite présentent ainsi plusieurs avantages : ils peuvent mieux proportionner le prix à la prestation réellement fournie, favoriser la fréquentation de certains horaires et contribuer au lissage des flux.

Recommandation : Développer la modulation saisonnière et horaire des tarifs dans les établissements qui connaissent de fortes variations de fréquentation (Musées et monuments nationaux).

4. La tarification différenciée pour les visiteurs extra-européens : une expérimentation qui doit faire l'objet d'une évaluation rapide
a) Une mesure mise en place en 2026, aux recettes encore incertaines

En 2026, cinq établissements ont mis en place une tarification différenciée entre les visiteurs résidents et non-résidents de l'Espace économique européen (EEE), pour tous les visiteurs âgés de plus de 18 ans : le musée du Louvre, le château de Versailles, la Sainte-Chapelle, le château de Chambord et le Palais Garnier. Cette mesure avait fait l'objet d'une annonce par la ministre de la Culture à l'automne 2024.

La mise en oeuvre de cette politique diffère entre les établissements : alors que la différence n'est que de 3 euros pour le château de Versailles, elle est de 10 euros pour celui de Chambord, le Palais Garnier et le musée du Louvre.

Tarification différenciée entre résidents et non-résidents
de l'Espace économique européen

(tarifs en euros)

 

Résident d'un pays de l'EEE

Non-résident d'un pays de l'EEE

Écart de tarification

Musée du Louvre

22

32

+ 45,5 %

Château de Versailles

32

35

+ 9,4 %

Sainte-Chapelle

16

22

+ 37,5 %

Château de Chambord

21

31

+ 47,6 %

Palais Garnier

15

25

+ 66,7 %

Note : le tarif indiqué pour le Château de Versailles est celui de haute saison. Les tarifs pour la basse saison sont de 22 euros pour les résidents de l'EEE et de 25 euros pour les autres visiteurs.

Source : commission des finances

Par ailleurs, selon le ministère : « le musée d'Orsay, qui avait été pressenti, ne pourra appliquer pleinement la mesure qu'à l'issue de ses travaux (2026-2028), soit à la réouverture complète des flux et avec des capacités d'accueil améliorées. »58(*)

Le projet a pris forme à l'automne 2024, lorsque la ministre de la Culture avait demandé à plusieurs musées parisiens de travailler sur une tarification différenciée pour les visiteurs extra-européens, dans un contexte de recherche de nouvelles ressources afin de contribuer au financement des opérations de restauration et d'investissement des grands sites. Cette mesure était présentée comme une réponse aux déséquilibres actuels entre la contribution des contribuables européens, qui financent déjà ces établissements via l'impôt, et celle des visiteurs internationaux de court séjour.

Lors de l'examen du projet de loi de finances pour 2026, le ministère avait indiqué aux rapporteurs spéciaux que les hausses tarifaires devraient permettre de dégager plus de 23 millions d'euros de recettes (hors Palais Garnier) supplémentaires dès 2026.

La direction générale des patrimoines avait cependant appelé à « la plus grande prudence » quant à l'estimation des gains en 2026. Faute de pouvoir contrôler l'identité de l'ensemble des visiteurs, le musée du Louvre avait en effet indiqué lors de son audition en préparation du PLF pour 2026 tabler sur un risque de fraude d'environ 20 % en 2026, avec plus de 2 millions de visiteurs impactés. 

Recettes attendues de la hausse différenciée de la tarification en 2026

(en millions d'euros)

Source : commission des finances

Dans ses réponses au questionnaire des rapporteurs spéciaux, l'administration a révisé à la baisse ses prévisions, en estimant que « l'estimation globale des gains pour les 5 établissements sur 2026 porte sur un montant autour de 20 millions d'euros » tout en précisant que « la mesure ne produira pas entièrement ses attendus financiers en 2026 compte tenu des investissements initiaux à mettre en place : adaptation des billetteries et renforcement des contrôles de justificatifs (près de 19 millions de visiteurs concernés). »

Du côté du musée du Louvre, la tarification différenciée a fait l'objet de développements spécifiques des parcours d'achat pour les individuels et les groupes, ainsi que de l'outil de billetterie, pour un montant évalué à 70 000 euros. La tarification différenciée a également été l'occasion de moderniser les dispositifs de contrôle des billets (scans et écrans de contrôle, pour un montant de 40 000 euros).

Pour l'établissement du château de Versailles, la mise en oeuvre de la tarification différenciée a entraîné plusieurs coûts techniques et organisationnels pour l'établissement, notamment la production d'une nouvelle signalétique destinée à orienter les flux et rappeler la nécessité de présenter des justificatifs (environ 30 000 euros), des aménagements d'accueil incluant la création d'un comptoir d'information et l'installation d'une infrastructure réseau complémentaire (115 000 euros), ainsi que l'acquisition de matériel supplémentaire de billetterie, notamment la location annuelle d'un distributeur automatique (10 000 euros).

À cela s'est ajouté un renfort temporaire des équipes de contrôle, correspondant à 4 ETPT mobilisés durant les cinq premiers mois pour vérifier systématiquement les justificatifs des visiteurs éligibles au tarif réduit (coût estimé à 60 000 euros).

En régime de croisière, cette tarification pourrait générer au total plusieurs « millions d'euros de recettes annuelles » selon l'administration. Il conviendra toutefois de vérifier que les recettes supplémentaires annoncées pour 2026 sont en effet conformes aux prévisions.

b) Une différenciation compatible avec le principe d'égalité sous conditions

La mise en place d'une tarification différenciée entre les personnes résidant au sein de l'Espace économique européen (EEE) et celles qui ne le sont pas a suscité des questionnements quant au respect du principe d'égalité devant le service public. Le respect du droit européen, quant à lui, est a priori assuré par le fait que la mesure inclut l'ensemble des résidents de l'EEE.

L'interdiction de la discrimination selon la résidence en droit européen

Le critère de la résidence dans l'EEE a été retenu car le droit de l'Union européenne interdit la tarification différenciée entre des personnes ayant la nationalité française et des ressortissants d'autres pays européens.

L'article 18 du Traité sur le fonctionnement de l'Union européenne (TFUE) interdit toute forme de discrimination dans l'accès aux services en raison de la nationalité, et la Cour de justice des Communautés européennes a déjà eu l'occasion de juger contraire au droit européen une exonération de droits d'entrée réservée uniquement aux nationaux (CJCE, 1994, Commission c/ Royaume d'Espagne).

Dans le cas d'espèce, la CJCE a condamné l'Espagne en raison d'une règlementation qui réservait la gratuité de l'accès aux musées aux citoyens espagnols et aux jeunes de moins de 21 ans ressortissants des autres États membres de la CEE : « le régime espagnol d'accès aux musées de l'État comporte une discrimination au détriment des seuls touristes étrangers âgés de plus de 21 ans qui est, pour les ressortissants communautaires, interdite par les articles 7 et 59 du traité CEE » (CJCE, 15 mars 1994, Commission des Communautés européennes contre Royaume d'Espagne, aff. C-45/93).

La CJCE a rappelé l'interdiction d'une distinction entre ressortissants d'États de l'Union européenne dans un arrêt du 16 janvier 2003 (CJCE, 16 janvier 2003, Commission c/ Italie, aff. C-388/01). Dans le cas d'espèce, les collectivités italiennes locales ou nationales décentralisées avaient réservé des avantages tarifaires discriminatoires pour l'accès aux musées, monuments, galeries, fouilles archéologiques, parcs et jardins classés monuments publics, aux seuls ressortissants italiens ou résidents âgés de plus de soixante ou soixante-cinq ans, et exclu de tels avantages les touristes ressortissants des autres États membres ou les non-résidents qui satisfaisaient aux mêmes conditions objectives d'âge.

L'arrêt de 2003 apporte également une précision supplémentaire en se prononçant également sur le cas d'une différenciation tarifaire fondée sur le critère de la résidence : la Cour y rappelle que le principe d'égalité de traitement « prohibe non seulement les discriminations ostensibles, fondées sur la nationalité, mais encore toutes formes dissimulées de discrimination qui, par application d'autres critères de distinction, aboutissent en fait au même résultat. Tel est le cas, notamment, d'une mesure qui prévoit une distinction fondée sur le critère de la résidence, en ce que celui-ci risque de jouer principalement au détriment des ressortissants d'autres États membres, dans la mesure où les non-résidents sont le plus souvent des non-nationaux. » (points 13 et 14).

Le choix de la résidence dans l'EEE plutôt que de la résidence dans l'Union européenne a été retenu car les résidents de pays membres de l'EEE mais non membres de l'Union (Islande, Liechtenstein et Norvège) sont dans une situation similaire à celle des résidents de l'Union.

Source : commission des finances, d'après les réponses des établissements et de la direction générale des patrimoines et de l'architecture au questionnaire des rapporteurs spéciaux

Pour mémoire, dans la jurisprudence du Conseil d'État59(*), la différence de traitement ne peut reposer que sur une différence de situation, ou un motif d'intérêt général en rapport avec l'objet du service. Elle ne doit pas non plus être manifestement disproportionnée.

Dans ses réponses au questionnaire des rapporteurs spéciaux, l'administration a jugé que la mesure était suffisamment solide sur le plan juridique. Elle renvoie notamment à la décision par laquelle le Conseil d'État a admis que la gratuité accordée aux jeunes âgés de dix-huit à vingt-cinq ans puisse être réservée aux personnes ayant vocation à résider durablement sur le territoire national ou dans un autre État de l'Union européenne ou de l'EEE60(*).

Les juges ont en effet estimé que cette gratuité est accordée à des personnes qui « en raison de leur âge, ne disposent pas en général des ressources le leur permettant facilement [d'avoir accès à la culture], et afin d'ancrer des habitudes de fréquentation régulière des monuments et des musées » et qu'il est possible de ne pas l'appliquer aux « personnes qui ne sont pas appelées à séjourner durablement sur le territoire ».

Il faut néanmoins relever que le motif retenu ici par le Conseil d'État, à savoir ancrer des habitudes chez des jeunes, n'est pas directement applicable à la mise en place d'une tarification différenciée entre adultes.

D'autres justifications pourraient être invoquées, notamment le financement de la conservation du patrimoine. Ces motifs n'ont toutefois pas encore été validés par le juge administratif.

c) Une tarification rare en Europe, qui ne doit pas être considérée comme acquise

Au-delà de sa sécurité juridique, la mesure pose également une question de principe. La CGT-Culture du musée du Louvre a publié par exemple un communiqué le 27 novembre 2025 dénonçant la mise en place de cette forme de tarification comme remettant en cause la vocation « universelle » des musées.

L'administration a indiqué aux rapporteurs spéciaux que la mise en place de la tarification différenciée a été présentée dans chaque établissement au sein des instances représentatives du personnel, en particulier en CSA et en CSE, conformément aux procédures de dialogue social.

Elle a ajouté que les échanges avec les organisations syndicales ont porté essentiellement sur les modalités opérationnelles de mise en oeuvre, notamment l'impact sur l'organisation du travail, l'accueil des publics et les conditions d'exercice des agents en billetterie et en médiation. Dans certains cas, un comité de suivi a été mis en place et se réunit régulièrement pour évaluer les effets de la mesure en fonction de la fréquentation et des retours des agents. Elle précise enfin qu'« à ce jour, aucun mouvement de grève spécifique à la tarification différenciée n'a été constaté, et le dialogue social s'est déroulé de manière habituelle et apaisée. »61(*)

Les syndicats auditionnés par les rapporteurs spéciaux ont néanmoins réaffirmé leur opposition à cette mesure, soulignant entre autres qu'il serait étrange de faire payer davantage des ressortissants de pays extra-européens, comme l'Égypte, pour voir des oeuvres provenant de leurs pays.

Il faut par ailleurs remarquer que la mise en place d'une tarification différenciée pour les adultes résidents ou non de l'EEE est rare dans l'Union européenne62(*). Un cas proche est l'Espagne, où certains sites de Patrimonio Nacional, comme le Palais royal de Madrid, prévoient des créneaux gratuits pour les citoyens de l'Union européenne, les résidents ou les titulaires d'un permis de travail dans l'Union européenne, ainsi que les citoyens latino-américains.

La mise en place d'une telle tarification différenciée n'est donc pas un acte anodin, et il ne faut pas considérer la politique mise en place actuellement comme un dispositif absolument pérenne, mais davantage comme une expérimentation. Les rapporteurs spéciaux recommandent ainsi de mener, dès que possible, une évaluation des effets de l'instauration de la tarification différenciée pour les adultes résidents ou non de l'EEE.

Recommandation : Avant l'extension de la tarification différenciée entre résidents et non-résidents de l'Espace économique européen à de nouveaux établissements, procéder à une évaluation commune des dispositifs mis en oeuvre depuis 2026 (Direction générale des patrimoines et de l'architecture (DGPA), musées et monuments nationaux).

5. Les visites privées et exceptionnelles : un levier de recettes à la portée limitée

À côté des billets d'entrée et des prestations de médiation proposées au grand public, plusieurs musées nationaux ont développé des offres dites « VIP », « Prestige », « privilège » ou de visite privée. Ces prestations reposent sur l'amélioration des conditions de visite plutôt que sur l'élargissement du contenu culturel proposé.

Elles peuvent comprendre un accueil personnalisé, un accès prioritaire, l'accompagnement par un conférencier, la découverte d'espaces habituellement fermés ou encore l'ouverture des collections avant ou après les horaires ordinaires. Les formules les plus exclusives permettent de visiter le musée pendant son jour de fermeture.

Le musée du Louvre présente la grille la plus formalisée et la plus étendue. La visite VIP, organisée pendant les horaires d'ouverture pour six personnes au maximum, est facturée 1 000 euros. La visite Prestige, qui ajoute notamment un accueil dans un espace dédié, atteint 3 000 euros pour huit personnes. Le prix s'élève ensuite fortement à mesure que l'exclusivité augmente.

Une visite organisée avant l'ouverture du musée coûte 10 000 euros pour un groupe de huit personnes au maximum, tandis qu'une visite le mardi, jour de fermeture au public, est facturée 16 000 euros pour douze personnes.

Tarifs « prestige » du Louvre

(en euros)

Formule

Conditions

Tarif

Visite VIP

Droit d'entrée et accueil VIP, jusqu'à 6 personnes

1 000

Visite Prestige

Droit d'entrée et accueil VIP, jusqu'à 8 personnes

3 000

Visite avant ouverture

En semaine, hors mardi, jusqu'à 8 personnes

10 000

Visite le mardi

Visite pendant la journée de fermeture du musée, jusqu'à 12 personnes

16 000

Visite officielle ou diplomatique

Forfait spécifique

250

Source : commission des finances, d'après la grille tarifaire du Louvre

Les rapports d'activité du Louvre donnent des chiffres sur les « visites institutionnelles », lesquelles comprennent à la fois les visites protocolaires et les « visites particulières à tarif spécifique », dont les visites VIP mais aussi les visites-donations63(*). Les chiffres de 2023 et de 2024 montrent que les visites-donations occupent une place importante. Hors ces donations, les recettes restantes s'établissent à 193 800 euros en 2023 et 364 000 euros en 2024.

Recettes issues des « visites à tarif spécifique » du Louvre

(tarifs en euros)

Année

Activité publiée

Montant publié

Précisions

2021

61 visites payantes

70 270

 

2022

224 visites payantes

440 234

 

2023

350 visites payantes

534 200

Dont 340 400 euros provenant de 27 visites-donations

2024

752 visites effectuées, payantes et non payantes confondues

642 000

Dont 278 000 euros provenant de visites-donations ; nombre de visites payantes non indiqué

Source : commission des finances, d'après les rapports d'activité du musée du Louvre

Le musée du quai Branly - Jacques Chirac module le tarif de ses visites privées selon la taille du groupe, de 3 000 euros hors taxes pour cinquante personnes au maximum à 15 000 euros hors taxes pour un effectif compris entre 501 et 1 000 personnes. Une réduction de 30 % est appliquée lorsque la visite complète la location d'un autre espace du musée.

Tarifs des visites privées au musée du quai Branly - Jacques Chirac

(tarifs en euros)

Nombre de participants

Tarif de la visite privée, hors taxes

Tarif en complément de la location d'un autre espace, hors taxes

Jusqu'à 50 personnes

3 000

2 100

De 51 à 100 personnes

5 000

3 500

De 101 à 200 personnes

7 000

4 900

De 201 à 500 personnes

10 000

7 000

De 501 à 1 000 personnes

15 000

10 500

Source : commission des finances, d'après la grille tarifaire du musée du quai Branly - Jacques Chirac

Le Musée national Picasso-Paris retient, au contraire, un tarif par petit groupe. Une visite VIP après la fermeture coûte 2 000 euros hors taxes pour moins de quinze personnes et 3 500 euros hors taxes lorsqu'elle est accompagnée d'un verre d'accueil. Au Mucem, l'ouverture privée d'une salle d'exposition est proposée pour 2 000 euros, frais compris, avec une formule à 1 500 euros pour moins de cinquante participants, complétée par un tarif de 11 euros par personne supplémentaire.

Certains musées font le choix de ne pas publier de grille tarifaire, mais ont des formules sur devis. Le musée d'Orsay propose ainsi une visite guidée des collections ou des expositions entre 18 h 30 et 21 heures, une formule associant un petit-déjeuner et une visite avant l'ouverture au public, ainsi qu'une soirée privée permettant d'accéder à tout ou partie du musée.

Le Château de Versailles commercialise également des visites « prestige » sur mesure, organisées en dehors des horaires d'ouverture et pouvant inclure les Grands Appartements, la galerie des Glaces, l'Opéra royal ou la Chapelle royale.

Dès 2015, l'Inspection générale des finances et l'Inspection générale des affaires culturelles recommandaient de développer ces offres « premium » à destination des publics présentant un consentement à payer élevé, en privilégiant celles dont le coût d'organisation et le manque à gagner pour l'établissement demeurent limités64(*).

Il convient cependant de rester prudent. Leur incidence financière est tout d'abord très limitée : les recettes correspondant aux visites VIP (hors visites-donations) représentent moins de 0,3 % des recettes de billetterie du Louvre. Même en supposant un doublement ou un triplement de l'activité, l'incidence sur le modèle économique général resterait marginale. En outre, une extension excessive de ces tarifs pourrait poser une question d'image et de mission de service public.

6. Un suivi statistique encore trop fragmenté

La sophistication croissante des politiques tarifaires ne s'est pas accompagnée d'une harmonisation équivalente de leur suivi statistique. Les établissements disposent de données détaillées issues de leurs systèmes de billetterie, mais les catégories utilisées diffèrent et ne permettent pas toujours de distinguer de manière homogène les entrées au plein tarif, à tarif réduit ou gratuites, les abonnements, les prestations complémentaires, etc.

Ces lacunes limitent les comparaisons entre établissements et rendent difficile l'évaluation des effets financiers, sociaux et territoriaux des politiques tarifaires. Les rapporteurs préconisent donc la mise en place d'un référentiel statistique commun, et surtout de publier annuellement les données relatives aux ressources des établissements.

Recommandation : Mettre en place un référentiel commun de suivi des politiques tarifaires des musées et monuments nationaux et publier annuellement, pour chaque établissement, les données relatives aux entrées et aux recettes ventilées selon les principales catégories de tarifs (DGPA).


* 46 Inspection générale des finances et Inspection générale des affaires culturelles, Évaluation de la politique de développement des ressources propres des organismes culturels de l'État, mars 2015, annexe II, page 7.

* 47 Hors tarification différenciée pour les résidents de l'Espace économique européen, qui correspond toutefois à l'ancien tarif plein.

* 48 Les ateliers et visites guidées coûtent par exemple 9 euros au tarif réduit, contre 12 euros au plein tarif.

* 49 Les jeunes résidents bénéficient de la gratuité.

* 50 Réponses des établissements et de la direction générale des patrimoines et de l'architecture au questionnaire des rapporteurs spéciaux.

* 51 Programmation d'événements culturels, comme des concerts, au musée d'Orsay.

* 52 Établissement public du château, du musée et du domaine national de Versailles, rapport annuel d'activité 2024, page 96.

* 53 Cour des comptes, L'établissement public du musée du Louvre, rapport public thématique, novembre 2025, pages 28 et 29.

* 54 Cour des comptes, La Société des Amis du Louvre, rapport sur un organisme bénéficiant de dons, décembre 2025, pages 49 et 51.

* 55 L'Arc de Triomphe, la Sainte-Chapelle, le Panthéon, les châteaux d'Azay-le-Rideau et d'Angers, l'abbaye du Mont-Saint-Michel, le château et les remparts de Carcassonne et d'Aigues-Mortes.

* 56 Un jour fixe dans la semaine ou quelques heures avant l'horaire de fermeture pour Carcassonne et le Mont-Saint-Michel notamment.

* 57 La politique tarifaire saisonnière participant à cet objectif, en complément d'une programmation culturelle dédiée en basse saison et de la politique d'abonnements.

* 58 Source : commission des finances, d'après les réponses des établissements et de la direction générale des patrimoines et de l'architecture au questionnaire des rapporteurs spéciaux

* 59 CE, 10 mai 1974, Denoyez et Chorques, n° 88032 et n° 88148.

* 60 CE, 18 janvier 2013, Association SOS Racisme c/ ministère de la culture et de la communication, n° 328230.

* 61 Réponses des établissements et de la direction générale des patrimoines et de l'architecture au questionnaire des rapporteurs spéciaux.

* 62 De nombreux pays en revanche prévoient une gratuité pour les jeunes européens âgés de 18 à 25 ans, comme c'est le cas en Italie ou en Grèce. Certains musées de Hongrie, comme le Musée national hongrois, prévoient des réductions pour les résidents de l'EEE âgés de 6 à 26 ans ou de 62 à 70 ans.

* 63 Une « visite-donation » désigne, dans la terminologie employée par le Louvre, une visite privée ou exceptionnelle accordée en contrepartie d'un don au musée.

* 64 Inspection générale des finances et Inspection générale des affaires culturelles, Évaluation de la politique de développement des ressources propres des organismes culturels de l'État, mars 2015, page 17.

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