Mme la présidente. Mes chers collègues, avant de donner la parole aux orateurs des groupes, je vous indique, pour la bonne information de tous, que soixante-douze amendements sont à examiner sur cette mission.

La conférence des présidents a fixé la durée maximale de la discussion à trois heures. Compte tenu de l’organisation de la journée, nous pourrions prévoir quinze minutes de discussion supplémentaires pour achever cet examen aux alentours de dix-neuf heures quarante-cinq.

Nous pourrions alors suspendre la séance pour la reprendre à vingt et une heures quinze, pour l’examen de la mission « Recherche et enseignement supérieur ». Au-delà de dix-neuf heures quarante-cinq, conformément à l’organisation de nos travaux décidée par la conférence des présidents et en accord avec la commission des finances, la suite de l’examen de cette mission serait reportée à la fin des missions de la semaine.

En outre, la conférence des présidents, réunie le mercredi 3 décembre, a décidé que, lorsque le nombre d’amendements déposés ne paraît pas permettre leur examen serein dans les délais impartis, les temps de parole seraient fixés, sur la proposition de la commission des finances, à une minute.

S’agissant de la présente mission, le nombre d’amendements à examiner, rapporté à la durée dont nous disposons aujourd’hui, nous impose d’observer un rythme de cinquante amendements par heure, ce qui est élevé. Aussi, afin de nous donner toutes les chances de terminer aujourd’hui l’examen de cette mission et en application de la décision de la conférence des présidents, la durée des interventions sera fixée à une minute.

Dans la suite de notre discussion, je rappelle que le temps de parole attribué à chaque groupe pour chaque unité de discussion comprend le temps d’intervention générale et celui de l’explication de vote. Par ailleurs, le Gouvernement dispose au total de quinze minutes pour intervenir.

Action extérieure de l’État (suite)

Mme la présidente. La parole est à M. Philippe Paul. (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains.)

M. Philippe Paul. Madame la présidente, monsieur le ministre, mes chers collègues, après la fin de la guerre froide, le monde a connu, pendant trente ans, une forme d’anomalie géopolitique, une parenthèse durant laquelle l’apaisement stratégique global nous a fait perdre de vue une réalité première : dans l’histoire du monde, l’instabilité a toujours été la règle et la stabilité l’exception.

Cette exception s’efface aujourd’hui, à mesure que se fissure chacun des piliers sur lesquels elle reposait : le réflexe multilatéral s’étiole face aux impérialismes ; le droit international recule devant les logiques de puissance ; les relations commerciales, hier facteurs de rapprochement, deviennent désormais le terrain d’une compétition de plus en plus féroce.

Quant au primat occidental, qui imprimait jadis sa marque sur les relations internationales, il suit le ressac de l’hyperpuissance américaine et se trouve chaque jour plus relativisé.

Un monde nouveau émerge, de plus en plus découplé de nos priorités ainsi que de nos structures politiques et économiques ; un monde aux aspirations que certains régimes n’hésitent pas à instrumentaliser pour reconstituer, à leur avantage, une logique de blocs.

Sur cette inquiétante toile de fond, de nombreux foyers de conflits prospèrent et participent de l’instabilité globale.

Au Proche-Orient et au Moyen-Orient, l’accalmie toute relative n’éloigne pas le spectre de l’embrasement ; en Afrique, le Soudan s’enfonce toujours plus dans la guerre, tandis que la poussée djihadiste reprend au Sahel et lorgne vers le golfe de Guinée ; dans la zone Caraïbe, la montée des tensions atteint un niveau inédit ; dans l’Indo-Pacifique, et notamment en mer de Chine, les oppositions s’exacerbent de jour en jour.

Pour nous, Européens, la situation se double d’enjeux directs particulièrement forts. L’agression russe en Ukraine a ramené la guerre de haute intensité sur notre sol et fait peser une menace durable sur notre sécurité. Parallèlement, nous assistons à l’étiolement accéléré du lien transatlantique, qui fut pendant soixante-quinze ans le fondement sur lequel nombre d’Européens ont assis leur prospérité, leur sécurité et leur vision du monde.

Face à ces changements de paradigme, nous sommes poussés à réinvestir dans des capacités militaires trop souvent laissées en déshérence. C’est à la fois indispensable et urgent.

Néanmoins, il faut toujours rappeler une évidence : pour contribuer à apaiser les tensions du monde, pour y porter une voix originale, pour y défendre nos valeurs comme nos intérêts, mais aussi pour fournir des services publics et porter assistance à nos compatriotes à l’étranger, la France a besoin d’une diplomatie solide.

Pourtant, l’examen de ce projet de loi de finances met en exergue une loi d’airain des relations internationales : un pays qui ne tient pas ses comptes ne tient pas son rang.

Comment nourrir l’ambition de demeurer une nation influente en Europe et dans le monde, lorsque le remboursement des seuls intérêts de notre dette ampute nos finances de plus de 60 milliards d’euros.

M. Philippe Paul. Si nous ne corrigeons pas la trajectoire de nos déficits, ceux-ci pourraient engloutir près de 100 milliards d’euros dès demain, soit l’équivalent des crédits exceptionnels consentis par l’Allemagne à ses armées, en sus de leur budget annuel.

La maîtrise de nos dépenses est donc une nécessité impérieuse, à laquelle la mission « Action extérieure de l’État » peut d’autant moins se soustraire que la crédibilité internationale de la France est ainsi engagée.

Je rappelle toutefois que le Quai d’Orsay est sans doute l’une des administrations ayant d’ores et déjà le plus contribué aux efforts budgétaires de l’État. À titre d’exemple, ses effectifs ont fondu de plus de moitié en trente ans et son réseau a chuté du troisième au cinquième rang mondial. Peu de départements ministériels affichent un tel bilan.

En 2026, le réarmement de notre diplomatie, promis par le Président de la République il y a à peine trois ans, connaît un coup d’arrêt bien précoce. Nous nous consolerons en constatant que cela se traduira par une stabilité des moyens affectés à notre action internationale plutôt que par une baisse qui viendrait annuler les efforts réalisés ces deux dernières années.

Certes, certaines coupes sont importantes et nous interpellent. Il s’agit notamment de celles qui affectent les moyens de l’enseignement français à l’étranger, outil de rayonnement majeur pour notre pays et service fondamental pour nos compatriotes expatriés.

Je salue néanmoins le maintien des crédits alloués à d’autres services essentiels les concernant au premier chef. J’ai en particulier à l’esprit le centre de crise et de soutien (CDCS), outil unique qui contribue si efficacement à leur sécurité et à leur information, mais aussi nos services consulaires, très durement éprouvés par la longue érosion budgétaire du ministère. Ils seront cette année préservés et bénéficieront de quelques moyens supplémentaires afin de poursuivre la remarquable entreprise de modernisation qu’ils ont entamée, dont beaucoup d’administrations gagneraient à s’inspirer pour accroître leur réactivité et leur efficacité.

Surtout, je me félicite que des marges de manœuvre aient pu être fléchées vers un enjeu devenu essentiel : l’information.

À l’heure où, partout dans le monde, les outils numériques façonnent les opinions toujours plus vite et plus profondément, l’espace informationnel est devenu un lieu d’affrontement.

Pour prendre l’ascendant dans le champ des perceptions, pour accroître leur influence ou pour nuire à la nôtre, nos compétiteurs ne reculent bien souvent devant aucune ingérence ni aucune manipulation ; et surtout, ils investissent. Or, si nous refusons de riposter à leurs attaques en employant les mêmes méthodes qu’eux, il est indispensable que nous nous donnions pour objectif de disposer, à terme, des mêmes moyens.

Les investissements consentis au bénéfice de notre audiovisuel extérieur constituent à ce titre un signal positif, tout comme la trajectoire particulièrement dynamique des crédits consacrés à la communication stratégique, lesquels progressent de manière cohérente au regard des enjeux.

Permettez-moi cependant, dans cette phase de montée en puissance de nos moyens, d’insister sur l’importance de leur coordination : coordination interne, entre l’administration centrale du Quai d’Orsay et les postes diplomatiques ; mais aussi coordination externe, avec les autres services impliqués dans la lutte informationnelle, notamment le ministère des armées ou le secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN).

Il s’agit là d’un élément primordial pour garantir que les actions et les messages défendus par la France évitent les écueils de l’incohérence et de l’inconstance qui ont pu être observés, trop souvent ces dernières années, au plus haut niveau de l’État dans la conception ou dans l’expression de notre stratégie diplomatique.

Monsieur le ministre, mes chers collègues, au bénéfice de ces observations et parce qu’ils préservent, malgré tout, l’essentiel de notre diplomatie, le groupe Les Républicains votera les crédits de la mission « Action extérieure de l’État ». (Applaudissements sur des travées du groupe Les Républicains.)

Mme la présidente. La parole est à Mme Nicole Duranton. (Applaudissements sur les travées du groupe RDPI.)

Mme Nicole Duranton. Madame la présidente, monsieur le ministre, mes chers collègues, l’action extérieure de l’État ne constitue pas une simple vitrine. Elle est un instrument de sécurité, de souveraineté économique et de résilience face aux crises internationales que nous traversons.

Dans un monde fracturé par la guerre en Europe, l’instabilité au Sahel, les conflits au Proche-Orient, la rivalité entre les grandes puissances et l’influence étrangère sournoise exercée par nos adversaires, affaiblir notre diplomatie reviendrait à accepter le déclassement silencieux de notre grande Nation.

Notre diplomatie repose sur quatre axes essentiels qu’il convient de préserver : l’action en faveur de la paix et la lutte contre le terrorisme ; la promotion d’une dynamique européenne pour bâtir une Europe forte, qui se protège et qui protège ses ressortissants ; la défense de la démocratie, des droits de l’homme et de l’État de droit ; enfin, la régulation économique et commerciale face au repli protectionniste et au refus des règles de réciprocité.

Pour atteindre ces objectifs, nous devons continuer de valoriser l’image de la France comme Nation phare des droits humains universels, bastion de la démocratie et société ouverte à tous ceux qui embrassent ses principes fondamentaux.

La France de Molière, la France des Lumières, la France toujours pionnière : nous devons faire preuve d’ingéniosité pour continuer à porter haut la voix de notre pays sur la scène internationale.

Après plusieurs années de réarmement diplomatique, les crédits de la mission « Action extérieure de l’État » se stabilisent à un niveau permettant tout juste de faire face à la succession des crises, à la complexité des négociations multilatérales et à la montée en puissance de nos partenaires européens comme de nos adversaires.

Au lendemain de la crise sanitaire, cette mission avait bénéficié d’une hausse significative de ses crédits, avec pour objectif d’atteindre 8 milliards d’euros en 2027. Désormais, à l’heure où nous devons maîtriser nos dépenses publiques, il est inconcevable que l’essentiel de l’effort budgétaire pèse sur l’action extérieure.

Le maintien des crédits comporte plusieurs enjeux.

Le premier est la capacité de la France à peser dans les organisations multilatérales. Le programme 105, qui sous-tend nos contributions obligatoires à l’ONU, à l’OTAN ou au Conseil de l’Europe, concentre environ 95 % des versements prévus en 2025. Y renoncer se traduirait par une perte de crédibilité sur la scène internationale. Je tiens d’ailleurs à saluer l’excellent travail de mon collègue rapporteur spécial Jean-Baptiste Lemoyne sur ce programme.

Le deuxième enjeu concerne le service rendu à nos compatriotes établis hors de France. Le programme 151, « Français à l’étranger et affaires consulaires », fait face à une hausse constante des besoins : délivrance de documents officiels, protection consulaire, réponse aux crises. Or ses moyens diminuent chaque année. Les Français de l’étranger attendent un État protecteur et réactif en cas de crise ; réduire les crédits de ce programme représenterait un véritable danger pour nos ressortissants.

Enfin, l’influence culturelle demeure centrale. Le programme 185, « Diplomatie culturelle et d’influence », voit ses crédits diminuer dans un contexte de forte tension. Il s’agit de soutenir l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger, nos instituts et notre audiovisuel extérieur, alors même que la concurrence des autres puissances culturelles s’intensifie. Renoncer aux crédits de ce programme, c’est fragiliser la capacité de la France à défendre sa langue, ses valeurs et ses modèles dans la durée.

Vous l’aurez compris, la mission telle qu’elle nous est présentée constitue un équilibre nécessaire au rétablissement de nos finances publiques, mais potentiellement dangereux pour notre diplomatie si nous demandons des économies supplémentaires.

Accroître encore l’effort budgétaire affecterait les missions prioritaires du ministère, ainsi que ses instruments de rayonnement, compromettant notamment le renforcement de la sécurité des emprises et des systèmes d’information.

En effet, au-delà de la guerre en Ukraine, qui menace directement notre sécurité nationale, une autre confrontation, plus silencieuse, se joue sur le terrain diplomatique et culturel. Renoncer à notre soft power serait une grave erreur.

Enfin, je souhaite alerter particulièrement sur les crédits du programme 185, qui sont réduits de 7 %. Nous pourrions saisir cette occasion pour engager une réforme en profondeur de l’enseignement français à l’étranger. Nous ne pouvons accepter que les familles françaises supportent, année après année, des hausses importantes de frais de scolarité, au risque de devoir se détourner de nos établissements ; nous ne pouvons pas davantage nous résoudre à la fermeture de postes d’enseignants titulaires, qui ferait peser une menace réelle sur la qualité de l’enseignement.

Une gestion optimisée du fonctionnement de l’AEFE est donc devenue indispensable. Refuser de l’entreprendre reviendrait à ignorer la réalité et à compromettre la pérennité de l’Agence.

À l’inverse, nous saluons la dotation supplémentaire de 3,9 millions d’euros du programme 151, indispensable pour garantir un service public de qualité à nos compatriotes établis hors de France. L’état de nos finances impose des économies fortes ; néanmoins, nous devons trouver un chemin d’équilibre budgétaire pour demeurer une nation d’influence et d’excellence culturelle.

Dans cette perspective, le groupe RDPI votera les crédits de la présente mission, à l’exception de notre collègue Samantha Cazebonne, sénatrice représentant les Français établis hors de France, qui s’abstiendra en raison des baisses importantes affectant le programme 185. (Applaudissements sur les travées du groupe RDPI.)

(M. Alain Marc remplace Mme Anne Chain-Larché au fauteuil de la présidence.)

PRÉSIDENCE DE M. Alain Marc

vice-président

M. le président. La parole est à Mme Hélène Conway-Mouret. (Applaudissements sur les travées du groupe SER.)

Mme Hélène Conway-Mouret. Monsieur le ministre, vous êtes l’acteur principal de notre action extérieure et le témoin privilégié du rôle que joue votre ministère, grâce à votre forte présence sur le terrain.

Vous le savez mieux que quiconque : la place qui est encore la nôtre repose sur un investissement humain, financier et historique qui fonde notre présence à l’étranger et ne doit rien au hasard.

Cette force de la France à l’international s’appuie sur un réseau diplomatique et consulaire remarquable, mais aussi sur des instruments patiemment bâtis au fil des décennies : nos établissements scolaires, nos opérateurs culturels, nos outils économiques ou encore notre audiovisuel extérieur. Cet ensemble cohérent confère à la France une voix singulière, longtemps audible et respectée.

Pourtant, faute de moyens, cette architecture se fissure.

Certes, tous les ministères sont mis à contribution pour le redressement des finances publiques, mais chaque euro retiré à votre ministère est immédiatement visible. L’an dernier, après avoir rappelé que votre budget était déjà à l’os, vous avez présenté un amendement réduisant vos propres crédits de 25 millions d’euros, sans doute sous la forte pression de Bercy, envoyant ainsi le signal que des économies étaient encore possibles ; la commission mixte paritaire s’en est d’ailleurs saisie pour retrancher à son tour 50 millions d’euros supplémentaires.

Dans le même temps, le budget des armées augmente de plusieurs milliards d’euros. Je le dis sans ambiguïté : ces investissements de défense sont vitaux, mais, en tant que membre d’une commission couvrant à la fois les affaires étrangères et la défense, je vois se creuser un déséquilibre croissant entre les moyens alloués à l’anticipation des crises et ceux qui sont dévolus à l’emploi de la force.

Or la dissuasion exige à la fois une capacité militaire crédible et une diplomatie convaincante. Ces deux piliers sont indissociables et méritent d’être consolidés de manière cohérente. À défaut d’augmenter le budget de notre action extérieure, je vous exhorte, à tout le moins, à préserver ses fondations.

Monsieur le ministre, comment ne pas s’alarmer de voir, en 2026, les deux piliers de notre enseignement français à l’étranger vaciller sans qu’aucune orientation d’ensemble ne soit définie ? Comment justifier la réduction de 25 millions d’euros de la subvention de l’AEFE, après celle de 14 millions d’euros l’an dernier ? Si l’objectif est d’abandonner la mission de service public d’enseignement à l’étranger, socle de l’influence de la France depuis trente-cinq ans, je vous appelle à l’énoncer clairement.

Cet opérateur stratégique traverse aujourd’hui la crise la plus grave de son histoire, du fait du désengagement de l’État après l’épuisement de toutes ses ressources. Pour combler un déficit structurel que nous avons anticipé et dénoncé à chaque examen budgétaire, vous nous proposez une solution élaborée dans l’urgence : transférer une part croissante du financement des personnels détachés vers les établissements en gestion directe et conventionnés, via une contribution indexée sur les pensions civiles.

Les conséquences sont inéluctables : d’abord, une hausse mécanique des frais de scolarité, qui pénalisera les familles boursières, dont les quotités baisseront nécessairement puisque l’enveloppe globale est réduite, ainsi que les classes moyennes, qui retireront leurs enfants du réseau ; ensuite, il existe un risque réel de déconventionnement pour certains établissements, faute de pouvoir absorber ces charges nouvelles ou de pouvoir les mettre en œuvre en raison de la législation locale.

Or le conventionnement, au-delà de l’homologation, est un véritable gage de qualité pour les familles ; certaines d’entre elles envisageraient déjà d’inscrire leurs enfants dans d’autres systèmes éducatifs. C’est tout le paradoxe de cette mesure, en contradiction totale avec l’objectif de doublement des effectifs d’ici à 2030. À moins que votre but caché soit de basculer vers le « tout privé » ou, pire encore, de se passer des professeurs détachés que nos lycées ne pourront plus prendre en charge ?

D’autres options existent pourtant, à commencer par le transfert de la part patronale des pensions civiles des personnels détachés vers le ministère de l’éducation nationale, comme c’était le cas avant 2009. Cette charge ne représenterait que trois millièmes du budget de ce ministère contre près d’un tiers de celui de l’Agence.

Dans un contexte de concurrence internationale accrue, affaiblir l’AEFE revient à porter atteinte à l’un de nos atouts diplomatiques les plus puissants : l’éducation, partout dans le monde, de générations francophones, intimement attachées à notre langue, à nos valeurs et à notre pays.

Parallèlement, comment accepter que la Mission laïque française (MLF) soit contrainte de céder ses neuf établissements en Espagne à un acteur privé ? Cette annonce suscite une inquiétude légitime, tant des personnels que des familles, quant à la pérennité du modèle éducatif et à l’évolution des frais de scolarité.

Ne nous y trompons pas : si un opérateur privé se porte acquéreur, c’est bien parce qu’il estime que ce réseau peut être rentable, voire lucratif, ce qui nous renvoie aux interrogations sur le réseau de l’AEFE.

Comment expliquer, par ailleurs, la nouvelle réduction de l’enveloppe des bourses, clé de notre modèle de mixité sociale et de l’accessibilité de notre enseignement ? Ces contractions budgétaires ne touchent pas seulement les familles françaises, mais aussi les futures élites francophones, avec la réduction draconienne des crédits des bourses de mobilité.

Très souvent, les femmes et les hommes qui occupent aujourd’hui des postes à responsabilité à l’étranger, et que vous êtes amené à croiser, monsieur le ministre, sont précisément celles et ceux qui sont passés par nos lycées et par nos universités en France.

Enfin, quelle est la vision du Gouvernement pour la Caisse des Français de l’étranger qui assure une mission de service public via sa catégorie aidée, permettant à nos compatriotes les plus modestes d’accéder à une couverture sociale ? Le soutien de l’État, auparavant intégral, est limité depuis des années à 380 000 euros. Cette enveloppe est insuffisante et, malgré nos alertes répétées, la gravité de la situation est désormais connue de tous.

Pourtant, aucune mesure concrète n’est prise pour soutenir a minima les plus vulnérables. Pire, ce projet de budget revient sur le doublement de la dotation voté l’année dernière. Si rien n’est fait, l’existence même de la CFE sera compromise et, avec elle, la protection sociale de milliers de Français vivant à l’étranger.

Finalement, dans un contexte mondial où nos concurrents, et parfois nos adversaires, renforcent leur influence, nous cédons du terrain. Il est bien triste de constater que cela ne se produit que pour des raisons purement comptables et court-termistes. Ces deux quinquennats seront-ils jusqu’à leur terme ceux du démantèlement de cet héritage ?

Mes chers collègues, notre diplomatie est non pas un coût, mais une assurance contre l’isolement, contre les tensions politiques et commerciales, contre la guerre ; elle représente un investissement dans la sécurité des Français, dans la stabilité internationale et dans la place que nous voulons conserver au sein du concert des nations.

M. le président. Il faut conclure, ma chère collègue.

Mme Hélène Conway-Mouret. Les choix budgétaires qui nous sont présentés mettent en péril ce qui fait la singularité et la force de notre action extérieure. C’est pourquoi le groupe Socialiste, Écologiste et Républicain s’abstiendra sur ce budget. (Applaudissements sur les travées du groupe SER.)

M. le président. La parole est à Mme Michelle Gréaume.

Mme Michelle Gréaume. Monsieur le président, monsieur le ministre, mes chers collègues, la France s’est toujours pensée comme un navire engagé dans les mers du monde ; un navire respecté non parce qu’il était le mieux armé, mais parce qu’il savait ouvrir des routes là où d’autres érigeaient des barrières.

Le projet de loi de finances pour 2026 s’inscrit dans la logique de baisse entamée depuis des années par cet exécutif. Celle-ci emporte de lourdes conséquences, dont l’affaiblissement de notre voix dans le concert des nations.

Notre diplomatie culturelle a longtemps reposé sur des principes solides : l’universalité, le partage des savoirs, l’accès du plus grand nombre à la culture et à la langue française. Le Gouvernement oriente désormais son réseau vers la rentabilité, la sélection des publics et la capacité à générer des ressources propres. La culture devient un produit, l’éducation, un marché, et la francophonie, un levier économique plutôt qu’un bien commun.

Les chiffres sont sans ambiguïté. Les crédits du programme 185 passent de 790 millions d’euros en 2024 à 725 millions d’euros en 2026 ; ceux de l’AEFE chutent de 427 millions d’euros à 391,6 millions d’euros ; ceux de Campus France, de 73,9 millions d’euros à 58,5 millions d’euros.

Cela se traduit immédiatement par une hausse des frais de scolarité dans les établissements français, par la multiplication des certifications payantes dans les instituts français et par une sélection qui exclut les classes moyennes et populaires locales.

Cette logique budgétaire s’accompagne d’une diminution continue des effectifs : l’AEFE perdra ainsi cinquante-cinq emplois à temps plein en 2026. Comme si affaiblir ceux qui font vivre notre diplomatie – professeurs, médiateurs, coopérants, personnels d’instituts – ne suffisait pas, le Gouvernement externalise, précarise et remplace des postes statutaires par des contrats locaux.

Monsieur le ministre, ce budget éclaire les incohérences de la politique étrangère du Président de la République : ses annonces spectaculaires, ses déplacements soudains, ses déclarations improvisées ne sont, trop souvent, que des coups d’épée dans l’eau.

La France n’a plus les moyens de ses ambitions diplomatiques, parce que notre réseau est à l’os et parce que la réforme des carrières diplomatiques a brisé la confiance et a fragilisé l’expertise. Cet amateurisme, ces instabilités constantes, réduisent notre crédibilité internationale. On ne remplace pas la diplomatie par de la communication.

C’est dans ce contexte que se déploie une diplomatie hors sol. Non seulement vous baissez les crédits, mais vous fléchez mal les priorités. Le G7 d’Évian, doté de 20 millions d’euros pour trois jours, illustre ce décalage : un club occidental représentant 10 % de l’humanité produit des communiqués sans le Sud global.

On dépense pour l’événementiel, mais on ne soutient plus ce qui fait réellement rayonner la France ; vous nous soumettez un budget déconnecté, qui privilégie l’apparence au détriment de l’impact sur le terrain et nourrit le ressentiment à l’égard de notre pays.

J’en veux pour preuve le choix du Président de la République au sujet du Sahara occidental. Notre blocage de toute perspective de référendum d’autodétermination, notre entrave aux efforts de médiation de la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (Minurso) et nos contournements des décisions de justice condamnant l’exploitation des ressources sahraouies ont éloigné davantage la France du principe intangible du respect du droit international. Par ces décisions, le Président a tristement et injustement fait contribuer notre pays à nourrir un conflit dont les conséquences régionales restent explosives.

En Palestine, si nous avons enfin reconnu l’État palestinien – tant mieux, car ce geste était attendu, nécessaire et conforme au droit international –, cette reconnaissance ne suffit pas à masquer la timidité dramatique de notre action réelle.

Israël a repris ses bombardements à Gaza ; pourtant, la France n’active aucun des leviers dont elle dispose. Nous proclamons des principes, mais nous n’en tirons aucune conséquence. Cette attitude affaiblit notre crédibilité et alimente le sentiment d’un deux poids, deux mesures en matière de respect du droit international, ce qui crée, partout dans le monde, une rancœur à l’égard de la voix de notre pays.

La diplomatie est reléguée au second plan, au moment où elle devrait être le cœur de notre stratégie internationale. Dans un monde marqué par l’hyperconcurrence comme par les crises alimentaires, sanitaires, climatiques et d’accueil des réfugiés, nous avons besoin de coopération et pas seulement de moyens militaires. On ne saurait compenser l’affaiblissement de la voix de la France par le bruit de ses canons.

L’asymétrie entre la hausse spectaculaire du budget de la défense et l’effondrement des moyens diplomatiques dit tout. Il s’agit bien d’un choix politique : celui d’une France qui privilégie la confrontation à la coopération, l’alignement militaire à l’indépendance diplomatique.

Nous voulons, quant à nous, une France qui ne se laisse pas happer par la logique atlantiste et militariste ; nous voulons une France qui mise sur de grands projets de coopération, sur la francophonie, sur les biens communs ; une France indépendante et actrice de la paix.

Pour toutes ces raisons, nous voterons contre ce budget.