M. le président. La parole est à Mme Évelyne Perrot, pour le groupe Union Centriste. (Applaudissements sur les travées du groupe UC et sur des travées du groupe du RDSE.)
Mme Évelyne Perrot. Ma question s'adresse à M. le ministre du travail et des solidarités.
À l'approche de l'été, de nombreux étudiants et jeunes, pas forcément diplômés, cherchent un emploi saisonnier pour financer leurs études et faire face à l'augmentation du coût de la vie. Certains secteurs, tels que ceux de l'animation, de l'événementiel, de la restauration et de l'hôtellerie, sont plus propices. Malheureusement, les jeunes ne peuvent pas tous postuler pour le Festival d'Avignon, le Tour de France ou dans les stations balnéaires où fleurissent les restaurants et les hôtels bondés de touristes. Les centres de loisirs et autres colonies de vacances sont souvent saturés.
La situation géographique des demandeurs dans des lieux plus ou moins touristiques, le réseau des parents et des connaissances, voilà ce qui constitue souvent les seuls critères de réussite pour l'obtention d'un petit travail.
Dans ma région, plus particulièrement dans mon département de l'Aube, il était de tradition de participer aux vendanges. Aujourd'hui, ce job difficile et exigeant n'attire plus les jeunes générations, qui préfèrent travailler dans des secteurs correspondant davantage à leurs études ou centres d'intérêt ou qui cherchent des emplois gratifiants pour leur CV.
L'État a mis en place des dispositifs qui permettent aux jeunes d'accéder à des emplois dans un encadrement strict et efficace. Force est de constater que les demandes affluent et que beaucoup ne trouvent pas d'emploi estival, ce qui a des conséquences considérables sur leur pouvoir d'achat, voire sur leur cursus universitaire.
Deux questions s'imposent : comment attirer les jeunes dans les secteurs d'activité qui ne correspondent pas forcément à leur profil ? Comment aider les employeurs à faire face à la demande de plus en plus forte de ces derniers ? (Applaudissements sur les travées du groupe UC et sur des travées du groupe du RDSE. – M. Vincent Louault applaudit également.)
M. le président. La parole est à M. le ministre du travail et des solidarités.
M. Jean-Pierre Farandou, ministre du travail et des solidarités. Madame la sénatrice, vous avez raison, il faut encourager les jeunes qui le souhaitent à faire des jobs étudiants, que ce soit l'été ou tout au long de l'année. Ces stages ou petits jobs permettent de créer un lien entre les jeunes et l'entreprise, et je tiens beaucoup à ce lien.
Le taux d'emploi des jeunes progresse, il a atteint un niveau historique, jamais vu depuis trente-cinq ans, mais nous sommes encore en deçà des meilleurs élèves européens.
C'est la raison pour laquelle mes collègues chargés de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la jeunesse et moi-même avons lancé un grand plan, intitulé Emploi futur, pour améliorer l'insertion des jeunes dans le travail. Dans ce plan figure le sujet que vous évoquez : comment aider les jeunes à trouver un job étudiant de qualité, qui ne menace pas la conduite de leurs études ?
À cette fin, nous travaillons, avec les représentants des entreprises, pour préparer d'ici à la rentrée, une charte qualité afin de vérifier que les études, qui sont l'essentiel, soient compatibles avec la tenue d'un emploi. L'été, cela pose un peu moins problème, mais c'est un sujet important.
Un job étudiant permet d'obtenir un petit gain financier, ce qui n'est pas négligeable. C'est aussi le moyen d'entrer dans le monde de l'entreprise, d'être confronté aux exigences de la production, du travail en équipe, de la relation avec des clients, bref d'avoir une première expérience du monde professionnel.
Un volet de notre plan Emploi futur est consacré à l'orientation, un sujet également très important. Ces stages sont aussi une manière de connaître les entreprises et de voir si on est attiré ou non par tel ou tel métier. Ils constituent parfois aussi une bonne motivation pour s'orienter vers un métier de cadre plutôt que de rester à un niveau inférieur de qualification, donc pour poursuivre et réussir ses études.
Nous devons donc travailler, d'une part, à rédiger la charte qualité que j'ai évoquée, d'autre part, à étendre le nombre d'entreprises qui proposent des jobs étudiants de qualité, que ce soit l'été ou le reste de l'année. Pour cela, nous allons en particulier travailler avec le groupement d'intérêt public (GIP) « Les entreprises s'engagent », qui regroupe 200 000 entreprises.
La jeunesse est une priorité pour le Gouvernement, en particulier pour le ministre du travail et des solidarités. (Applaudissements sur les travées du groupe RDPI. – M. Michel Masset applaudit également.)
M. le président. Nous en avons terminé avec les questions d'actualité au Gouvernement.
Mes chers collègues, nous allons maintenant interrompre nos travaux quelques instants.
La séance est suspendue.
(La séance, suspendue à seize heures vingt-cinq,
est reprise à seize heures quarante, sous la présidence de M. Loïc Hervé.)
PRÉSIDENCE DE M. Loïc Hervé
vice-président
M. le président. La séance est reprise.
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Mise au point au sujet de votes
M. le président. La parole est à Mme Brigitte Bourguignon, pour une mise au point au sujet de votes.
Mme Brigitte Bourguignon. Lors du scrutin public n° 298 du 9 juin 2026 portant sur l'ensemble de la proposition de loi visant à exercer l'accès à l'emploi, à pérenniser et à étendre progressivement l'expérimentation « territoires zéro chômeur de longue durée » comme solution de retour à l'emploi pour les personnes privées durablement d'emploi, Mme Catherine Morin-Desailly souhaitait voter pour et M. Guislain Cambier souhaitait s'abstenir.
M. le président. Acte vous est donné de votre mise au point, ma chère collègue. Elle figurera dans l'analyse politique du scrutin concerné.
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Moniteurs de ski stagiaires
Adoption définitive d'une proposition de loi dans le texte de la commission
M. le président. L'ordre du jour appelle, à la demande du groupe Les Républicains, les explications de vote et le vote sur la proposition de loi, adoptée par l'Assemblée nationale, visant à ouvrir le dispositif de réduction d'activité aux moniteurs de ski stagiaires (proposition n° 483 [2023-2024], texte de la commission n° 684, rapport n° 683).
La conférence des présidents a décidé que ce texte serait discuté selon la procédure de législation en commission prévue au chapitre XIV bis du règlement du Sénat.
La parole est à M. le ministre délégué.
M. Michel Fournier, ministre délégué auprès de la ministre de l'aménagement du territoire et de la décentralisation, chargé de la ruralité. Monsieur le président, monsieur le rapporteur, mesdames, messieurs les sénateurs, élu des Vosges, je sais ce que représente une station de ski pour un territoire rural de montagne. La Bresse, Gérardmer, Le Hohneck : ces noms résonnent bien au-delà de nos frontières départementales. Ce sont des lieux où des familles reviennent d'année en année, où des emplois se maintiennent grâce à une saison d'hiver, où, surtout, un village trouve sa visibilité, son attractivité, son avenir.
Ces territoires, je m'en sens directement comptable, en tant que ministre chargé de la ruralité, mais aussi en tant qu'élu vosgien. La montagne, je l'ai dans mon portefeuille ministériel et dans mon quotidien d'élu.
C'est pourquoi je suis heureux de défendre aujourd'hui ce texte au nom du Gouvernement, en remplacement de ma collègue Marina Ferrari, ministre des sports, de la jeunesse et de la vie associative, dont je vous remercie de bien vouloir excuser l'absence.
Dans les Vosges, les Pyrénées, le Jura, les Alpes, le Massif central et la Corse, plus de 54 millions de journées de ski ont été enregistrées au cours de l'hiver 2024-2025. Ce chiffre, le dernier consolidé, est en progression de plus de 5 % et place notre pays en seconde position mondiale. Il témoigne de l'attachement des Français et des visiteurs étrangers à nos domaines skiables. Il témoigne surtout du dynamisme d'une économie de montagne qui, dans certains de nos départements, représente jusqu'à la moitié de la richesse produite. Pour des territoires souvent éloignés des grands centres, la saison de ski est bien davantage qu'une activité touristique : c'est un pilier de l'emploi, du tissu local, de la vie des communes de montagne.
Ces résultats, nous les devons aux femmes et aux hommes qui travaillent au quotidien dans nos massifs. Ce sont des professionnels dont l'excellence repose sur une formation exigeante dispensée par l'École nationale des sports de montagne et par l'École nationale de ski et d'alpinisme, ainsi que sur une organisation syndicale qui garantit la présence d'écoles de ski dans tous les massifs.
Plus de quatre-vingts ans après la création de la première École nationale du ski français, cette exigence continue de permettre à des millions de Français et de touristes étrangers d'apprendre à skier grâce à nos quelque 20 000 moniteurs, qui doivent leur réputation à un diplôme d'État prestigieux. C'est d'ailleurs le premier à avoir été créé dans le domaine du sport.
L'excellence des écoles de ski françaises doit aussi beaucoup à un mécanisme original de solidarité intergénérationnelle, instauré dès 1963 par le Syndicat national des moniteurs du ski français. Le principe en est simple et est toujours pertinent : permettre l'insertion professionnelle des jeunes moniteurs en réduisant progressivement l'activité de ceux qui approchent de la retraite, afin de libérer des heures d'enseignement pour ces nouveaux entrants.
Ce dispositif a fait ses preuves. Toutefois, à la fin des années 2000, il a été fragilisé par des contestations juridiques de moniteurs seniors qui y voyaient une forme de discrimination fondée sur l'âge. Le législateur a tranché, en conférant à ce dispositif une base légale solide. Ainsi, la loi du 26 mai 2014 visant à mettre en place un dispositif de réduction d'activité des moniteurs de ski ayant atteint l'âge d'ouverture du droit à une pension de retraite, afin de favoriser l'activité des nouveaux moniteurs constitue encore aujourd'hui le socle de ce mécanisme. De l'avis unanime des acteurs de terrain, cette loi a produit des résultats positifs en matière d'insertion professionnelle des jeunes moniteurs.
Pour autant, le mécanisme présente encore une limite.
À ce jour, les moniteurs stagiaires, c'est-à-dire ceux qui suivent le cursus de formation au diplôme d'État, en sont exclus, alors même qu'ils assurent déjà des heures de cours dans les écoles de ski dans le cadre de leurs stages pédagogiques. Cette situation n'est juste ni pour les jeunes en formation ni pour le bon fonctionnement des écoles qui les accueillent.
C'est précisément l'objet de cette proposition de loi : étendre le bénéfice du dispositif aux moniteurs stagiaires de moins de 30 ans. Pour mesurer les enjeux concrets de ce texte, je vous livre quelques chiffres. Plus de 18 000 éducateurs disposent aujourd'hui d'une carte professionnelle active. Près de 20 % d'entre eux ont 64 ans ou plus, soit environ 3 600 moniteurs éligibles à la réduction progressive d'activité. En bas de la pyramide, environ 5 800 jeunes de moins de 30 ans sont susceptibles d'enseigner le ski, parmi lesquels 60 % sont des stagiaires, ce qui représente quelque 3 400 moniteurs en formation. Ce sont ces 3 400 jeunes que la proposition de loi entend mieux protéger.
Ce texte leur permettra d'accéder à davantage d'heures d'enseignement pendant leur formation, de financer plus sereinement un cursus long et exigeant – il faut en moyenne sept ans pour obtenir le diplôme – et de s'insérer dans une profession essentielle, non seulement pour l'économie touristique de nos massifs, mais pour l'équilibre de la pluriactivité montagnarde.
En ouvrant ce dispositif aux stagiaires, nous consolidons la transmission des savoir-faire propres aux métiers de la montagne. Surtout, nous renforçons la résilience économique d'un secteur qui fait vivre des villages, des vallées entières, des territoires ruraux, qui n'ont souvent guère d'autres leviers.
Le Gouvernement est favorable à ce texte, qui s'inscrit dans la parfaite continuité de la loi du 26 mai 2014, elle-même adoptée à l'unanimité à l'Assemblée nationale et par un vote conforme au Sénat. Mesdames, messieurs les sénateurs, je forme le vœu que la proposition de loi qui vous est soumise aujourd'hui connaisse le même sort et soit adoptée sans modification, pour produire, dès la prochaine saison, ses effets au bénéfice des jeunes moniteurs de nos écoles de ski et de nos montagnes.
Je salue le président du Syndicat national des moniteurs du ski français, Éric Brèche, ainsi que les membres de l'Association nationale des élus de la montagne, notamment Mme Frédérique Espagnac, pour le travail constant qu'elle réalise sur ces thèmes. Enfin, j'ai une pensée pour Marie-Noëlle Battistel, députée, auteure du texte déposé le 17 octobre 2023 à l'Assemblée nationale et très investie sur cette question. (Applaudissements sur les travées du groupe RDPI.)
M. le président. La parole est à M. Jean Sol, en remplacement de Mme Pascale Gruny, rapporteur de la commission des affaires sociales. (Applaudissements sur les travées des groupes Les Républicains et RDPI.)
M. Jean Sol, en remplacement de Mme Pascale Gruny, rapporteur de la commission des affaires sociales. Monsieur le président, monsieur le ministre, mes chers collègues, nos montagnes figurent parmi les plus grands atouts de notre pays, tout particulièrement lorsqu'elles se parent de leur manteau blanc.
Chaque année, plus de 10 millions de visiteurs rejoignent nos domaines skiables. Reconnus pour leurs compétences, leur professionnalisme et leur passion, les moniteurs de ski français concourent pleinement à l'attractivité de nos massifs et à l'excellence sportive de notre pays. Ils sont aujourd'hui plus de 18 000. Une très vaste majorité d'entre eux adhèrent au Syndicat national des moniteurs de ski français (SNMSF), dont je salue le président, présent dans les tribunes, qui fédère les 200 écoles du ski français (ESF).
Bien que les moniteurs de ski soient des professionnels libéraux indépendants, leur profession est fortement structurée par le SNMSF. C'est une force puisque, depuis 1945, les ESF ont bâti une marque française de l'enseignement des sports d'hiver, dont la qualité est aujourd'hui incontestée.
Dans les années 1960, le Syndicat national des moniteurs de ski français a mis en place un système de partage de l'activité entre les seniors et les jeunes diplômés. Le législateur est intervenu en 2014 pour en stabiliser les paramètres et garantir des règles de répartition justes et équitables. Ce mécanisme de solidarité intergénérationnelle, unique en son genre, permet aux écoles de ski de réduire l'activité des moniteurs ayant atteint l'âge légal de départ à la retraite au profit des moniteurs diplômés de moins de 30 ans, afin de favoriser l'insertion professionnelle de ces derniers.
La réduction de l'activité des seniors ne peut dépasser certains seuils, la validation de deux trimestres d'assurance vieillesse par an leur est garantie, et les heures de cours liées aux sollicitations de la clientèle personnelle sont exclues du dispositif.
Les représentants des moniteurs de ski s'accordent à dire qu'aujourd'hui ce pacte intergénérationnel donne pleine satisfaction, à un détail près toutefois. En effet, en l'état actuel de la législation, les moniteurs stagiaires ne peuvent pas en bénéficier. Dans le cadre de leur formation dispensée par l'École nationale des sports de montagne, ils assurent pourtant des heures d'enseignement dans les écoles de ski. Leur participation n'est pas négligeable : ils représentent près de 21 % des effectifs de moniteurs et réalisent 14 % des heures de cours. Dès lors, nous comprenons que les écoles souhaitent leur faire bénéficier du pacte intergénérationnel, dans le but de favoriser la réalisation de leurs stages pratiques.
Cette proposition de loi, déposée par notre collègue députée Marie-Noëlle Battistel et adoptée par l'Assemblée nationale à l'unanimité au mois de mars 2024, vise à combler cette lacune.
L'article 1er prévoit que la redistribution d'activité qui résulte de la mise en œuvre du pacte intergénérationnel s'applique également aux moniteurs stagiaires. L'article 2 précise qu'en revanche ces derniers ne bénéficient pas des dispositions qui garantissent la validation d'au moins deux trimestres d'assurance vieillesse par an, puisqu'ils sont encore en voie de professionnalisation et qu'ils sont amenés à réaliser un volume d'heures plus réduit.
En 2014, le Sénat a soutenu l'inscription du pacte intergénérationnel dans notre droit, reconnaissant son caractère novateur et son utilité pour favoriser l'insertion professionnelle des jeunes diplômés.
Dans la continuité de ce précédent texte, cette proposition de loi répond à une demande tout à fait pertinente qui émane directement du terrain. Elle n'appelle qu'un seul point d'attention de la part de la commission, lequel porte sur l'importance de préserver la distinction entre le statut de moniteur stagiaire, d'une part, et celui de moniteur diplômé, d'autre part. Nous faisons toute confiance au SNMSF, qui accorde une grande importance à la sécurité et au respect mutuel entre générations, pour veiller à cela.
Ainsi, dans le même esprit de consensus qu'il y a douze ans, la commission des affaires sociales a adopté ce texte à l'unanimité, sans modification. Il ne fait nul doute que l'extension du pacte intergénérationnel aux moniteurs stagiaires favorisera l'intégration et la formation des jeunes dans les écoles de ski, confortant ainsi les vocations.
Mes chers collègues, en adoptant définitivement cette proposition de loi, nous permettrons à nos écoles de ski d'aborder la prochaine saison en toute sérénité. (Applaudissements sur les travées des groupes Les Républicains et RDPI.)
M. le président. Nous passons à la discussion du texte de la commission.
proposition de loi visant à ouvrir le dispositif de réduction d'activité aux moniteurs de ski stagiaires
Article 1er
(Conforme)
Le premier alinéa de l'article 1er de la loi n° 2014-529 du 26 mai 2014 visant à mettre en place un dispositif de réduction d'activité des moniteurs de ski ayant atteint l'âge d'ouverture du droit à une pension de retraite, afin de favoriser l'activité des nouveaux moniteurs est complété par les mots : « et des stagiaires dans le cadre de la formation préalable à l'obtention de leurs diplômes de moniteurs de ski ».
Article 2
(Conforme)
Au 4° du I de l'article 2 de la loi n° 2014-529 du 26 mai 2014 précitée, après le mot : « moniteurs », il est inséré le mot : « diplômés ».
Vote sur l'ensemble
M. le président. Avant de mettre aux voix, dans la rédaction résultant du texte élaboré par la commission, l'ensemble de la proposition de loi, je vais donner la parole, pour explication de vote, à un représentant par groupe.
La parole est à M. Guillaume Gontard, pour le groupe Écologiste – Solidarité et Territoires. (Applaudissements sur les travées du groupe GEST.)
M. Guillaume Gontard. Monsieur le président, monsieur le ministre, monsieur le rapporteur, mes chers collègues, le texte que nous examinons aujourd'hui, adopté à l'unanimité par nos collègues députés, est modeste par son périmètre, mais important par les principes qu'il défend.
Il concerne une profession emblématique de nos territoires de montagne : les moniteurs de ski. Au nombre de 16 500, les « pulls rouges » transmettent la pratique du ski, assurent la sécurité des pratiquants et participent à la vitalité économique de nombreux massifs. La création de l'École du ski français en 1945, puis les plans Neige des années 1960 et 1970 ont en effet tourné une grande partie de l'économie montagnarde vers le tourisme de sports d'hiver, dont le ski est l'activité phare.
Au fil des décennies, cette profession a su inventer un mécanisme original de solidarité entre générations. Ce que l'on appelle le pacte intergénérationnel permet aux moniteurs ayant atteint l'âge légal de départ à la retraite de réduire progressivement leur activité afin de libérer des heures de travail pour les plus jeunes. Concrètement, au-delà de 65 ans, ces moniteurs seniors ne sont appelés que durant les vacances scolaires, période de forte affluence sur les pistes.
Ce dispositif, consacré dans la loi en 2014, favorise l'insertion professionnelle tout en garantissant un renouvellement harmonieux des générations. Il a fait ses preuves et bénéficie aujourd'hui d'un large soutien au sein de la profession.
Pourtant, une difficulté subsiste. Les moniteurs de ski stagiaires, qui suivent leur formation pratique et doivent accumuler des heures d'enseignement pour obtenir leur diplôme, restent exclus de ce mécanisme, alors qu'ils participent déjà à la vie des écoles de ski.
C'est précisément cette incohérence que la présente proposition de loi vient corriger. En ouvrant à ces futurs professionnels les heures libérées par les moniteurs seniors, ce texte permettra aux jeunes stagiaires de se former à leur futur métier. L'article 2 apporte par ailleurs une garantie importante pour les moniteurs diplômés en maintenant un volume minimal d'activité leur permettant de valider leurs droits à la retraite. L'ouverture du dispositif aux stagiaires ne se fera donc pas au détriment de celles et ceux qui exercent déjà la profession.
Nous sommes donc face à un texte équilibré, facilitant l'entrée dans le métier des futurs moniteurs sans fragiliser ceux qui sont déjà installés. Je tiens à remercier ma collègue députée de l'Isère Marie-Noëlle Battistel de cette initiative, qui élargit aux stagiaires un acquis important du dialogue social de cette profession.
Pour le groupe Écologiste – Solidarité et Territoires, ce texte porte une idée simple, mais essentielle : la transmission. Transmission des compétences, transmission des savoir-faire et transmission des responsabilités sont en effet le ciment de la cohésion sociale intergénérationnelle.
L'accompagnement des jeunes professionnels du ski est d'autant plus important que l'activité économique de nos territoires de montagne repose souvent sur des équilibres précaires. Comme tous les sports d'hiver, le ski dépend de l'enneigement, qui ne cesse de diminuer sous l'effet du changement climatique. Il y a cinq ans déjà, Météo-France indiquait qu'un mois d'enneigement avait été perdu en moyenne dans les Alpes en cinquante ans.
Puisque cette tendance va malheureusement se poursuivre, il est important de réfléchir dès aujourd'hui à l'avenir des professionnels de la montagne, notamment en moyenne montagne. Nombre d'entre eux exercent déjà une double activité dans l'année, une pratique qu'il faudra probablement mieux encadrer à l'avenir pour tenir compte de la réduction des saisons de ski. Le dialogue social avec les professionnels de la montagne sera bien sûr déterminant pour garantir une transition réussie vers un nouveau modèle.
D'ici là, étant donné l'importance de ce texte pour les moniteurs de demain, le groupe Écologiste – Solidarité et Territoires votera naturellement en faveur de cette proposition de loi. (Applaudissements.)
Mme Cathy Apourceau-Poly. Très bien !
M. le président. La parole est à Mme Maryse Carrère, pour le groupe du Rassemblement Démocratique et Social Européen. (Applaudissements sur les travées du groupe RDPI.)
Mme Maryse Carrère. Monsieur le président, monsieur le ministre, mes chers collègues, les textes qui font consensus sont souvent ceux qui répondent fidèlement à une réalité de terrain. La proposition de loi qui nous examinons aujourd'hui en est une illustration, car elle est née d'un besoin exprimé par les professionnels eux-mêmes et vise à faire évoluer un dispositif qui a démontré son efficacité depuis plus d'une décennie.
Je remercie et salue Éric Brèche, président du Syndicat national des moniteurs du ski français, qui nous alerte depuis quelques années sur ce sujet créant des contentieux. Nous y sommes enfin arrivés !
Je remercie également la rapporteure Pascale Gruny d'avoir conduit une analyse précise sur les effets du dispositif adopté en 2014, ce qui a permis de favoriser l'insertion des jeunes moniteurs, tout en préservant les équilibres au sein de la profession. Je n'oublie évidemment pas la députée Marie-Noëlle Battistel, auteure de cette proposition de loi.
La loi de 2014 avait sécurisé juridiquement ce que l'on appelle communément le pacte intergénérationnel des moniteurs de ski. Ce pacte devait permettre une redistribution partielle de l'activité des moniteurs ayant atteint l'âge d'ouverture des droits à la retraite afin de favoriser l'installation professionnelle des plus jeunes.
Douze ans plus tard, le constat est positif. L'ensemble des écoles de ski ont adopté ce dispositif et la profession en reconnaît l'utilité. L'activité des moniteurs seniors a ainsi diminué, tandis que celle des jeunes diplômés a progressé, ce qui confirme la pertinence du dispositif.
Le texte procède aujourd'hui à une mise en cohérence. Les moniteurs stagiaires, qui représentent près d'un cinquième des effectifs, participent déjà pleinement à l'activité des écoles de ski. Ils assurent notamment plus de la moitié des heures de cours dispensées par les moniteurs âgés de moins de 30 ans. Pourtant, ils demeurent exclus d'un dispositif dont la vocation première est précisément de favoriser leur entrée dans la profession.
Il apparaît donc cohérent de permettre aux stagiaires d'accéder au dispositif, d'autant que, nous l'avons dit, les moniteurs de ski occupent une place singulière dans nos territoires de montagne et, bien entendu, dans les domaines skiables.
Les moniteurs transmettent des compétences techniques, des règles de prudence et une culture de la responsabilité indispensable à la pratique des sports d'hiver. Ils participent à la sensibilisation des pratiquants aux risques liés au milieu montagnard et contribuent à la sécurité sur les pistes, aux côtés de l'ensemble des acteurs des stations. Ils sont également des ambassadeurs des territoires et des stations pour de nombreux vacanciers, pour qui ils sont souvent l'un des premiers contacts avec la montagne. Ils leur inculquent certes une technique, mais aussi une connaissance du milieu, de ses exigences et de ses richesses.
C'est pourquoi la formation revêt une importance particulière. La France en est consciente puisqu'elle possède l'un des systèmes de formation des moniteurs les plus exigeants d'Europe. Les Hautes-Pyrénées occupent d'ailleurs un rôle central dans ce cursus. Depuis trois ans, la station de Saint-Lary-Soulan et ses 135 moniteurs accueillent une épreuve de slalom géant chronométrée, étape incontournable pour obtenir le diplôme d'État de moniteur de ski, lequel leur permet d'exercer dans l'ensemble des pays européens.
Permettre aux stagiaires de mieux s'intégrer au sein des écoles de ski, c'est conforter le parcours de professionnalisation et préparer la relève dans l'un des métiers qui accroît l'attractivité de nos stations et bénéficie à l'économie de nos vallées.
Parce qu'elle répond à une demande formulée par les acteurs eux-mêmes, qu'elle s'appuie sur un dispositif dont l'efficacité est aujourd'hui démontrée et parce qu'elle favorise la préparation des professionnels de demain, cette proposition de loi recueillera le soutien plein et entier du groupe du RDSE. (Applaudissements.)
M. le président. La parole est à Mme Brigitte Bourguignon, pour le groupe Union centriste.
Mme Brigitte Bourguignon. Monsieur le président, monsieur le ministre, mes chers collègues, au moment où notre assemblée s'apprête à voter cette proposition de loi, les membres du groupe Union Centriste, notamment les montagnards parmi eux, dont notre président de séance, M. Loïc Hervé, expriment avec force leur soutien à un texte empreint de pragmatisme et de justice.
Je tiens d'abord à saluer la méthode. Ce texte a été examiné selon la procédure de législation en commission. C'est la preuve que, lorsque nous nous concentrons sur des questions concrètes, nous savons travailler de manière agile et constructive. En effectuant le travail de fond en commission, où le texte a d'ailleurs été adopté à l'unanimité, nous utilisons le précieux temps parlementaire à bon escient. Surtout, nous démontrons à nos concitoyens que le législateur sait leur apporter des réponses opérationnelles.
Cette proposition de loi s'attaque en effet à un angle mort en ouvrant le bénéfice du pacte intergénérationnel aux moniteurs de ski stagiaires. Loin d'être une variable d'ajustement, ces jeunes en formation ont représenté 21 % des effectifs de nos écoles de ski cette saison. Les intégrer dans ce mécanisme de redistribution d'activité, c'est sécuriser leur parcours, conforter les vocations et, plus globalement, soutenir l'attractivité de la profession.
Je vous le concède bien volontiers, je ne suis pas élue d'un territoire où l'or blanc tombe à gros flocons. Je suis plus familière des monts noirs que sont les terrils que des pistes noires de montagne, bien que la station de Nœux-les-Mines en compte une, je le rappelle ! (Sourires.) La montagne, « pays merveilleux », a ceci de précieux qu'elle finit toujours par nous gagner par son bon sens.
Au-delà de ce cas sectoriel, il est difficile de ne pas voir ici un message politique, qui dépasse largement la cime de nos massifs. À l'heure où le débat national se crispe trop souvent sur le financement des retraites, l'emploi des seniors, l'insertion des jeunes, le monde du ski nous offre une belle leçon de solidarité.
Voilà des décennies que cette profession organise une transition douce. Aménager la réduction progressive de l'activité des aînés pour passer le témoin aux plus jeunes, sans rupture brutale, et en maintenant à chacun des garanties protectrices : voilà un beau modèle de solidarité qui peut nous inspirer, voire être dupliqué et appliqué à d'autres. Il nous invite à cesser d'opposer les âges et, surtout, à offrir la juste place à ceux qui apprennent leur métier sans bousculer les plus expérimentés.
Mes chers collègues, ce texte conjuguant efficacité de nos procédures, justice pour nos jeunes et esprit de solidarité, le groupe Union Centriste le votera. (Applaudissements.)


