II. LA LUTTE ANTI-DRONES (LAD) : FACE À UNE MENACE avérée, DES CAPACITÉS FRANÇAISES ENCORE INSUFFISANTES
A. DANS CETTE NOUVELLE DIALECTIQUE DU GLAIVE ET DU BOUCLIER, LES CAPACITÉS DE LAD SONT DEVENUES INDISPENSABLES
La capacité à se protéger contre les drones adverses est devenue aussi indispensable que la protection contre les menaces aériennes traditionnelles.
Les capacités de LAD s'articulent autour de 4 fonctions : la détection, la classification, l'identification et la neutralisation. L'efficacité de cette chaîne repose sur une architecture intégrée de commandement et de contrôle (C2), chargée d'assurer la fusion des données issues des différents capteurs, le partage de la situation tactique et la coordination des effecteurs.
Aucune solution unique ne permet aujourd'hui de répondre à l'ensemble des menaces représentées par les drones. La LAD repose au contraire sur la combinaison de plusieurs couches de protection successives, dont l'efficacité dépend de leur articulation.
B. DES CAPACITÉS FRANÇAISES ENCORE ÉCHANTILLONNAIRES
Les capacités françaises de LAD reposent sur deux grandes catégories de systèmes complémentaires.
Les systèmes dits « lourds » ou de longue portée (dispositifs MILAD, BASSALT et PARADE) assurent quant à eux la protection d'infrastructures sensibles, d'emprises militaires ou de zones de déploiement. Ils reposent sur l'intégration de capteurs multiples, d'un système de C2 ainsi que de différents moyens de neutralisation (brouillage, leurrage, drones intercepteurs de drones, filets, effecteurs de type missiles, canons, roquettes, armes individuelles). D'autres dispositifs de neutralisation telles que les armes à énergie dirigée laser ou électromagnétiques ou encore la prise de contrôle sont en cours de développement ou d'étude.
Les systèmes dits « légers » ou de courte portée sont destinés à la protection rapprochée de sites sensibles, d'événements ou d'unités déployées. Ils associent généralement des moyens de détection compacts à des dispositifs de brouillage portatifs. Les armées disposent par exemple, en matière de détection, du radar de surveillance Murin de Thales, du détecteur HADDES de MC2 Technologies, et dans le domaine de la neutralisation, de fusils brouilleurs NEROD et de brouilleurs BLAST développés par MC2 Technologies, ou encore des systèmes PROTEUS et ARLAD.
Malgré la diversité des solutions déployées, les capacités actuellement en dotation dans les forces demeurent limitées. Selon le rapport annexé à l'actualisation de la loi de programmation militaire, les armées ne disposaient, à la fin de l'année 2024, que de 31 systèmes de LAD, 150 fusils brouilleurs, 3 systèmes de LAD navals et 8 SAMP-T.
En particulier, les capacités mobiles de protection des unités apparaissent insuffisantes. Si plusieurs industriels travaillent actuellement au développement de systèmes de protection et d'autoprotection embarqués, les armées s'appuient encore principalement sur des solutions intermédiaires, telles que les VAB ARLAD ou les véhicules équipés du standard 1 du système Proteus. Les futurs Serval LAD, appelés à renforcer significativement cette capacité, ne devraient ainsi être livrés qu'à partir de 2027.
De même, la protection des emprises navales, en particulier contre les nouvelles menaces que constituent les drones de surface et les drones sous-marins, devrait être renforcée.
