E. CINQUIÈME AXE : MIEUX RÉPONDRE AUX BESOINS DE TOUTES LES FAMILLES FRANÇAISES
1. La soutenabilité et la prévisibilité financière des frais d'inscription, garante de sa mixité sociale
L'attribution des bourses scolaires pour les familles françaises scolarisant leur enfant à l'étranger repose sur un mécanisme distinct de celui applicable en France. Elle ne constitue en effet pas un droit mais une possibilité, dans la limite des moyens budgétaires dédiés. Elle n'est pas non plus automatique, contrairement à celle des élèves en France depuis 2024. Elle prend la forme d'une exonération totale ou partielle des frais de scolarité pour les familles bénéficiaires.
À la rentrée 2024, la moyenne monde des droits de scolarité des établissements homologués est de 6 157 euros par an. Cette moyenne recouvre toutefois des situations très contrastées, allant de 71 euros à Madagascar à 43 336 euros aux États-Unis.
Répartition des établissements par catégorie de tarifs en 2024-2025
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Frais d'écolage |
- de 1 000 € |
De 1 000 à 3 000 € |
De 3 000 à 5 000 € |
De 5 000 à 10 000 € |
De 10 000 à |
De |
+ de 20 000 € |
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7 % |
21 % |
27 % |
29 % |
5 % |
5 % |
6 % |
Source : rapport sur la mixité sociale dans
le réseau
de l'enseignement français à
l'étranger, avril 2025
Il ressort des auditions que le système actuel manque d'efficience et entraîne une complexité particulière pour la direction des Français de l'étranger et de l'administration consulaire (DFAE) du ministère des affaires étrangères, chargée de piloter cette enveloppe budgétaire, ainsi que pour les familles.
D'une part, chaque dossier fait l'objet d'un double examen : par le service consulaire du pays de résidence de la famille, auprès duquel est déposée la demande. Après instruction, les dossiers sont adressés pour avis au conseil consulaire des bourses scolaires, installé auprès de chaque ambassade et de chaque poste consulaire. Une fois cette analyse faite, les dossiers sont envoyés à l'AEFE, compétente aux termes de l'article L. 452-2 du code de l'éducation pour accorder les bourses, après avis d'une commission nationale des bourses scolaires.
D'autre part, si la loi confie à l'AEFE la compétence décisionnelle en matière d'attribution des bourses, le pilotage budgétaire de cette enveloppe relève de la direction des Français de l'étranger et de l'administration consulaire (DFAE) du ministère des affaires étrangères.
Comme l'a souligné sa directrice à aux rapporteurs, le pilotage des crédits est dans ces conditions particulièrement limité. Il se limite à déléguer les crédits à l'AEFE en trois tranches, en fonction du rapport sur les besoins et l'utilisation des crédits transmis trimestriellement par l'AEFE. Aucun suivi en temps réel de la consommation de l'enveloppe n'est possible.
Or, depuis plusieurs années, les crédits alloués aux bourses sociales dans le réseau sont sous-consommés. Pour les conseillers de l'Assemblée des Français de l'étranger cette sous-consommation s'explique en partie par un tri effectué par les postes diplomatiques lors de la première instruction des dossiers, faute de visibilité sur la consommation de l'enveloppe budgétaire. Dans le même temps, 29 % des familles qui renoncent à demander une bourse (et n'inscrivent pas leurs enfants dans le réseau français) expliquent cette décision par l'incertitude sur le calendrier de demande, les critères d'éligibilité et la quotité de prise en charge.
Comme le reconnait la directrice de la DFAE, dans le contexte budgétaire actuel, il est difficile de défendre le maintien des crédits affectés non consommés. D'ailleurs, la direction générale du ministère inscrit en projet de loi de finances initiale sur la ligne consacrée aux bourses scolaires le montant strictement consommé l'année précédente. Cette somme ne tient toutefois pas compte de la mise en réserve d'une partie des crédits. Il en résulte une diminution progressive de l'enveloppe des bourses sociales.
Recommandation n° 24 : Transférer la gestion des bourses à la direction des Français à l'étranger et de l'administration consulaire (DFAE) pour un meilleur pilotage des crédits ainsi qu'éviter leur sous-consommation et rendre transparent les critères d'attribution de ces aides
Après une période de hausse du nombre de demande de bourses de 2018 à 2020 (avec un pic à 27 897 demandes), celles-ci ont progressivement baissé pour atteindre 21 182 en 2025/2026. Si cette évolution s'inscrit dans un contexte de diminution du nombre de Français établis à l'étranger, ce facteur ne saurait à lui seul expliquer la baisse observée. En effet, le taux d'élèves boursiers rapporté au nombre d'élèves français scolarisés dans le réseau atteint en 2024 son niveau le plus faible depuis sept ans, traduisant une diminution relative du recours au dispositif, alors même que les frais de scolarité augmentent.
Évolution du nombre de boursiers au sein du réseau
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2018/ 2019 |
2019/ 2020 |
2020/ 2021 |
2021/ 2022 |
2022/ 2023 |
2023/ 2024 |
2024/ 2025 |
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Nombre d'élèves français |
125 076 |
125 440 |
119 247 |
119 371 |
120 131 |
120 681 |
120 947 |
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Nombre de boursiers |
24 588 |
25 498 |
24 848 |
24 811 |
23 790 |
22 094 |
19 738 |
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Ratio élèves boursiers/français |
19,7 % |
20,3 % |
20,8 % |
20,8 % |
19,8 % |
18,3 % |
16,2 % |
Source : rapport sur la mixité sociale dans
le réseau
de l'enseignement français à
l'étranger, avril 2025
Afin de comprendre les raisons de cette baisse des demandes, la DFAE a réalisé en mars 2026 en lien avec les postes consulaires une étude sur la baisse du nombre des élèves boursiers dans le réseau de l'AEFE32(*).
Comme il l'a été indiqué aux rapporteurs, « l'évolution socio-économique des foyers déposant une demande de bourse peut être identifiée comme un facteur expliquant la baisse du nombre de demandes de bourse. L'amélioration relative de la situation des familles, mais aussi l'incertitude sur le niveau de quotité qui leur sera accordée et le calendrier jugé trop tardif de notification par les familles, amènent certaines familles à ne pas solliciter de bourse. La dynamique de mobilité géographique des familles permet également d'expliquer une érosion de la base des demandeurs potentiels. Enfin, l'impact de l'augmentation des frais de scolarité peut avoir pour conséquence un découragement de certaines familles, au regard d'une aide dont l'impact est perçu comme s'amenuisant face à un reste à charge croissant ». Le nombre de boursiers à 100 %33(*) est d'ailleurs en diminution (environ 11 100 en 2022/2023 contre 8 358 en 2024/2025)34(*).
Ce travail de recueil des raisons de non-demande des bourses est essentiel pour mieux cerner les besoins des familles françaises. Il doit être poursuivi et approfondi.
Les modalités de l'éligibilité aux bourses au sein du réseau Français à l'étranger
« Les modalités de calcul des bourses scolaires reposent sur les éléments suivants : les revenus bruts annuels et les avantages, les charges déductibles annuelles, les frais annuels de scolarité, le nombre de part de la famille, le taux de chancellerie, la prise en compte du patrimoine mobilier et immobilier ainsi que l'indice de parité de pouvoir d'achat (IPPA).
À cet égard, cet indice prend en compte le coût relatif de la vie dans les pays de résidence par rapport à la France. Il est constitué, à hauteur de 70 % d'un indice de coût de la vie, calculé à partir d'un panier de biens et de services représentatif, et à 30 % d'un indice de coût du logement, chacun étant pondéré par le taux de chancellerie entre l'euro et la monnaie locale. Les données nécessaires à ce calcul sont fournies chaque année pour chaque circonscription consulaire par l'agence Mercer Consulting, dans le cadre d'un marché conclu avec le ministère de l'Europe et des affaires étrangères ».
Source : DFAE
Un premier travail d'évolution du dispositif a d'ores et déjà été engagé afin de mieux prendre en compte certaines situations particulières, notamment celles des familles monoparentales ainsi que les placements obligatoires destinés à alimenter une caisse de retraite35(*).
À la suite de demandes récurrentes des élus des Français de l'étranger, le ministre délégué aux Français de l'étranger, Franck Riester, s'était engagé en 2024 à revoir les modalités de calcul des indices de parité de pouvoir d'achat (IPPA) utilisés dans le barème des bourses scolaires. Le ministère des affaires étrangères et de l'Europe a notamment demandé à l'agence Mercer de revoir son panier de biens de référence. De nouveaux indices ont été élaborés et présentés à la commission nationale portant sur l'évaluation de l'instruction consulaire des bourses scolaires. L'Assemblée des Français de l'étranger a, pour sa part, voté en mars dernier une résolution demandant à l'administration de mettre en oeuvre ces nouveaux IPPA.
Les rapporteurs souhaitent que ce travail d'actualisation se poursuivent pour une mise en oeuvre rapide.
Recommandation n° 25 : Poursuivre le travail actuel d'actualisation des critères d'éligibilité aux bourses sociales et réaliser un bilan des besoins des familles françaises en lien avec les postes diplomatiques et les conseils consulaires
Le vote de contributions supplémentaires demandées aux établissements lors du conseil d'administration de décembre 2025, qui se reportent en partie sur les familles, a suscité auprès d'elles une vive inquiétude et une certaine colère. Elles ont été renforcées par la perspective d'une hausse supplémentaires en 2027, liée à l'augmentation programmée des contributions demandées aux établissements. Certaines familles ont ainsi exprimé le sentiment d'être placées dans une situation contrainte, estimant qu'elles n'auraient peut-être pas fait le choix de scolariser leurs enfants dans le réseau français à l'étranger si elles avaient eu connaissance, dès l'origine, de l'évolution prévisible des frais de scolarité.
Afin de préserver l'accessibilité du réseau pour les familles françaises et de leur offrir une meilleure visibilité financière les rapporteurs proposent la mise en place par cycle scolaire (maternelle, CP/CE1/CE2, CM1/CM2/6è, 5e/4e/3e, lycée) d'un bouclier tarifaire face à la hausse non prévue en début de cycle de frais d'inscription. Le choix d'un raisonnement par cycle permet de s'inscrire dans une logique pédagogique, correspondant aux différentes étapes des apprentissages : cycle des « apprentissages premiers », cycle des « apprentissages fondamentaux », cycle « de consolidation », cycle « des approfondissements », lycée.
Recommandation n° 26 : Mettre en place pour les familles françaises un bouclier tarifaire contre l'augmentation non prévue des frais de scolarité au cours d'un cycle scolaire (3 ans)
2. L'école inclusive, un principe de l'enseignement français dont la mise en oeuvre doit être améliorée
La loi de 2019 pour une école de la confiance a confié à l'AEFE la mission de veiller au respect du principe de l'école inclusive. Tout comme pour les bourses sur critères sociaux, les modalités d'accompagnement financier à la scolarisation des élèves en situation de handicap diffèrent de la France. Cette aide est limitée aux seuls élèves de nationalité française, enregistrés au registre, scolarisés dans un établissement du réseau, présentant un taux de handicap supérieur à 50 % et d'un besoin d'aide humaine reconnue par la maison départementale des personnes handicapées (MDPH). Depuis 2021, il n'y a plus de conditions de ressources. Auparavant seuls les élèves boursiers en situation de handicap étaient éligibles à une aide.
Les modalités de versement de cette aide diffèrent également du dispositif français. Contrairement à la situation en France, les familles recrutent et paient directement les accompagnants d'élèves en situation de handicap (AESH)36(*). L'aide financière apportée permet de rembourser les frais avancés. En 2025, le montant moyen versé est de 5 024 euros par an et concerne 474 élèves, pour un montant total exécuté de 2,41 millions d'euros. La levée de la condition de ressources en 2021 a conduit à un quasi doublement du nombre de dossiers déposés.
Évolution du nombre de dossiers déposés entre 2022 et 2025
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2022 |
2023 |
2024 |
2025 |
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Aides attribuées |
249 |
300 |
474 |
474 |
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Montant total |
1,31 M€ |
2 M€ |
2,41 M€ |
2,41 M€ |
Source : DFAE
La condition de 50 % du taux de handicap pour bénéficier de l'allocation peut conduire à laisser des élèves boursiers en situation de handicap sans solution. Les rapporteurs sont conscients de l'augmentation des coûts qu'entraînerait l'application d'un dispositif similaire à celui existant en France : la DFAE a ainsi chiffré la suppression du seuil de 50 % de handicap pour les seuls élèves boursiers à 5 millions d'euros supplémentaires, soit un doublement de l'enveloppe. Toutefois, ils souhaitent la mise en place d'une réflexion pour pouvoir assouplir ce seuil.
Par ailleurs, les délais d'obtention d'une notification par les maisons départementales des personnes handicapées sont très longs (parfois jusqu'à 9 mois), obligeant les familles à avancer les salaires pendant plusieurs mois. Afin de fluidifier le traitement de ces dossiers, il est proposé de désigner une MDPH référente - le cas échéant deux en fonction du nombre de dossiers - pour les Français de l'étranger permettant le développement d'une expertise spécifique. Aujourd'hui, la famille doit déposer son dossier à la MDPH de son dernier lieu de résidence en France.
Enfin, à la différence de la France, ce sont les familles qui sont directement les employeurs des AESH. Il semble important que les chefs établissement soient davantage associés : en effet, ces sont des adultes qui ont vocation à entrer dans l'établissement et être présents régulièrement au côté de l'élève. En outre, les rapporteurs ont pu entendre des cas d'AESH travaillant en l'absence de signature d'un contrat avec la famille. Certes, il n'est pas possible d'intervenir sur un contrat de droit national entre deux personnes privées. Toutefois, les rapporteurs estiment que des contrats tripartites entre la famille, l'AESH et l'établissement seraient de nature à s'assurer à minima de l'existence effective d'un contrat. Aussi, ils proposent de l'expérimenter, lorsque le droit national le permet.
Recommandation n° 27 : Mieux répondre aux besoins des élèves en situation de handicap en :
- réfléchissant à assouplir le seuil de handicap à 50 % pour l'éligibilité à un droit à compensation
- désignant une maison départementale des personnes handicapées référente pour les Français à l'étranger pour une meilleure prise en compte des spécificités de ces élèves et permettre un versement plus rapide aux familles de leurs droits
- expérimentant une signature tripartite des contrats entre la famille, l'accompagnant d'élève en situation de handicap (AESH) et l'établissement, d'une part pour donner un droit de regard de l'établissement sur l'AESH aujourd'hui uniquement recruté par les familles, et d'autre part pour mieux encadrer et sécuriser les relations entre l'AESH et la famille
Les rapporteurs soulignent que la très grande majorité des Français mineurs vivant à l'étranger ne sont pas scolarisés au sein du réseau37(*). Selon les chiffres transmis par la DFAE, ils sont 417 800 (y compris les enfants de 0 à 3 ans), nombre à mettre au regard des 120 000 élèves français scolarisés dans le réseau.
Les associations FLAM (français langue étrangère) sont indispensables pour ces familles, qui par choix ou par impossibilité (financière, éloignement géographique) n'ont pas inscrit leurs enfants dans un établissement français. Il s'agit d'associations de droit local souvent créées par des parents d'élèves qui visent à favoriser la pratique de la langue française par des enfants français non scolarisés dans un établissement scolaire francophone. Le réseau FLAM comprend 122 associations dans 32 pays accueillant 10 000 enfants dont environ 8 000 Français.
Depuis 2009, l'AEFE organise les campagnes de subvention des crédits AEFE, assure l'instruction des dossiers et verse les subventions. Elle propose également un accompagnement pédagogique à travers la mise à disposition de ressources.
Les aides financières prennent trois formes : tout d'abord, une aide au démarrage, renouvelable cinq ans et dégressive à partir de la deuxième année de 10 % par rapport à la subvention attribuée en année N-1. Comme l'a indiqué l'AEFE aux rapporteurs, dans le cadre de cette aide, l'agence subventionne jusqu'à 80 % du budget annuel prévisionnel (achat ou location de matériel pédagogique, formations, frais liés à la communication, prestations externes).
D'autre part, depuis 2022, une partie des subventions sont attribuées sur la base d'appel à projets, la subvention pouvant représenter jusqu'à 50 % du projet. Enfin, elles peuvent financer l'organisation de rencontres régionales, afin d'initier ou renforcer une dynamique de réseau.
Les crédits alloués aux associations FLAM ont fortement fluctué ces dernières années. Ils étaient de 250 000 euros avant 2022, puis un million d'euros annuel entre 2022 et 2024 et enfin 573 000 euros en 2025.
Les rapporteurs sont convaincus de l'importance du réseau FLAM pour une promotion de la langue française et le maintien d'un lien entre la France et l'ensemble des familles françaises vivant à l'étranger. Ces associations gagneraient à être davantage portées par les postes diplomatiques et consulaires, qui disposent des données nécessaires pour aller directement vers ces familles plutôt que d'attendre leur démarche.
Par ailleurs, les rapporteurs ont été alertés sur l'impossibilité pour les élèves français scolarisés par le CNED de bénéficier des activités proposées par les associations FLAM. Si ces élèves suivent bien les programmes de l'enseignement français, les rapporteurs soulignent que les associations FLAM répondent à un objectif complémentaire, en favorisant notamment la pratique orale et collective de la langue française dans un cadre extrascolaire.
Enfin, les rapporteurs rappellent que les associations FLAM n'ont pas vocation à dispenser l'enseignement du programme scolaire français, mais à favoriser l'usage et la transmission de la langue française. À cet égard, il leur semble opportun de transférer la gestion des crédits dédiés au réseau FLAM à la DFAE plutôt que de les laisser gérer par l'AEFE. Cela permettrait de recentrer les missions, déjà très larges de l'AEFE, sur son coeur de métier : l'enseignement.
Les rapporteurs rappellent que de très nombreuses associations sont gérées par des bénévoles, souvent des parents d'élèves. Elles rencontrent, à ce titre, des difficultés similaires à celles des associations françaises dans leur accès aux financements publics, les procédures d'appel à projets étant fréquemment perçues comme longues et complexes. Aussi, à enveloppe budgétaire constante, les rapporteurs préconisent le retour à un mode de financement plus pérenne, prenant davantage en compte le nombre d'enfants accueillis.
Recommandation n° 28 : Mieux prendre en compte les enfants français qui ne sont pas scolarisés dans le réseau grâce au dispositif FLAM par :
- un meilleur accompagnement et une meilleure promotion de ces dispositifs par les postes diplomatiques auprès des familles françaises
- la possibilité pour les élèves français suivant une scolarité française via la CNED d'y avoir accès
- le transfert de la gestion des crédits dédiés à la DFAE et la prise en compte du caractère souvent bénévole des personnels de ces structures en prévoyant une subvention principalement fondée sur le nombre d'élèves inscrits et non par appel à projets
3. La poursuite des études en France, une possibilité à mieux faire connaître
Selon l'AEFE, en 2025, 53 % des bacheliers du réseau de l'AEFE poursuivent leurs études en France.
L'étude de 2018 réalisée par Campus France, établissement public chargé de la promotion de l'enseignement supérieur français à l'étranger, sur les étudiants étrangers du réseau AEFE : un vivier d'excellence pour l'enseignement français met en avant le rôle déterminant du réseau de l'AEFE pour la poursuite d'études supérieurs en France. En effet, un bachelier de nationalité étrangère issu d'un établissement de l'AEFE a environ treize fois plus de chances de choisir la France pour ses études qu'un étudiant international dans le monde.
Interrogé par les rapporteurs, Campus France estime par extrapolation qu'environ 7 800 bacheliers de nationalité étrangère et ayant étudié dans un lycée français du réseau poursuivent leurs études en France. Pour Campus France, ce chiffre est « le signe qu'il y a une fuite dans le système et que la continuité des parcours pourrait être amélioré ».
Alors que près de 70 % des élèves fréquentant le réseau ne sont pas de nationalité française, une grande partie des supports d'information relatifs à l'enseignement supérieur français existe uniquement en français. Or si les futurs bacheliers maîtrisent parfaitement le français, leurs familles ne disposent pas toujours du même niveau de compréhension. Une partie significative de l'information relative aux poursuites d'études en France demeure ainsi difficilement accessible pour elles.
Par ailleurs, les espaces Campus France, qui ne relèvent pas de l'établissement public Campus France, mais sont des services spécialisés des ambassades dans l'accueil et l'orientation des étudiants étrangers ne participent pas systématiquement aux actions d'information, ou aux salons de l'étudiant organisés au sein des établissements du réseau français.
Ils estiment que les élèves des lycées français à l'étranger disposent déjà de suffisamment d'informations sur les études en France. Des mesures d'amélioration peuvent rapidement être mises en place grâce à une meilleure coordination entre les acteurs de l'enseignement et de l'enseignement supérieur et grâce à une attention systématique portée aux élèves français, inscrits ou non dans les établissements du réseau.
Recommandation n° 29 : Mieux informer les élèves et leurs familles sur les études en France et les accompagner dans leur orientation en :
- produisant davantage de ressources multilingues, notamment pour les parents non francophones des élèves
- invitant systématiquement les élèves français inscrits sur les listes consulaires aux salons et actions de promotion des études en France
- développant la coopération entre établissements français à l'étranger, Campus France et les consulats
Les bacheliers qui ne sont pas ressortissants d'un État membre de l'Union européenne ou de l'association européenne de libre-échange doivent en parallèle du dépôt de leurs voeux sur Parcoursup procéder à une demande de visa sur la plateforme « études en France ».
Le candidat ne peut toutefois engager cette démarche qu'une fois admis dans une formation. Le dossier est alors validé par Campus France qui indique au candidat les étapes à suivre pour demander un visa, dans le cadre d'une procédure dédiée. En revanche, le membre de la famille qui souhaite l'accompagner doit de son côté procéder à une demande de visa selon la procédure de droit commun. Cette différence de traitement peut entraîner un décalage important dans les délais d'obtention des visas, le visa du proche accompagnant étant parfois délivré beaucoup plus tardivement que celui de l'étudiant. Or les délais entre l'admission et le début des cours sont particulièrement courts pour un projet d'expatriation. Dans certains cas, le projet de mobilité internationale se trouve ainsi conditionné à l'obtention du visa du parent accompagnateur.
Les rapporteurs appellent à une simplification administrative, par exemple un système de signalement spécifique ou encore la possibilité pour l'accompagnateur de lier sa demande de visa à celle du bachelier sur la plateforme « Études en France ».
Les rapporteurs rappellent par ailleurs qu'une part non négligeable de ces jeunes sont mineurs au moment de leur départ. Lors de son audition et pour sécuriser cette mobilité, Campus France a indiqué être disposé à développer un service d'accompagnement dans les démarches administratives (titre de séjour, sécurité sociale, ouverture d'un compte en banque, aide à la recherche de logement, ...) avant le départ en France et une fois en France.
Ce service pourrait s'adresser aux familles de bacheliers du réseau ne disposant pas de relais en France afin de faciliter leur installation. Une telle mission est déjà assurée par Campus France pour les lauréats de la bourse Excellence-Major.
Recommandation n° 30 : Faciliter l'arrivée en France des étudiants issus du réseau français en :
- simplifiant pour les bacheliers étrangers les démarches administratives et l'installation en France, par exemple en améliorant la coordination des procédures de visas pour les étudiants et leurs familles
- accompagnant davantage les mineurs arrivant en France
Les rapporteurs souhaitent également rappeler l'existence du programme France Excellence-Major, dispositif conjoint du ministère des affaires étrangères et de l'AEFE. Il vise à accompagner vers l'enseignement français à l'étranger les meilleurs élèves étrangers38(*) du réseau.
Chaque année, le programme accueille en moyenne 175 nouveaux boursiers, dont 30 à 40 étudiants mineurs, la bourse est accordée pour cinq ans. Campus France gère actuellement 830 boursiers39(*).
Toutefois, en raison de l'engagement pluriannuel que représente l'accompagnement des lauréats pendant toute la durée de leur parcours, et dans un contexte de contraintes budgétaires actuelles et futures, Campus France a fait le choix de limiter à 100 le nombre de nouveaux lauréats sélectionnés en 2026.
Compte tenu de l'importance stratégique de ce dispositif pour l'attractivité de l'enseignement supérieur français et le rayonnement du réseau d'enseignement français à l'étranger, les rapporteurs souhaitent sécuriser financièrement le programme France Excellence-Major. Sans pour autant entraîner un désengagement financier des pouvoirs publics, ils appellent à mobiliser davantage les entreprises françaises et les anciens élèves pour co-financer les bourses.
Recommandation n° 31 : Maintenir un soutien financier en :
- sécurisant financièrement le programme France Excellence Major, qui accompagne des étudiants pendant plusieurs années - une absence de visibilité à moyen terme sur les crédits conduisant à de fortes incertitudes sur le nombre de bourses pouvant être allouées
- mobilisant davantage les entreprises françaises et les réseaux d'anciens élèves pour co-financer des bourses
En 2010 a été créée l'association des Anciens des lycées français du monde, renommée Union-ALFM en 2018. Quelques années plus tard, l'AEFE a créé à titre expérimental dans la zone Asie-Pacifique la plateforme Agora monde. Son but est de mettre en relation des lycéens et des jeunes alumnis devenus étudiants, pour un partage d'expériences en matière d'orientation. On dénombre aujourd'hui environ 150 000 utilisateurs.
Cette communauté pourrait davantage être mobilisée au service du réseau et de son rayonnement. Les anciens élèves des établissements français à l'étranger représentent en effet un réseau de plus de 800 000 personnes, présentes dans toutes les régions du monde.
Recommandation n° 32 : Mobiliser les anciens élèves comme levier d'influence, en structurant une communauté mondiale d'alumni au service du rayonnement, de l'orientation et de l'attractivité du réseau
Par ailleurs, les rapporteurs rappellent que le doublement du nombre de sections labellisées FrancÉducation constituait l'un des objectifs de cap 2030. Ces sections sont labellisées par le ministère des affaires étrangères pour une durée de 5 ans (3 ans jusqu'en 2025).
Il s'agit désormais d'aller au bout de la démarche pour que celles-ci participent au rayonnement et à la diffusion de la langue française, dans le respect des programmes scolaires et du système éducatif national. Ce sont en effet environ 210 000 élèves qui sont scolarisés dans ces filières.
À titre d'exemple depuis 2025, les établissements labellisés LabelFranceÉducation sont invités aux conférences organisées par l'AEFE dans le cadre du salon virtuel des études supérieures en France. Certains établissements mettent en place des projets communs ou encore de rencontres.
Les rapporteurs notent que l'AEFE peut proposer des formations dans les instituts régionaux de formation aux équipes pédagogiques de sections LabelFranceÉducation. Cette possibilité reste peu connue. Elle pourrait pourtant constituer un outil intéressant de renforcement de la coopération entre les établissements labellisés et le réseau français, tout en permettant aux instituts régionaux de formation de développer des ressources propres supplémentaires. Les rapporteurs soulignent néanmoins que cette ouverture ne doit pas se faire au détriment de leur capacité à assurer la formation des personnels du réseau.
Les rapporteurs relèvent également l'existence d'accords de coopération conduisant certains États à participer au financement d'établissements du réseau. C'est notamment le cas des établissements de Munich, Francfort ou Vienne, pour un montant total estimé à 8 millions d'euros40(*).
Enfin, les rapporteurs constatent la présence de nombreux acteurs de l'enseignement du français à l'étranger. Cette action prend différentes formes : des cours aux enfants et adultes dans les instituts français, la formation des personnels travaillant dans les établissements du réseau par les IRF, ou encore la mise à disposition d'assistants de langue (4 500 dans 68 pays) et la reconnaissance des compétences linguistiques via des certifications ainsi que la formation pour les enseignants étrangers dans les disciplines non linguistiques par France Éducation International41(*).
Les rapporteurs appellent à renforcer la coopération entre l'ensemble de ces acteurs. Ils pensent notamment à la convention en cours entre France Éducation international et l'AEFE laquelle permet aux établissements du réseau de se constituer en centres d'examen pour les diplômes nationaux du DELF et du DALF. Cette convention demeure aujourd'hui peu utilisée. Elle pourrait pourtant permettre aux élèves quittant le réseau avant la fin de leur scolarité d'obtenir une certification internationalement reconnue attestant de leur niveau de français.
Recommandation n° 33 : Renforcer la politique de coopération éducative dans une perspective de diplomatie culturelle et linguistique en :
- renforçant les liens entre les sections labellisées FrancÉducation situées dans les établissements d'enseignement locaux et les établissements du réseau homologué (projets communs, rencontres, passerelles pédagogiques)
- développant au sein des instituts régionaux de formation les formations payantes à destination des enseignants travaillant dans des établissements étrangers
- encourageant les accords avec les pays étrangers permettant une subvention des établissements français comme c'est déjà le cas avec certains pays
Recommandation n° 34 : Renforcer les liens, dans les pays, entre les acteurs institutionnels de l'enseignement du français (instituts français, instituts régionaux de formation et France Éducation international)
* 32 Cette étude a été réalisée à partir des analyses fournies par 114 conseils consulaires, complétées par les données statistiques des campagnes de bourses de 2015 à 2025.
* 33 Dans 5 pays, il existe un reste à charge pour les boursiers à 100 % : les États-Unis, la Grande-Bretagne, la Suisse, les Pays-Bas et le Vietnam.
* 34 Source : Rapport évaluant l'état actuel de la mixité sociale dans le réseau d'enseignement français à l'étranger et ses perspectives d'évolution dans le cadre du plan de développement de l'enseignement français à l'étranger, AEFE, avril 2025.
* 35 Les familles monoparentales bénéficient d'une demi-part supplémentaire. En outre, les familles peuvent bénéficier d'un abattement de 10 % 1 sur le plafond du seuil mobilier, dès lors que les sommes correspondent à un placement obligatoire destiné à abonder une caisse de retraite.
* 36 À l'exception de certains pays, à l'instar du Brésil, où la législation impose aux établissements de recruter directement les AESH.
* 37 Selon les chiffres fournis par le DFAE, on dénombre 417 800 Français mineurs vivant à l'étranger (y compris les enfants de 0 à 3 ans) pour 120 000 élèves français scolarisés dans le réseau.
* 38 Pour être éligible, le bachelier doit être de nationalité étrangère, avoir obtenu mention très bien au bac et être inscrit dans une formation sur Parcoursup.
* 39 Outre une aide financière, Campus France assure l'accueil des étudiants en France et leur installation (à travers par exemple des réservations de logement dans les Crous). L'AEFE apporte un accompagnement pédagogique tout au long de l'attribution de la bourse, notamment en cas de difficultés ou réorientation.
* 40 Ces subventions représentent respectivement 38 % et 33% des recettes des établissements de Munich et de Francfort.
* 41 Opérateur de l'État, France Éducation International a pour mission de mettre en oeuvre la coopération éducative internationale, à travers notamment des formations en français et de français pour les enseignants étrangers, de concevoir les certifications de Français langue étrangère et de les administrer, ainsi que de promouvoir la mobilité internationale, notamment avec le programme d'assistants de langue.