III. L'INTELLIGENCE ARTIFICIELLE : UNE RÉVOLUTION APPELÉE À TRANSFORMER L'ENSEMBLE DES COMPOSANTES DES FORCES

A. UNE TECHNOLOGIE APPELÉE À IRRIGUER L'ENSEMBLE DES ACTIVITÉS DES ARMÉES

L'intelligence artificielle (IA) s'impose progressivement comme un levier majeur de transformation des capacités militaires. L'Agence ministérielle pour l'intelligence artificielle de défense (AMIAD) distingue trois grandes catégories d'usages :

· les usages « organiques » ou de gestion. Il s'agit des applications les plus répandues : assistants conversationnels, traitement automatisé de documents, aide à l'analyse de données ou encore prévision des besoins logistiques et des stocks ;

· les systèmes d'aide à la décision. Face à l'augmentation continue du volume d'informations disponibles, les opérateurs humains ne sont plus en mesure d'exploiter seuls l'ensemble des données produites par les capteurs, les systèmes de renseignement ou les sources ouvertes. L'IA permet de hiérarchiser les informations disponibles, de faire ressortir les éléments pertinents ou de proposer plusieurs modes d'action destinés à éclairer la décision de l'opérateur ;

· les systèmes embarqués. L'IA est progressivement intégrée au sein des drones, des capteurs aéroportés, des véhicules terrestres ou des bâtiments navals. Cette intégration demeure toutefois contrainte par plusieurs facteurs, notamment les capacités de calcul disponibles à bord, les besoins énergétiques, les questions de dissipation thermique ainsi que le rythme particulièrement rapide d'évolution des technologies concernées.

L'apport opérationnel majeur de l'IA réside dans sa capacité à accélérer la boucle OODA (« observer, orienter, décider, agir »). Elle constitue à cet égard un élément central des futurs systèmes de combat collaboratifs et des architectures de type « kill web » (tels que l'ukrainien Delta, l'américain Maven de Palantir ou encore le projet français Arcadia), destinées à mettre en réseau capteurs, effecteurs et systèmes de commandement.

Si les armées françaises ont engagé leur transformation dans ce domaine, celle-ci demeure encore en-deçà du changement d'échelle nécessaire. La publication, en mars 2024, de la stratégie ministérielle de l'IA de défense a marqué une étape importante, rapidement suivie de la création de l'Agence ministérielle pour l'intelligence artificielle de défense (AMIAD). Cet effort s'est accompagné d'investissements dans les capacités de calcul souveraines, avec notamment la mise en service du supercalculateur ASGARD en septembre 2025.

Cette dynamique s'inscrit également dans la préparation des futurs modes de combat. Le projet PENDRAGON vise ainsi à expérimenter une première unité robotique de combat à l'horizon 2027, reposant notamment sur la coordination de drones aériens et de robots terrestres. Si cette initiative constitue une étape nécessaire, son ampleur demeure toutefois insuffisante au regard de la transformation nécessaire.

Dans le domaine de l'IA de défense, la France se doit donc de monter en puissance.

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