CONTRIBUTION DU GROUPE CRCE-K
Communiste Républicain Citoyen et Écologiste - Kanaky
PRÉAMBULE
Le groupe CRCE-K salue les travaux de cette mission d'information, qui ont mis en lumière les défis de la diplomatie climatique française. Il défend une diplomatie efficace dans les négociations internationales, fondée sur la justice sociale et climatique et cohérente avec les réalités vécues par les populations les plus exposées. Cette contribution s'appuie sur les auditions conduites de février à juin 2026 et s'inscrit dans le prolongement des 34 recommandations du rapport d'information
I. La canicule de juin 2026 : ce que le climat nous dit de notre retard diplomatique
Cette contribution intervient après une canicule120(*) historique en France. Amplifié par le changement climatique d'origine humaine, cet épisode a révélé la vulnérabilité du pays face aux événements extrêmes : environ 1 000 décès supplémentaires, des hôpitaux saturés et des infrastructures inadaptées. Ce contexte n'est pas un détour : la France ne peut se présenter comme un leader climatique dans les COP tout en laissant ses citoyens insuffisamment protégés sur son propre territoire. La cohérence entre ambition internationale et adaptation nationale est la condition première de sa crédibilité diplomatique.
II. Diagnostic : une diplomatie climatique française qui manque de stratégie et de cohérence
A. Des fondements scientifiques solides, un retard d'action criant
Le réchauffement climatique atteint +1,24 °C d'origine humaine (GIEC/HCC121(*), audition du 13 février 2026). La moitié des vagues de chaleur observées en France depuis 80 ans ont eu lieu depuis 2010. Les besoins d'adaptation s'élèvent à 2,3 Md€/an selon le HCC, à peine 0,5 Md€ budgétés. L'économiste A. Bilal a calculé lors de son audition que chaque degré supplémentaire entraîne une perte de PIB de 20 %, pouvant atteindre 30 % sur la trajectoire actuelle. Le coût d'abattement d'une tonne de CO2 (88$/t) est sans commune mesure avec son coût social (1367$/t). L'inaction n'est pas une forme de prudence budgétaire : c'est une accumulation de risques systémiques. La diplomatie climatique française souffre d'un déficit structurel identifié dès la réunion constitutive : il est difficile d'identifier une véritable stratégie nationale partagée avec le Parlement et les citoyens. Ce constat posé au démarrage des travaux résume dix ans de décalage entre postures volontaristes dans les sommets et incohérences dans les actes budgétaires.
B. L'Accord de Paris : acquis à préserver, fragilités à corriger
La Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques a posé les bases d'une gouvernance climatique universelle non sans fragilités d'origine : dépendance structurelle aux énergies fossiles, hostilité américaine aux obligations contraignantes, et surtout refus d'interroger la nature même du système productif. Dès l'acte fondateur, la centralité des fossiles dans l'économie mondiale et la supériorité des logiques de marché sur les normes réglementaires ont été sanctuarisées. C'est cette contradiction fondamentale que le groupe CRCE-K entend nommer clairement : le dérèglement climatique est le produit d'un modèle économique fondé sur la maximisation des profits à court terme et l'externalisation des coûts environnementaux.
L'Accord de Paris (COP21, 2015) a constitué un moment rare d'alignement multilatéral : cadre universel, contributions nationales révisées tous les 5 ans, engagement de 100 milliards de dollars annuels vers les pays en développement. Laurent Fabius, François Hollande et Laurence Tubiana ont rappelé en audition les conditions exceptionnelles de ce succès : apaisement sino-américain, cycle d'innovation dans les renouvelables, pression de la société civile, préparation diplomatique minutieuse. Ces conditions ne sont plus réunies.
La COP30 de Belém (novembre 2025) a marqué un recul préoccupant : la sortie progressive des énergies fossiles, acquise à Dubaï en 2023, n'apparaît plus dans la déclaration finale. L'opacité des négociations échanges bilatéraux à huis clos, poids des lobbies pétroliers amplifié lorsque la COP se tient dans un pays producteur est dénoncée par plusieurs auditionnés dont Laurence Tubiana.
C. L'offensive Trump : une menace systémique pour le multilatéralisme climatique
Le retrait américain de l'Accord de Paris est entré en vigueur le 27 janvier 2026. Mais c'est bien plus qu'un retrait diplomatique : l'administration Trump a engagé une sortie des États-Unis de 66 organisations internationales. La COP31 à Antalya (novembre 2026) sera la première sans délégation fédérale américaine.
Cette offensive vise à déconstruire l'architecture multilatérale bâtie depuis 1945. Elle fragilise le GIEC, dont les travaux nourrissent les négociations : si le second bilan mondial de l'Accord de Paris (prévu en 2028) n'est plus alimenté par des données scientifiques américaines actualisées, il perdra une partie de sa portée. La désinformation climatique, ne nie plus le réchauffement, elle cherche à retarder l'action, à exagérer les coûts de transition, à opposer écologie et pouvoir d'achat. C'est une attaque politique frontale, pas un débat scientifique122(*).
D. La Chine, l'Europe, et les nouvelles lignes de fracture
La Chine123(*) présente un profil paradoxal : premier émetteur mondial de CO2 (près de 30 % des émissions), elle est aussi le premier investisseur dans les énergies renouvelables. Sans renoncer au charbon, elle cherche à affirmer son leadership auprès du Sud global à travers une approche fondée sur les infrastructures, la souveraineté et le principe de responsabilité commune mais différenciée.
L'Europe se trouve dans une position plus fragile. L'accord de Turnberry, qui a conduit l'UE à renforcer ses importations de GNL américain en échange d'un allègement des droits de douane, a alimenté les interrogations sur sa cohérence climatique. Les tensions autour de la transition, la réorientation du Green Deal vers un « Clean Deal » davantage centré sur la compétitivité et le retard des financements nécessaires limitent sa capacité d'entraînement. Dans ce contexte, la France doit défendre l'ambition climatique européenne, construire des alliances au-delà du face-à-face sino-américain et proposer une doctrine conciliant coopération climatique, souveraineté industrielle et réduction des dépendances stratégiques.
E. Les outre-mer : angle mort de la diplomatie française, première ligne du dérèglement
Les territoires ultramarins sont à la fois en première ligne du dérèglement climatique et un atout majeur de la diplomatie française. La montée des risques climatiques (menace sur les îles de Polynésie, dégradation des récifs coralliens aux Antilles, érosion littorale et intensification des cyclones) fragilise directement les populations et les économies locales. Pourtant, leur place dans la délégation française aux COP demeure insuffisante. Ces territoires ne sont pas seulement des victimes : ils sont des laboratoires d'adaptation, des plateformes de coopération avec les États insulaires voisins et des acteurs clés de la diplomatie climatique.
F. Une architecture institutionnelle et financière à réformer
La diplomatie climatique française mobilise une cinquantaine d'agents répartis dans 4 ministères et 2 opérateurs, coordonnés par un ambassadeur climat au Quai d'Orsay. Ce fonctionnement souple, salué par les auditionnés, présente néanmoins deux lacunes : l'absence d'un document public de stratégie nationale présenté au Parlement, et l'intégration insuffisante des partenaires sociaux, et des collectivités à la préparation des positions françaises.
La France figure parmi les trois principaux contributeurs bilatéraux au financement climatique, notamment grâce à l'action de l'AFD124(*). Toutefois, la structure des financements demeure déséquilibrée : 80 % de l'aide est encore accordée sous forme de prêts, alors que les pays les plus vulnérables disposent d'un faible capacité d'endettement. Les financements consacrés à l'adaptation restent par ailleurs insuffisants au regard des besoins, tandis que plusieurs études interrogent l'intégrité climatique d'une partie des projets financés.
III. La vision du groupe CRCE-K : une diplomatie climatique juste, efficace et cohérente.
La vision du groupe CRCE-K repose sur une triple exigence : renforcer notre efficacité dans les négociations internationales, construire de nouvelles alliances fondées sur la justice climatique et garantir la cohérence entre l'action extérieure de la France et les réalités vécues par les populations les plus exposées aux conséquences du dérèglement climatique. Ces exigences structurent les trois niveaux d'action ci-après.
À l'échelle mondiale : nommer les responsabilités et reconstruire des alliances
Le groupe CRCE-K part d'un constat que le rapport d'information pose avec précision : la crise climatique n'est pas une fatalité naturelle. Elle est le produit historique d'un système économique fondé sur l'extraction et la combustion des énergies fossiles, avec une concentration des responsabilités dans trois blocs géographiques États-Unis, Europe, Chine (61% des émissions mondiales) et continuent de peser lourd dans les négociations.
Face au retrait américain, la France doit reconstruire une stratégie d'alliance différente. Les leviers existent : s'appuyer sur les pays attachés à l'intégrité scientifique, mobiliser les décisions de la Cour internationale de justice liant droits humains et obligations climatiques, construire une diplomatie scientifique qui part des collaborations avec les pays du Sud et non l'inverse. La COP31 à Antalya est la première grande échéance : la France et l'Europe doivent s'y présenter avec une position commune renforcée et des alliances nouvelles125(*).
Sur le financement, les besoins sont colossaux : 2 400 milliards de dollars par an dès 2030 pour les pays en développement. La France doit rompre avec la logique du prêt qui aggrave la dette des pays du Sud. Les financements doivent prendre majoritairement la forme de subventions pour les États africains et insulaires les moins émetteurs. Par ailleurs, la question de l'élargissement de la base des contributeurs pour intégrer les grandes puissances émergentes (Chine, Inde, pays du Golfe) sans remettre en cause le principe de différenciation ni détourner les fonds des plus vulnérables doit être abordée sans tabou.
La question des déplacés climatiques est l'un des angles morts de la diplomatie internationale. D'ici 2050, jusqu'à 216 millions de personnes pourraient être déplacées à l'intérieur de leur propre pays sous l'effet du changement climatique¹. Pourtant, aucun statut juridique international ne reconnaît aujourd'hui les déplacés climatiques, et cette question demeure largement absente des négociations climatiques. La France accuse un retard sur ce dossier alors même que, présente dans trois océans, elle est au contact des populations les plus exposées, des îles du Pacifique aux régions sahéliennes. Plus largement, le dérèglement climatique constitue un facteur majeur d'instabilité : la raréfaction de l'eau, des terres arables et des ressources stratégiques alimente les tensions et les conflits, tandis que la compétition pour les minerais critiques accroît les dépendances géopolitiques. À l'inverse, une gouvernance partagée des ressources peut devenir un levier de paix. La France doit donc porter la reconnaissance des déplacés climatiques, renforcer les politiques d'adaptation et faire de la prévention des conflits, de la coopération internationale et d'une gouvernance équitable des ressources un pilier de sa diplomatie climatique. Pour le groupe CRCE-K, paix, justice sociale et justice climatique sont indissociables126(*).
À l'échelle européenne : construire des instruments de résilience et défendre l'ambition
L'Europe est le continent qui se réchauffe le plus vite. La canicule de juin 2026 et l'analyse Bruegel le confirment : les instruments actuels de solidarité face aux catastrophes, le FSUE127(*) plafonné à 1,5 Md€/an avec des procédures trop lentes sont structurellement insuffisants. La France doit porter une initiative européenne sur trois fronts : un Fonds de résilience climatique d'urgence, des standards d'adaptation des bâtiments publics harmonisés à l'échelle continentale, et une réglementation pour lutter contre la désinformation climatique dans le cadre du DSA128(*) ou qui le complète.
Au-delà de la lutte contre la désinformation, l'Union européenne doit se doter d'une stratégie de sensibilisation aux enjeux climatiques. En lien avec l'Union européenne de radio-télévision (UER), les médias de service public et les institutions européennes pourraient coordonner, en amont de chaque COP, des campagnes d'information fondées sur les connaissances scientifiques afin de mieux faire comprendre les conséquences du changement climatique, les bénéfices de l'adaptation et de la transition écologique, ainsi que les engagements internationaux pris par l'Union européenne. Cette mobilisation devrait s'adresser aux citoyens, aux entreprises et aux administrations publiques afin de renforcer l'appropriation collective des enjeux climatiques.
La France doit aussi défendre l'ambition du Green Deal face aux pressions de simplification. Ce n'est pas en affaiblissant les instruments existants SEQE, MACF129(*), normes industrielles que l'Europe regagnera de la crédibilité internationale. C'est en les adossant à des dispositifs d'accompagnement des pays partenaires : assistance technique, garanties, finance mixte. Passer d'une diplomatie de la norme à une diplomatie du partenariat stratégique, sans renoncer à l'ambition.
À l'échelle nationale : cohérence entre discours et actes
La diplomatie climatique ne peut être crédible si elle n'est pas cohérente avec la politique intérieure. Un budget vert contraignant, des plans d'adaptation pour les bâtiments publics, une politique agricole qui intègre les bouleversements climatiques dans ses outils de soutien aux revenus, et la protection effective des populations vulnérables : C'est une condition de la crédibilité internationale de la France.
L'agriculture mérite une attention particulière. La canicule de juin 2026 l'a montré : moissons la nuit, rendements insuffisants, vignes brûlées, production laitière en chute, pertes sous les seuils d'indemnisation absorbées seuls par les agriculteurs. Un scénario à +4°C entraînerait, selon la Banque de France, une baisse des revenus agricoles sur l'ensemble du territoire. La France, première puissance agricole européenne, doit porter à l'international la résilience des systèmes alimentaires comme objectif à part entière des COP.
L'État doit accompagner les entreprises dans leur adaptation au changement climatique tout en rappelant leur responsabilité. Au-delà des obligations de décarbonation, l'élaboration de plans d'adaptation aux risques climatiques est fondamentale, surtout dans les secteurs et les infrastructures les plus exposés, en mobilisant des dispositifs d'accompagnement, mais aussi en conditionnant fermement l'accès aux aides publiques. L'adaptation des entreprises constitue un enjeu de résilience économique, et de maintien de l'emploi.
Les outre-mer doivent enfin sortir de leur rôle d'observateurs pour devenir des pivots actifs de la diplomatie climatique française dans le Pacifique, dans l'océan Indien, dans les Caraïbes.
IV. Dix propositions du groupe CRCE-K
Au niveau mondial
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N°1 |
Renforcer la diplomatie scientifique au coeur de la stratégie diplomatique Augmenter le budget de l'IRD et du Cirad. Partir des collaborations scientifiques existantes avec les pays du Sud pour construire des alliances diplomatiques et non l'inverse. Face au démantèlement de la science fédérale américaine, renforcer les coopérations avec les chercheurs indépendants et universitaires américains, dans la continuité de « Choose France & Europe for Sciences ». Défendre l'intégrité des travaux du GIEC et son indépendance face aux pressions politiques. |
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N°2 |
Doubler la contribution française au Fonds vert, et développer des partenariats bilatéraux concrets avec l'Afrique et les États insulaires Porter la contribution au GCF130(*) à 800 M€/an. La moitié finance l'adaptation dans les pays les plus vulnérables (Afrique, États insulaires du Pacifique et des Caraïbes). Développer des partenariats bilatéraux avec des projets concrets pour les populations (accès à l'eau, résilience agricole, énergies renouvelables, protection des littoraux) en s'appuyant sur l'expertise et les réseaux de l'AFD. Les collectivités ultramarines sont mandatées pour animer des coopérations régionales avec leurs États voisins, en cohérence avec les bassins océaniques dans lesquels elles s'inscrivent. |
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N°3 |
Porter l'agriculture et la sécurité alimentaire comme objectif à part entière dans les négociations climatiques internationales La France doit défendre aux COP la reconnaissance explicite des systèmes agricoles et alimentaires comme secteur prioritaire d'adaptation. Proposer un mécanisme international de protection des revenus agricoles face aux chocs climatiques, sur le modèle des fonds de compensation pour pertes et dommages. En France, conditionner les aides agricoles à l'adaptation des exploitations au changement. |
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N°4 |
Porter les enjeux sociaux et de paix, transversaux comme objectifs à part entière dans les négociations climatiques internationales La France doit porter systématiquement dans ses positions les enjeux transversaux aujourd'hui absents des négociations : la santé, en proposant avec l'ONU, l'OMS, ONU Femmes et l'UNICEF un cadre santé-climat-inclusion qui suit ces enjeux. Ces dimensions doivent être le coeur humain de la diplomatie climatique. Enfin, la France doit faire de la prévention des conflits liés aux ressources un axe de sa diplomatie climatique. Elle doit promouvoir une coopération renforcée entre les États partageant des ressources stratégiques, soutenir les mécanismes de médiation dans les zones de tension et porter la création d'un cadre international de suivi et d'anticipation des tensions liées aux effets du changement climatique sur les ressources naturelles. Prévenir ces conflits, c'est faire de la diplomatie climatique un instrument de paix. |
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N°5 |
Proposer une composante carbone à l'impôt minimum mondial sur les multinationales L'accord OCDE de 2021 fixe un taux minimum de 15% sur les bénéfices des multinationales sans aucune dimension climatique. Dans la continuité des travaux de Gabriel Zucman pour le G20 brésilien (2024), la France doit proposer un mécanisme additionnel : une taxe carbone spécifique sur les multinationales les plus émettrices, calculée sur leurs émissions directes et indirectes. Les recettes abonderaient un fonds international de financement de la transition dans les pays en développement. Il s'agit de faire contribuer ceux qui profitent le plus du modèle carboné à sa transformation. |
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N°6 |
Défendre la création d'un statut international de protection des déplacés climatiques La Convention de Genève de 1951 ne reconnaît pas les déplacements climatiques, aucun statut juridique n'existe en droit international. La France doit porter dans les enceintes onusiennes un protocole additionnel reconnaissant ce motif de protection. En droit interne, créer un titre de séjour humanitaire-climatique temporaire pour les personnes déplacées de territoires rendus inhabitables. Allouer 100 M€/an à des programmes d'adaptation locale pour limiter les déplacements forcés, en partenariat avec le HCR et l'OIM. |
Au niveau européen
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N°7 |
Porter un Fonds européen de résilience climatique et un plan européen d'adaptation des bâtiments publics et de la biodiversité Renforcer et assouplir le FSUE pour répondre aux catastrophes plus rapidement. En complément, la France doit porter la création d'un Fonds européen de résilience climatique doté d'au moins 10 Md€/an, dédié au temps long de l'adaptation : obligation d'adaptation thermique des bâtiments publics sensibles et de la biodiversité qui complètera les politiques nationales d'ici 2030, financée par les fonds de cohésion européens. Compléter cela par une communication européenne de sensibilisation des citoyens au dérèglement climatique avant chaque COP et une harmonisation des systèmes d'alerte. Deux instruments, deux temporalités, une même logique : ne plus subir, anticiper, agir avec efficacité et rapidité. |
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N°8 |
Porter au niveau européen une réglementation pour lutter contre la désinformation climatique dans le cadre du DSA ou en complétant cet arsenal réglementaire. Les plateformes numériques sont soumises à des obligations strictes en matière de désinformation sanitaire mais aucune obligation n'existe pour la désinformation climatique, qui fragilise l'acceptabilité sociale de la transition. La France propose dans le Digital Services Act une extension de ces obligations à la désinformation climatique, avec mécanismes de signalement et de sanction effectifs. |
Au niveau national : cohérence entre diplomatie et politique intérieure
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N°9 |
Stratégie Nationale : Renforcer le mandat de l'ambassadeur Environnement, poursuivre la coordination interministérielle, et mieux associer les partenaires sociaux et les élus locaux L'ambassadeur thématique doit être doté d'un mandat interministériel explicite couvrant Quai d'Orsay, Transition écologique, Agriculture, Trésor et opérateurs (AFD, ADEME, IRD, Cirad). Il associe formellement syndicats, organisations patronales, agricoles et associations d'élus locaux. Les territoires ultramarins devront être intégrés à la délégation française pour les COP non comme observateurs, mais comme acteurs dotés d'une expertise régionale propre. Un débat avec un rapport annuel est organisé et présenté au Parlement avant et après chaque COP, sur le modèle des débats préalables aux Conseils européens (article 50-1). |
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N°10 |
Budget : Instaurer un « budget vert » et relever l'Aide Publique au Développement Chaque projet de loi de finances est accompagné d'un bilan carbone et d'adaptation, audité par la Cour des comptes. Parallèlement, la France doit relever l'Aide Publique au Développement vers l'objectif onusien de 0,7% du revenu national brut auquel elle s'est engagé y compris par la loi de programmation pour le développement de 2021 et qu'elle n'atteint pas. Cela doit permettre de flécher une part croissante vers les pays les plus vulnérables au changement climatique. L'objectif doit être d'appuyer les pays en développement et les États insulaires qui n'ont ni la capacité d'endettement ni la responsabilité historique de ce réchauffement |
CONCLUSION
La canicule de juin 2026 a confirmé ce que la science établit depuis des décennies : le dérèglement climatique s'accélère et la France doit renforcer la cohérence entre son ambition internationale et son action nationale. Dans un contexte marqué par le recul du multilatéralisme, les tensions géopolitiques et l'urgence climatique, la France dispose d'atouts majeurs : sa crédibilité héritée de la COP21, son réseau diplomatique, ses opérateurs scientifiques et ses outre-mer.
Encore faut-il les mobiliser au service d'une diplomatie climatique fondée sur la justice entre les nations, la justice sociale et la justice entre les générations. Les dix propositions formulées par le groupe CRCE-K s'inscrivent dans cette ambition : faire de la diplomatie climatique un levier de paix, de solidarité et de résilience, au service des populations les plus exposées aux conséquences du dérèglement climatique.
* 120 Du 17 au 28 juin 2026, 72 départements ont été placés simultanément en vigilance rouge. Le 24 juin a constitué la journée la plus chaude jamais enregistrée en France, avec 44,1 °C à Saumur et un indicateur thermique national de 30 °C ; des températures nocturnes de 29,5 °C ont également été relevées à Paris. Selon l'équipe ClimaMeter du CNRS, les températures auraient été inférieures de 2 à 4 °C sans le réchauffement d'origine humaine. World Weather Attribution estime que cet épisode aurait été quasi impossible il y a cinquante ans. À l'échelle européenne, 100 millions de personnes ont été exposées à des températures supérieures à 35 °C le 25 juin, tandis que l'Espagne a enregistré 212 décès en quatre jours.
* 121 GIEC : Groupe International d'Expert sur le Climat / HCC : Haut Conseil pour le Climat
* 122 « Les USA ont historiquement joué un rôle majeur dans le développement des connaissances climatiques. Le retrait de leur financement de la recherche internationale est préoccupant, y compris pour les pays qui n'ont pas les mêmes capacités scientifiques. » Valérie Masson-Delmotte, GIEC/HCC, audition du 13 février 2026
* 123 La Chine représente environ 30 % des émissions mondiales de CO2, reste le premier producteur de charbon et le premier investisseur mondial dans les énergies renouvelables. Elle s'est fixé un objectif de réduction de 10 % de ses émissions d'ici 2035. L'Union européenne vise une réduction de 90 % de ses émissions d'ici 2040 ; les investissements annuels nécessaires à la transition sont estimés à environ 800 Md€, contre 534 Md€ actuellement mobilisés.
* 124 Depuis 2015, l'Agence française de développement a mobilisé 60 Md€ en faveur du climat, dont 7,7 Md€ en 2024.
* 125 Audition I4CE, 8 avril 2026
* 126 Selon ONU Femmes, elles représentent jusqu'à 80 % des personnes déplacées dans certains contextes et leur risque de mortalité lors de catastrophes peut être jusqu'à 14 fois supérieur en raison des inégalités d'accès aux ressources, à l'information et aux secours. La Convention de Genève de 1951 ne reconnaît pas les déplacements climatiques comme motif de protection internationale.
* 127 FSUE (Fonds de solidarité de l'Union européenne) : instrument financier créé par le règlement (CE) n° 2012/2002 pour apporter une aide financière aux États membres et aux pays candidats confrontés à des catastrophes naturelles majeures. Il a été étendu aux urgences sanitaires en 2020.
* 128 Digital Service Act : règlement (UE) 2022/2065 du Parlement européen et du Conseil du 19 octobre 2022 relatif à un marché unique des services numériques. Il impose aux plateformes numériques des obligations renforcées en matière de modération des contenus illicites, de transparence des algorithmes et de gestion des risques systémiques.
* 129 MACF : Mécanisme d'Ajustement Carbone aux Frontières (taxe carbone aux frontières de l'Europe)
* 130 GCF (Green Climate Fund) : Fonds vert pour le climat, principal fonds multilatéral finançant l'adaptation et l'atténuation du changement climatique dans les pays en développement, dans le cadre des Nations Unies