Mme la présidente. En conclusion de ce débat, la parole est à M. Max Brisson, pour le groupe auteur de la demande. (Applaudissements sur les travées des groupes Les Républicains et UC.)
M. Max Brisson, pour le groupe Les Républicains. Madame la présidente, madame la ministre, mes chers collègues, je remercie Agnès Evren d'avoir convaincu le président Mathieu Darnaud et notre groupe de demander la tenue de ce débat.
Je vous remercie également, mes chers collègues, de vos interventions, qui ont permis d'établir un constat sérieux et sans concession, mais aussi d'apporter des réponses précises et pertinentes, dans le prolongement des travaux lancés par Laurent Lafon au sein de la commission de la culture.
Enfin, je vous remercie, madame la ministre, de nous avoir montré que la crise du Louvre était l'occasion d'une prise de conscience, qui doit déboucher sur une politique nationale renouvelée. Nous devons regarder devant nous, en ayant pour seuls objectifs d'exposer mieux, d'exposer toujours et d'exposer en sécurité.
L'affaire du Louvre fut donc un révélateur. Nous avons ainsi pu mesurer la nocivité des choix effectués dans le passé : tendance durable à considérer la sécurité comme une variable d'ajustement ; retards persistants du déploiement des équipements de sécurité et de sûreté dans la plupart de nos musées ; insuffisance du pilotage national de la tutelle ; dispersion des responsabilités, comme vous l'avez reconnu, madame la ministre. Ces conséquences de choix antérieurs nous disent l'ampleur du chantier que nous devons à présent mener.
Il s'agit de remédier aux problèmes posés par des plans de sécurité rarement testés, peu actualisés et mal coordonnés, par des systèmes techniques insuffisants, vieillissants, mal entretenus ou inadaptés aux standards actuels, par des locaux anciens, eux aussi pas assez entretenus ou inadaptés aux besoins contemporains et vulnérables aux intrusions, et par des effectifs de surveillance sous-dimensionnés. En effet, ces agents, dont la situation est trop souvent précaire, sont insuffisamment formés aux risques contemporains que présentent les vols organisés, le vandalisme militant ou les menaces terroristes.
Cette crise s'inscrit dans un contexte de multiplication des menaces : vols commandités par des réseaux dans le cadre de trafics internationaux d'une très grande ampleur ; dégradations idéologiques ; menaces contre les personnes, les agents comme les visiteurs ; menaces, enfin, visant l'image et le rayonnement culturel de notre pays. Outre le Louvre, plusieurs musées ont été touchés en 2025 ; ils ont été cités, je n'y reviendrai donc pas.
Face à ce constat, que faire ? Une nouvelle politique se dessine.
Il est ainsi nécessaire de créer un fonds dédié. Je n'évoquerai pas de nouveau les incidents de séance qui ont émaillé les débats sur ce sujet dans notre hémicycle ; ils sont regrettables.
Il convient aussi de renforcer la connaissance fine de la situation. Oui, les diagnostics et les audits sont nécessaires : il faut recenser les besoins de l'ensemble des musées nationaux et territoriaux avant de prioriser les actions.
Comme l'a dit Jean-Gérard Paumier, il convient d'établir, sous l'égide du Haut Conseil des musées de France, un état des lieux national, sérieux et exhaustif, de la sûreté dans les musées, qu'ils soient nationaux ou territoriaux. Il permettra d'identifier les sites les plus exposés, les plus vulnérables, ainsi que les collections les plus sensibles.
Il conviendra ensuite de prioriser les dépenses et de les consacrer d'abord au déploiement d'un plan d'investissement pluriannuel fondé sur les résultats de l'état des lieux national et sur une hiérarchisation des investissements. Ce plan devra privilégier la sûreté des collections par rapport aux projets d'attractivité ou de rénovation esthétique.
Il faudra aussi réfléchir, madame la ministre, à d'autres sources de financement. Vous avez fait dans le passé des propositions controversées concernant la cathédrale Notre-Dame de Paris. Peut-être faudrait-il y réfléchir de nouveau ; Agnès Evren en a parlé tout à l'heure. Nous espérons que nous pourrons avoir un débat apaisé sur la diversification des sources de financement.
Il faut aussi revaloriser les métiers de la surveillance afin de les adapter au contexte que je viens d'évoquer.
Cela a été dit sur toutes les travées, une tutelle renforcée est nécessaire. L'attractivité de nos musées et de notre patrimoine est un enjeu national, car il y va de l'image et du rayonnement de la France.
Puisque la période est aux vœux, nous espérons que le terrible casse du Louvre suscitera, au-delà des moments de tension que nous avons vécus, une prise de conscience apaisée et sérieuse, une réflexion argumentée et documentée susceptible de déboucher sur une nouvelle politique en faveur de l'ensemble de nos musées et, finalement, sur l'exemplarité des musées de France en termes de rayonnement, de conservation et de sécurité. C'est indispensable pour que notre patrimoine national puisse être exposé dans les meilleures conditions. (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains.)
Mme la présidente. Mes chers collègues, nous en avons terminé avec le débat sur la sécurité dans les musées.
5
Accès à la culture dans les territoires ruraux
Débat organisé à la demande du groupe Écologiste – Solidarité et Territoires
Mme la présidente. L'ordre du jour appelle le débat, organisé à la demande du groupe Écologiste – Solidarité et Territoires, sur l'accès à la culture dans les territoires ruraux.
Nous allons procéder au débat sous la forme d'une série de questions-réponses, dont les modalités ont été fixées par la conférence des présidents.
Je rappelle que l'auteur de la demande du débat dispose d'un temps de parole de huit minutes, puis le Gouvernement répond pour une durée équivalente.
À l'issue du débat, l'auteur de la demande dispose d'un droit de conclusion pour une durée de cinq minutes.
Dans le débat, la parole est à Mme Monique de Marco, pour le groupe auteur de la demande. (Applaudissements sur les travées du groupe GEST.)
Mme Monique de Marco, pour le groupe Écologiste – Solidarité et Territoires. Madame la présidente, madame la ministre, mes chers collègues, je me réjouis que le Sénat ait choisi d'inscrire à son ordre du jour, sur la proposition du groupe écologiste, la question de la culture dans les territoires ruraux. C'est en effet un sujet essentiel, trop souvent relégué au second plan, alors même qu'il touche au cœur de la vitalité de nos territoires.
La culture en milieu rural n'est ni accessoire ni marginale. Elle participe pleinement à la cohésion sociale, à l'attractivité des communes et au lien entre les habitants.
Depuis la création du ministère de la culture en 1959, notre pays affiche une ambition forte et singulière : faire de la culture un pilier de la cohésion nationale, un levier de rayonnement international, un droit pour toutes et tous, et un outil d'aménagement équilibré du territoire.
Cette ambition, portée par l'idée de démocratisation culturelle, a permis des avancées incontestables. Mais une part importante de la population et de nombreux territoires sont restés à l'écart de cette démocratisation. L'État jacobin n'est jamais parvenu à corriger durablement le déséquilibre structurel entre Paris et le reste du pays.
Près de la moitié du budget du ministère de la culture demeure concentré en Île-de-France. Ainsi, les dépenses culturelles publiques par habitant atteignent en moyenne 200 euros en Île-de-France, contre 20 euros en Bretagne et seulement 10 euros à Mayotte. Les inégalités culturelles qui perdurent sont aussi le fruit d'un mépris à l'égard des cultures populaires, des minorités et des habitants de territoires déconsidérés par certains, des zones rurales aux banlieues urbaines.
Nos concitoyens restent profondément attachés au service public de la culture. Or, depuis plus de vingt ans, les politiques de privatisation, conjuguées au désengagement progressif de l'État, ont fragilisé ce modèle. Nous observons une baisse continue des financements publics en faveur des arts et de la culture, plongeant de nombreuses structures dans une précarité chronique.
Les artistes et les auteurs qui vivent dans ces territoires en sont les premières victimes. Nous ne pouvons pas parler de la culture sans parler de celles et de ceux qui la font. L'adoption d'un mécanisme de continuité des revenus pour les artistes-auteurs aurait pu être un premier pas ; ce n'est que partie remise...
Les collectivités territoriales demeurent les premiers financeurs publics de la culture : leur effort s'est élevé à plus de 10 milliards d'euros en 2023. Ce chiffre illustre à la fois leur engagement et la lourde responsabilité qui pèse sur elles. À ce montant s'ajoute le coût du patrimoine protégé et non protégé, puisque les communes sont propriétaires de 45 % des monuments historiques. Pourtant, chaque année, le Gouvernement sabre le budget des collectivités.
Les réformes territoriales successives n'ont jamais fait de la culture une priorité stratégique. Considérée comme une compétence partagée, elle souffre d'un manque de clarté s'agissant de la répartition des responsabilités entre les différents échelons territoriaux. La métropolisation n'a cessé d'accentuer ces déséquilibres. Or miser exclusivement sur l'attractivité des grandes villes conduit à reléguer les territoires ruraux au second plan.
Dans ce contexte, les financements croisés sont devenus la règle. Les porteurs de projets culturels consacrent désormais une énergie considérable à chasser les subventions et à bâtir des montages financiers fragiles.
La culture en milieu rural reste donc un défi majeur, un défi de financement et de reconnaissance, et ce alors même que la culture est un puissant levier économique : elle crée de l'emploi, elle engendre de l'activité, elle dynamise les territoires.
De nombreuses études ont démontré le poids de l'économie culturelle dans le PIB et dans l'emploi local. Ainsi, le festival d'Aurillac, dans le Cantal, engendre près de 2 millions d'euros de retombées économiques. En France, le secteur culturel représente 100 milliards d'euros de chiffre d'affaires et 650 000 emplois directs.
Aujourd'hui, les trois quarts des équipements de lecture publique sont situés en zone rurale, même si les bibliothèques y demeurent modestes. Dans le spectacle vivant, un lieu sur cinq et un festival sur trois sont implantés en zone rurale. Enfin, 35 % des cinémas et 25 % des musées se trouvent dans des territoires ruraux, là encore avec des structures réduites et des budgets très limités. Pourtant, de nombreux cinémas et musées sont menacés de fermeture, à l'instar du musée départemental des arts et métiers traditionnels de Salles-la-Source, en Aveyron, que j'ai visité il y a quelques mois.
Dans ces territoires, les écoles et les associations jouent un rôle clé. Elles proposent des activités adaptées aux spécificités locales, favorisent les échanges, l'inclusion et l'éducation artistique, et luttent contre l'isolement. Leur action est essentielle, mais elle ne peut se déployer sans un soutien public fort et durable. Il est donc indispensable que les décideurs nationaux changent de regard sur la culture en ruralité, car elle est un enjeu fondamental de lien social, de revitalisation et d'attractivité.
Madame la ministre, vous avez lancé en 2024 un plan Culture et ruralité ; il constitue une inflexion qu'il convient de saluer. Pour autant, si les intentions affichées vont dans le bon sens, plusieurs limites doivent être soulignées.
Doté de 98 millions d'euros sur trois ans, ce plan repose sur des engagements financiers dont on doute de la solidité au regard du contexte politique instable et des incertitudes budgétaires.
Surtout, ce plan semble avoir largement ignoré les tiers-lieux culturels, pourtant devenus des acteurs essentiels de l'accès à la culture en milieu rural. Ces espaces hybrides, ancrés dans les territoires et plébiscités par les habitants, répondent à une demande croissante de culture et de sociabilité. Nombreux sont les exemples de ces sites en Gironde, mon département, qui, du Fieu à Captieux, en passant par Plassac, ont été réaménagés en lieux culturels pour offrir une nouvelle dynamique.
Tous ces éléments suscitent des interrogations sur la capacité réelle du plan Culture et ruralité à corriger durablement les inégalités et à répondre aux besoins des campagnes.
La Fédération nationale des collectivités territoriales pour la culture (FNCC) formule des propositions intéressantes : renforcer l'action des directions régionales des affaires culturelles (Drac) en fléchant une part significative des crédits vers les projets culturels ruraux ; inscrire un volet culturel dans les contrats de ruralité ; promouvoir l'itinérance artistique ; financer les petites infrastructures culturelles ; développer une offre territorialisée du pass Culture ; encourager le mécénat culturel de proximité.
Madame la ministre, soutenir les dynamiques culturelles en milieu rural doit devenir une priorité nationale, inscrite dans une feuille de route claire, ambitieuse et pérenne. C'est à cette condition que la République tiendra enfin sa promesse d'égalité entre tous les territoires, car la culture est non pas un luxe, mais un droit. Elle doit demeurer un outil d'émancipation qui crée des ponts et ouvre le champ des possibles.
Aimé Césaire disait de la culture qu'elle est « tout ce que l'homme a inventé pour rendre le monde vivable et la mort affrontable ».
Mes chers collègues, c'est non pas le coût de la culture qu'il faut remettre en question, mais la valeur d'une société qui renonce à la faire vivre. (Applaudissements sur les travées des groupes GEST et SER.)
Mme la présidente. La parole est à Mme la ministre.
Mme Rachida Dati, ministre de la culture. Madame la présidente, si vous me le permettez, j'apporterai un complément de réponse à M. le sénateur Jean-Gérard Paumier, membre du Haut Conseil des musées de France – institution dont j'assure la présidence –, qui m'avait interrogée au cours du précédent débat sur la sécurité dans les musées.
Vous avez raison, monsieur le sénateur, il convient d'inscrire à l'ordre du jour des travaux du Haut Conseil la question de la sûreté dans les musées. Je saisis cette occasion pour saluer votre implication au sein de cette institution, dont l'une des fonctions est d'attribuer le très exigeant label « Musée de France ».
Lors de la prochaine réunion du Haut Conseil, le 5 février prochain, nous ferons un point sur les avancées de la mission sécurité, sûreté et d'audit et nous inscrirons, comme vous l'avez demandé, ce sujet à l'ordre du jour.
Madame la présidente, mesdames, messieurs les sénateurs, ce débat sur l'accès à la culture dans les territoires ruraux est pour moi l'occasion de rappeler que la France est constituée à 88 % de territoires ruraux, où vivent 33 % des Français. Notre pays est un territoire rural ! La vitalité de ces territoires dépend aussi de l'existence de la culture.
Dès mon entrée en fonction, j'ai lancé le Printemps de la ruralité, qui a débouché sur le plan Culture et ruralité, fruit d'une grande concertation nationale dont se sont saisis tous les acteurs de la culture, ainsi que nos concitoyens, notamment ceux qui sont membres d'une association ou d'un collectif. Les chiffres parlent d'eux-mêmes : près de 5 000 personnes ont participé aux réunions et aux ateliers organisés par les Drac et on a compté environ 50 000 connexions à la consultation en ligne.
On a fait partout le même constat : il n'y a pas de désert culturel en France. Il existe dans les territoires une vitalité qui demande reconnaissance, moyens et appui, notamment de la part du ministère et des collectivités. De ce constat est né le plan Culture et ruralité, pensé non pas « pour » les territoires, mais « avec » eux.
Ce plan est aujourd'hui la pierre angulaire de notre ambition en matière d'accès à la culture dans les territoires, et le bilan est au rendez-vous. Je remercie, à cet égard, Naomi Peres, directrice générale de la démocratie culturelle, des enseignements et de la recherche, présente à mes côtés, qui œuvre pour assurer cette démocratisation et la réduction des inégalités territoriales d'accès à la culture.
En 2024, ce sont 20,5 millions d'euros qui ont été mobilisés pour déployer les mesures du plan ; en 2025, près de 40 millions d'euros ont permis d'aller plus loin. Dans une période d'inquiétude, ces montants prouvent que l'État tient ses engagements et sa parole.
Au-delà des chiffres, ce plan a permis la mise en œuvre d'actes concrets.
Le dispositif Villages en fêtes, tout d'abord, permet d'inviter des artistes lors des fêtes locales : cent trente projets ont été soutenus et deux cent cinquante villages concernés en 2024. C'est une façon concrète d'amener la culture au plus proche de la ruralité. D'ailleurs, nous le savons bien, en matière d'accès à la culture, s'il est un sujet crucial, c'est bien celui de la mobilité, dont certains d'entre vous m'ont saisie.
On parle souvent de la mobilité des personnes. Nous avons pour notre part décidé d'organiser aussi la mobilité des œuvres et des artistes.
Avec le Centre national des arts plastiques (CNAP), nous avons ainsi fait un effort inédit pour les artothèques : 4 millions d'euros ont été octroyés pour cinquante projets dans quarante-trois départements. Constituer des collections, équiper des lieux relais, acquérir des bibliobus de l'art, c'est une manière très concrète de faire circuler la culture.
De même, nous avons soutenu deux cent quarante projets de résidences d'artistes dans des dizaines de départements de l'Hexagone et de l'outre-mer au cours des deux dernières années.
Au fond, il s'agissait d'inverser la tendance : si les publics ne peuvent pas se déplacer, alors ce sont les œuvres et les artistes qui viendront à eux.
En parallèle, 600 000 euros ont été déployés via le groupement d'intérêt public (GIP) Cafés Cultures pour que les cafés, les mairies et les lieux polyvalents puissent rémunérer les artistes. C'est aussi une façon de ramener la culture dans les lieux du quotidien.
La même idée est à l'origine des circuits de cinémas itinérants, que j'ai souhaité déployer et amplifier, et de leurs deux cent cinquante structures. Ces dernières ont bénéficié de 1 million d'euros d'investissements en 2024 pour se moderniser, dont des aides au fonctionnement de 500 000 euros par an en 2024 et 2026.
La culture dans nos territoires est aussi un réseau d'initiatives qui fait la vitalité de notre ruralité et qu'il faut soutenir. En 2025, ce sont soixante-neuf festivals ruraux – de musique, de théâtre, d'arts visuels – qui ont été accompagnés par les Drac. Six scènes culturelles de proximité ont également été labellisées en 2025, six autres le seront en 2026.
J'ai souhaité également porter une attention toute particulière à nos pratiques populaires, nos fêtes, nos musiques. C'est pour cela qu'en 2025 le plan Fanfare a été étendu aux arts et traditions populaires, communément appelés les arts et traditions folkloriques. Résultat : près de 500 projets ont été accompagnés et près de 50 000 musiciennes et musiciens amateurs ont été reconnus pour ce qu'ils sont : des acteurs culturels à part entière.
Le plan Cabaret, quant à lui, a permis de soutenir ces lieux essentiels d'art et de divertissement pour leur donner la reconnaissance qu'ils méritent, en renforçant l'accompagnement du ministère : dix résidences cabaret verront prochainement le jour dans dix régions et 160 000 euros ont été alloués à une trentaine de projets de recherche, de création et de développement.
Nous avons également renforcé notre mobilisation en faveur du patrimoine culturel immatériel.
Je pense à l'organisation des cérémonies de remise des diplômes pour l'inclusion à l'inventaire national du patrimoine culturel immatériel en novembre 2024 et 2025 et pour l'inscription au patrimoine mondial de l'Unesco en février dernier. Cette dynamique s'est accompagnée de la mise en ligne d'un agenda national participatif et de la publication de reportages photos et vidéos valorisant vingt et un éléments inscrits à l'inventaire sur le site du ministère.
Ensuite, nous avons fait un effort massif pour mieux protéger et restaurer le patrimoine, première porte d'entrée vers la culture. Ainsi, 25 millions d'euros supplémentaires ont été orientés en 2025 vers les monuments ruraux, notamment les édifices religieux.
Pour autant, ces politiques ne peuvent fonctionner que si elles sont lisibles et accessibles. Dans le cadre de la consultation, les élus locaux ont souhaité être aidés en matière d'ingénierie et disposer d'interlocuteurs identifiés.
Pour répondre à leurs demandes, nous avons doublé le nombre d'heures des architectes-conseils de l'État (ACE), renforcé les unités départementales de l'architecture et du patrimoine (Udap) et mobilisé un second architecte des bâtiments de France (ABF) dans plusieurs départements.
Nous avons généralisé les contrats départementaux lecture : presque 100 % des départements ruraux sont désormais couverts, pour muscler l'ingénierie de lecture publique au plus près des communes.
De la même manière, avec le plan Mieux produire, mieux diffuser, nous avons soutenu, main dans la main avec les collectivités, les acteurs de la création pour repenser les modèles habituels face aux défis, qu'ils soient économiques, sociétaux ou écologiques. Cette année encore, nous avons réaffirmé notre engagement, à hauteur de 35 millions d'euros.
Pour ce qui concerne les interlocuteurs, j'ai instauré des référents ruralité par département dans chaque Drac : ils connaissent les élus locaux et suivent leurs dossiers. Nous prolongeons ce travail avec l'Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT), les sous-préfets à la ruralité et les chargés de projet Villages d'avenir, afin que la culture soit pleinement intégrée dans les stratégies locales et que les Drac soient sollicitées pour leurs conseils et leur expertise.
Vous le voyez, tous ces dispositifs servent l'idée que la culture est une politique régalienne au service de l'égalité, de la cohésion et de l'émancipation. Elle retisse du lien, elle attire des professionnels, elle fait vivre nos commerces, nos cafés, nos places de village. C'est tout le sens de mon action. (Applaudissements sur les travées des groupes Les Républicains et UC. – M. François Patriat applaudit également.)
Débat interactif
Mme la présidente. Nous allons maintenant procéder au débat interactif.
Je rappelle que chaque orateur dispose de deux minutes au maximum pour présenter sa question et son éventuelle réplique.
Le Gouvernement dispose pour répondre d'une durée équivalente. Il aura la faculté, s'il le juge nécessaire, de répondre à la réplique pendant une minute supplémentaire. L'auteur de la question disposera alors à son tour du droit de répondre pendant une minute.
Dans le débat interactif, la parole est à Mme Marie-Pierre Bessin-Guérin.
Mme Marie-Pierre Bessin-Guérin. Madame la ministre, « la culture, c'est la mémoire du peuple », disait Milan Kundera. La culture est un vecteur de cohésion et de lien social essentiel. Parce que la culture permet de nous rassembler, elle est aussi un outil de lutte efficace contre les fractures territoriales.
Et pourtant, l'accès à la culture est encore aujourd'hui trop inégal sur notre territoire. Voici quelques difficultés observées : accès restreint pour les plus petites communes aux aides publiques, notamment en matière de financement des transports ; faiblesse de l'équipement culturel dans certaines communes ; offre culturelle plus limitée que dans les villes situées dans les pôles urbains. Les obstacles sont nombreux !
En tant qu'ancienne maire d'une petite commune rurale de Loire-Atlantique, je peux témoigner de ce manque d'accès pour l'ensemble de nos concitoyens.
Cependant, il y a matière à avancer dans le bon sens. Plus de la moitié des lieux culturels soutenus par le Gouvernement– 57 %, pour être exacte – et 55 % du nombre total de monuments historiques, soit 25 645, sont situés en zone rurale. De la même façon, un tiers des cinémas et un tiers des musées de France se trouvent dans nos territoires ruraux.
Au fil des ans, diverses initiatives ont été menées pour enrichir l'offre culturelle dans nos territoires ruraux. Il faut aller plus loin. En 2024, le Printemps de la ruralité a été un moment de concertation important sur l'offre culturelle dans nos territoires. Ce fut l'occasion de rappeler aussi le rôle central que jouent les collectivités territoriales en la matière.
Madame la ministre, il est important d'agir concrètement. Des moyens supplémentaires avaient été annoncés au lendemain du Printemps de la ruralité, mais sur le terrain on ne les voit pas. J'en veux pour exemple les budgets alloués aux Drac.
Mme la présidente. Veuillez poser votre question, chère collègue.
Mme Marie-Pierre Bessin-Guérin. Où en est-on du déploiement des mesures annoncées à la suite du Printemps de la ruralité ?
Mme la présidente. La parole est à Mme la ministre.
Mme Rachida Dati, ministre de la culture. Je pense que vous n'avez pas eu le temps de poser votre question en entier, madame la sénatrice, et donc d'aborder le sujet de la mobilité.
Mme Marie-Pierre Bessin-Guérin. En effet, ma question portait également sur la mobilité en zone rurale.
Mme Rachida Dati, ministre. Je l'ai dit à l'instant en dressant le bilan du plan Culture et ruralité, les apports ont été faits en espèces sonnantes et trébuchantes – pour autant, le plan ne trébuche pas ! (Sourires.) –- et les investissements qu'ils permettent sont concrets. Ainsi, pour 2024, en 2025 et en 2026, 100 millions d'euros sont sanctuarisés et déployés.
Le sujet de la mobilité est revenu de manière systématique lors de la consultation. Des expérimentations ont lieu, notamment dans la région Grand Est, où une convention Caravelle a été signée. En effet, vous le savez, la mobilité relève aussi de la compétence des collectivités.
J'ai souhaité déployer et amplifier, dans le cadre du plan Culture et ruralité, la mobilité des œuvres et celle des artistes, pour répondre à une forte demande des élus ruraux. Cette mobilité accroît l'attractivité des territoires tout en favorisant le développement économique et en faisant vivre les artistes locaux.
Les résidences d'artistes, le spectacle vivant, le plan Cabaret, le plan Fanfare, le GIP Cafés Cultures, qui permet à des cafés de financer des artistes, les artothèques, les bibliobus, les circuits de cinémas itinérants sont autant de dispositifs concrets déployés sur le territoire français, qui favorisent la mobilité des œuvres et des artistes.
Pour rebondir sur une interpellation du sénateur Pierre Ouzoulias, je dirai qu'il s'agit de faire bouger les œuvres, de les sortir des réserves des musées nationaux afin qu'elles circulent dans les territoires.
Ces actions concrètes, mises en œuvre en 2024 et en 2025, continueront d'être déployées en 2026.
Mme la présidente. La parole est à M. Max Brisson.
M. Max Brisson. Madame la ministre, les langues régionales, les nombreuses langues de France constituent une richesse patrimoniale immatérielle aussi majeure que précieuse, richesse profondément enracinée dans nos territoires, notamment ruraux, où elles continuent d'être parlées et chantées.
Tout au long du travail que ma collègue Karine Daniel et moi-même avons mené pour notre rapport d'information sur l'enseignement des langues régionales, nous avons pu observer combien celles-ci demeurent de précieux vecteurs de transmission culturelle, de lien social et d'attractivité territoriale. Elles offrent à ces territoires qui se sentent parfois oubliés un supplément d'âme qui structure leur identité, mais surtout nourrit la création culturelle.
Or, malgré des avancées, l'on recense encore de nombreux freins à la valorisation des langues régionales, qui demeurent fragiles. Ainsi, leur reconnaissance comme patrimoine culturel immatériel peine encore à se traduire en politiques structurées, quand bien même la Constitution dispose que « les langues régionales appartiennent au patrimoine de la France ».
Estimez-vous, madame la ministre, comme on pouvait l'espérer lors de la révision constitutionnelle ayant abouti à cette disposition, qu'une loi-cadre pourrait un jour traduire dans les faits les desseins du constituant ? À défaut, quelle stratégie entendez-vous déployer pour sauver ce levier durable d'identité, de création et de vitalité de nos territoires ?
Mme la présidente. La parole est à Mme la ministre.