M. Cédric Perrin, rapporteur. Aujourd’hui, le Gouvernement nous présente un budget de 400 milliards d’euros, avec 36 milliards d’euros supplémentaires.

J’ai interrogé le Haut Conseil des finances publiques : où sont passés les 13,3 milliards d’euros promis en 2023 ? J’attends toujours la réponse !

Si ces 13,3 milliards d’euros existent, alors nous arrivons, en les additionnant aux 400 milliards et aux 36 milliards d’euros supplémentaires, à un total de 449,3 milliards d’euros – soit seulement 700 millions d’euros de moins que le total que la commission propose aujourd’hui de mettre sur la balance pour équiper nos armées.

En 2023, nous avons été pris pour les poulets de l’année – soi-disant, nous n’y comprenions rien ; bref, nous étions des imbéciles ! Et trois ans après, que s’est-il passé ? Ce sont les mêmes qui sont venus nous demander les 30 milliards d’euros supplémentaires que nous réclamions en 2023 !

Aujourd’hui, nous demandons simplement que la loi de programmation militaire telle qu’elle a été présentée en 2023 soit appliquée – dotée de 449,3 milliards d’euros, auxquels nous ajoutons une petite poire de 700 millions d’euros.

Nous demandons donc au Sénat d’accepter l’augure d’un possible choc frontal en 2030 – bien entendu, nous prions chaque matin pour que cela n’arrive pas, mais mieux vaut nous tenir prêts.

Mes chers collègues, donnons à nos armées les moyens d’assurer la sécurité de la France et des Français. (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains et sur des travées du groupe UC.)

M. le président. Quel est l’avis du Gouvernement ?

Mme Catherine Vautrin, ministre. Je ne crois pas que les sénateurs présents ce soir se divisent entre ceux qui, en 2023, auraient ignoré les besoins des armées, ceux qui les auraient entendus et, enfin, ceux qui auraient été agacés par l’effort demandé.

Il est incontestable que, dans notre pays, le budget des armées, plus que n’importe quel autre, a subi la déflation. Nous le savons tous : nous étions nombreux à faire partie de la majorité à cette époque.

Les choses sont cependant claires. Rappelons que depuis 2017, un effort constant a été réalisé. En dix ans, le budget des armées a doublé. Personne ne peut nier cette réalité.

Monsieur le rapporteur, nous avons déjà évoqué la question des 413 milliards d’euros cet après-midi. J’ai parlé des ressources extrabudgétaires. Je l’ai dit, le tableau des besoins n’a pas changé : il figure à l’identique dans le projet de loi.

Par ailleurs, vous le répétez suffisamment ici : nous devons nous poser la question des ressources. Quelles recettes pouvons-nous dégager pour augmenter de 14 milliards la surmarche proposée ?

M. Mickaël Vallet. Et pour financer les 36 milliards ?

Mme Catherine Vautrin, ministre. Je parle des 14 milliards supplémentaires qui s’ajouteraient aux 36 milliards, de façon à parvenir à un total de 50 milliards.

En outre, puisqu’il en a été beaucoup question, je veux revenir sur l’objectif de dépenses fixé par l’Otan en points de pourcentage de notre PIB. Concrètement, qu’incluons-nous dans les dépenses françaises affectées à la défense ?

J’ai lu, ce soir, plusieurs tweets saluant l’affectation de 300 millions d’euros en faveur de la gendarmerie. Cela signifie donc que le budget de la gendarmerie est en partie financé par celui de la défense. C’est en effet ce que vous avez voté plus tôt.

Dans ce cas, il faut logiquement considérer que vous avez d’ores et déjà augmenté le pourcentage du PIB alloué à la défense, puisque celui-ci inclut les dépenses de gendarmerie ! Celles-ci représentent quasiment 0,5 % du PIB. Dans ce cas, il n’est pas nécessaire de prévoir 14 milliards d’euros supplémentaires pour atteindre la cible fixée par l’Otan.

De surcroît, au nom de notre devoir de vérité, rappelons que, même si le Sénat inscrit ces 14 milliards d’euros supplémentaires dans le projet de loi d’actualisation, portant la surmarche à 50 milliards d’euros, cette décision sera conditionnée par le vote des lois de finances successives. Dans tous les cas, il faudra discuter de ce travail de formatage dès la fin de l’examen de ce texte pour définir les évolutions, en intégrant les parlementaires, les armées et tous ceux qui travaillent sur le sujet de la défense.

Le Gouvernement vous propose un effort considérable. Nous avons entendu les demandes du Sénat depuis 2023 : c’est pour cette raison que nous prévoyons 36 milliards d’euros supplémentaires. Nous souhaitons donc nous en tenir à ce montant.

Par souci de cohérence, le Gouvernement émet un avis défavorable sur l’amendement n° 173.

M. le président. La parole est à M. le rapporteur.

M. Cédric Perrin, rapporteur. Je précise que la commission émet un avis défavorable sur l’amendement n° 173.

Le budget proposé atteint 383 milliards d’euros. En tenant compte de l’inflation, cela revient finalement à 350 milliards d’euros, soit un montant bien inférieur au budget dont bénéficiaient les armées avant l’élection du président Macron, et qui a ensuite augmenté progressivement.

Lorsque la loi de programmation militaire de 2023 a été votée, Bercy proposait un effort de 370 milliards d’euros, le Président de la République, 400 milliards, et le président de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées, Christian Cambon, 430 milliards.

Il n’est donc pas envisageable de revenir à 383 milliards d’euros. Une telle décision donnerait peut-être satisfaction à celles et à ceux qui voudraient supprimer les chars au motif qu’ils n’auraient plus d’utilité ; malheureusement, cela ne leur permettrait pas d’acheter des drones en contrepartie ! Nous ne pouvons donc pas considérer cette éventualité. Ce serait un coup de frein à main : nous ferions un virage à 180 degrés ! J’y suis totalement opposé.

Je veux rappeler une donnée importante en matière de financement.

Sur le site internet de Bercy, on trouve un graphique qui donne un ordre de grandeur du poids que représente la défense dans l’économie nationale.

M. Mickaël Vallet. Vous nous l’avez déjà dit.

M. Cédric Perrin, rapporteur. J’y reviens, car cela me paraît important.

Sur 1 000 euros d’impôt, 561 euros sont consacrés à la protection sociale, 88 euros à l’éducation nationale, 31 euros à la défense, 25 euros à la sécurité intérieure et 5 euros à la justice. (Marques dapprobation sur les travées du groupe Les Républicains. – M. Christian Cambon renchérit.)

Autrement dit, dans notre pays, le régalien représente 60 euros des 1 000 euros d’impôt que paierait un contribuable.

Comment pourrait-on considérer que le social serait sacrifié au profit de la défense, quand l’écart entre l’un et l’autre varie de 1 à 15 ? C’est complètement inexact ! Je le répète, sur 1 000 euros d’impôt, la protection sociale reçoit 561 euros, la défense 31 euros – et nous proposons d’ajouter à ce montant 4 ou 5 euros : ce n’est en rien un sacrifice de notre système social. Soyons réalistes ! Il faudra faire des choix : c’est une évidence.

M. Didier Marie. Alors, revoyez la fiscalité !

M. Cédric Perrin, rapporteur. Les chiffres sont clairs : 561 euros contre 31 euros !

Je veux enfin revenir sur la gendarmerie. J’avais parfaitement conscience, lorsque j’ai déposé l’amendement visant à rehausser l’effort à 50 milliards d’euros, que cela ne plairait pas à Mme la ministre. En effet, c’est la loi du 24 janvier 2023 d’orientation et de programmation du ministère de l’intérieur (Lopmi) qui devrait financer la gendarmerie.

Le précédent chef d’état-major des armées, le général Burkhard, a théorisé la guerre de haute intensité. Celle-ci débute avec la guerre hybride, dans les domaines de l’information, du cyber et du numérique. Or, si nous ne parvenons pas à contenir la guerre à ce premier stade, celle-ci évolue vers la haute intensité.

Si la France devait s’engager dans une confrontation à l’est de l’Europe, hors du territoire national, il est évident que celui-ci en subirait néanmoins les conséquences.

Mme Catherine Vautrin, ministre. Eh oui !

M. Cédric Perrin, rapporteur. Il y aurait des sabotages, de la lutte informationnelle, des actions menées par des commandos. Et qui serait alors chargé d’assurer la sécurité des Français ? La gendarmerie nationale !

M. Cédric Chevalier. Et la police !

M. Bruno Retailleau. Bien sûr : c’est la défense opérationnelle du territoire.

M. Cédric Perrin, rapporteur. Nous reparlerons de la police.

La défense opérationnelle du territoire nécessite des moyens. Or, aujourd’hui, la gendarmerie est à l’os. Regardons ses équipements : certes, elle dispose de quelques Centaure, mais les Famas arriveront en fin de vie dès l’année prochaine.

Le directeur général de la gendarmerie l’a dit devant notre commission, qui s’intéresse aussi à ces sujets : il manque 850 millions d’euros pour équiper la gendarmerie afin de faire face à des chocs éventuels sur le territoire national.

Aussi, en déposant notre amendement en commission et en réclamant 14 milliards d’euros supplémentaires – ce qui est une charge considérable, nous le savons –, nous avons aussi souhaité permettre à la gendarmerie de mieux s’équiper pour faire face à une telle confrontation.

Certains trouveront peut-être cela aberrant, mais le Sénat conserve toute sa légitimité à débattre des budgets et à poser des questions ! Et il n’y a rien de scandaleux à interroger le Gouvernement et à lui soumettre certaines de nos propositions. Nous ne sommes pas totalement stupides ! Nous amendons le texte de manière à faire évoluer, je l’espère, les positions.

En tout cas, les amendements qu’a déposés la commission l’ont été en toute réflexion. Et grâce à nos propositions, nous avons donné satisfaction au Premier ministre qui, il y a peu de temps, était ministre des armées. Personne n’oserait prétendre que M. Lecornu ne connaît rien aux armées ! Dans un tweet publié le 23 février 2025, il expliquait que notre modèle d’armées datait des années 2010 et qu’il ne correspondait plus aux besoins actuels. Il rappelait ainsi qu’il nous manquait notamment trente Rafale, trois frégates et du matériel terrestre. Aujourd’hui, nous lui donnons satisfaction : je pense qu’il en sera heureux ! (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains.)

M. le président. La parole est à Mme Cécile Cukierman, pour explication de vote.

Mme Cécile Cukierman. Madame la ministre, l’amendement déposé par le Gouvernement nous fait entrer dans l’un des sujets les plus épineux de ce projet de loi. Personne n’aurait pu l’anticiper avant l’examen du texte par la commission. Celle-ci nous propose en effet de rehausser l’ajustement auquel procède le projet de loi de 14 milliards d’euros supplémentaires.

Puisque le vote sur ces amendements fera l’objet d’un scrutin public, il n’y aura pas de secret. Aussi, j’annonce que notre groupe, dans la continuité de la question préalable opposée par Pascal Savoldelli et de l’intervention, dans la discussion générale, de Michelle Gréaume, votera, quoi qu’il en soit, contre ce projet de loi à l’issue de son examen.

Madame la ministre, nous refusons l’effort de 36 milliards d’euros qui nous est demandé. Par conséquent, monsieur le rapporteur, nous ne pouvons pas davantage accepter les 14 milliards d’euros supplémentaires que propose d’ajouter la commission.

Je m’en explique.

Tout d’abord, je ne sais pas à quel choc frontal nous devrons faire face en 2030, car j’ignore quelle sera la situation de notre pays après 2027. Je ne prendrai donc pas d’engagement, ni dans un sens ni dans l’autre. Je ne voterai pas pour ces milliards d’euros supplémentaires, qui seront autant de sacrifices au détriment des services publics utiles aux Françaises et aux Français chaque jour. Nous vivrons peut-être sous un gouvernement sur lequel nous n’aurons aucune maîtrise et qui conduira notre pays vers un destin qui ne nous engagera peut-être pas collectivement.

Certains trouveront peut-être cette référence quelque peu nostalgique, mais, fidèles à l’esprit de Jaurès, nous déclarons la guerre à la guerre.

Aussi, plus nous augmenterons le budget des armées, plus nous ferons la guerre et moins nous satisferons les besoins des femmes et des hommes de notre pays.

C’est pour ces raisons que nous voterons en faveur de ces amendements identiques, afin d’éviter la surenchère. Pour autant, ce vote ne nous fera pas dévier, in fine, de notre position lors du scrutin sur l’ensemble du projet de loi qui aura lieu la semaine prochaine.

M. le président. La parole est à M. André Guiol, pour explication de vote.

M. André Guiol. Les membres de mon groupe ont suffisamment rappelé, dans leurs interventions, que nous étions favorables à la reconstitution de nos stocks, à la consolidation de notre base industrielle et à la nécessité de se préparer face à un monde plus dur.

Parce que la défense nationale est une affaire sérieuse, elle ne peut pas être traitée comme un simple outil d’affichage.

La commission a souhaité ajouter 14 milliards d’euros supplémentaires à la trajectoire proposée par le Gouvernement. L’intention peut se comprendre et le président Perrin l’a parfaitement défendue.

La question principale subsiste toutefois : comment financerons-nous cette nouvelle marche ?

À ce stade, mes chers collègues, personne n’a répondu clairement à cette question. Or nous ne pouvons pas voter une trajectoire dont chacun sait qu’elle reposera en pratique sur une augmentation de la dette.

Il y a sur ce point une forme d’inconstance politique que nous devons pointer du doigt. À chaque débat budgétaire, sur les travées de droite de cet hémicycle, on explique que la dépense publique doit être contenue, que l’État doit se discipliner, que les collectivités doivent participer à l’effort et que l’endettement n’est plus soutenable. Et voilà que 14 milliards d’euros supplémentaires apparaissent sans recettes ni arbitrages !

Ce n’est pas notre conception de la responsabilité budgétaire. Si certains souhaitent aller plus loin, qu’ils nous indiquent les recettes qu’ils souhaitent mobiliser, les dépenses qu’ils réduiront et les choix qu’ils assument devant les Français.

Pour ces raisons, le groupe RDSE ne votera pas cette nouvelle surmarche. Une partie de ses membres voteront en faveur de l’amendement du Gouvernement, identique à l’amendement n° 123, non par mépris des exigences de notre défense, mais par souci de sincérité envers nos armées et notre pays. (Applaudissements sur les travées du groupe RDSE et sur des travées du groupe SER.)

M. Mickaël Vallet. Très bien !

M. le président. La parole est à M. Rachid Temal, pour explication de vote.

M. Rachid Temal. Au préalable, je veux dire aux uns et aux autres que notre hémicycle ne se divise pas entre ceux qui auraient le sens de l’Histoire et qui soutiendraient nos forces armées, et les autres. Gardons-le à l’esprit : il suffit de regarder les votes. Par ailleurs, je rappelle que l’augmentation du budget des forces armées a débuté sous le quinquennat de François Hollande.

En outre, le projet de loi que nous voterons mardi prochain ne nous oblige en rien. À vous écouter, il suffit de voter ces 14 milliards d’euros supplémentaires, et roulez jeunesse ! Mais cela n’est pas vrai, je le répète. Il y aura une élection présidentielle…

M. Cédric Perrin, rapporteur. Alors, votez ce texte !

M. Rachid Temal. Permettez-moi d’aller au bout de mon propos : je vous expliquerai pourquoi je ne le voterai pas.

L’élection présidentielle aura donc lieu. Tout ce que nous votons aujourd’hui est donc de l’ordre du virtuel !

La sincérité à laquelle nous a appelés M. Guiol nous empêche de dire aux forces armées que nous leur donnons 14 milliards d’euros de plus, alors que tout le monde, sur ces travées, sait que ce n’est pas vrai : l’élection présidentielle sera probablement suivie d’une nouvelle loi de programmation militaire !

Cher Cédric Perrin, vous avez évoqué l’affectation des recettes fiscales : permettez-moi de vous rappeler que notre modèle social n’est pas financé par l’impôt. Il ne faut donc pas tout mélanger : ce n’est pas la même chose.

Par ailleurs, dans La Tribune Dimanche, le président Larcher annonçait vouloir réduire le budget de l’État. La question se pose donc ! Nous avons fait des propositions pour financer cet effort. Dès lors, nous devons débattre des moyens concrets permettant de financer ces 50 milliards d’euros, ou, du moins, ces 14 milliards supplémentaires.

Voulez-vous augmenter les impôts ? Non !

M. Christian Cambon. Parlez pour vous !

M. Mathieu Darnaud. On vous les laisse, ces augmentations !

M. Rachid Temal. Voulez-vous réduire le modèle social ? Non !

La différence entre vous et moi, c’est que mon groupe est responsable, car il propose des pistes de recettes !

M. Mathieu Darnaud. C’est si rare !

M. Rachid Temal. Quant à vous, vous suggérez simplement de laisser filer les déficits et de détruire le modèle social, pour une mesure qui n’est pas sérieuse, parce qu’elle n’a aucune réalité ! Voilà ce qui nous différencie. (Mme Marie-Arlette Carlotti renchérit.)

M. le président. La parole est à Mme Nicole Duranton, pour explication de vote.

Mme Nicole Duranton. Madame la ministre, le groupe RDPI votera votre amendement de rétablissement du texte initial. Nous partageons tous la volonté de renforcer nos armées ; pour autant, soyons réalistes : notre cadre budgétaire est contraint et les débats à venir sur le projet de loi de finances pour 2027 s’annoncent particulièrement complexes.

Ces 36 milliards d’euros représentent déjà un effort important. Où trouver 14 milliards supplémentaires, si ce n’est en coupant dans d’autres budgets essentiels aux besoins des Français ?

L’élection présidentielle de 2027, le prochain livre blanc et la future loi de programmation militaire seront l’occasion de débattre du format de nos armées.

M. le président. La parole est à M. Dominique de Legge, pour explication de vote.

M. Dominique de Legge. Je ne suis sans doute pas le plus compétent pour évaluer le nombre de Rafale dont nous avons besoin, mais tout le monde en appelle à la sincérité : permettez-moi donc de parler avec la sincérité de l’épicier breton qui fait ses comptes.

Madame la ministre, les recettes exceptionnelles – ces fameux 13,3 milliards d’euros – ne sont pas une invention du Sénat : c’est le Gouvernement qui les a évoquées. Nous sommes bien d’accord sur ce point. (Mme la ministre acquiesce.)

Sur ces 13,3 milliards d’euros, je vous concède que 5,9 milliards sont bien de vraies recettes. Le reste correspond à ce que vous qualifiez pudiquement de marges frictionnelles. Je ne doute pas que vous sachiez ce que recouvre ce terme ; en ce qui me concerne, même après qu’on me l’a expliqué, je n’ai toujours pas compris.

En revanche, ce que j’ai bien compris, c’est que cet argent – le solde, soit 7,4 milliards d’euros –, nous ne l’avons pas ! (Sourires sur les travées du groupe Les Républicains.) La commission des affaires étrangères estime qu’il serait bon que ces 7,4 milliards d’euros soient des recettes budgétaires.

Ensuite, vous avez rappelé que vous vous battez chaque année, sans toujours obtenir le succès que vous méritez, pour récupérer le pognon que Bercy vous a piqué – pardonnez-moi l’expression, mais elle résume bien la situation. Ce montant représente 1,5 milliard d’euros depuis 2023.

Nous en sommes donc à 8,9 milliards d’euros.

Enfin, la LPM fixe un objectif que je partage totalement et que j’ai envie de vous aider à réaliser : c’est le fameux report de charges. Là-dessus, vous avez réussi à passer de 3,8 milliards à plus de 8 milliards en moins de deux ans – c’est une performance ! Si l’on vous suit bien, vous souhaitez parvenir à un report de charges de 13 %, soit 4 milliards d’euros.

En additionnant ces montants, j’arrive à un peu plus de 13 milliards. Ils sont là, les 14 milliards de M. le rapporteur.

Voilà comment on arrive à présenter un budget sincère !

Madame la ministre, vous nous demandez où nous trouverons l’argent. Mais pourquoi ne vous posez-vous pas cette question…

M. Mickaël Vallet. Pour les 36 milliards !

M. Dominique de Legge. … pour la charge de la dette ?

La charge de la dette a été multipliée par deux en cinq ans, ce qui représente 34 milliards d’euros supplémentaires, alors que, sur la même période, le budget de la défense a progressé de 17 milliards d’euros.

La charge de la dette augmente donc deux fois plus vite que le budget des armées ! Or vous vous demandez où trouver l’argent nécessaire à ce budget, question que vous ne vous posez pas à propos du financement de la charge de la dette.

Je voterai donc contre ces amendements de rétablissement de la répartition initiale. (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains et sur des travées du groupe UC.)

M. Mickaël Vallet. C’est un raisonnement de jésuite !

M. le président. La parole est à M. Pascal Allizard, pour explication de vote.

M. Pascal Allizard. Madame la ministre, vous nous avez rappelé qu’il y a une vingtaine d’années, vous apparteniez à une majorité qui a fortement réduit les budgets de la défense : c’est exact.

En 2008, alors que j’étais seulement un jeune élu local, j’ai suivi une formation à l’Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN), où l’on nous expliquait que nous arrivions à la fin de l’Histoire et qu’il fallait toucher les dividendes de la paix. Tout le monde en était très content : les parlementaires et le gouvernement de l’époque s’en satisfaisaient, parce que cela permettait de réduire les dépenses et le déficit budgétaire, tout comme l’opposition, qui proposait d’affecter ces crédits à d’autres politiques.

Tout cela a duré plusieurs années. Puis la majorité de gauche et le gouvernement de M. Hollande sont arrivés. Je le dis sans esprit polémique, car nombre d’entre nous siégeaient déjà dans cette assemblée : il a fallu que les attentats se produisent et que nous nous retrouvions à Versailles dans des circonstances très douloureuses pour que nous prenions tous conscience de la nécessité du réarmement. Et les choses ont changé.

M. Rachid Temal. C’était donc mieux que sous Sarkozy ?

M. Pascal Allizard. Donc, les choses ont changé et nos dépenses de défense ont progressivement retrouvé le chemin de la croissance. Il fallait d’ailleurs réarmer le pays au sens littéral, mais aussi au sens moral. Nous y avons tous travaillé.

Notre débat s’inscrit dans cette stricte perspective.

Lors de l’examen de la dernière loi de programmation militaire, Christian Cambon était président de la commission et rapporteur du texte. J’étais vice-président de la commission mixte paritaire. Nous avons eu de longs débats sur la problématique de l’inflation. À cet égard, notre collègue de Legge a excellemment démontré, à l’instant, la nécessaire sincérité des chiffres.

C’est pourquoi, mes chers collègues, si nous voulons vraiment faire preuve de sincérité, il faut absolument soutenir l’inscription de ces 14 milliards d’euros supplémentaires. Il ne s’agit pas de faire une fixation sur ce montant : seulement, parce qu’il correspond à la réalité des besoins, il aurait dû figurer dans la LPM dès le début. (Applaudissements sur les travées du groupe Les Républicains. – M. Franck Menonville applaudit également.)

M. Christian Cambon. Très bien !

M. Rachid Temal. On rase gratis…

M. le président. La parole est à M. Guillaume Gontard, pour explication de vote.

M. Guillaume Gontard. Je rejoins M. le rapporteur sur la nécessité d’anticiper, de prévoir et de planifier. Cependant, cet hémicycle ne se divise pas entre, d’un côté, ceux qui sauraient prédire l’avenir, et de l’autre, ceux qui n’y comprendraient rien.

M. Laurent Duplomb. Les écolos savent souvent prédire l’avenir ! (M. Akli Mellouli sexclame.)

M. Guillaume Gontard. La question de la prévision est en effet importante. Cependant, pour prévoir, il faut élargir la focale.

Nous sommes en train de construire une armée en prévoyant que nous devrons faire face à des conflits. Soit, mais nous oublions tout un autre pan.

Construire une armée est une chose, même si personne ne sait précisément ce qui arrivera dans l’avenir.

En revanche, nous savons que nous aurons bien d’autres besoins dans de nombreux autres domaines, par exemple l’action diplomatique. Or nous sabrons complètement ses crédits ! De même, alors que l’aide au développement est un élément de la stabilité internationale, là encore, nous sabrons ses crédits. Je pourrais poursuivre.

Nous nous interrogeons sur la sincérité financière et sur les ressources dont nous disposons. Sur ce sujet, je constate que la droite est très forte pour trouver de l’argent qui semble tombé du ciel. En revanche, sur de nombreux autres sujets, les mêmes nous expliquent qu’il est impossible de faire quoi que ce soit.

Sans savoir lire l’avenir, il suffit de regarder les chiffres. En France, 40 000 personnes meurent chaque année des conséquences de la pollution, et on recense 65 000 décès liés au réchauffement climatique. Serons-nous en mesure de nous attaquer à cette problématique ?

Aujourd’hui, la droite arrive à faire tomber les milliards, d’un coup d’un seul. Sans doute aurions-nous intérêt à rééquilibrer un peu les choses.

Cette exigence de sincérité vaut tant pour les 36 milliards proposés par Mme la ministre que pour les 50 milliards que réclame la commission. Quels choix politiques ferez-vous ? Quels services publics abandonnerez-vous pour financer cet objectif ? Pour l’heure, je n’ai entendu aucune réponse.

Mon groupe votera ces amendements de rétablissement d’une trajectoire beaucoup plus raisonnable, tout en réservant son vote sur l’ensemble.

M. le président. La parole est à M. Marc Laménie, pour explication de vote.

M. Marc Laménie. Il est vrai que nous sommes confrontés à un dilemme certain. Les explications de nos collègues, du président – et rapporteur – de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées, ainsi que de son prédécesseur, Christian Cambon, qui connaît bien ces sujets, sont éclairantes. Chacun a ses arguments, et ils sont respectables.

Comme Dominique de Legge, rapporteur pour avis de la commission des finances et rapporteur spécial de la mission « Défense », l’a fort justement rappelé, la notion de sincérité est essentielle.

Nous sommes attachés à la défense et à nos militaires. Il faut les soutenir, même si, malheureusement, l’armée, qui a perdu de nombreuses unités, n’est plus présente dans certains départements. Un régiment important, le 3e régiment du génie, est heureusement stationné dans les Ardennes.

Nous sommes donc réellement conscients que la tâche est immense et qu’il faut des moyens financiers et humains.

Le dilemme réside dans le fait que d’autres ministères ont aussi de grands besoins pour assumer leurs missions. On le dit toujours, avec l’éducation nationale et la charge de la dette, la défense est l’un de nos trois principaux postes de dépenses. Toutefois, énormément reste à faire dans d’autres ministères – la sécurité, la justice, les missions régaliennes, ceux qui sont chargés des trois fonctions publiques. Le dilemme est donc bien réel.

Dans notre groupe, chacun se prononcera comme il l’entend sur ces amendements identiques. Tous les choix sont respectables. À titre personnel, je voterai en leur faveur.