Mme la présidente. La parole est à Mme Sonia de La Provôté. (Applaudissements sur les travées du groupe UC et sur des travées du groupe Les Républicains.)

Mme Sonia de La Provôté. Madame la présidente, madame la ministre, mes chers collègues, le cambriolage du Louvre, le 19 octobre dernier, a été un traumatisme national. C'est un peu de notre identité collective que les voleurs ont emporté dans leur méfait. Passée la sidération, l'évènement a suscité de l'incompréhension et de la colère et, avouons-le, une blessure dans notre amour propre, tant le mode opératoire avait l'allure d'un forfait des Pieds Nickelés plutôt que d'une action d'Arsène Lupin…

Cependant, au-delà de ces réactions, l'évènement doit nous servir de leçon et même d'électrochoc.

Dès le lendemain du vol, notre commission, sous la houlette du président Laurent Lafon, a programmé une série d'auditions pour comprendre et agir, afin de prévenir de tels évènements. Les conclusions de ces auditions dépassent l'entendement. Ce qui nous apparaissait comme de l'incompétence est en réalité un cocktail d'impréparation, de méconnaissance – voire de déni – des risques et d'un défaut grave d'organisation. Des choix stratégiques incompréhensibles, des audits d'alerte inconnus de la direction ou, au mieux, rangés sur des étagères, des équipements obsolètes : voilà ce que nous avons découvert. Tout cela était confondant, pour ne pas dire consternant !

Si nous ne devions retenir qu'une seule idée de l'ensemble de nos travaux, c'est que tout s'est joué à trente secondes près. Ainsi, selon le chef de l'Igac, Noël Corbin, ce laps de temps aurait permis aux agents de sécurité ou aux policiers d'empêcher la fuite des voleurs. Trente secondes, c'est si peu et pourtant bien trop ; la mise en œuvre de seulement quelques-unes des recommandations issues des audits de 2017 et 2019 aurait suffi à combler cet intervalle de trente secondes.

Prenons du recul. Au-delà des anathèmes et de la recherche de responsabilités, le cambriolage du Louvre invite à une réflexion plus large sur la sécurité de l'ensemble de notre patrimoine. Autrement dit, la sécurité n'est pas un enjeu seulement pour les grands monuments et musées nationaux. La vétusté des équipements ne s'observe pas qu'au Louvre. Et la sécurité, ce n'est pas que le vol : il faut élargir le spectre.

Notre premier constat, c'est que la sécurité fait figure, en quelque sorte, de parent pauvre dans les choix budgétaires et les arbitrages. J'ajoute d'ailleurs que le vol n'est que l'une des quatre grandes menaces visant les musées, avec l'inondation, l'incendie et la dégradation.

Le deuxième constat concerne le vol. Le nombre de faits enregistrés dans les musées n'a pas augmenté dernièrement : on en a comptabilisé environ dix-huit par an entre 2011 et 2024. En revanche, ces actes ont tendance à être plus violents ; il faut en tenir compte.

Troisième constat : beaucoup de personnes savaient ; les fragilités et les faiblesses révélées par le cambriolage étaient connues, et pas seulement des experts. Agents d'accueil et de surveillance, conservateurs, médiateurs : tous avaient donné l'alerte. Avant d'être un enjeu technique, voire technologique, la sécurité est une question de ressources humaines. La problématique est donc liée au manque d'effectifs, à l'insuffisance des formations, aux conditions de travail et à la hiérarchie des processus et des organisations.

Quatrième et dernier constat : si le Louvre n'a pas eu les moyens de réagir à un tel vol, imaginez ce qu'il en est pour de petites institutions ! Les inégalités territoriales sont flagrantes. Les grands musées ont des moyens humains et financiers importants, mais la sécurité ne peut devenir un luxe réservé à quelques établissements prestigieux ; elle doit être garantie pour l'ensemble des musées.

Les collections et objets de grande valeur historique, affective ou vénale sont répartis partout sur notre territoire. Or de nombreux musées locaux, souvent installés dans des bâtiments anciens, parfois classés, peinent à financer des dispositifs adaptés. Le financement de la sécurité est une affaire d'État, quel que soit le statut du responsable. Et qu'en sera-t-il quand les collectivités, qui demeurent les principaux financeurs de la culture, réduiront encore leur participation du fait du gel de leurs dotations ?

Madame la ministre, cet évènement a mis en lumière une absence de diagnostic, de stratégie, de moyens et de lucidité, voire une naïveté, une négligence et un déni excessifs face à un sujet qui relève de notre capacité à protéger et à respecter notre histoire et notre mémoire collectives.

Ces collections, ces lieux nous appartiennent à tous. C'est pour cela que le ministère doit pleinement s'emparer de ce sujet. Quel est le calendrier prévu pour élaborer une feuille de route nationale, concernant tous les musées, dans l'ensemble des territoires, et pour atteindre ces objectifs ? (Applaudissements sur les travées du groupe UC, ainsi que sur des travées des groupes GEST et Les Républicains.)

Mme la présidente. La parole est à Mme Béatrice Gosselin. (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains. – M. Laurent Lafon applaudit également.)

Mme Béatrice Gosselin. Madame la présidente, madame la ministre, mes chers collègues, la sécurité dans les musées s'impose aujourd'hui comme une exigence incontournable. Pourtant, il faut le reconnaître, elle n'a pas toujours été considérée comme une priorité, en particulier dans les musées de petite ou moyenne taille, souvent implantés dans les territoires ruraux. Néanmoins, cette priorité semble également avoir fait défaut au Louvre. C'est le constat auquel nous sommes parvenus au terme de nos auditions.

Pendant longtemps, les choix budgétaires ont naturellement privilégié la conservation, la médiation ou la programmation culturelle, reléguant les investissements de sûreté au second plan. Cette situation, compréhensible au regard des contraintes locales, se heurte désormais à un contexte plus exigeant, marqué par l'augmentation des risques et par des standards de sécurité plus exigeants.

Or les collectivités propriétaires et les gestionnaires de musées sont aujourd'hui confrontés à un manque de moyens très concret. Les audits et diagnostics de sécurité se multiplient et les besoins sont clairement identifiés, mais les financements nécessaires pour passer à l'action font défaut. Sans accompagnement structuré, ces audits risquent de rester sans suite – on l'a vu dans le cas du Louvre –, alors même que les exigences pesant sur les établissements continuent de croître.

Dans ce contexte, la perspective d'un fonds de sûreté consacré à la sécurisation des musées semble constituer une piste particulièrement intéressante. Un tel dispositif permettrait de prioriser les investissements essentiels, d'aider les musées les plus fragiles à se mettre à niveau et d'assurer une meilleure égalité de traitement entre les territoires, notamment entre zones urbaines et rurales.

Madame la ministre, quelles sont les intentions du Gouvernement pour faire de la sécurité des musées une priorité pleinement assumée ? La création d'un fonds de sûreté spécifique sera-t-elle à nouveau envisagée afin de permettre aux établissements, en particulier les plus modestes, de répondre concrètement aux exigences de protection des œuvres, du personnel et du public ? (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains et sur des travées du groupe UC.)

Mme la présidente. La parole est à M. Adel Ziane. (Applaudissements sur les travées du groupe SER, ainsi que sur des travées du groupe GEST.)

M. Adel Ziane. Madame la présidente, madame la ministre, mes chers collègues, nous remercions notre collègue Agnès Evren de nous donner l'occasion de débattre ce soir de la sécurisation de nos musées. Je la soutiens dans cette démarche.

La France compte plus de 1 200 musées, fréquentés chaque année par des dizaines de millions de visiteurs. Aussi, notre patrimoine relève pleinement d'un service public culturel vivant et ancré dans nos territoires. Dès lors, protéger les musées, c'est protéger un droit fondamental : l'accès de toutes et tous à la culture. C'est à l'aune de cette exigence qu'il faut analyser les récents évènements.

Le 19 octobre dernier, le cambriolage spectaculaire du Louvre a, par l'émotion qu'il a suscitée et sa médiatisation, agi comme un électrochoc. Mais l'arbre ne doit pas cacher la forêt. Avant et après, d'autres établissements ont été frappés, souvent dans une indifférence relative, voire totale : le musée Cognacq-Jay et le musée du Hiéron en novembre 2024, le musée national Adrien Dubouché à Limoges en septembre 2025, le musée du Président Jacques Chirac à Sarran en octobre dernier ou encore le Muséum national d'histoire naturelle de Paris en décembre.

M. Pierre Ouzoulias. Absolument !

M. Adel Ziane. Le préjudice cumulé se chiffre en dizaines de millions d'euros et les modes opératoires témoignent d'une violence et d'un professionnalisme croissants. Nous sommes face à une évolution récente. Hier, c'étaient les banques et les bijouteries qui étaient visées. À mesure que le niveau de protection de ces lieux a été renforcé, les cibles ont changé.

Aujourd'hui, nos musées sont concernés sur l'ensemble du territoire : ils apparaissent encore trop souvent comme des lieux plus accessibles et moins protégés, alors même qu'ils abritent des biens d'une valeur exceptionnelle.

Ainsi, le vol au Louvre ne doit pas être considéré comme un fait nouveau, isolé ou cantonné aux grands établissements. Les réseaux criminels se sont adaptés et continueront de le faire. Il n'y aura jamais de risque zéro, mais l'inaction ou l'improvisation, c'est la certitude d'un échec. La protection des musées ne peut donc se limiter à une réponse conjoncturelle à un seul évènement.

De plus – c'est l'intérêt du débat de ce soir –, la sécurité des œuvres est encore largement pensée a posteriori, après la survenue d'un drame, et abandonnée à la seule responsabilité des établissements, avec des moyens très inégaux. Mme Gosselin l'a dit : cette asymétrie de traitement et de capacités des établissements, en particulier en milieu rural, les laisse seuls, démunis, face à cet enjeu. Les conséquences sont déjà visibles : faute de garanties suffisantes, certains établissements retirent leurs œuvres les plus précieuses ou renoncent à les exposer.

Or refuser de présenter des œuvres pour les protéger, cela revient à laisser la peur dicter la programmation et accepter le recul de la culture ; c'est la négation même des missions d'un musée. C'est précisément ce qu'il faut éviter : transformer les musées en bunkers et restreindre l'accès du public, au risque de voir s'installer une culture à deux vitesses, en vertu de laquelle seuls les grands établissements continueraient d'exposer pleinement.

Nous sommes réunis ce soir pour faire des propositions ; alors, que faire ?

Tout d'abord, nous devons sortir de l'improvisation et assumer une politique nationale de protection des œuvres. M. Filaire l'a suggéré : il nous faut établir une doctrine. En effet, contrairement à ce qui existe pour le risque incendie, il n'existe aujourd'hui ni règles contraignantes ni calendrier des contrôles en matière de sûreté. Il faut définir des principes communs de protection, proportionnés aux risques, organisés autour d'un objectif simple : dissuader, empêcher l'intrusion et retarder l'acte en attendant l'intervention des forces de l'ordre.

Ensuite, nous devons nous donner les moyens de ces exigences. La sécurité ne peut dépendre des seules capacités financières des musées ; ce serait une véritable injustice pour les établissements au sein des territoires. Sans soutien ciblé de l'État, les musées territoriaux resteront les plus exposés : il y va de l'égalité territoriale et culturelle. Or, dans le PLF 2026, les crédits consacrés aux musées stagnent.

Lors de l'examen des crédits de la mission « Culture », un amendement déposé par notre collègue rapporteur pour avis, Mme Drexler, visait à concrétiser le fonds de sûreté que vous aviez annoncé. Cet amendement est tombé au cours de la discussion, mais vous nous avez indiqué, madame la ministre, que le Gouvernement y était favorable.

Vous n'avez toutefois pas saisi l'occasion de déposer un amendement du Gouvernement allant en ce sens, alors qu'il aurait recueilli une majorité en séance et aurait permis d'ancrer ce fonds dans le texte budgétaire. Certes, ces 30 millions d'euros auraient été insuffisants, mais ils auraient constitué un premier signal concret.

En l'absence de traduction budgétaire, ce fonds reste, comme trop souvent, une annonce sans portée réelle, alors même que les établissements, en particulier les plus modestes, attendent des moyens effectifs pour sécuriser leurs œuvres.

Madame la ministre, la sécurité des œuvres, dans la mesure où elle conditionne la capacité de nos musées à remplir leur mission – transmettre, émanciper, rassembler –, ne peut être réduite à une séquence d'annonces sans lendemain. Nous attendons désormais des actes.

Pouvez-vous nous dire si ce fonds sera réellement doté de moyens, pérennisé et accessible à l'ensemble des musées qui en ont besoin ? Vous avez esquissé un début de réponse en évoquant un diagnostic, madame la ministre : qui sera chargé de le mettre en œuvre, notamment dans les musées qui n'en ont pas les moyens ?

Est-il possible que le Gouvernement passe d'une logique réactive à une politique structurée de prévention, de sécurité et de sûreté pour nos établissements ? (Applaudissements sur les travées des groupes SER et CRCE-K, ainsi que sur des travées des groupes GEST et Les Républicains.)

Mme la présidente. La parole est à M. Jacques Grosperrin. (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains.)

M. Jacques Grosperrin. Madame la présidente, madame la ministre, mes chers collègues, je veux profiter de cette intervention pour formuler trois vœux pour l'année 2026.

Madame la ministre, vous ne serez pas étonnée que j'aborde le cas du Louvre. « Un tel évènement ne peut pas rester sans conséquence ni sans action immédiate en ce qui concerne les responsabilités. » Vous avez prononcé cette phrase devant la représentation nationale, le 28 octobre dernier, à la suite du cambriolage qui a eu lieu dans ce bel établissement. Toutefois, cet avertissement a-t-il été entendu ? Trois mois plus tard, nous nous interrogeons. Une suite d'évènements fâcheux se sont succédé depuis lors, en particulier des inondations.

Après le vol des bijoux impériaux, la commission de la culture a entamé une série d'auditions, sous l'impulsion du président Laurent Lafon, afin d'établir la chaîne des responsabilités, mais sans succès, car aucune des personnes entendues n'assume réellement les fautes commises en interne !

Mon premier vœu est donc simple : que cessent cette tendance à se défausser de ses responsabilités, cette culture du déni et de l'excuse, cet entre-soi parisien ! Il faut en finir avec cette partie de ping-pong qui ne fait que renforcer les soupçons des Français. La sécurité du Louvre, malgré ce qui a été dit, n'a jamais été un véritable objectif pour sa direction générale. D'ailleurs, nous n'avons toujours pas compris s'il existait une direction chargée de la sûreté au sein de ce musée…

Deuxième vœu : que soient nommés des manageurs à la tête des musées, car ce métier diffère de celui de conservateur. Appuyées par l'audit qui avait été commandé en 2017 à Van Cleef & Arpels, les conclusions de l'enquête administrative sont accablantes et appellent une réelle prise de conscience.

Plusieurs dysfonctionnements structurels concernant la sûreté à l'intérieur de cet écrin, symbole de l'excellence culturelle française, sont à déplorer. Ces failles avaient toutes été identifiées par plusieurs travaux antérieurs, mais, plutôt que de s'appuyer pleinement sur ces derniers pour préparer un schéma directeur des équipements de sûreté digne d'une institution muséale comme le Louvre, la direction a préféré se défausser de toute responsabilité, en invoquant une charge de travail trop lourde, des raisons budgétaires ou la complexité du projet !

La sécurité de nos œuvres ne peut pas être à géométrie variable. Elle engage directement la protection de notre patrimoine, mais aussi la crédibilité de l'État et du ministère de tutelle, c'est-à-dire le vôtre : c'est là mon troisième vœu. Vous l'avez bien compris, car vous avez missionné Philippe Jost pour s'acquitter de cette lourde tâche. Les décisions ne peuvent reposer sur les seuls éléments esthétiques, mais elles doivent aussi porter sur les équipements de sécurité.

Je conclurai par une question, madame la ministre : si de telles vulnérabilités existent dans un si grand établissement, alors qu'en est-il dans les musées de taille moyenne situés dans des territoires ruraux, souvent confrontés à des problématiques de vieillissement du bâti et d'un manque de visibilité nationale ? (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains. – M. Laurent Lafon applaudit également.)

Mme la présidente. La parole est à M. Jean-Gérard Paumier. (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains. – M. Laurent Lafon applaudit également.)

M. Jean-Gérard Paumier. Madame la présidente, madame la ministre, mes chers collègues, le vol des bijoux de la Couronne dans la galerie d'Apollon, qui nous a tous sidérés, a eu un retentissement mondial, à la hauteur de la notoriété du musée du Louvre et de l'audace des malfaiteurs.

Madame la ministre, vous avez aussitôt diligenté une enquête pour faire toute la lumière sur cet évènement funeste et, à la suite des audits antérieurs – qui avaient été suivis de peu d'effets –, en tirer des enseignements rapides et concrets pour renforcer la sécurité du Louvre.

Cependant, la médiatisation exceptionnelle du vol au Louvre ne doit pas nous faire oublier que cette attaque n'est pas un fait isolé et que la protection des œuvres d'art de notre patrimoine est un enjeu national majeur : elle concerne les 1 223 musées labellisés Musée de France.

Madame la ministre, je salue votre initiative consistant à multiplier les audits et les commissions pour évaluer les besoins de sécurité de l'ensemble des musées nationaux et territoriaux. Pour souligner l'importance que vous attachez à la question de la sécurité dans ce domaine, vous pourriez saisir leur instance supérieure, le Haut Conseil des musées de France, dont vous êtes ès qualités la présidente, de cette question majeure, qui concerne tous les établissements de notre pays. Je rappelle que le Haut Conseil peut être consulté et formuler des recommandations sur toute question relative aux musées de France ; cela fait partie de ses missions.

Le renforcement de la sécurité des musées et la protection des collections des établissements mériteraient, à mon avis, de figurer, sur votre initiative, à l'ordre du jour du Haut Conseil en 2026. Vous pourriez ainsi présenter à ses membres un rapport sur l'état de la situation dans tous les musées de France en matière de sécurité, leur soumettre, pour avis, les pistes d'amélioration que vos services proposeront et recueillir leurs éventuelles recommandations.

Madame la ministre, en tant que représentant de la Haute Assemblée au sein de cette instance, je vous le demande : comptez-vous saisir pour avis en 2026 le Haut Conseil des musées de France de la question du renforcement de la sécurité des musées de France et de leurs collections ? (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains. – M. Laurent Lafon applaudit également.)

M. Max Brisson. Très bien !

Mme la présidente. La parole est à Mme la ministre.

Mme Rachida Dati, ministre de la culture. Madame la présidente, monsieur le président de la commission Lafon, mesdames, messieurs les sénateurs, ce débat est important, car la sécurité et la sûreté des musées représentent un enjeu culturel majeur.

Madame Evren, vous avez dressé un constat lucide et important, puis formulé des recommandations ; vous le savez, je les ai prises en compte dans les mesures que j'ai récemment annoncées et qui sont en cours de mise en œuvre. Je salue, à ce titre, leur efficacité.

Le président Lafon l'a rappelé : nous nous sommes sans doute trop attachés à la sécurité des publics, en oubliant parfois les œuvres et les bâtiments, qui font eux aussi partie de notre patrimoine.

Le vol survenu au musée du Louvre nous incite à appréhender sérieusement le sujet de la sécurité. Comme l'a souligné Mme Drexler, cet évènement doit nous conduire à un sursaut.

Pour autant, M. Ouzoulias l'a dit, ce n'est pas un phénomène nouveau. Dès la fin des années 1980, la recrudescence des vols et des cambriolages d'ampleur avait conduit à la mise en place de la mission sécurité, sûreté et audit au sein du ministère, dont le responsable est présent à nos côtés ce soir. Cette mission est d'ailleurs à ce jour la seule de ce genre en Europe.

Les modes opératoires et les œuvres ciblées ont évolué. Vous évoquiez la durée spectaculaire du vol qui a eu lieu au Louvre : trois minutes et cinquante-deux secondes ! Autrefois, les cambriolages pouvaient s'étaler sur plusieurs heures. Désormais, ils se déroulent en quelques minutes et sont souvent l'œuvre de commandes. Il faut donc intégrer les nouveaux défis liés à la criminalité organisée.

Aussi, il faut adapter notre réponse. Comme l'a suggéré M. le sénateur Lafon, cela passe évidemment par un renforcement des moyens de la mission sûreté, sécurité et audit. Il est également prévu de systématiser les visites des experts de cette mission dans les musées et les monuments, et de mettre en place des visites de contrôle, dont la périodicité a été fixée à cinq ans. La réalisation des travaux liés à leurs prescriptions, par ailleurs, deviendra obligatoire.

D'autres mesures seront prises sur le fondement de la mission parlementaire confiée au député Christophe Marion, qui reprendra d'ailleurs en partie les actions liées au fonds de sûreté.

Je pense aussi au groupe de travail mis en place par la direction générale des patrimoines et de l'architecture (DGPA), dont je remercie la directrice, ici présente. Celui-ci a été mis en place au mois de novembre 2025 afin de définir un plan d'action pour améliorer la sûreté des musées.

En ce qui concerne plus particulièrement le Louvre, j'entends les remarques formulées par les différents orateurs. Pour répondre à l'urgence, dix-sept mesures sont d'ores et déjà en cours de déploiement, pour une refondation en profondeur de la politique de sûreté et de sécurité du musée du Louvre.

Je citerai notamment la mise en place d'une gouvernance spécifique, avec un coordinateur de la sûreté placé auprès de la présidence, et la création d'un comité de pilotage de sûreté associant la préfecture de police. En effet, l'enquête et les auditions sur le vol au Louvre ont révélé que la sûreté et la sécurité relevaient de missions dispersées entre presque toutes les directions. Il faut donc les recentrer à un niveau stratégique. Dans le cadre de la refonte de cette gouvernance, le coordinateur de la sûreté sera rattaché auprès de la présidence.

Nous prévoyons aussi l'installation de dispositifs anti-intrusion. La cartographie des risques, qui, jusqu'à maintenant, ne représentait pas une priorité, sera actualisée dans les semaines qui viennent. Enfin, la formation des agents au vol et à l'intrusion est désormais renforcée et deviendra obligatoire. En effet, à peine 3 % des agents étaient formés à ce type de mission.

À ce titre, la sûreté de nos musées est un enjeu global, qui doit aussi être pensé conjointement avec les organisations syndicales, que j'ai reçues et avec lesquelles j'ai travaillé. J'entends les troubles et l'émoi qui se sont exprimés à la suite de ce cambriolage spectaculaire. Je poursuis, personnellement et avec mon cabinet, ces discussions, qui se sont toujours déroulées en bonne intelligence. Les remarques, préconisations et observations qui nous ont été remontées sont tout à fait pertinentes.

Pour ce qui concerne les dysfonctionnements et la question de la responsabilité, madame Evren, ma priorité a été, dans un premier temps, de préserver la stabilité de l'établissement, son fonctionnement et sa capacité à accueillir le public dans de bonnes conditions. Cette année encore, le musée a d'ailleurs battu un record de fréquentation. Pour autant, cela ne veut pas dire que la question de la responsabilité ne doit pas se poser et elle se posera.

Le cambriolage a aussi mis en lumière les enjeux d'organisation de nos établissements publics. Je le répète : si le ministère exerce la tutelle sur ces établissements, ceux-ci bénéficient d'une autonomie, propice à leur agilité. Néanmoins, au cours des dernières années, cette autonomie légitime a parfois pu glisser vers une forme d'indépendance, ce qu'elle ne doit pas être ; l'autonomie ne constitue pas une exemption de rendre des comptes. Des dysfonctionnements, des défaillances ou des demandes particulières sont parfois signalés sans avoir d'effets, et les principales demandes adressées à la tutelle sont principalement d'ordre budgétaire.

La question du statut des dirigeants d'établissement a également été évoquée. Dans certains établissements, comme le Louvre, les dirigeants doivent avoir la qualité de conservateur général ; dans d'autres, comme le château de Versailles, ce n'est pas le cas. Le statut est propre à chaque établissement.

Néanmoins, je suis favorable à ce que nous revoyions la gouvernance des établissements publics de l'État pour renforcer et mettre au bon niveau la sécurité et la sûreté. À cet effet, je propose notamment que l'on adosse la prise en compte de la sécurité et de la sûreté à la part variable de la rémunération des dirigeants. Je souhaite enfin que l'on inscrive cette mesure dans la convention d'objectifs.

Plus largement, certains d'entre vous ont évoqué les inégalités territoriales en matière de sûreté et de sécurité.

En réponse à vos interrogations, monsieur le sénateur Adel Ziane, je vous indique que Laurent Nunez et moi-avons conjointement donné l'instruction aux préfets de dresser un état des lieux des dispositifs déjà déployés autour des établissements culturels et, le cas échéant, de renforcer sans délai les mesures de sécurité.

Nous allons poursuivre en mettant en œuvre le fonds de sûreté, que je continuerai de défendre lors des débats budgétaires, et en renforçant ses missions. Je rappelle à cet égard, comme vous l'avez fait, qu'un vote a empêché sa création...

En matière de sûreté, l'État est aux côtés des collectivités et leur apporte des conseils, notamment via les Drac et la mission sécurité, sûreté et d'audit (Missa). Cette mission est d'autant plus importante que j'ai considérablement rehaussé notre ambition en matière de circulation de nos œuvres et de prêts aux musées territoriaux.

Avant tout prêt ou tout dépôt – je réponds, là aussi, à votre question, monsieur le sénateur –, les experts de la mission se rendent sur place pour constater les conditions de sûreté et de préservation. Je souhaite désormais que ces prêts ou ces dépôts soient conditionnés à la mise en œuvre effective de mesures de sécurisation si celles-ci sont nécessaires.

À cet égard, je tiens à saluer les élus et les musées qui, partout dans nos territoires, œuvrent avec la plus grande ambition à la sécurité des œuvres placées sous leur responsabilité. Dans de nombreux cas, ils exercent leurs missions en prenant en compte les contraintes patrimoniales des musées. En effet, nos musées s'intègrent aussi dans leur environnement extérieur, c'est-à-dire dans les villes et les villages où ils sont situés.

En ce qui concerne le Louvre, j'ajoute, sans aucune intention polémique, que la Ville de Paris est coresponsable de la sécurisation du site et de ses abords.

Tels sont, mesdames, messieurs les sénateurs, les aspects que ce débat nous a permis d'éclairer. (MM. François Patriat, Laurent Lafon, Guillaume Chevrollier et Mme Agnès Evren applaudissent.)

Conclusion du débat