N° 861
SÉNAT
SESSION EXTRAORDINAIRE DE 2025-2026
Enregistré à la Présidence du Sénat le 7 juillet 2026
RAPPORT D'INFORMATION
FAIT
au nom de la commission des affaires
étrangères, de la défense
et des forces armées
(1) sur les drones, la lutte
anti-drones
et l'usage de
l'intelligence artificielle
dans ces domaines,
Par M. Ronan LE GLEUT, Mme Hélène CONWAY-MOURET et M. Étienne BLANC,
Sénateurs et Sénatrice
(1) Cette commission est composée de : M. Cédric Perrin, président ; MM. Pascal Allizard, Olivier Cadic, Mmes Hélène Conway-Mouret, Catherine Dumas, Michelle Gréaume, MM. André Guiol, Jean-Baptiste Lemoyne, Claude Malhuret, Akli Mellouli, Philippe Paul, Rachid Temal, vice-présidents ; M. François Bonneau, Mme Vivette Lopez, MM. Hugues Saury, Jean-Marc Vayssouze-Faure, secrétaires ; M. Étienne Blanc, Mme Valérie Boyer, MM. François-Noël Buffet, Christian Cambon, Mme Marie-Arlette Carlotti, MM. Alain Cazabonne, Olivier Cigolotti, Édouard Courtial, Jérôme Darras, Mme Nicole Duranton, MM. Philippe Folliot, Guillaume Gontard, Mme Sylvie Goy-Chavent, MM. Jean-Pierre Grand, Ludovic Haye, Loïc Hervé, Alain Houpert, Patrice Joly, Mmes Gisèle Jourda, Mireille Jouve, MM. Alain Joyandet, Roger Karoutchi, Ronan Le Gleut, Didier Marie, Pierre Médevielle, Thierry Meignen, Jean-Jacques Panunzi, Mme Évelyne Perrot, MM. Stéphane Ravier, Jean-Luc Ruelle, Bruno Sido, Mickaël Vallet, Robert Wienie Xowie.
L'ESSENTIEL
LA GUERRE DES DRONES : L'URGENCE D'UN SURSAUT STRATÉGIQUE FRANÇAIS
Près de cinq années se sont écoulées depuis le dernier rapport de la commission consacré à la « guerre des drones ».. Visionnaire, elle mettait en garde, quelques mois seulement avant le déclenchement de la guerre en Ukraine, contre « le rôle de premier plan que les drones pourraient jouer demain sur le champ de bataille, dans le contexte d'un retour à des guerres de haute intensité ».
La commission recommandait alors de doter nos armées d'une nouvelle capacité de drones « bon marché » et « consommables », de soutenir davantage la filière industrielle nationale, de favoriser l'agilité des modes d'acquisition, de simplifier les procédures et d'assouplir la réglementation afin de gagner en efficacité. Force est de constater que les événements survenus depuis lors lui ont donné raison.
La guerre en Ukraine, comme les conflits au Moyen-Orient, se caractérisent en effet par un recours massif aux drones. Ceux-ci ne sont plus seulement aériens, mais également navals et, de plus en plus, terrestres. La robotisation du champ de bataille ne relève plus de la fiction : elle constitue désormais une réalité. Dans cette nouvelle dialectique du glaive et du bouclier, les capacités de lutte anti-drones sont devenues un enjeu central.
Depuis 2021, un nouveau facteur doit être pris en considération : le recours croissant à l'intelligence artificielle. Celle-ci permet de réduire considérablement les boucles de décision et favorise une autonomisation toujours plus importante des systèmes. À cet égard, le Président ukrainien Volodymyr Zelensky a annoncé, en avril 2026, qu'un combat avait, pour la première fois, été remporté uniquement grâce à des systèmes robotisés.
Au terme de leurs travaux, les rapporteurs, Ronan Le Gleut (LR - Français établis hors de France), Hélène Conway-Mouret (SER - Français établis hors de France) et Étienne Blanc (LR - Rhône) tirent la sonnette d'alarme : la France n'est pas prête à la guerre des robots. Ils appellent par conséquent à un réveil stratégique afin de faire de la robotisation la colonne vertébrale des armées françaises.
I. LA GUERRE DES DRONES N'EST PLUS UNE FICTION
A. UNE RÉALITÉ PROTÉIFORME PRÉSENTE DANS QUATRE DIMENSIONS
Le terme « drone » recouvre une réalité très hétérogène : du Black hornet de Prox Dynamics d'une longueur de 16 cm et d'un poids de 33 grammes au RQ-4 Global Hawk de Northrop Grumman atteignant près de 40 m de longueur, 14,5 m de hauteur pour un poids de plus de 14,5 tonnes.
Cette diversification des systèmes s'accompagne d'une transformation de leurs usages. Longtemps limités aux missions de surveillance et de renseignement, les drones sont désormais pleinement intégrés aux opérations de combat (attaque, lutte anti-drones, saturation des défenses ennemies). Produits en masse, les munitions téléopérées (MTO) ou les drones FPV1(*) (First Person View) permettent de réaliser des frappes de précision à faible coût. Les technologies de guidage ont également connu d'importantes évolutions. Aux liaisons radio traditionnelles se sont ajoutés des systèmes filaires, des communications par satellite ainsi que des capacités d'autonomie croissantes reposant sur l'intelligence artificielle.
La « dronisation » du champ de bataille s'étend désormais à l'ensemble des milieux de confrontation. Aux drones aériens s'ajoutent désormais des drones navals de surface (tels que les drones Magura et Sea baby ukrainiens), des drones sous-marins ainsi que des robots terrestres, utilisés notamment à des fins logistiques.
* 1 Ces drones, dotés de caméras à transmission vidéo en temps réel, offrent une immersion au pilote grâce à des lunettes dédiées.
