Mme la présidente. La parole est à Mme la ministre.
Mme Rachida Dati, ministre de la culture. Madame la sénatrice, tous les chiffres contredisent ce que vous venez de dire.
Quand j'ai été nommée ministre de la culture, j'ai indiqué ici même, devant vous, que le pass Culture, notamment sa part individuelle, était plutôt un outil de reproduction sociale. Je l'ai donc réformé pour que les publics qui en ont le plus besoin soient les plus touchés, qu'il s'agisse des jeunes de condition défavorisée, c'est-à-dire les boursiers, des jeunes en situation de handicap – dans ces deux cas, ils bénéficient d'un bonus – ou de ceux qui vivent en zone rurale.
Permettez-moi de vous indiquer quelques chiffres.
La réforme de la part individuelle a eu pour conséquence une hausse du taux de couverture : celui-ci atteint désormais 90 % des jeunes de 18 ans et plus, soit près de 10 % de plus. Le taux de notoriété a également augmenté, notamment chez les jeunes de 15 à 21 ans. La consommation des jeunes a crû de 40 millions d'euros, soit 22 %.
Quid de la diversité des publics ?
D'abord, 10 % des bénéficiaires résident dans des quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV), ce qui représente une hausse de plus de 25 % par rapport à la moyenne nationale. Par ailleurs, 30,5 % d'entre eux sont en zone rurale, 84 % en outre-mer. C'était l'objectif de cette réforme.
Ces chiffres sont disponibles, madame la sénatrice, et vous pouvez les consulter. Ils rendent compte des effets de la réforme que j'ai engagée l'année dernière.
J'en viens à la diversité des pratiques.
Grâce au pass Culture, 66 % des bénéficiaires ont découvert un lieu. C'est ce que j'ai déjà dit sur la part individuelle comme sur la part collective : souvent, la part collective leur permet un premier accès à un équipement culturel ou à un spectacle. Ainsi, 54 % des jeunes ont découvert une pratique – c'est plus de 52 % en deux ans – et 48 % ont réservé dans au moins trois domaines – c'est plus de 25 % en deux ans.
On ne va tout de même pas se plaindre de cette hausse et de la démocratisation de la culture par le biais du pass Culture, notamment de sa part individuelle.
Dans 38 % des cas, les jeunes achètent des livres ; dans 23 % des cas, ils vont au cinéma ; dans 21 % des cas, ils écoutent de la musique live, notamment en assistant à des spectacles vivants. Cela représente une augmentation de plus de 50 % en un an.
La voilà la réalité !
Mme la présidente. La parole est à Mme Sonia de La Provôté, pour la réplique.
Mme Sonia de La Provôté. La politique culturelle de la jeunesse dans la ruralité ne saurait se résumer au pass Culture…
C'était l'objet de ma première question : comment, en dehors de ce dispositif, développer une politique culturelle à destination de la jeunesse dans la ruralité ? Ce sont toutes les initiatives complémentaires qui nous intéressent.
Par ailleurs, il y a une différence entre disposer du pass Culture et l'activer. Les chiffres que j'ai cités ne sont pas les miens, je ne les ai pas sortis de mon chapeau : ils figurent dans le rapport de la Cour des comptes. Il ne s'agit pas dans ce débat de se livrer à une guerre des chiffres, madame la ministre.
Mme la présidente. La parole est à Mme la ministre.
Mme Rachida Dati, ministre. Les chiffres que je vous donne émanent du rapport de l'inspection générale des affaires culturelles. Comme vous le savez, dès que j'ai été nommée, je me suis appuyée sur ses conclusions pour élaborer la réforme du pass Culture afin de corriger les dysfonctionnements qui y étaient recensés.
Les chiffres du rapport de la Cour des comptes sur lesquels vous vous appuyez décrivent la situation qui prévalait avant la réforme. Ceux que je vous présente ont été établis selon le même protocole, à partir des mêmes indicateurs et critères : ils attestent bien d'une forte augmentation de la pénétration du pass Culture en ruralité et dans les QPV. Avant, les jeunes des QPV ne représentaient même pas 10 % des utilisateurs du pass Culture. Nous avons fortement augmenté ce taux.
En revanche, je vous rejoins sur un point, madame la sénatrice : oui, la politique d'accès à la culture pour la jeunesse ne se résume pas au pass Culture. Pour autant, c'est déjà un dispositif d'accès à la culture et de démocratisation. C'est une réalité, qu'il faut conforter.
Les résidences d'artistes, en ce qu'elles permettent de faire venir des artistes, de créer de l'attractivité et de la vitalité, de rémunérer des artistes locaux, offrent un accès à la culture à l'échelon local. De la même façon, le spectacle, le théâtre, le cinéma sont pour la jeunesse un accès à la culture en proximité. C'est tout l'enjeu du plan Culture et ruralité.
Mme la présidente. La parole est à Mme Sonia de La Provôté.
Mme Sonia de La Provôté. À mon sens, la politique d'accès à la culture dans les territoires ruraux est à écrire, à structurer et à organiser, comme le montre ce débat.
Il nous faut non seulement définir le rôle du pass Culture, mais aussi construire une politique de la culture pour la jeunesse, le pass Culture, en tout cas sa part individuelle, n'intervenant qu'à la fin du parcours culturel.
Construire une politique de la culture pour la jeunesse, c'est-à-dire un parcours culturel, passe par l'éducation artistique et culturelle, qui relève bien évidemment non pas seulement du ministère de l'éducation nationale, mais aussi du ministère de la culture. On le sait, c'est absolument essentiel.
Il s'agit d'une stratégie qui doit se décliner. Ce n'est pas parce que des actions existent qu'il ne faut pas envisager pour chacune d'elles un moyen de les destiner à la jeunesse, en particulier dans la ruralité. En effet, dans ces zones, l'éloignement crée des difficultés spécifiques et empêche les jeunes d'avoir accès à une offre culturelle similaire aux autres publics jeunes.
Mme la présidente. La parole est à Mme Anne Ventalon.
Mme Anne Ventalon. Madame la ministre, la culture est un puissant vecteur d'émancipation. Elle crée du lien social, renforce l'attractivité de nos territoires et nourrit la vitalité démocratique. Son accès constitue donc un enjeu majeur de cohésion nationale et d'égalité territoriale.
Pourtant, la fracture culturelle entre territoires est bien une réalité. Elle ne résulte ni d'un manque d'intérêt des habitants des zones rurales ni d'un déficit de dynamisme local. Elle est la conséquence de freins structurels bien identifiés : difficultés de transport, équipements vieillissants ou inexistants, budgets communaux contraints.
À cela s'ajoutent des dispositifs nationaux complexes et des financements instables.
Les collectivités locales ne disposent pas de tous les leviers nécessaires pour mener des politiques culturelles ambitieuses. Elles se heurtent à une lourdeur administrative, à des critères uniformisés et à des mécanismes de financement inadaptés.
Ces dispositifs ne sont tout simplement pas conçus pour des départements comme l'Ardèche, où 80 % des communes comptent moins de 2 000 habitants.
L'État doit donner aux territoires les moyens d'agir, dans un cadre clair, lisible et durable.
Une véritable décentralisation culturelle, fondée sur des financements pérennes et respectueux de la liberté de choix des élus, permettrait de valoriser les forces locales. C'est en effet au plus près du terrain – dans les communes, les intercommunalités et les départements – que l'on connaît le mieux les attentes des habitants.
Encore une fois, il faut faire confiance aux élus, aux associations, particulièrement dynamiques dans le monde rural, et aux bénévoles, plutôt que de les enfermer dans des normes nationales.
Madame la ministre, la décentralisation s'impose pour restaurer l'équité territoriale et soutenir les initiatives locales. Aussi, quelles mesures concrètes comptez-vous mettre en œuvre pour redonner de réelles marges de manœuvre aux collectivités rurales et adapter les politiques culturelles aux réalités de terrain ?
Mme la présidente. La parole est à Mme la ministre.
Mme Rachida Dati, ministre de la culture. Madame la sénatrice, votre question nous ramène au débat sur la compétence partagée.
Pour ma part, je suis plutôt favorable à ce que l'État reste titulaire de cette compétence. En nommant un chef de file à l'échelon de la collectivité, notamment en ruralité, on s'exposerait à un risque : que se passerait-il si, à la suite d'un changement politique, de la fixation de nouvelles priorités, d'un refus de démocratisation de l'accès à la culture, de la décision de ne pas favoriser les publics les plus éloignés ou autres, la collectivité se désengageait, alors que l'État n'aurait plus la compétence ?
À mon sens, la compétence partagée est un filet de sécurité qui permet que l'État reste très présent, notamment en matière d'accès à la culture et de démocratisation de la culture.
Voilà qui me permet de revenir sur l'absence de lisibilité de la politique d'accès à la culture, dont il a été question tout à l'heure. De ce point de vue, le pass Culture, qu'il s'agisse de sa part collective ou de sa part individuelle, est un meilleur outil.
Vous le savez, les acteurs de l'éducation populaire n'avaient pas été reçus depuis quarante ans au ministère de la culture. J'ai contractualisé avec eux, financé des postes et octroyé des subventions supplémentaires, et ce dans un seul but : développer la médiation.
Voilà un bel outil de démocratisation de la culture. La médiation est maintenant partout pour favoriser l'accès à la culture : dans les musées, à l'occasion des spectacles vivants, etc. J'ai signé le décret instituant des conseils de jeunes de 13 à 17 ans au sein des établissements publics culturels, pour favoriser la programmation, la médiation, l'accès à la culture et l'accompagnement. Voilà un moyen concret de favoriser l'accès à la culture.
Les acteurs de l'éducation populaire nous ont aussi aidés à éditorialiser toutes les pratiques culturelles, notamment celles qui sont accessibles avec le pass Culture. Au-delà de l'accès à la culture, il y a aussi l'accès aux métiers de la culture, que l'on oublie parfois. Lors du débat sur la sécurité dans les musées, qui a précédé celui-ci, il a été question des dirigeants et de la gouvernance des établissements culturels. Je peux vous dire que les viviers pour les nominations, notamment aux postes les plus élevés, sont souvent très restreints. Les nominations confinent souvent à de la cooptation, voire à une forme de consanguinité.
L'accès à la culture et aux métiers de la culture permet également une démocratisation des responsabilités.
Mme la présidente. La parole est à Mme Karine Daniel.
Mme Karine Daniel. Je remercie les membres du groupe Écologiste – Solidarité et Territoires d'avoir inscrit ce débat à l'ordre du jour de nos travaux. Cela nous donne l'occasion de souligner l'engagement très important des bénévoles dans les communes rurales, eux qui font vivre les actions culturelles, les festivals, les tiers lieux, etc.
Il a beaucoup été question du plan Culture et ruralité, qui contribue à la croissance globale des dispositifs qui soutiennent les projets culturels, à un moment où les budgets, que ce soit le budget de l'État ou celui des collectivités, ont tendance à se réduire.
Pour les collectivités, ces réductions résultent de transferts non compensés par l'État. À cet égard, nous avons appris ce soir que les départements avaient la charge du patrimoine non classé. Au regard de la situation dans laquelle se trouvent les départements, ce point méritera d'être précisé.
Les appels à projets se multiplient, ce qui se traduit par une augmentation des coûts de transaction pour les structures et pour les collectivités, donc par une baisse des crédits distribués. Nous connaissons tous des maires et des acteurs culturels qui déplorent ce foisonnement de dispositifs qui entraîne une forte augmentation des coûts d'ingénierie.
Madame la ministre, maintenant que le plan Culture et ruralité est en vigueur depuis quelques années, pouvez-vous nous dire si les dispositifs et leur mise en œuvre ont simplifié le dialogue avec les acteurs et si ces derniers connaissent mieux ces dispositifs et leurs interlocuteurs ?
Mme la présidente. La parole est à Mme la ministre.
Mme Rachida Dati, ministre de la culture. Madame la sénatrice, vous avez raison d'insister sur la proximité et sur la nécessité d'être au plus près du terrain pour être réactif. En effet, souvent, ce qui pèche, ce sont les temps de réponse et les délais de traitement de certains dossiers.
Pour tout dire, en réponse à votre question, je rappellerai le succès rencontré par la concertation. J'ai alors constaté une forte demande de proximité, d'ingénierie, de conseil, de suivi et d'expertise, à laquelle nous avons d'ailleurs répondu dans les conventions que j'ai signées avec les départements ou les régions dans le cadre du plan Culture et ruralité. Il existe ainsi désormais un référent ruralité dans toutes les Drac ; les élus locaux le savent. Les financements exécutés au cours des deux dernières années, à hauteur de 64 millions d'euros, témoignent de notre engagement.
Madame la sénatrice, vous avez également raison de rendre hommage aux bénévoles. Nous avons d'ailleurs créé une charte du bénévolat pour les festivals, afin d'encadrer cette pratique. Nombre de festivals ne pourraient en effet exister sans ces bénévoles, qui en sont des piliers importants. Le ministère de la culture s'est d'ailleurs engagé à accompagner l'encadrement et le soutien des bénévoles.
La proximité est assurée par la présence de chefs de file, de référents et d'architectes-conseils dans quasiment toutes les Drac. Les 64 millions d'euros engagés montrent bien, je le répète, que les dispositifs sont aujourd'hui mieux connus, plus sollicités et mieux mis en œuvre.
Mme la présidente. La parole est à Mme Karine Daniel, pour la réplique.
Mme Karine Daniel. Madame la ministre, vous avez raison de souligner le succès de la concertation, même si celle-ci a provoqué de la déception, qu'il s'agisse des délais de mise en œuvre ou du périmètre retenu.
Plus globalement, le plan Culture et ruralité suscite des interrogations sur la façon dont la politique publique culturelle est déclinée dans les territoires et s'articule avec le droit commun et l'approche sectorielle. On le voit bien, des calages restent à opérer, mais nous avons à ce sujet des échanges fructueux avec les Drac.
Mme la présidente. La parole est à Mme la ministre.
Mme Rachida Dati, ministre. Vous avez raison, madame la sénatrice : les échanges avec les Drac sont fructueux. C'est leur rôle en tant que services déconcentrés du ministère de la culture.
Quand ils rencontrent des difficultés, quand ils font face à des délais d'instruction des dossiers ou de suivi des demandes trop longs, les élus locaux, qu'ils soient ruraux ou non, et les collectivités savent nous saisir. Depuis deux ans, ce dispositif est plutôt efficace et fonctionne.
Mme la présidente. La parole est à Mme Karine Daniel.
Mme Karine Daniel. Les territoires ruraux ne sont pas en dehors du droit commun. Il faut bien garder cela à l'esprit, lorsque l'on veut donner une dimension territoriale à la politique culturelle.
Certes, le plan Culture et ruralité peut être un plus et, je le souligne, c'est un signal fort qui a été adressé au monde rural. Pour autant, à partir du moment où les crédits ont été revus à la baisse, les Drac ont parfois reporté sur ce plan des actions qui auraient pu être financées via d'autres crédits ou d'autres budgets. Se pose ainsi la question de l'articulation entre le plan Culture et ruralité et le fonds d'innovation territoriale (FIT). Nous avons été alertés sur ces questions ; c'est pourquoi il faut être vigilant.
J'insiste sur la fragmentation que provoque la multiplication des appels à projets, sur laquelle les acteurs ont appelé notre attention.
Mme la présidente. La parole est à Mme Catherine Morin-Desailly.
Mme Catherine Morin-Desailly. Madame la ministre, dans un contexte d'hyperconcentration des crédits du ministère de la culture – 60 % d'entre eux concernent Paris et l'Île-de-France – et d'une baisse annoncée, mais non précisée à ce jour, des crédits, notamment pour le spectacle vivant et la création, comment le ministère envisage-t-il de maintenir un soutien aux plus petites structures et aux lieux intermédiaires et ruraux ?
Aucun outil n'est proposé pour sécuriser les financements d'expérimentations convaincantes qui ont aujourd'hui trouvé leur public. Je pense à deux structures dans ma région, le Moulin de l'hydre dans l'Orne et la Compagnie des petits champs dans l'Eure, aujourd'hui menacées de fortes baisses, contre toute logique au regard de l'ambition annoncée pour la ruralité.
C'est la même chose pour nos petites villes, qui prennent des initiatives nombreuses et pertinentes. Je ne vois pas de modalités structurantes, alors que, dans certains départements et dans certaines régions, celles-ci gagneraient à être renforcées dans une logique de stratégie partagée.
On annonce aussi de manière inquiétante des baisses pour les agences, bras armés des politiques culturelles, ce qui se traduira par une perte d'accompagnement en ingénierie culturelle et aide à la diffusion. La situation est d'autant plus préoccupante que l'on nous a indiqué que l'essentiel des crédits seraient engagés via les conventions pluriannuelles d'objectifs (CPO) sur les labels.
Bien sûr, je ne remets nullement en cause les structures labellisées, mais force est de constater que la certification et la labellisation du ministère font aujourd'hui converger les investissements publics et les crédits de fonctionnement vers les agglomérations.
Madame la ministre, à l'heure où de nouveaux débats sur la décentralisation se font jour, ne faudrait-il pas avancer vers une territorialisation de leurs missions, c'est-à-dire un assouplissement de leur cahier des charges afin de prendre en compte la ruralité, dans le respect des droits culturels inscrits par le Sénat dans la loi portant nouvelle organisation territoriale de la République (NOTRe), une loi territoriale ?
M. Max Brisson. Très bien !
Mme la présidente. La parole est à Mme la ministre.
Mme Rachida Dati, ministre de la culture. Madame la sénatrice, vous parlez de déséquilibre entre, d'un côté Paris et les zones urbaines, de l'autre les territoires ruraux.
Tenons-nous-en aux chiffres. La ruralité, c'est moins d'un tiers de la population française, mais c'est plus de la moitié des financements de toutes les activités culturelles. Ainsi, 57 % des lieux culturels sont soutenus et labellisés, 55 % des monuments historiques et 72 % des bibliothèques-médiathèques. Par ailleurs, 62 % des sites éligibles au Loto du patrimoine se trouvent dans les territoires ruraux. En 2024, 76 % des projets soutenus par le fonds d'innovation territoriale se trouvaient également dans ces territoires. C'est également le cas de 62 % des projets soutenus dans le cadre de l'Été culturel et de 62 % de ceux qui le sont dans le cadre du plan Arts et traditions populaires.
En d'autres termes, les activités culturelles en ruralité ne sont pas le parent pauvre des financements du ministère de la culture.
Comme vous le savez, d'autres dispositifs sont orientés vers les zones rurales. Je pense au fonds incitatif et partenarial, que j'ai déjà mentionné, et qui est destiné aux communes de moins de 10 000 habitants, en particulier celles qui comptent moins de 2 000 habitants. Je pense également au plan Fanfare : plus de 80 % des projets financés via ce dispositif concernent les zones rurales. Enfin, c'est évidemment l'objet du plan Culture et ruralité.
J'en profite pour répondre à une question qui m'a été précédemment posée : non, le plan Culture et ruralité n'a pas servi à financer des événements, des structures ou des projets qui auraient dû l'être par d'autres missions du ministère. Ce plan a bénéficié en propre à de nouveaux projets. Il a également permis de renforcer le soutien à des projets existants.
Dans les faits, madame la sénatrice, le déséquilibre dont vous parlez n'existe pas. Enfin, en 2025, le plan Mieux produire, mieux diffuser a bénéficié à 340 projets. Cela représente près de 15 millions d'euros fléchés vers la ruralité.
Mme la présidente. La parole est à Mme Catherine Morin-Desailly, pour la réplique.
Mme Catherine Morin-Desailly. Madame la ministre, je regrette que vous n'ayez pas répondu précisément à mes questions. Vous avez dressé la liste de mesures tout à fait intéressantes et louables en faveur de la ruralité, par exemple le plan Fanfare.
Quels sont les dispositifs structurants et les modalités qui permettront de pérenniser les expérimentations dans les territoires ruraux ? On a tout à l'heure parlé des tiers-lieux, mais je pense aussi à des structures du théâtre vivant qui ont fait leurs preuves, qui ont trouvé leur public et qui sont attendues par l'ensemble des élus.
Quels sont les modalités et les outils de pérennisation de ces expérimentations ?
Mme la présidente. La parole est à Mme la ministre.
Mme Rachida Dati, ministre. Vous me demandez comment pérenniser des projets expérimentaux. Vous le savez très bien, vous qui êtes élue locale. Par définition, un projet expérimental ayant obtenu une subvention n'est pas pérenne. Par conséquent, si l'expérimentation est concluante, la subvention est renouvelée ; dans le cas contraire, elle ne l'est pas. Différents dispositifs existent, par exemple le financement pluriannuel.
Un élu local dispose d'une certaine agilité en matière de financement. Si le projet est pérenne, nécessaire ou utile, il peut envisager un financement pluriannuel. S'il s'agit d'une expérimentation, la subvention est renouvelée en fonction des résultats. L'expérimentation sert à éprouver la valeur des projets avant de les pérenniser.
Mme la présidente. La parole est à Mme Catherine Morin-Desailly.
Mme Catherine Morin-Desailly. J'ai parlé d'expérimentations convaincantes !
Madame la ministre, je vous invite à venir dans l'Orne et dans l'Eure visiter les deux structures qui sont menacées d'une baisse de leurs financements malgré une expérimentation réussie et un cadre pluriannuel acté avec les autres collectivités territoriales.
Les Drac se désengagent et réduisent leur financement et l'on est mis devant le fait accompli ! Ce n'est pas normal (Mmes Karine Daniel et Sylvie Robert acquiescent.), d'autant plus que l'on est en pleine ruralité, dans des départements qui ne comptent pas de structures labellisées en nombre raisonnable par rapport aux autres.
C'est illogique au regard du plan Culture et ruralité, de son ambition annoncée et de la structuration de l'offre culturelle dans le développement des territoires avec les collectivités concernées.
D'ailleurs, dans ma région, le Conseil national des territoires pour la culture n'a toujours pas été réuni, dans le prolongement des Assises de la ruralité. Il aurait dû l'être, comme vous l'aviez promis, madame la ministre, vous qui présidez cette instance. Vous vous étiez engagée à ce qu'il soit décliné dans les territoires, selon les modalités dont nous étions convenus.
Évidemment, on n'a rien vu venir…
Mme Rachida Dati, ministre. Vous me parlez de deux projets chez vous qui n'ont pas marché ; je vous parle de l'ensemble des projets !
Mme la présidente. La parole est à Mme Sabine Drexler.
Mme Sabine Drexler. Madame la ministre, le plan Culture et ruralité a incontestablement permis de mettre en exergue la question de l'accès à la culture dans les territoires ruraux. Pour autant, je souhaite appeler votre attention sur un angle mort préoccupant de la mise en œuvre de ce plan, à savoir la place accordée au patrimoine bâti rural.
Dans l'architecture actuelle du plan, le patrimoine bâti apparaît principalement comme un support d'animation culturelle, un lieu d'accueil pour des projets artistiques ou événementiels. Il est donc rarement considéré comme un objet patrimonial à part entière, nécessitant une stratégie spécifique de conservation et de valorisation.
Cette approche, qui est très orientée vers la diffusion culturelle, laisse de côté une réalité essentielle : dans son immense majorité, le patrimoine bâti rural est non protégé, alors qu'il est constitutif de l'identité de nos campagnes.
Ce patrimoine ordinaire est aujourd'hui largement invisible dans les dispositifs du plan, alors qu'il est très fragile et exposé à la dégradation, à la vacance ou à la disparition.
Faute de reconnaissance explicite et de dispositifs adaptés, les communes rurales – et, aujourd'hui, les départements – peinent à engager des démarches de valorisation qui ne se limitent pas à des usages ponctuels ou événementiels.
Dans ce contexte, madame la ministre, comment le Gouvernement entend-il renforcer la place du patrimoine bâti rural dans le plan Culture et ruralité, afin qu'il soit envisagé non pas seulement comme le cadre d'actions culturelles, mais bien comme un patrimoine à transmettre, donc d'abord à aimer et à respecter ? C'est seulement ainsi que, en tant que citoyens, nous aurons envie de tout faire pour l'entretenir et le préserver.
Mme la présidente. La parole est à Mme la ministre.
Mme Rachida Dati, ministre de la culture. Madame la sénatrice, comme je l'ai déjà indiqué, depuis 2004, les crédits en faveur du patrimoine rural non protégé ont été transférés aux départements.
Vous soulevez un véritable problème, proche de celui que posent les édifices religieux en péril. Dans ce contexte, on fait du sur-mesure avec les Drac : soit l'on prévoit une contractualisation en fonction du territoire, comme les contrats de département ou de région que j'ai signés ; soit l'on saisit le ministère. Des opérations très ciblées peuvent ainsi être prévues pour protéger un patrimoine qui se dégrade qui n'est ni inscrit, ni classé, ni protégé, par exemple un lavoir, une maison ancienne ou un bâtiment historique : ponctuellement, le ministère peut, subventionner et, évidemment, soutenir.
Madame la sénatrice, si vous avez des exemples précis, je suis à votre disposition pour les examiner avec vous ; sinon, c'est plus globalement par le biais d'une contractualisation ou en sollicitant les départements via les crédits qui leur ont été transférés qu'il faut agir.
Mme la présidente. La parole est à Mme Sabine Drexler, pour la réplique.
Mme Sabine Drexler. Il est vrai que l'éducation au patrimoine est essentielle pour donner le goût du patrimoine et rendre ainsi le citoyen autonome et volontaire sur les questions de préservation. C'est d'autant plus nécessaire qu'aujourd'hui les collectivités n'ont plus l'argent pour entretenir ce patrimoine. Je le vois bien dans mon département, l'Alsace : faute de financement, il a fallu mettre fin à toutes les politiques d'aide à la protection du patrimoine.
Selon moi, cette mission peut également relever du plan Culture et ruralité.
Mme la présidente. La parole est à M. Adel Ziane.
M. Adel Ziane. Madame la ministre, depuis votre arrivée rue de Valois, vous avez lancé le Printemps de la ruralité, puis le plan Culture et ruralité, censés corriger les inégalités d'accès à la culture hors des grandes métropoles.
Je profite de ce débat pour attirer votre attention sur le fait que, bien souvent, les acteurs ne tirent pas forcément tous dans le même sens, soit parce qu'il y a un défaut de coordination, soit parce que les acteurs publics font des choix différents. De fait, on se retrouve parfois à déshabiller Paul pour habiller Pierre.
Sur le terrain, les élus voient surtout des dispositifs sous-dotés, saturés de critères et difficiles d'accès pour les petites communes, lesquelles se heurtent à des difficultés d'ingénierie pour monter les dossiers. Dès lors, on se cantonne à financer l'existant, les nouveaux projets restent bloqués.
Ainsi, la revue 36 000 communes évoque une très belle initiative lancée par une Drac : Plaine village, dans le cadre du dispositif Villages en fête. Le dispositif sera certes maintenu en 2026, mais il sera resserré et ne bénéficiera malheureusement plus qu'à 50 communes, contre 70 en 2025.
À ces situations s'ajoutent parfois des choix régionaux préoccupants. Ainsi, dans les Pays de la Loire, des coupes budgétaires fortes ont été décidées, qui ont fragilisé l'ensemble du tissu culturel régional. De nombreuses associations nous ont contactés, car on considère qu'elles sont « shootées » à l'argent public. Pourtant, comme j'ai pu le voir, et comme vous le savez, dans le monde rural, les festivals, grâce à leur attractivité et à leur capacité à attirer des visiteurs, ont un indéniable impact économique et font vivre leur territoire.
Enfin, j'ai pu constater, en région Auvergne-Rhône-Alpes par exemple, que des crédits avaient été redéployés des métropoles vers la ruralité. Je le répète, on déshabille Pierre pour rhabiller Paul, comme si l'on devait favoriser l'un au détriment de l'autre.
Madame la ministre, l'État peut-il enfin assumer une politique culturelle financée, lisible et territorialisée, sans opposer territoires ruraux, métropoles et quartiers populaires, en particulier d'un point de vue financier ?