M. le président. Quel est l’avis du Gouvernement ?
M. Vincent Jeanbrun, ministre. Je veux appeler Mmes et MM. les sénateurs à la plus grande vigilance pour ce qui est de l’amendement n° 382 rectifié quater, qui vise à supprimer la dispense automatique accordée au titre du classement des monuments historiques.
Mesdames, messieurs les sénateurs, entendons-nous bien : la France compte environ 45 000 monuments historiques, parmi lesquels certains – pas tous – abritent des logements. Dans 99,9 % des cas, ces logements servent au personnel qui assure l’entretien de ces monuments.
Si Mme la ministre de la culture était présente au banc du Gouvernement, elle vous parlerait, elle qui connaît si bien le château de Versailles, du personnel hébergé dans quelques appartements du domaine.
Mme Sophie Primas. Je confirme !
M. Vincent Jeanbrun, ministre. Certes, Mme la rapporteure a raison de le dire, la suppression de cette automaticité n’empêcherait pas le château de Versailles de s’organiser malgré tout pour ne pas tomber sous le coup des obligations liées aux DPE et pour continuer de loger ses agents : on y arriverait !
Mais, au moment où la France crie à la simplification, va-t-on exiger du château de Chambord, du château de Versailles et de tous les autres qu’ils engagent une procédure à chaque changement de locataire dans l’un de ces logements ? Le Parlement a, par le passé, voté cette automaticité de l’exception. Soyons sérieux : l’exemption concerne une infime minorité de logements, directement liés, dans la plupart des cas, à l’exploitation même de ces monuments historiques. Je ne suis pas certain qu’il faille aller plus loin.
Le Gouvernement émet donc un avis défavorable sur l’amendement n° 382 rectifié quater, ainsi que sur les amendements nos 85 rectifié et 84 rectifié.
M. le président. En conséquence, les amendements nos 85 rectifié et 84 rectifié n’ont plus d’objet.
Je suis saisi de cinq amendements identiques.
L’amendement n° 7 rectifié sexies est présenté par Mmes Noël et Muller-Bronn, MM. Panunzi, Paccaud et Genet, Mme Dumont, M. C. Vial, Mme Borchio Fontimp, M. J.B. Blanc, Mme Belrhiti, M. H. Leroy, Mmes Josende et Ventalon et M. Rojouan.
L’amendement n° 12 rectifié ter est présenté par MM. Burgoa, Houpert, Bonhomme, Lefèvre, D. Laurent, Reynaud, Milon, Menonville, Sol, Khalifé, Perrin et Rietmann, Mme Romagny, M. Belin, Mme de La Provôté, MM. Hingray et Séné et Mme Schalck.
L’amendement n° 169 rectifié sexies est présenté par MM. Pellevat, Brault, Capus et Chasseing, Mme L. Darcos, M. Grand, Mme Lermytte et M. L. Vogel.
L’amendement n° 204 rectifié bis est présenté par M. Cambon.
L’amendement n° 260 rectifié bis est présenté par Mme Berthet, M. J.M. Arnaud et Mmes N. Delattre et Jacquemet.
Ces cinq amendements sont ainsi libellés :
Après l’alinéa 16
Insérer un alinéa ainsi rédigé :
« …° Le logement est situé dans une commune en zone de montagne au sens de l’article 3 de la loi n° 85-30 du 9 janvier 1985 relative au développement et à la protection de la montagne, en zone littorale au sens du titre II du livre Ier du code de l’urbanisme, ou dans une commune classée station de tourisme au sens du code du tourisme.
Les amendements nos 7 rectifié sexies et 12 rectifié ter ne sont pas soutenus.
La parole est à M. Louis Vogel, pour présenter l’amendement n° 169 rectifié sexies.
M. Louis Vogel. Il est défendu, monsieur le président.
M. le président. Les amendements nos 204 rectifié bis et 260 rectifié bis ne sont pas non plus soutenus.
Quel est l’avis de la commission sur l’amendement restant en discussion ?
Mme Amel Gacquerre, rapporteure. L’exception ici préconisée est beaucoup trop large.
Le parc immobilier des zones littorales et de montagne fait face à d’importants besoins de rénovation, je le conçois. Je rappelle néanmoins que nous traitons ici de l’obligation de décence applicable aux logements loués à titre de résidences principales et non de résidences secondaires.
Or l’exclusion proposée créerait une rupture d’égalité sans motif d’intérêt général suffisant : avis défavorable.
M. le président. Quel est l’avis du Gouvernement ?
M. le président. Je mets aux voix l’amendement n° 169 rectifié sexies.
(L’amendement n’est pas adopté.)
M. le président. Je suis saisi de cinq amendements faisant l’objet d’une discussion commune.
L’amendement n° 174 rectifié, présenté par MM. Lurel et Omar Oili, Mme G. Jourda, M. P. Joly et Mme Poumirol, est ainsi libellé :
I. – Après l’alinéa 16
Insérer un alinéa ainsi rédigé :
« …° Le logement est situé dans une collectivité régie par l’article 73 de la Constitution et respecte les exigences applicables dans cette collectivité en vertu de la réglementation thermique, acoustique et aération qui lui est propre ainsi que, le cas échéant, du calendrier particulier fixé pour ces collectivités en application de l’article L. 173-1-1 du code de la construction et de l’habitation.
II. – Pour compenser la perte de recettes résultant du I, compléter cet article par un paragraphe ainsi rédigé :
… – La perte de recettes résultant pour l’État du présent article est compensée, à due concurrence, par la création d’une taxe additionnelle à l’accise sur les tabacs prévue au chapitre IV du titre Ier du livre III du code des impositions sur les biens et services.
La parole est à M. Victorin Lurel.
M. Victorin Lurel. Cet amendement tend à garantir l’application aux outre-mer du régime thermique qui est le leur, en vigueur depuis 2009 et révisé en 2016. Mieux encore, la Guadeloupe a inventé, par la voie d’une habilitation parlementaire, une réglementation tout à fait spécifique, nettement plus performante que tout ce qui se fait dans l’Hexagone : la réglementation thermique de la Guadeloupe (RTG), qui englobe également les exigences d’acoustique et d’aération.
Je ne comprends pas que la loi Climat et Résilience ignore ainsi ce que le Parlement a expressément autorisé et ce que le Gouvernement a amélioré par décret et je ne comprendrais pas qu’un amendement comme celui-ci recueille des avis défavorables.
Je demande à nos collègues de respecter cette législation qui a été déléguée à l’échelon territorial et publiée au Journal officiel de la République française. J’ai les textes entre les mains !
Je ne comprends pas ! Je vous demande de réviser votre position et de respecter une législation que vous avez vous-mêmes autorisée. C’est précisément cela, la différenciation que défend le Sénat !
M. le président. L’amendement n° 279, présenté par Mme Duranton, MM. Patient et Buval, Mme Phinera-Horth, M. Buis, Mme Cazebonne, M. Fouassin, Mme Havet, MM. Iacovelli, Kulimoetoke, Lemoyne, Lévrier et Mohamed Soilihi, Mme Nadille, MM. Patriat, Rambaud et Rohfritsch, Mme Schillinger, M. Théophile et les membres du groupe Rassemblement des démocrates, progressistes et indépendants, est ainsi libellé :
Après l’alinéa 16
Insérer un alinéa ainsi rédigé :
« …° Le logement est situé dans une collectivité régie par l’article 73 de la Constitution et respecte les exigences applicables dans cette collectivité en vertu de la réglementation thermique, acoustique et aération qui lui est propre ainsi que, le cas échéant, du calendrier particulier fixé pour ces collectivités en application de l’article 6 et de l’article 20-1 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 et adaptant les dispositions des contrats types de location de logement à usage de résidence principale.
La parole est à Mme Nicole Duranton.
Mme Nicole Duranton. Cet amendement vise à adapter les obligations de performance énergétique aux spécificités climatiques et réglementaires des outre-mer.
En l’état actuel de notre droit, les classes du diagnostic de performance énergétique ainsi que le calendrier de décence énergétique sont calibrés sur le climat tempéré propre à la France hexagonale. Ils ne prennent pas en compte le climat tropical des outre-mer, où performance énergétique rime avant tout avec protection solaire, ventilation naturelle et confort hygrothermique.
L’application d’un standard uniforme risque de geler une partie du parc locatif ultramarin sur le fondement d’un diagnostic inadapté ; ce risque serait d’autant plus préjudiciable au logement dans nos outre-mer que la production s’y effondre.
Nous proposons donc, par cet amendement, l’application d’un référentiel et d’un calendrier propres aux collectivités ultramarines.
M. le président. L’amendement n° 242, présenté par Mme Jacques, est ainsi libellé :
Après l’alinéa 16
Insérer un alinéa ainsi rédigé :
…° Le logement est situé dans une collectivité d’outre-mer régie par l’article 73 de la Constitution et respecte le niveau de performance exigible en vertu de la réglementation en matière thermique, acoustique et d’aération telle qu’elle résulte des règles adaptées localement, le cas échéant.
La parole est à Mme Micheline Jacques.
Mme Micheline Jacques. Cet amendement de précision vise à garantir la prise en compte des adaptations de la réglementation énergétique édictées en vertu d’une habilitation à adapter le droit.
Il convient donc non seulement que l’évaluation des performances exigibles intègre la réglementation thermique, acoustique et d’aération propre aux outre-mer (RTAA DOM), mais aussi qu’il soit tenu compte, le cas échéant, des adaptations locales existantes.
M. le président. Les deux derniers amendements sont identiques.
L’amendement n° 192 est présenté par Mme Conconne.
L’amendement n° 225 est présenté par Mme Bélim.
Ces deux amendements sont ainsi libellés :
Après l’alinéa 16
Insérer un alinéa ainsi rédigé :
« …° Le logement est situé dans une collectivité régie par l’article 73 de la Constitution et respecte les exigences applicables dans cette collectivité en vertu de la réglementation thermique, acoustique et aération qui lui est propre ainsi que, le cas échéant, du calendrier particulier fixé pour ces collectivités. »
L’amendement n° 192 n’est pas soutenu.
La parole est à Mme Audrey Bélim, pour présenter l’amendement n° 225.
Mme Audrey Bélim. On l’a dit, les critères de décence énergétique et le diagnostic de performance énergétique ont été conçus pour des bâtiments situés en climat tempéré, c’est-à-dire pour l’Hexagone : pour Paris, pour Bordeaux, pour Nantes, etc. Or, dans les collectivités régies par l’article 73 de la Constitution, à savoir nos territoires ultramarins, les logements répondent à une réglementation spécifique, la RTAA DOM, précisément pensée pour les contraintes du climat tropical ou du climat équatorial. La loi elle-même a d’ailleurs reconnu cette spécificité, puisqu’elle prévoit un calendrier de mise en œuvre différencié pour les outre-mer.
Il serait donc incohérent, voire injuste, que des logements parfaitement conformes aux normes qui leur sont applicables puissent être considérés comme indécents au regard d’un référentiel qui n’a jamais été conçu pour eux. Si, demain, des logements conformes aux normes ultramarines tombaient sous le coup d’un constat d’indécence au seul motif de leur non-conformité au référentiel hexagonal, deux conséquences seraient à attendre : d’une part, des logements seraient inutilement retirés du parc locatif ; d’autre part, l’accès au logement serait ralenti pour les nombreuses familles qui attendent, dans nos territoires, un toit décent.
M. le président. Quel est l’avis de la commission ?
Mme Amel Gacquerre, rapporteure. Je tiens à rassurer nos collègues : le présent projet de loi ne remet pas en cause le calendrier propre aux collectivités d’outre-mer,…
M. Victorin Lurel. Si !
Mme Amel Gacquerre, rapporteure. … dont les échéances restent décalées de trois ans par rapport à l’Hexagone. Les bailleurs ultramarins bénéficient en outre des mêmes dérogations que les bailleurs hexagonaux en cas de contraintes techniques, architecturales, patrimoniales ou liées à la copropriété.
Cela étant, l’amendement n° 242 de Mme Jacques et les autres amendements en discussion commune visent à considérer comme énergétiquement décents tous les logements respectant la RTAA DOM. Voilà qui reviendrait à supprimer totalement les jalons posés par la loi Climat et Résilience pour les territoires ultramarins ;…
M. Victorin Lurel. C’est faux !
Mme Amel Gacquerre, rapporteure. … un très mauvais signal serait ainsi envoyé.
C’est pourquoi la commission demande le retrait de ces amendements.
M. le président. Quel est l’avis du Gouvernement ?
M. Vincent Jeanbrun, ministre. Je veux assurer les différents sénateurs qui viennent d’intervenir sur ce sujet de la sensibilité du Gouvernement à la nécessité de disposer d’un diagnostic de performance énergétique adapté à la réalité de chaque territoire. Votre revendication est entendue : chaque territoire – j’y insiste – doit bénéficier d’un DPE conforme à ses spécificités ; tel est l’esprit dans lequel nous avons travaillé.
En revanche, il convient de ne pas confondre les règles de construction, telle la RE2020 (réglementation environnementale 2020), et le diagnostic de performance énergétique, car il y a là deux outils bien distincts.
C’est la raison pour laquelle je partage l’avis de Mme la rapporteure : demande de retrait ou, à défaut, avis défavorable. Le diagnostic de performance énergétique reste indispensable : même si les règles doivent être adaptées à chaque territoire, il importe de pouvoir évaluer la performance relative des logements, en prenant évidemment en considération le climat local.
M. le président. La parole est à M. Victorin Lurel, pour explication de vote.
M. Victorin Lurel. Je vais répondre en même temps à notre rapporteure et au ministre : pardonnez-moi, mon intention n’est pas de vous blesser, mais votre raisonnement est à la fois captieux, spécieux, insidieux et fallacieux – sans le vouloir, je fais des vers ! (Oh ! sur les travées du groupe Les Républicains.)
Monsieur le ministre, il ne s’agit pas seulement des règles de construction. J’ai sous les yeux un comparatif entre la réglementation nationale et la RTAA DOM, cette dernière ayant été révisée pour optimiser la production de logements, le confort thermique et la ventilation. Ce document démontre que les normes ultramarines vont beaucoup plus loin que celles qui s’appliquent dans l’Hexagone, où ne s’imposent que des obligations de moyen…
Mme Sophie Primas. Non !
M. Victorin Lurel. … quand notre cadre territorial prévoit des obligations de résultat.
Ces exigences de performance concernent tous les logements, qu’ils soient publics ou privés, individuels ou collectifs ; elles englobent la construction, le confort thermique, le confort hygrothermique, la protection solaire, la ventilation naturelle. Quant aux évaluations, elles sont réalisées par le biais d’un logiciel agréé par le Gouvernement et reposent sur deux indicateurs : l’indicateur de confort thermique, l’ICT, et l’indicateur de consommation énergétique, l’ICE. Tout cela est inscrit dans ces textes, monsieur le ministre !
Ce que vous défendez aujourd’hui, c’est un recul ! Le raisonnement que j’ai entendu est captieux et spécieux, et je vous prie d’excuser ces propos « bruts de brut ». Je demande à nos collègues de respecter la législation qui a été adoptée pour les départements d’outre-mer, qui est très en avance sur la réglementation nationale.
Monsieur le ministre, vérifiez mes affirmations auprès de vos conseillers et de vos experts techniques : je n’énonce que la vérité. Je vous demande de rectifier le tir !
M. le président. La parole est à Mme Audrey Bélim, pour explication de vote.
Mme Audrey Bélim. À mon tour d’insister : les règles auxquelles vous faites référence, monsieur le ministre, ont été conçues pour l’Hexagone ; elles ne sont pas pensées pour nos territoires. L’application uniforme de cette réglementation fait fi des conditions climatiques particulières que nous connaissons à La Réunion. Vous ne connaissez pas les cyclones dans l’Hexagone, que je sache ! Chez moi, au cœur de l’hiver austral, il fait 27 degrés, et non –1 ou –2 degrés !
À climat différent, règles différentes : l’égalité consiste précisément à introduire de la différenciation lorsque les réalités ne sont pas les mêmes. C’est d’autant plus vrai qu’il existe des différences importantes y compris d’un territoire ultramarin à un autre.
M. le président. Je suis saisi de six amendements identiques.
L’amendement n° 5 rectifié septies est présenté par Mme Noël, M. Pointereau, Mme Muller-Bronn, MM. Panunzi, Paccaud et Genet, Mme Dumont, MM. C. Vial, J.B. Blanc et H. Leroy, Mmes Josende et Ventalon et M. Rojouan.
L’amendement n° 10 rectifié ter est présenté par MM. Burgoa, Houpert, Bonhomme, Lefèvre, D. Laurent, Reynaud, Milon, Menonville, Sol, Khalifé, Perrin et Rietmann, Mme Romagny, MM. Belin, Hingray et Séné et Mme Schalck.
L’amendement n° 170 rectifié sexies est présenté par MM. Pellevat, Brault, Capus et Chasseing, Mme L. Darcos, M. Grand, Mme Lermytte et MM. Malhuret et L. Vogel.
L’amendement n° 203 rectifié bis est présenté par Mme Belrhiti et MM. Bruyen et Cambon.
L’amendement n° 239 rectifié est présenté par Mme N. Delattre, MM. Bilhac et Cabanel, Mme M. Carrère, M. Gold, Mmes Jouve et Pantel et M. Roux.
L’amendement n° 258 rectifié bis est présenté par Mme Berthet, M. J.M. Arnaud et Mme Jacquemet.
Ces six amendements sont ainsi libellés :
Après l’alinéa 16
Insérer un alinéa ainsi rédigé :
« Les dérogations prévues aux 1° à 5° sont également applicables lorsque le respect des exigences de performance énergétique constitue une condition préalable à l’obtention d’une autorisation administrative de mise en location d’un logement.
L’amendement n° 5 rectifié septies n’est pas soutenu.
La parole est à M. Bruno Belin, pour présenter l’amendement n° 10 rectifié ter.
M. Bruno Belin. Il est défendu.
M. le président. La parole est à M. Louis Vogel, pour présenter l’amendement n° 170 rectifié sexies.
M. Louis Vogel. Défendu !
M. le président. La parole est à M. Christian Cambon, pour présenter l’amendement n° 203 rectifié bis.
M. Christian Cambon. Il est défendu également, monsieur le président.
M. le président. La parole est à M. Henri Cabanel, pour présenter l’amendement n° 239 rectifié.
M. Henri Cabanel. Il est défendu.
M. le président. L’amendement n° 258 rectifié bis n’est pas soutenu.
Quel est l’avis de la commission sur les amendements restant en discussion ?
Mme Amel Gacquerre, rapporteure. L’objet de ces amendements semble être d’étendre les dérogations à l’obligation de décence énergétique aux meublés de tourisme lorsqu’une autorisation de changement d’usage est requise. Depuis l’entrée en vigueur de la loi du 19 novembre 2024 visant à renforcer les outils de régulation des meublés de tourisme à l’échelle locale, dite loi Le Meur, les propriétaires de meublés de tourisme demandant une autorisation de changement d’usage doivent justifier d’un DPE classé entre A et E et, à compter de 2034, entre A et D.
Si tel est l’objectif, je me permets d’indiquer que la rédaction proposée ne permettra pas de l’atteindre. L’obtention d’une autorisation de changement d’usage a précisément pour effet de modifier la qualification juridique du bien, qui est considéré non plus comme un logement à usage d’habitation, mais comme un meublé de tourisme. Une autorisation de changement d’usage n’est donc pas une autorisation administrative de mise en location d’un logement.
C’est pourquoi la commission émet un avis défavorable sur ces amendements.
M. le président. Quel est l’avis du Gouvernement ?
M. le président. Je mets aux voix les amendements identiques nos 10 rectifié ter, 170 rectifié sexies, 203 rectifié bis et 239 rectifié.
(Les amendements ne sont pas adoptés.)
M. le président. Je suis saisi de deux amendements faisant l’objet d’une discussion commune.
L’amendement n° 351, présenté par M. Jadot, Mme Guhl, MM. Salmon, Benarroche et Dantec, Mme de Marco, MM. Dossus, Fernique, Gontard et Mellouli et Mmes Ollivier, Poncet Monge, Senée, Souyris et M. Vogel, est ainsi libellé :
Alinéa 17
Supprimer cet alinéa.
La parole est à M. Yannick Jadot.
M. Yannick Jadot. Voilà un sujet important, qui touche à l’équilibre et au rapport de forces entre propriétaire et locataire.
Cet amendement vise à supprimer l’alinéa 17 de l’article 6, qui prévoit la levée de l’obligation de rénovation thermique si le locataire fait obstacle aux travaux. Spontanément, on pourrait compatir à la difficulté que vit ce pauvre propriétaire bailleur : il veut rénover son bien, mais son locataire s’y oppose.
Imaginons cependant une situation concrète : un propriétaire vient trouver son locataire et lui annonce que les travaux de rénovation vont durer un mois et demi, deux mois, voire trois mois – un chantier, on sait quand il commence, on ne sait jamais quand il se termine –, lui explique qu’il devra se loger ailleurs pendant cette période et qu’à son retour – nous sommes dans le parc privé – l’attendra une augmentation de loyer, que le projet de loi aurait pour effet d’autoriser dans le cas d’espèce.
La question se posera : aurez-vous vraiment envie d’avoir moins chaud l’été et moins froid l’hiver, au prix de tels désagréments et d’un loyer accru ? Présentée de cette manière, la perspective de travaux de rénovation n’aura pas grand-chose d’attrayant pour le locataire, qui risque de ne pas y trouver son compte.
On voit bien qu’il y va d’un rapport de forces entre le propriétaire et le locataire : dans de telles situations, les travaux de rénovation pourraient ne jamais être réalisés, car le propriétaire aura fortement incité son locataire à les refuser.
M. le président. L’amendement n° 365 rectifié, présenté par MM. Masset, Bilhac et Cabanel, Mme M. Carrère, M. Gold, Mmes Jouve et Pantel et M. Roux, est ainsi libellé :
Alinéa 17
1° Remplacer les mots :
fait obstacle
par les mots :
s’oppose
2° Compléter cet alinéa par les mots et une phrase ainsi rédigée :
, et sous réserve que le bailleur ait formulé par écrit une proposition de relogement temporaire adéquate si les travaux rendent le logement inhabitable pendant leur durée. Cette dérogation cesse de s’appliquer à la conclusion d’un contrat de logement avec un nouveau locataire.
La parole est à M. Henri Cabanel.
M. Henri Cabanel. Cet amendement, bien que n’étant pas exactement identique à celui de M. Jadot, a le même objet : il est défendu.
M. le président. Quel est l’avis de la commission ?
Mme Amel Gacquerre, rapporteure. La précision que la commission a introduite à l’alinéa que M. Jadot souhaite supprimer n’est en réalité qu’un rappel du cadre juridique existant : il s’agit simplement de rappeler que le locataire a l’obligation de permettre l’accès aux locaux loués pour la préparation et l’exécution des travaux de rénovation. Il est donc normal que, s’il fait obstacle au chantier en refusant l’accès au logement, ce même locataire ne puisse pas ensuite saisir le juge pour réclamer une réduction de son loyer ou pour exiger l’exécution de ces mêmes travaux dont il empêche la réalisation.
Pour ce qui concerne l’amendement n° 365 rectifié, la commission est évidemment opposée à l’introduction d’une obligation de relogement à la charge du propriétaire. La législation prévoit déjà le versement d’une indemnité lorsque la durée des travaux se prolonge au-delà de vingt et un jours ; pour les chantiers plus courts, des solutions amiables peuvent être trouvées.
De surcroît, l’adoption de votre amendement aboutirait à une situation contradictoire : un locataire qui s’est opposé aux travaux pourrait se prévaloir ensuite devant le juge de l’indécence de son logement au motif que le propriétaire ne l’aurait pas relogé pendant la durée des travaux.
La commission a émis un avis défavorable sur ces deux amendements.
M. le président. Quel est l’avis du Gouvernement ?
M. Vincent Jeanbrun, ministre. Comme l’a dit Mme la rapporteure, une partie des dispositions introduites en commission présente un caractère un peu superfétatoire : on peut les interpréter comme satisfaites par le droit en vigueur.
Je note cependant comme vous, monsieur Jadot, un petit risque d’effet de bord ; or la confiance est cruciale en matière de logement. Ce risque tient au fait qu’une nouvelle jurisprudence pourrait émerger, le juge s’appuyant à cet effet sur l’introduction spécifique dans la loi des termes « rénovation énergétique », par différence avec le terme général de « rénovation » qui y est inscrit actuellement.
Le Gouvernement émet donc un avis favorable sur votre amendement.
M. le président. En conséquence, l’amendement n° 365 rectifié n’a plus d’objet.
L’amendement n° 424, présenté par Mmes Gacquerre et Estrosi Sassone, au nom de la commission des affaires économiques, est ainsi libellé :
I. – Alinéa 20
Supprimer les mots :
et au 2° de l’article 45,
II. – Après l’alinéa 23
Insérer deux alinéas ainsi rédigés :
…° Au 2° de l’article 25-1, après la référence : « a », sont insérés les mots : « du IV » ;
…° Au 2° de l’article 45, après la seconde occurrence du mot : « alinéa », sont insérés les mots : « du I ».
III. – Après l’alinéa 25
Insérer un paragraphe ainsi rédigé :
…. – Au premier alinéa des articles L. 444-3 et L. 822-9 du code de la construction et de l’habitation, après le mot : « alinéas », sont insérés les mots : « du I »
La parole est à Mme la rapporteure.