Mme la présidente. La parole est à Mme Sabine Drexler. (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains.)

Mme Sabine Drexler. Madame la présidente, madame la ministre, mes chers collègues, en tant que rapporteur pour avis de la commission de la culture sur les crédits du programme « Patrimoines », je me suis longuement penchée, au cours des derniers mois, sur la sûreté de nos musées.

Après la série noire de sept braquages et cambriolages survenus sur l'ensemble du territoire depuis le mois d'octobre 2024, et parallèlement aux travaux de la commission sur le musée du Louvre, j'ai auditionné plusieurs responsables d'établissement. Je tire de ces échanges plusieurs conclusions et interrogations.

En premier lieu, il est indiscutable que les musées français sont sous-équipés face aux menaces croissantes qui pèsent sur leur sûreté. Certains sont très exposés, notamment ceux dont les collections abritent des objets faits de métaux précieux ou de joyaux ou encore des porcelaines chinoises, très recherchés par une nouvelle génération de cambrioleurs.

Dans leur ensemble, les infrastructures muséales ne permettent pas de faire face aux nouveaux modes opératoires des criminels, qui se caractérisent par le recours à des outils d'usage courant tels que des disqueuses ou des chalumeaux, par des actions spectaculaires comme le braquage du musée Jacques Chirac de Sarran en octobre dernier ou encore par des cyberattaques, comme celle qui a touché le Muséum national d'histoire naturelle l'été dernier.

Ce sous-équipement s'explique en partie par des raisons techniques : il est en effet difficile d'installer, au sein de bâtiments patrimoniaux, les réseaux nécessaires au fonctionnement d'équipements de pointe, notamment en matière de vidéosurveillance.

Surtout, les établissements, déjà en difficulté pour assurer l'entretien courant de leurs bâtiments, ne disposent tout simplement pas des fonds nécessaires.

Devant ce constat, la commission de la culture avait adopté, sur le projet de loi de finances pour 2026, un amendement visant à abonder de 30 millions d'euros le fonds de sûreté annoncé par Mme la ministre. Si cet abondement n'a pas survécu à la séquence budgétaire, il demeure indispensable que les sommes correspondantes soient déployées dès 2026. L'exemple du fonds de sécurisation des cathédrales montre que d'une grande catastrophe peuvent découler un sursaut et une remise à niveau des infrastructures. Comment le Gouvernement prévoit-il d'alimenter ce fonds de sûreté ?

En second lieu, la série de vols des derniers mois nous montre que les difficultés découlent également de l'absence d'une culture de la sûreté au sein des institutions muséales, qui, en France comme à l'étranger, et à Paris comme dans les territoires, n'ont pas pris la mesure de ces nouvelles menaces.

Le rapport de la Cour des comptes sur le Louvre comme l'enquête administrative de l'inspection générale des affaires culturelles (Igac) ont montré que, plutôt que la remise à niveau de ses équipements, le plus grand musée de France avait priorisé les acquisitions et la médiation, qui constituent effectivement un axe d'action crucial, mais qui ne sont pas suffisantes pour lui permettre d'accomplir sa mission de préservation des collections publiques.

Tirer les leçons des décennies passées, ce n'est pas se condamner à la culpabilité : c'est se donner les moyens d'agir autrement. De fait, face à la recrudescence des vols organisés, face à la fragilité de nos collections, l'inaction n'est plus une option. Nous devons faire de la protection du patrimoine, mission ingrate et moins visible sans doute, un pilier de l'action publique, au même titre que le sont sa valorisation et sa transmission.

En effet, il faut se souvenir que ce patrimoine ne nous appartient pas et que, plus que les héritiers, nous n'en sommes que les dépositaires. C'est à ce titre que nous avons le devoir, aujourd'hui, d'en assurer la protection avec la lucidité, l'ambition et la responsabilité qui ont sans doute manqué par le passé.

Il reviendra au Gouvernement d'y veiller très attentivement dans l'exercice de sa tutelle. (Applaudissements sur les travées des groupes Les Républicains et UC, ainsi que sur des travées du groupe GEST.)

Mme la présidente. La parole est à M. François Patriat.

M. François Patriat. Madame la présidente, madame la ministre, mes chers collègues, il me semble que le constat est partagé et que l'ambition est unanime. En conséquence, je vais sans doute répéter ce qui a été dit, mais je tiens à souligner, madame la ministre, que nous sommes tous aujourd'hui à vos côtés pour faire en sorte que les choses progressent.

Autrefois, l'art était cantonné aux collections privées. Les musées ont bouleversé notre rapport aux œuvres. En rendant l'art accessible à tous, les musées, véritables lieux de démocratisation culturelle, en ont fait un patrimoine commun et partagé. Ils sont aussi des lieux de mémoire, qui contribuent à l'éducation des nouvelles générations. Aujourd'hui, l'art est accessible partout, à tout moment, y compris virtuellement.

Pour autant, les musées n'ont rien perdu de leur raison d'être. La démarche de se rendre dans un musée demeure une expérience unique, à la portée de tous et propre à chaque visiteur. C'est bien pour cette raison que les musées continuent de tenir une place cruciale dans la politique culturelle de notre pays et d'attirer chaque année des millions de touristes venus du monde entier. En 2025, la fréquentation des musées français a enregistré une hausse, avec 9 millions de visiteurs au Louvre et 5 millions au musée d'Orsay.

Quand la sécurité d'un musée est menacée, c'est le patrimoine et la richesse d'un pays qui le sont également.

Pour nous tous, le cambriolage survenu le 19 octobre au Louvre a évidemment été un véritable choc. Sept minutes ont suffi aux malfaiteurs pour dérober un trésor inestimable, dont la valeur ne peut se résumer au seul aspect financier, sept minutes au cours desquelles ce que chacun d'entre nous craignait le plus s'est réalisé, sept minutes qui ont suffi à révéler que la sécurité du plus grand musée du monde n'était pas infaillible.

Dans une tribune publiée le lendemain du cambriolage, plusieurs directeurs des plus grandes institutions du monde ont justement affirmé : « Les musées ne sont ni des bastions ni des coffres-forts. Tout en créant un environnement sûr pour l'art et ses publics, ils trouvent leur raison d'être dans leur ouverture et leur accessibilité. »

Pour améliorer la sécurité du Louvre, des mesures d'urgence ont été rapidement déployées : l'installation de dispositifs de mise à distance quai François-Mitterrand, la présence d'un poste de police mobile place du Carrousel, le déploiement de 100 caméras périmétriques supplémentaires, la nomination d'un coordinateur de sécurité chargé de renforcer l'architecture de sécurité du musée, ou encore le lancement, dès ce mois-ci, d'un audit sur la chaîne de transmission des informations.

Au-delà des musées parisiens les plus fréquentés, la sécurité des musées territoriaux est également un véritable enjeu ; certains de mes collègues l'ont évoqué. Le musée national Adrien-Dubouché, à Limoges, le musée du Désert, à Mialet, dans le Gard, le musée Jacques Chirac à Sarran, en Corrèze, celui de Langres, en Haute-Marne, sont autant de musées à avoir subi des vols au cours des derniers mois.

Or le cambriolage du Louvre a malheureusement donné lieu à des postures politiciennes. Certains ont préféré orienter le débat sur la recherche de prétendues responsabilités et sur les fautes passées supposées, alors que nous aurions dû nous concentrer sur les solutions à mettre en place à l'avenir pour assurer une protection plus efficace des œuvres.

Mes chers collègues, les enjeux liés à la sécurité des musées ne doivent pas être un sujet de discorde et de clivage. Il s'agit de notre patrimoine et de notre histoire commune, et j'ai apprécié toutes les propositions qui ont pu être faites dans cet hémicycle. Des solutions ont d'ores et déjà été mises en place avec le plan Louvre – Nouvelle Renaissance, annoncé par le chef de l'État en janvier 2025. Je rappelle que ce projet comportait un volet spécifique pour la sûreté des œuvres, à hauteur de 80 millions d'euros.

Le fait que la criminalité organisée ait aujourd'hui pour cible les objets d'art constitue une évolution que nous devons rapidement appréhender. Comme nous l'avons évoqué lors des débats budgétaires, le fonds de sûreté consacré à la sécurisation des sites patrimoniaux, dont vous avez annoncé la création, madame la ministre, devra être abondé ; vous pourrez nous dire de quelle manière. Nous devrons tous y veiller.

En résumé, la sécurité des musées est un enjeu majeur de notre temps. Nul ne saurait nous pardonner de ne pas agir en conséquence.

Madame la ministre, je sais l'énergie que vous consacrez, aux côtés des services de l'État, pour assurer une meilleure protection de nos musées. Vous pouvez compter sur notre soutien pour y parvenir.

Mme la présidente. La parole est à Mme Marie-Pierre Monier. (Applaudissements sur les travées des groupes SER et GEST.)

Mme Marie-Pierre Monier. Madame la présidente, madame la ministre, mes chers collègues, le débat qui nous réunit ce soir, à la demande de nos collègues Les Républicains, vient prolonger les travaux menés au sein de la commission de la culture de la Haute Assemblée à la suite du dramatique cambriolage survenu le 19 octobre au musée du Louvre.

L'onde de choc qu'il a provoquée et l'enquête administrative confiée dans la foulée à l'inspection générale des affaires culturelles ont mis en lumière les dysfonctionnements survenus lors des faits, mais aussi, de façon plus systémique, les fragilités dans la doctrine de sécurité du musée.

Ce débat nous invite à nous poser la question de la responsabilité du ministère de tutelle du Louvre, qui plus est dans un contexte où les budgets qui se succèdent depuis 2024 intègrent une baisse de la dotation pour charge de service public du Louvre. La filière accueil et surveillance du musée a ainsi perdu 72 équivalents temps plein (ETP) depuis 2019. Les investissements alloués au schéma directeur des équipements de sécurité ne se sont pas maintenus dans la durée, puisqu'ils ont fluctué de 10 millions d'euros entre 2019 et 2022 à 3 millions d'euros entre 2023 et 2026.

Contrat d'objectifs et de performance, siège au conseil d'administration, lettres de mission : le ministère dispose de plusieurs leviers qui doivent être actionnés pour progresser en matière de sécurisation du musée. Dans son rapport, l'Igac préconise d'ailleurs de renforcer structurellement les relations entre le Louvre et son ministère de tutelle.

D'autres pistes opérationnelles ont également été mises sur la table et il appartient au musée du Louvre d'en garantir, avec le soutien de son ministère de tutelle, la concrétisation au plus vite. Je songe ainsi au lancement d'un plan exceptionnel de formation pour remédier aux carences constatées en matière de formation des agents dans le cadre d'une nécessaire refonte de la doctrine de sécurité. Je pense également au renouvellement des équipements de protection périmétrique.

En conclusion, je souhaite souligner que, si le Louvre occupe une place toute particulière dans nos imaginaires collectifs, les récents évènements nous ont également rappelé l'ampleur de la menace pesant sur l'ensemble des musées qui, partout dans nos territoires, renferment de nombreux trésors. Il y a deux ans déjà, en novembre 2023, un reportage de France Télévisions nous interpellait en ces termes : « Les musées français sont-ils des passoires ? »

Rappelons que le Louvre avait bénéficié, au cours des dernières années, de plusieurs audits qui ont permis de mettre précisément en évidence un certain nombre de lacunes dans ses équipements et son organisation. Tous les musées de France n'ont pas pu lancer de telles initiatives. Je songe bien sûr tout particulièrement aux 363 établissements – c'est-à-dire 30 % des musées de France – localisés en ruralité, qui manquent souvent de moyens.

Le ministère de la culture doit leur apporter un accompagnement à la hauteur des besoins du point de vue budgétaire, mais également d'ingénierie, afin qu'ils puissent concevoir les réponses sécuritaires les plus adaptées aux spécificités de leur établissement ainsi qu'à l'évolution des modes opératoires, caractérisés par une recrudescence des braquages violents.

Le maillage des musées en France est un trésor qu'il nous appartient de préserver pour qu'il continue, demain, à promouvoir notre richesse culturelle, à transmettre notre histoire et notre patrimoine et à émerveiller tous ceux qui ont le plaisir d'en parcourir les allées. (Applaudissements sur les travées des groupes SER et GEST.)

Mme la présidente. La parole est à M. Pierre Ouzoulias.

M. Pierre Ouzoulias. J'ai un peu le sentiment, en considérant l'hémicycle ce soir, qu'il s'agit d'une réunion de la commission de la culture… (Sourires.) Je remercie d'ailleurs les collègues qui n'en sont pas membres d'être présents pour débattre avec nous !

Madame la ministre, mes chers collègues, les nombreuses auditions menées par notre commission de la culture, sous l'autorité de notre président Laurent Lafon, ont montré les défaillances de l'administration centrale du ministère de la culture dans ses missions de contrôle, d'expertise et d'évaluation de ses grands établissements et, en l'occurrence, de l'établissement public du musée du Louvre. Pour ma part, je suis persuadé que la large autonomie consentie à ces grands établissements exige une vigilance accrue et un surcroît de contrôle de la part de leur tutelle.

Les dispositifs de sécurité du Louvre contre le vol auraient dû faire l'objet d'audits externes réguliers et organisés sous l'égide de l'administration centrale.

Certes, il existe au sein de l'administration centrale du ministère une mission sécurité, sûreté et audit, la Missa, mais cette dernière agit sur la demande des services de l'inspection, du service des musées de France au sein de la direction générale des patrimoines et des établissements publics. Elle n'a pas la capacité d'organiser de son propre chef des missions de contrôle et il est regrettable qu'elle ne soit pas directement associée à l'élaboration et à l'évaluation du dialogue de gestion et de tutelle. Il est en outre très surprenant que la Missa n'ait jamais été saisie par l'établissement du Louvre durant la dernière décennie.

Vous nous avez annoncé, madame la ministre, que ses missions et ses moyens allaient être renforcés. Pouvez-vous nous informer de vos décisions sur le sujet ?

Lors de son audition, M. Pascal Mignerey, responsable de la Missa, a déclaré devant nous qu'un changement complet de paradigme avait été opéré pour l'évaluation des mesures de protection des cathédrales contre le risque d'incendie. Il est urgent qu'un programme similaire soit mis en œuvre pour la lutte contre le vol. Sous quelles modalités celui-ci pourrait-il être mis en œuvre ?

Par ailleurs, il serait utile que la Missa apporte aux musées des collectivités des compétences que celles-ci n'ont pas.

Le 8 décembre dernier, M. Noël Corbin, chef de l'inspection générale des affaires culturelles, a précisé, en réponse à ma demande, que ses services n'avaient pas eu le temps d'expertiser la sûreté des réserves du Louvre. D'autres musées, comme le centre Pompidou, disposent d'importantes réserves. Pouvez-vous nous donner, madame la ministre, l'assurance que toutes ces réserves respectent les normes de protection contre l'incendie et le vol ?

L'ampleur prise par les vols commis dans les musées est un phénomène nouveau, qui a de multiples causes, mais qui s'explique sans doute par les possibilités nouvelles offertes au recel des œuvres pillées : il y a davantage de vols parce qu'il est plus facile d'écouler les œuvres sur des marchés moins bien contrôlés. Le renforcement de la sécurité des musées doit donc nécessairement s'intéresser au trafic des biens culturels.

Dans ce domaine, il faut saluer le travail réalisé par l'Office central de lutte contre le trafic des biens culturels (OCBC), service de la direction centrale de la police judiciaire, dont le chef actuel est le colonel Jean-Baptiste Félicité. Pour soutenir plus activement ce service dans ses missions, il est essentiel que le ministère de la culture développe et organise mieux, en son sein, des compétences pour travailler avec lui. Il est tout à fait indispensable que les bases de données des œuvres gérées par le ministère de la culture et ses opérateurs puissent être consultées par les outils de l'OCBC, ce qui n'est pas le cas actuellement.

Dans notre rapport d'information de 2022 sur l'état du patrimoine religieux, Anne Ventalon et moi-même avions recommandé de doter les conservateurs des antiquités et objets d'art d'une base de données interopérable avec celle des services de l'inventaire en région et celle de l'OCBC. Cette mise à niveau n'a toujours pas été réalisée… (Applaudissements sur des travées des groupes SER et GEST.)

Mme Rachida Dati, ministre de la culture. Je demande la parole.

Mme la présidente. Madame la ministre, je vais bien évidemment vous donner la parole si vous souhaitez apporter quelques éléments de réponse à ce stade, mais je ne peux pas vous l'accorder pour une durée équivalente à votre temps de parole de deux minutes multiplié par le nombre d'orateurs qui sont déjà intervenus. Notre règlement permet au représentant du Gouvernement d'intervenir pour deux minutes après chaque orateur mais non de cumuler ses temps de parole.

Mme Rachida Dati, ministre. C'est entendu, madame la présidente.

Mme la présidente. La parole est à Mme la ministre.

Mme Rachida Dati, ministre de la culture. Je répondrai aux différents orateurs dans mon propos conclusif, mais je veux apporter à ce stade quelques éléments d'information que je n'aborderai pas dans mon intervention finale, notamment pour ce qui concerne le fonds de sûreté et le récolement des œuvres.

Vous m'avez posé, monsieur le président de la commission, des questions sur le fonds de sûreté ; j'évoquerai d'abord son périmètre. Comme je l'ai indiqué lors de mon audition par votre commission, celui-ci recouvre les établissements culturels conservant des collections publiques d'une sensibilité ou d'une valeur particulière, relevant de la fameuse « loi Musées » – la loi du 4 janvier 2002 relative aux musées de France – ou protégées au titre des monuments historiques.

Vous le savez, nous avions prévu que le fonds soit doté de 30 millions d'euros ; seraient financés, comme vous l'avez indiqué, les audits et diagnostics de sûreté, les équipements de détection, le renforcement des protections physiques et la sécurisation des objets, qu'il s'agisse des vitrines ou des accrochages. L'aide sera conditionnée à l'établissement d'un diagnostic et à la mise en place d'un schéma directeur actualisé et d'un plan pluriannuel de sûreté.

Ce fonds n'a donc pas vocation à se substituer à d'autres financements, notamment aux financements programmés.

J'en viens à votre question sur le récolement, madame la sénatrice Lermytte. Ce récolement est décennal. Le bilan sera établi au premier semestre 2026 ; il concerne 125 millions d'œuvres. La tâche est évidemment immense. Le dernier bilan date, de mémoire, de 2016.

Monsieur le sénateur Ouzoulias, vous parlez de défaillance de la tutelle. Je suis d'accord avec vous. Je reviendrai dans mon propos conclusif sur la tutelle, l'autonomie et l'indépendance des musées, car, pour certains opérateurs, c'est un véritable enjeu : l'autonomie ne signifie pas l'indépendance totale vis-à-vis de la tutelle ! Or, généralement, les opérateurs ne se rappellent au bon souvenir de leur tutelle que lorsqu'ils rencontrent des difficultés financières. Vous avez donc raison d'évoquer ce point.

Toutefois, vous affirmez, à propos du vol, des dysfonctionnements et des défaillances, qu'il y avait un problème de tutelle. J'espère que vous avez dit la même chose à mes prédécesseurs, car les vols spectaculaires ne datent pas d'aujourd'hui…

M. Pierre Ouzoulias. Oui ! C'est un phénomène ancien !

Mme Rachida Dati, ministre. C'est d'ailleurs ce qui a justifié la création de la mission dont vous avez parlé tout à l'heure. La Missa sera donc renforcée, comme je le préciserai dans mon propos conclusif.

Vous avez raison, il faut renforcer les moyens, mais il faut également renforcer la tutelle. Depuis que je suis ministre, certains opérateurs ont été un peu surpris que je demande des comptes ; cela fait pourtant partie du contrat d'objectifs que nous imposons lors de la nomination des dirigeants de ces établissements. Or certains oublient parfois l'existence de la tutelle…

La Missa sera donc évidemment renforcée, de même que son périmètre.

En ce qui concerne les musées territoriaux, 192 missions ont été menées en 2024, et ce nombre sera augmenté. En effet, non seulement les moyens seront renforcés, mais, comme vous le savez, mon collègue ministre de l'intérieur et moi-même avons aussi, à la suite du vol, demandé à tous les préfets de se mettre en contact avec les équipements culturels, notamment les musées, pour pouvoir recenser les failles éventuelles de sécurité, mais aussi les œuvres sensibles à protéger ou à sécuriser de manière particulière.

En effet, et c'est un point essentiel que vous avez souligné, aujourd'hui, ces crimes sont de plus en plus organisés et les œuvres volées sont de plus en plus ciblées.

Mme la présidente. La parole est à Mme Monique de Marco. (Applaudissements sur les travées du groupe GEST. – M. Pierre-Alain Roiron applaudit également.)

Mme Monique de Marco. Madame la présidente, madame la ministre, mes chers collègues, je remercie le groupe Les Républicains d'avoir proposé un débat sur la sécurité dans les musées.

Le braquage spectaculaire du musée du Louvre, en octobre dernier, a marqué les esprits. Ce vol a mis en lumière des lacunes importantes dans les dispositifs de surveillance et la vulnérabilité des œuvres confiées à notre plus grande institution muséale.

Il n'est, hélas ! pas un cas isolé. Dans la même période, d'autres établissements ont subi des cambriolages, avec notamment le vol des pépites d'or au Muséum national d'histoire naturelle, des objets précieux détournés au musée national Adrien Dubouché à Limoges et au musée Jacques Chirac en Corrèze.

Si ces délits spectaculaires ne sont pas nombreux, leur anachronisme est frappant. Comment expliquer que, à l'époque de la surveillance généralisée, un stratagème aussi rudimentaire ait pu fonctionner ?

Depuis octobre, sous l'impulsion de son président, la commission de la culture s'est saisie avec opiniâtreté de cette question : visite de la galerie d'Apollon et contrôle du système de sécurité, lecture d'un rapport d'audit interne, multiplication des auditions afin de faire la part des responsabilités des uns et des autres.

Les éléments que nous avons collectivement réunis sont accablants. Ils illustrent la négligence, par les directions successives, des travaux d'entretien et de mise aux normes, souvent au profit d'aménagements scénographiques en perpétuelle rénovation, sous l'influence du fait du prince. Chacun semble porter une plus grande attention au fait de marquer personnellement l'histoire du musée plutôt qu'à assurer des conditions de travail décentes à ses équipes ou à garantir la protection des œuvres.

Au Louvre, la situation est d'autant plus préoccupante que le fait du prince est le fait du Président de la République. Le projet Louvre – Nouvelle Renaissance, annoncé en grande pompe par le chef de l'État voilà un an, a immédiatement fait l'objet d'un concours international d'architecture. Dans le même temps, le plan de sécurité du musée, destiné à la modernisation technique et à la protection des œuvres, reste en sommeil depuis huit ans.

Le rapport d'audit interne et les conclusions de la Cour des comptes vont dans le même sens. Évaluée à plus de 1 milliard d'euros, l'opération Louvre – Nouvelle Renaissance est qualifiée par la Cour de « projet porteur de risques financiers significatifs ». Dans un contexte tendu au sein de l'établissement depuis le cambriolage, ce projet est aussi sous le feu des critiques des syndicats, qui dénoncent une dégradation continue des conditions de travail et réclament des moyens pour y remédier.

Enfin, le projet d'installer la Joconde dans une salle inondable suscite des interrogations, tout comme l'objectif même de porter le nombre de visiteurs de 9 millions à 12 millions, au point de se demander, madame la ministre, si vous êtes à la tête du ministère de la culture ou de celui du tourisme… (Mme la ministre s'exclame.) L'une de vos prédécesseurs, Roselyne Bachelot, dénonce, elle aussi, cette fuite en avant et le surtourisme, qui, dit-elle, « nous pousse vers l'abîme ».

Quelle est la vocation première d'un musée ? Servir de vitrine ? léguer un patrimoine commun ? éduquer à l'art ? Posons-nous des questions de fond.

Les besoins pour l'ensemble des sites, musées et monuments historiques en matière de restauration pour la décennie à venir sont estimés à près de 5 milliards d'euros, selon la Cour des comptes.

Madame la ministre, alors que le ministère de la culture va être confronté à un mur d'investissements qui ne saurait concerner le seul musée du Louvre, je souhaite savoir comment le Gouvernement entend articuler le projet Louvre – Nouvelle Renaissance avec la nécessaire modernisation des dispositifs de sécurité de l'ensemble des musées placés sous sa tutelle.

Les impératifs patrimoniaux et symboliques ne doivent pas faire obstacle à la protection des collections et des visiteurs. (Applaudissements sur les travées du groupe GEST. – Mme Marie-Claude Lermytte et M. Pierre-Alain Roiron applaudissent également.)

Mme la présidente. La parole est à Mme la ministre.

Mme Rachida Dati, ministre de la culture. Je veux revenir sur le projet Louvre – Nouvelle Renaissance, que vous connaissez bien et que vous avez même évalué. Depuis longtemps, des investissements étaient demandés pour ce musée, notamment pour en améliorer la sûreté et la sécurité. Ce projet intègre le fameux schéma directeur, évalué à 450 millions d'euros. Il comprend donc toutes les mesures de sûreté et de sécurité.

Vous ne pouvez donc pas dire que ce projet a été priorisé aux dépens de la sécurité : celle-ci en fait partie intégrante ! C'est d'ailleurs ce qui a motivé l'annonce du Président de la République au début de l'année 2025 sur ce projet, qui inclut un pan consacré à la sécurité, à la sûreté et à la mise aux normes.

Mme la présidente. La parole est à M. Bernard Fialaire.

M. Bernard Fialaire. Madame la présidente, madame la ministre, mes chers collègues, le vol survenu le 19 octobre dernier au musée du Louvre n'est pas seulement un acte criminel spectaculaire. Il est aussi le révélateur d'un dysfonctionnement structurel dans la gestion de la sécurité de nos musées et de notre patrimoine.

Les auditions menées au sein de la commission de la culture ont mis en exergue une réalité préoccupante : la vulnérabilité du Louvre, l'un des plus grands musées du monde, était connue, des alertes avaient été formulées ; pourtant, les failles documentées n'ont pas été traitées à temps.

Plusieurs constats utiles à l'appréhension du sujet de la sécurité dans les musées peuvent ainsi être dressés. Cet enjeu doit être placé au cœur des priorités stratégiques des musées. Les rapports existaient, parfois depuis plus de dix ans ; un audit avait été réalisé en 2017, suivi par celui de Van Cleef & Arpels sur la galerie d'Apollon et par des cartographies des risques. Tous ces documents pointaient des vulnérabilités, notamment face au risque d'intrusion et de vol, mais ils ont malheureusement été mal exploités ou n'ont pas été transmis.

Le schéma directeur des équipements de sûreté, lancé il y a plusieurs années, n'entrera réellement en phase opérationnelle qu'en cette année 2026.

Dans le même temps, des projets d'ampleur, comme le programme Louvre – Nouvelle Renaissance, qui vise à apporter des solutions pérennes aux problèmes structurels, requièrent des moyens considérables. Il est évidemment essentiel de moderniser et de continuer à adapter le Louvre. Cependant, les auditions ont permis de poser une question fondamentale : peut-on engager des projets à 1 milliard d'euros sans avoir, au préalable, sécurisé ce qui existe et évalué précisément les coûts de fonctionnement qui en résultent, comme l'a souligné la Cour des comptes ?

Ce débat dépasse bien entendu le seul cas du Louvre. La France compte plus de 1 200 musées, dont beaucoup relèvent des collectivités territoriales, avec des moyens bien inférieurs à ceux du Louvre. Je rappelle le vol de la couronne de la statue de la Vierge de Fourvière, à Lyon, en 2017. Cette couronne, fabriquée à partir de quatre kilos d'or sertis de près de 4 800 pierres, n'a jamais été retrouvée…

Ce que nous révèle cette affaire, comme d'autres, c'est la nécessité d'élaborer une doctrine nationale en matière de sécurité des musées qui soit plus exigeante et plus contrôlée. Ces évènements doivent déclencher une prise de conscience collective. Il nous appartient désormais de tirer toutes les leçons de cet échec, afin de repenser plus efficacement la manière dont l'État protège ses biens les plus précieux.

Madame la ministre, sur votre demande, l'Igac a mené une enquête administrative qui lui a permis d'identifier les mesures à prendre d'urgence. Quel est l'état d'avancement de ses différentes recommandations ?

Comment pouvons-nous exiger des pays qui nous demandent, légitimement, de leur restituer certains biens culturels qu'ils garantissent des conditions de sécurité, si nous ne sommes pas nous-mêmes exemplaires sur ce point ?

Enfin, l'absence d'une gouvernance claire en matière de sécurité est hautement préjudiciable : les auditions ont mis en évidence un fonctionnement en silo, sans autorité clairement identifiée ; les responsabilités sont diluées dans un maillage décisionnel peu lisible.