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COMPTES RENDUS DE LA COMMISSION DE LA CULTURE, DE L'EDUCATION ET DE LA COMMUNICATION


Mercredi 20 octobre 2021

- Présidence de M. Laurent Lafon, président -

La réunion est ouverte à 09 h 30.

Désignation de deux membres du Bureau de la commission

M. Laurent Lafon, président. - Nous devons modifier la composition du Bureau de notre commission afin de tirer les conséquences du départ de notre collègue Catherine Dumas, vice-présidente, vers la commission des affaires étrangères. Le groupe Les Républicains présente la candidature de Michel Savin au poste de vice-président et celle d'Else Joseph au poste de secrétaire occupé jusqu'à présent par Michel Savin.

Il en est ainsi décidé.

Audition de Mme Laurence des Cars, présidente-directrice, et M. Kim Pham, administrateur général, de l'Établissement public du musée du Louvre

M. Laurent Lafon, président. - Mes chers collègues, nous accueillons ce matin la présidente du musée du Louvre, Mme Laurence des Cars, afin d'évoquer avec elle non seulement la situation de son établissement, éprouvé par la crise sanitaire, dans la perspective de l'examen du projet de loi de finances pour 2022, mais aussi les grandes orientations stratégiques qu'elle souhaite mettre en oeuvre au cours de son mandat.

Madame la présidente, nous sommes ravis que vous ayez accepté notre invitation, quelques semaines à peine après votre prise de fonction. Cela nous donne l'occasion de vous féliciter chaleureusement pour votre nomination et de vous souhaiter tous nos voeux de succès pour la mission qui vous attend.

Vous avez déjà été à la tête d'une grande institution muséale en occupant la présidence du musée d'Orsay et du musée de l'Orangerie. Vous disposez également, et c'est précieux, d'un regard international grâce à votre passage au Metropolitan Museum de New York et à vos anciennes fonctions de directrice scientifique de l'agence France Muséums où vous étiez chargée du projet du Louvre Abu Dhabi. Forte de ces expériences, quel rôle doit être celui du musée du XXIe siècle en termes de conservation, de valorisation et de transmission ? Quel est l'avenir des musées à vocation universelle comme le Louvre face aux critiques dont ils font de plus en plus régulièrement l'objet ?

Madame la présidente, je ne serai pas plus long car je sais que vous avez un emploi du temps assez chargé. Je vous donne la parole, ainsi qu'à M. Kim Pham, administrateur général, pour un propos liminaire. Par la suite, les membres de la commission vous poseront des questions pour un échange que nous espérons le plus vivant possible.

Mme Laurence des Cars, présidente-directrice de l'Établissement public du musée du Louvre. - Monsieur le président, mesdames et messieurs les sénatrices et les sénateurs, c'est évidemment un honneur et un devoir de me rendre aux invitations de la représentation nationale et je suis très heureuse d'être parmi vous ce matin.

Je sais la grande connaissance des sujets patrimoniaux et des questions muséales de cette commission et je me réjouis d'échanger librement et ouvertement avec vous à propos de ma mission à la tête du musée.

C'est avec émotion et enthousiasme que j'ai pris mes fonctions de présidente-directrice du musée du Louvre le 1er septembre dernier. Je remercie le président de la République et la ministre de la Culture pour leur confiance. Elle m'oblige non seulement à l'égard de cette extraordinaire institution mais aussi de ses équipes et de ses partenaires.

J'aborde ce mandat en souhaitant relever avec justesse et audace le défi d'un musée polyphonique, totalement et pleinement ouvert à son temps. Je mobiliserai pour cela la passion qui est la mienne pour le patrimoine, la création ainsi que l'expérience acquise comme présidente des musées d'Orsay et de l'Orangerie ou comme directrice scientifique de l'agence France Muséums en charge du projet du Louvre Abu Dhabi.

Je souhaite construire ce projet avec l'ensemble des équipes du musée dont je souhaite saluer, devant la représentation nationale, l'expertise, l'exigence et le sens aigu du service public. Ces qualités nous sont enviées dans le monde entier.

Le Louvre est le premier des musées du monde par sa fréquentation et son rayonnement, mais le Louvre est bien plus qu'un grand musée d'art ancien. Son architecture s'est développée pendant près de huit siècles, ses collections se déploient sur plus de 9 000 ans. Il mêle à ces longues perspectives temporelles la réalité d'une institution qui n'a cessé de se métamorphoser depuis son ouverture en 1793. Il est aussi l'un des exemples les plus éloquents de la vocation universelle de la France.

Les contours du musée sont aujourd'hui définis par huit départements, auxquels s'ajoutent le pavillon des sessions accueillant des chefs-d'oeuvre du musée du Quai Branly-Jacques Chirac et le musée national Eugène Delacroix. Cet ensemble né des fluctuations de l'histoire demeure par essence discontinu et hétérogène. C'est pourquoi il reste le lieu de tous les possibles. Il est un espace de découvertes, d'émotions, souvent fondatrices dans le rapport de chacun à l'art et à l'histoire.

Il incarne Paris mais c'est un établissement qui, neuf ans presque jour pour jour après l'inauguration du Louvre Lens et quatre ans après l'ouverture du Louvre Abu Dhabi, a un rôle éminent à jouer dans le partage des collections en France et dans le monde.

Au moment où je vous parle, moins de deux mois après ma prise de fonction, je souhaite partager avec vous deux convictions. Le Louvre est une part de l'identité française, un palais devenu musée et un musée qui s'est voulu universel dès son ouverture. Ce legs de l'histoire ne doit pas nous effrayer, bien au contraire. Objet d'admiration et de fierté pour les Français, le Louvre a vocation à transmettre les savoirs, montrer le beau et faire dialoguer toutes les expressions artistiques, avec un haut degré d'exigence, sans jamais chercher l'élitisme. Conscient de son imposante histoire et de ce qu'elle représente, le musée doit se penser comme un fédérateur. Il doit se mettre à hauteur d'homme pour guider le visiteur et lui fournir les clés qu'il cherche mais surtout celles qu'il ne cherchait pas.

Le Louvre est aussi une référence culturelle et scientifique internationale et un instrument d'influence d'une rare puissance. Son histoire, ses collections, son ouverture aux autres formes artistiques lui permettent d'accueillir le monde entier. Par construction, le Louvre dit quelque chose de notre pays, de son âme, de la façon dont il se voit et dont il se pense. L'expérience du Louvre pour le visiteur intègre tout à la fois des éléments très prosaïques de visite, accès, accueil, confort, propreté, numérique et des éléments quasi métaphysiques de confrontation avec le beau. Pour continuer à être une référence internationale, le Louvre est donc astreint au mouvement et à l'audace. Il est à l'échelle mondiale l'une des rares institutions à pouvoir regarder son passé, dialoguer avec le présent et penser le futur.

C'est autour de ces deux idées que je souhaite enclencher une nouvelle dynamique scientifique de programmation, de collaboration et d'ouverture. Ainsi demain, parmi d'autres beaux projets, le Louvre ouvrira un neuvième département, dédié à Byzance et au christianisme d'Orient, qui rendra lisible la singularité de cette sphère culturelle aujourd'hui disséminée au sein des différents départements du musée.

Après l'ouverture des salles des arts de l'islam en 2013, le Louvre posera son regard sur des époques et des géographies multiples, ayant pour point commun les christianismes d'Orient. En écho, cette histoire pourra être observée avec les yeux du présent des multiples minorités chrétiennes, héritières d'une culture religieuse et artistique forte et dont la survie est aujourd'hui questionnée par les crises diplomatiques. Nous proposerons également une ouverture et une exploration vers l'Europe orientale et le continent.

Ce projet d'une grande puissance scientifique se fondera sur les collections existantes au sein du musée mais il s'envisage aussi dans une logique de partenariat avec d'autres institutions culturelles nationales et internationales et dans une dynamique d'échanges, de dépôts inter-institutions qui pourrait nourrir la création de ce département. Enfin, une campagne de mécénat de grande envergure nous semble opportune pour ce lancement.

Je souhaite également que le Louvre, par la variété de ses collections et la grande expertise de ses équipes, réponde aux questionnements sociétaux et culturels de notre époque, en accueillant notamment les voix de la pensée et de la création d'aujourd'hui et de demain.

Je suis convaincue que le Louvre peut tout à la fois être le lieu d'un rigoureux devoir patrimonial de préservation et d'études, comme celui de l'ouverture, de l'écoute, du partage et du débat. C'est en tenant cette double exigence du devoir patrimonial et de l'ouverture au débat et à la création de notre temps que nous accomplirons notre mission fondamentale de transmission au plus grand nombre, en particulier vers les plus jeunes.

C'est ainsi que le mardi 12 octobre, en présence de la ministre de la culture, nous avons inauguré l'accrochage d'une oeuvre de Christian Boltanski, disparu le 14 juillet dernier, au coeur du saint des saints du Louvre, dans la grande galerie, face au Saint Jean-Baptiste, à la Vierge au rocher, à la Belle ferronnière et à la Sainte Anne de Léonard de Vinci. Mettre en regard Vinci, maître de l'inachevé, et Boltanski, artiste de la mémoire, c'est l'une des voies que le Louvre doit emprunter pour renouer les liens entre art ancien et art contemporain et créer les conditions d'un nouveau dialogue avec notre siècle.

Cet hommage s'inscrivait dans une journée consacrée à Boltanski au château de Versailles, au Centre Pompidou, à l'Opéra-comique et au Louvre. Je souhaite que le Louvre s'engage clairement dans une plus grande coopération avec les autres établissements culturels. Je crois que nous avons tout à gagner à travailler ensemble pour mettre en résonance la polysémie de nos collections et des lieux dont nous avons la charge.

Le projet du Louvre doit aussi être une oeuvre collective, qui se nourrit des autres Louvre, le Louvre Abu Dhabi et le Louvre Lens.

Avant de laisser la parole à notre administrateur général Kim Pham, je souhaite vous dire quelques mots des défis de l'ère post-Covid. Le premier tient à la situation globale du musée qui a été, comme beaucoup d'autres établissements, particulièrement affecté par les conséquences de la crise sanitaire. D'un point de vue budgétaire, cet impact est d'autant plus fort que notre modèle économique est très dépendant du tourisme international. Hors temps de crise, notre public est en effet composé à 75 % d'étrangers et à 25 % de Français. Avant la crise, nous accueillions chaque année près de dix millions de visiteurs. Avec la pandémie, la fréquentation a chuté à 2,7 millions en 2020 et la proportion entre public français et étranger s'est inversée, de nombreux publics internationaux ne sont pas encore revenus, notamment ceux d'Asie.

Cette baisse de fréquentation pèse lourdement sur les ressources propres du musée. Nous avons perdu 83,5 millions d'euros de recettes en 2020 par rapport à 2019. Le retour à un niveau de ressources propres, au moins égal aux 63 % de 2019, représente un objectif de première importance pour le musée. Cependant, il faut le reconnaître avec humilité, cela va prendre du temps. Nous n'échapperons pas à une réflexion sur un nouveau modèle économique mais aussi sur un nouveau modèle de développement culturel.

J'attire également votre attention sur le niveau de la subvention de fonctionnement, qui doit permettre de rétablir rapidement les fonds de roulement des opérateurs comme le Louvre et éviter que nous soyons contraints de sacrifier nos schémas directeurs de travaux. Des travaux retardés se paient finalement toujours plus chers ou mettent en péril les monuments.

Le second défi tient au retour du public vers l'établissement, avec un regard critique et de nouvelles exigences. Certains sont venus dans les musées durant cette période de crise et je les remercie de leur fidélité et de leur soutien. La qualité de la visite, liée à une fréquentation moindre, a souvent été très grande. Nous avons pour enjeu de la conserver, alors que la fréquentation va reprendre. D'autres se sont éloignés des musées, notre enjeu est de les faire revenir. D'autres enfin ne viennent plus depuis longtemps dans des lieux de culture. Je rappelle que près de 70 % des Français ne franchissent jamais la porte d'un musée au cours de l'année. Il s'agit de leur montrer que les musées sont des lieux accessibles, ouverts à tous les publics.

Cette période est une opportunité pour repenser la politique d'accueil, en adoptant une vision prospective pour trouver la bonne équation entre forte fréquentation et qualité de visite. Le monde des musées, le Louvre en particulier, est à un moment charnière, à la fois parce que son modèle économique est remis en cause mais aussi parce que les attentes des publics évoluent et enfin parce que le principe même du musée universel, dont le Louvre est le symbole, est aujourd'hui questionné.

C'est à nous de faire la preuve que les musées n'ont jamais été aussi nécessaires, dans un monde en quête de repères, de temps long et de rassemblement, car ce sont des lieux de contextualisation, de contemplation, d'ouverture aux débats sociétaux et des lieux où la cohésion nationale peut être construite.

Pour conclure ce propos liminaire je veux redire que les visages du Louvre sont multiples, de Lens à Abu Dhabi, mais qu'ils portent tous un même regard, celui de l'universalité et du dialogue. Cette universalité doit s'incarner dans la réalité d'un musée placé au coeur de la société, au plus près des attentes du public. J'aurai le plaisir, je l'espère, de venir vous présenter prochainement plus en détail les projets de mon mandat pour les cinq années qui viennent.

Je vous remercie pour votre attention.

M. Kim Pham, administrateur général de l'Établissement public du musée du Louvre. - La crise sanitaire a été dévastatrice sur nos recettes de billetterie. Elles ont chuté en 2020 de 83 millions d'euros et leur baisse devrait être de 85 millions en 2021 par rapport à 2019. Pour 2022, nous projetons une fréquentation de 50 % d'une année normale, soit 4,8 millions de visiteurs et 57 millions d'euros de recettes de billetterie.

Les recettes des concessions commerciales du Louvre et des Tuileries ont suivi la même tendance. Si les recettes de mécénat se sont globalement maintenues, elles ont quand même fléchi et nous sommes face à une zone de risque compte tenu des difficultés économiques que peuvent rencontrer nos partenaires.

Le Louvre a bien sûr réagi en lançant des plans d'économies, à la fois sur les dépenses de fonctionnement et sur les investissements. L'établissement a été géré avec rigueur mais de nombreuses dépenses de fonctionnement non pas pu être diminuées à due concurrence de la perte de recettes. En 2020, les forfaits de prestations n'ont pas pu être remis en cause puisque nous avions des engagements contractuels avec nos différents prestataires. C'est seulement à partir de 2021 que les contrats ont pu être renégociés. Nous avons fait face à des remboursements de billetterie et nous avons engagé diverses dépenses pour répondre à la crise, comme l'achat d'équipements de protection, de masques et de gel hydroalcoolique. Par ailleurs, nous avons largement élargi les bases de vie des personnels sur les chantiers en raison du protocole sanitaire, pour un coût de 3 millions d'euros.

Dès mi-2020, le Louvre a cherché à décaler son programme d'investissements. Fin 2019, le plan pluriannuel 2020-2024 prévoyait 70 millions d'euros d'investissements sur le bâtiment et le jardin, pour les maintenir en bon état et moderniser l'accueil du public. Aujourd'hui, nous estimons qu'en dessous de 30 millions d'euros par an, le bâtiment peut être en péril et qu'en dessous de 15 millions d'euros par an, l'amélioration et la modernisation de l'accueil du public ne seront pas satisfaisantes. À ces 45 millions d'euros, nous ajoutons un budget de 6 millions d'euros pour l'acquisition des oeuvres pour parvenir à un montant d'investissements minimum d'une cinquantaine de millions d'euros pour éviter de fragiliser les missions de l'établissement.

Juste avant la crise sanitaire, l'État avait pris la décision de diminuer la subvention pour charge de service public de 10 millions d'euros, de 93,8 à 83,7 millions d'euros, en raison d'un fonds de roulement à l'époque confortable. Or, cette réaction conjoncturelle nous pose aujourd'hui un problème structurel.

L'État a bien sûr été au rendez-vous en termes de subvention exceptionnelle, avec le versement de 46 millions d'euros (40 en 2020 et 6 en 2021) pour permettre au Louvre de faire face aux conséquences de la crise sanitaire.

Pour 2022, nous sommes en discussion pour un versement supplémentaire de 53 millions d'euros mais la présidence du Louvre considère que cette subvention exceptionnelle devrait être encore plus importante. En effet, notre déficit s'est élevé à 87 millions d'euros en 2020 et il atteindra au moins 51 millions en 2021 et 11 millions en 2022.

Notre trésorerie restera légèrement positive à 36 millions d'euros fin 2021 et à 24 millions fin 2022. Or, nous devons assurer 45 jours de fonctionnement, soit 17 millions d'euros et nous devons faire face à toute une série de dépenses fléchées, des provisions ou des engagements sur des projets pour lesquels nous avons déjà reçu des soutiens de la part de nos mécènes. Notre besoin de trésorerie est plutôt de l'ordre de 60 millions d'euros et nous comptons sur le soutien de l'État pour y parvenir. Nous avons demandé à la tutelle que l'aide exceptionnelle soit portée à 70 millions d'euros.

Au-delà de ces impacts conjoncturels, le Louvre fait face à un déséquilibre structurel. En effet, de nombreuses dépenses de fonctionnement sont incompressibles, à hauteur de 73 millions d'euros (fonctions support, fluides, maintenance, etc.). Par ailleurs, elles évoluent au gré d'indexations et d'évolutions contractuelles. Le poste de dépenses le plus important est la masse salariale qui progresse chaque année d'environ 2 %, en grande partie en raison de décisions réglementaires de l'État sur les rémunérations fixes et variables. Or, la subvention pour charge de service public est en diminution.

Pour l'avenir, il est essentiel que le Louvre préserve et développe ses moyens pour assurer ses missions statutaires. Nous nous employons à augmenter les recettes commerciales, les recettes de mécénat et les recettes de diversification mais parallèlement, nous devons avoir une réflexion sur la diminution de 10 millions d'euros de la subvention pérenne pour charge de service public qui survient au plus mauvais moment. Nous demandons à l'État de revoir sa position sur cette baisse.

Enfin, la licence de marque Abu Dhabi fait partie de nos efforts de diversification et de nos recettes additionnelles. Cependant, nous considérons que les produits de cette licence doivent continuer à alimenter le fonds de dotation du Louvre ou être affectés à des travaux d'avenir. En aucun cas, ils ne doivent constituer une forme de ressource de substitution pour faire face aux pertes de recettes conjoncturelles liées à la crise.

M. Laurent Lafon, président. - Je salue les auditeurs de la cinquième session de l'Institut du Sénat qui assistent à nos travaux et je donne la parole à Mme Else Joseph, qui intervient au nom de Mme Sabine Drexler, rapporteur pour avis des crédits budgétaires du patrimoine.

Mme Else Joseph. - Vous nous avez dit que la crise sanitaire affectait le niveau de ressources propres du Louvre. L'aide apportée par l'État a-t-elle permis de les compenser ? L'établissement a-t-il dû renoncer à certains projets, faute de ressources suffisantes. Comment appréhendez-vous l'année 2022 ?

Par ailleurs, les crédits alloués par l'État pour l'enrichissement des collections stagnent depuis de nombreuses années. Compte tenu de la crise sanitaire et de son impact sur les ressources de l'établissement, comment le Louvre parvient-il à mener une politique d'acquisitions favorable à son attractivité et à son rayonnement ? Savez-vous comment les autres musées, qui n'ont pas le niveau de ressources propres du Louvre et qui ont plus de difficultés à faire appel à des mécènes, procèdent-ils ?

Enfin, quel rôle entend jouer le Louvre dans la démocratisation culturelle et la réduction des inégalités territoriales dans l'accès à la culture ? Quelles actions et quels partenariats envisagez-vous pour permettre aux collections du Louvre d'être découvertes par le public en région, au-delà du seul Louvre Lens ?

Mme Laurence des Cars. - Sur l'aspect budgétaire, l'équipe de direction qui vient de prendre ses fonctions procède à un examen très attentif du plan pluriannuel d'investissements à l'aune des conséquences de la crise sanitaire. L'exercice consiste à projeter le Louvre dans l'avenir et à ne pas l'empêcher de mener une politique de travaux. J'ai évoqué le neuvième département mais il y a d'autres enjeux. Nous réfléchissons par exemple à la qualité de l'accueil et à la possibilité de créer une autre entrée dans le musée, ce qui impliquerait des travaux. Nous révisons l'ensemble des projets prévus par l'équipe précédente. Certains vont continuer, d'autres s'achever dans les mois qui viennent. Nous nous efforcerons de préserver une part de notre capacité d'investissement car le Louvre doit continuer à constamment améliorer la présentation des collections, l'accueil du public et la transmission du savoir auprès de tous les publics.

Je passe la parole à l'administrateur général pour plus de précisions sur le budget.

M. Kim Pham. - Vous avez dit l'essentiel, Mme la présidente. Dans le profilage et le décalage des investissements, nous sommes très attentifs à ce que les travaux liés au maintien en bon état technique de l'ensemble des installations, bâtiments comme équipements, puissent être réalisés dans les deux à trois ans à venir, sans trop de décalage. Par ailleurs, tout ce qui touche à la sécurité et à la sûreté est maintenu. Les décalages portent essentiellement sur les investissements muséographiques mais nous veillons à ne pas affaiblir les missions de l'établissement.

Mme Laurence des Cars. - Je rappelle que statutairement, 20 % de la billetterie sont affectés aux acquisitions. Dans les années fastes, comme 2018 ou 2019, cela représentait 6 à 7 millions d'euros. Nous sommes évidemment loin du compte pour les années 2020, 2021 et probablement 2022. Pour faire face à cette baisse, nous avons la possibilité de renoncer à certains achats. Je ne suis pas fondamentalement inquiète pour la politique courante d'acquisitions car elle reprendra avec la reprise de billetterie.

En revanche, j'ai un vrai point d'inquiétude sur les trésors nationaux, que je partage avec d'autres présidents d'établissements publics. Nous connaissons actuellement une vague assez importante de demandes de licences d'exportation pour des oeuvres très significatives qui se trouvent encore en main privée. À partir du moment où l'oeuvre est classée trésor national, nous disposons de deux ans et demi pour parvenir à un accord sur le prix et trouver le financement. Ce sont des oeuvres extrêmement importantes au regard de notre patrimoine national et pour lesquelles nous sollicitons des entreprises qui acquittent l'impôt sur les sociétés. Mais il y a peu de grands groupes en France qui arrivent à des niveaux d'imposition et qui ont les capacités de trésorerie nécessaires pour soutenir cet effort, même si elles bénéficient d'un encouragement fiscal extrêmement intéressant. Nous disposons donc d'un vivier très limité d'entreprises qui nous accompagnent : un grand groupe de luxe et une grande compagnie d'assurances. Ce sont aujourd'hui nos deux seuls interlocuteurs et plusieurs établissements publics se tournent vers eux pour tenter de garder ces oeuvres dans les musées nationaux français et donc pour les partager avec l'ensemble de nos concitoyens en les mettant en dépôt dans des musées régionaux. Je suis assez inquiète des perspectives et les discussions sont difficiles. Nous serons peut-être dans une situation très délicate dans laquelle des trésors absolus quitteront le sol français, non sans quelques moments de polémique.

M. Kim Pham. - J'ajoute que le dispositif français réglementaire et fiscal en la matière est solide et qu'il est envié par un certain nombre de pays occidentaux qui n'en disposent pas. Comme je crains que certains groupes d'intérêt remettent en cause ce type de dispositif, je me permets de l'évoquer devant la représentation nationale. Il me semble très important de le préserver et peut-être même de l'enrichir, en travaillant sur les durées de protection.

Mme Laurence des Cars. - Enfin, pour répondre à votre dernière série de questions, la démocratisation culturelle et le partage d'un patrimoine qui appartient à toutes et tous sont au coeur du projet du Louvre depuis son ouverture. L'établissement est très actif en matière d'éducation artistique et culturelle. Nous ouvrirons dans quelques semaines un ensemble d'ateliers, le Studio, dédiés précisément à cette éducation et notamment à la pratique artistique pour la jeunesse et les familles, en lien avec les collections et les expositions. Je crois beaucoup à la pratique du musée en famille. Le musée est par essence un lieu de transmission et de partage. Par ailleurs, au-delà de cette action in situ, le Louvre se projette constamment hors de ses murs pour aller vers des populations et une jeunesse éloignées de la culture.

Nous menons un ensemble d'actions extrêmement fortes, souvent en lien avec l'éducation nationale. J'aurai l'occasion, dans les semaines qui viennent, de rencontrer les recteurs proches de Paris. Je suis très attachée à ce travail de collaboration avec l'éducation nationale, nous avons beaucoup à partager et le Louvre est une merveilleuse plateforme pour ce travail absolument fondamental.

L'autre aspect de votre question portait, madame la sénatrice, sur le partage national des collections et donc sur l'action territoriale du Louvre. Le Louvre Lens est un immense succès. Nous venons d'inaugurer une merveilleuse exposition consacrée au Louvre de Picasso. C'est un très beau projet, créé avec le musée national Picasso de Paris, qui fait rayonner des chefs-d'oeuvre absolus du Louvre et des collections du musée Picasso au coeur même du bassin minier. L'exposition rencontre un grand succès depuis son ouverture. Mais notre action ne se résume pas au Louvre Lens. Nous avons des contacts et des échanges constants avec nos collègues en région. C'est une tradition dans le monde de la conservation, nous avons une politique active de prêts, de soutien aux expositions, de co-organisation voire de co-production d'expositions en région. J'ai eu l'occasion d'inaugurer, il y trois semaines, deux expositions formidables en Lorraine, consacrées à la structure lorraine du XVIIIe siècle, imaginées en collaboration entre les équipes du Louvre et les équipes des musées lorrains. Des chefs-d'oeuvre absolus du Louvre, qui n'avaient jamais quitté le musée, sont pour la première fois présentés au musée des beaux-arts de Nancy et au château de Lunéville.

Nous sommes donc très présents en région par notre politique de prêts et de dépôts. Je suis très attachée aux dépôts. C'est une grande tradition républicaine et une grande tradition du Louvre qui doit peut-être être renforcé, je m'y attellerai avec l'ensemble des départements. Plus généralement, nous devons avoir des échanges permanents avec nos confrères des musées territoriaux pour imaginer des projets, des collaborations, parfois des pistes de formation et d'accueil de professionnels territoriaux au sein du Louvre. Le Louvre n'est pas un établissement parisien, c'est un établissement national, qui a un devoir de partage et de présence sur l'ensemble du territoire, en incluant bien sûr les outre mers. La Réunion a accueilli il y a quelques mois des expositions à partir de nos collections graphiques. C'était la première fois que le Louvre était présent dans ce département.

M. Max Brisson. - Sous la présidence de Catherine Morin-Desailly, Pierre Ouzoulias et moi-même étions rapporteurs d'une mission d'information sur la question des restitutions et de la circulation des oeuvres d'art appartenant aux collections publiques. La commission de la culture a mené un travail approfondi sur ce sujet. Au-delà des arguments éthiques et diplomatiques, nous avons eu le sentiment que le point de vue des conservateurs avait été peu pris en compte dans la réflexion. C'est la raison pour laquelle nous plaidons pour la mise en place d'un conseil national de réflexion sur la circulation et le retour des biens culturels extra-européens.

Les musées français se sont construits autour du principe d'inaliénabilité et d'universalité des collections. Comment pouvons-nous préserver ce principe d'inaliénabilité des collections ? Les musées à vocation universelle devraient-ils partager davantage leurs collections ? Comment surmonter l'obstacle financier qui empêche aujourd'hui les musées étrangers de solliciter le prêt ou le dépôt d'une oeuvre d'art appartenant aux collections françaises ?

M. Pierre Ouzoulias. - Avant de vous interroger, je souhaite vous proposer un excursus onomastique plein de bienveillance par rapport à votre nom. Tout le monde sait dans cette chambre que je suis très attaché à la Haute Corrèze. Le site des Cars est un site archéologique du plateau de Millevaches à Saint-Merd-les-Oussines, dont le nom est tiré de quadratus qui en latin signifie « bloc de fondations extrêmement solides ». À vous entendre, j'ai cru comprendre que vous portiez magnifiquement votre nom. Vous avez un projet de refondation du musée du Louvre et vous nous en avez donné quelques étapes fondamentales auxquelles nous souscrivons totalement.

Je crois qu'il faut mettre fin à l'illusion qu'un musée tel que le Louvre pourrait être autofinancé. Elle est catastrophique parce qu'elle vous oblige à courir après des recettes propres alors que l'État oublie ses obligations premières.

Sur l'action extérieure de la France, vous avez été directrice scientifique de France Muséums et vous avez participé, à ce titre, à l'aventure du Louvre Abu Dhabi. Il y a, à l'étranger et notamment au Proche-Orient, une demande très forte de la compétence française en matière de patrimoine, d'archéologie ou de muséographie. Ces pays s'ouvrent au tourisme et ont compris qu'ils ne satisferont jamais une demande de tourisme de masse. Ils veulent un tourisme de qualité et aujourd'hui la France aurait la capacité de leur proposer cette offre. Or, il n'y a pas une grande cohérence de l'action française à l'étranger. Elle est partagée entre les Affaires étrangères, la Culture, l'Enseignement supérieur, la Recherche, etc. Comment pourrions-nous mieux l'organiser et faire en sorte que toutes les compétences, notamment celles qui sont dans votre musée avec les conservateurs dont j'ai fait partie, soient mieux mises à profit pour proposer une offre nationale à ces pays ?

Mme Annick Billon. - Vous avez parlé de l'attractivité pour les familles et pour la jeunesse et d'une collaboration avec l'éducation nationale. Comment envisagez-vous de collaborer avec les collectivités territoriales qui sont des acteurs importants pour l'accès à la culture ? Avez-vous imaginé des passerelles, des partenariats ? L'Agenda rural a pointé un certain nombre de difficultés d'accès à la culture, à la mobilité, aux soins ou à la santé.

Vous souhaitez toucher de nouveaux publics mais la crise sanitaire a mis la culture à rude épreuve. De nouveaux modes de communication ont été développés pour aller vers ces publics. Quels outils numériques allez-vous développer, quel budget allez-vous consacrer au rayonnement de la culture ?

Enfin, quelles sont les synergies économiques que vous pourriez développer ? Êtes-vous confrontée à la concurrence des fondations privées ? L'une d'entre elles s'est installée tout près du Louvre et la fondation Vuitton occupe une place très importante. Envisagez-vous des partenariats avec ces fondations qui proposent une offre culturelle en disposant de moyens différents ?

M. Thomas Dossus. - Nous avons appris ce matin que l'entreprise Total était informée des conséquences désastreuses de ses activités depuis 1971. Depuis cinquante ans, elle met tout en oeuvre pour fabriquer du doute sur la question climatique et cela passe par une politique d'image et d'influence, donc par une politique de mécénat.

Il y a quelques mois, nous avons débattu d'une loi climat qui prévoit l'interdiction de la publicité pour les énergies fossiles. Cette interdiction est extrêmement limitée puisque, contrairement à la loi Évin, elle n'interdit pas la publicité de la marque et n'inclut donc pas le mécénat. Nous savons maintenant que Total nous conduit vers le chaos climatique. Cette entreprise, par sa fondation et son mécénat, associe son image au Louvre depuis des années. Aujourd'hui, la charte du musée lui permet toujours d'associer son nom à votre marque, malgré le caractère climaticide de ses activités. Envisagez-vous de poursuivre des opérations de mécénat avec ce type d'entreprises ?

Mme Sylvie Robert. - Je vous remercie pour vos propos et pour votre exposé des grandes orientations deux mois après votre arrivée. La crise sanitaire a été brutale et nous en percevons les conséquences extrêmement douloureuses sur les grands musées. Vous faites face à une situation très complexe et délicate. Vous devez réfléchir à la reprise, qui est compliquée à l'instar des autres lieux culturels, et parallèlement à l'évolution de votre modèle économique.

Vous avez dit que 75 % des visiteurs étaient étrangers et que les Français représentaient seulement 25 % du public. Je rejoins les propos de mon collègue Pierre Ouzoulias sur la nécessité d'un soutien de l'État pour ne pas fragiliser les grandes missions d'un établissement comme le vôtre. La solution passe-t-elle par le mécénat, même si la période n'y est pas forcément propice ? Envisagez-vous de développer les privatisations et plus largement la dimension commerciale du musée ? La conquête de nouveaux publics, nécessiteront des moyens et sans doute d'autres modalités d'organisation au sein de l'établissement. Comptez-vous travailler sur la billetterie sur laquelle repose en partie le modèle économique ? Prévoyez-vous des actions de fidélisation, des dimanches gratuits ? Comment allez-vous régler cette équation extrêmement délicate, qui va peut-être aussi modifier l'image du Louvre ? Le musée reste une puissance diplomatique, vous avez souligné l'influence de ce fleuron national, mais en même temps vous devez reconquérir le public de notre pays.

Quand vous avez pris vos fonctions, vous avez indiqué que vous souhaitiez développer la création contemporaine. Vous nous avez dit ce que vous aviez déjà mis en place. Souhaitez-vous aller plus loin avec des expositions temporaires, d'autres partenariats, d'autres acquisitions ? Jusqu'où pensez-vous aller ? En effet, avec l'évolution du modèle, c'est peut-être toute la marque du Louvre que vous allez impacter.

M. Julien Bargeton. - Pouvez-vous être plus précise sur la numérisation des collections et l'utilisation du numérique en matière muséale ?

Mme Céline Boulay-Espéronnier. - Notre commission porte une attention particulière à la réduction des inégalités territoriales en matière de culture. Je suis sénatrice de Paris, ville qui bénéficie d'une offre de musées très importante. Le premier musée que j'ai visité enfant était le Louvre et cette visite m'a marquée à vie. J'aime y retourner régulièrement.

Le Louvre est-il le premier musée dans lequel va un Parisien puisque c'est un symbole national et mondial ? Vous avez dit que des publics ne passaient jamais la porte des musées et Annick Billon a parlé de partenariats avec l'éducation nationale. Il me semble que le premier des partenariats est celui avec les écoles et notamment les écoles parisiennes. Continuent-elles à organiser des visites pour leurs élèves dans les musées ? Vous disiez que la jeunesse faisait partie des publics éloignés. La jeunesse se rend-elle moins au musée ou les chiffres sont-ils constants depuis plusieurs années ? La crise sanitaire a-t-elle eu un impact ?

Pourriez-vous nous en dire plus sur l'évolution du modèle culturel ? Enfin, le musée est-il en déclin en France ?

M. Damien Regnard. - Je suis sénateur des Français de l'étranger et je suis intéressé par votre point de vue sur le Louvre Abu Dhabi. Inauguré début novembre 2017, c'est le plus grand projet culturel de la France à l'étranger. Il est le fruit d'une coopération sans précédent entre notre pays et les Émirats Arabes Unis, qui a donné naissance au premier musée universel du monde arabe. J'ai eu la chance de le visiter lors d'un déplacement en novembre 2019.

Les objectifs fixés lors de l'inauguration de ce musée ont-ils été atteints en termes de rayonnement, de fréquentation, d'événements et de partenariats ? Alors que les Émirats accueillent pendant plusieurs mois l'exposition universelle, quels sont les évènements envisagés avec le musée ? Avez-vous mesuré la fréquentation de la communauté française, forte de plus de 25 000 résidents ? Des partenariats existent-ils avec nos établissements scolaires et nos associations présentes dans le pays ou dans la région ? Quels objectifs fixez-vous à ce musée pour les trois prochaines années ? Enfin, avez-vous d'autres projets d'ouverture à l'étranger ?

M. Jacques Grosperrin. - J'ai lu quelques chiffres fous sur le Louvre : 35 000 oeuvres exposées sur un fonds qui en compte 460 000, une surface de 243 000 m2, des salles d'expositions correspondant à dix terrains de football, 73 ascenseurs, 2 000 portes, 2 000 collaborateurs, etc. J'ai le sentiment que le Louvre est une petite ville, fréquentée par 10 millions de visiteurs chaque année, c'est-à-dire 200 000 par semaine.

Le Louvre regroupe de nombreux métiers, ses collaborateurs se déplacent beaucoup et le musée dispose d'une renommée mondiale. Pour continuer à en bénéficier, il doit toujours avoir un coup d'avance. Envisagez-vous de créer une smartcity, un Louvre connecté ? À l'image des villes, le musée devra améliorer sa performance, son organisation, travailler sur la résilience, sur la protection et la sécurité.

Mme Laure Darcos. - Avant votre nomination, vous aviez conçu une programmation conséquente au musée d'Orsay. Au Louvre, reprenez-vous la programmation de votre prédécesseur et pendant combien de temps ? Nous savons que dans d'autres secteurs culturels, les événements sont organisés trois ou quatre ans à l'avance. En ce moment le Louvre propose une très belle exposition consacrée à Paris-Athènes. Pouvez-vous nous faire rêver sur la programmation à venir ?

Mme Sonia de La Provôté. - Je souhaite réagir sur la question de l'éducation artistique et culturelle et mettre en parallèle l'extension du pass culture et le développement volontariste des Micro-Folies dans les territoires.

Quelle est la position du Louvre vis-à-vis du pass culture ? Avez-vous été contactée, consultée pour sa généralisation ? Le Louvre prend-il sa part dans la programmation et dans le développement du pass culture ?

Je sais que le Louvre participe aux Micro-Folies. Quels sont les retours sur ces Micro-Folies ? Parallèlement, cette dimension numérique du Louvre entre-t-elle en contradiction avec la volonté du retour physique du public dans le musée ? En effet, la numérisation des collections touche un public large mais dont une partie considère qu'une visite virtuelle remplace une visite physique. Tirez-vous des opportunités de cette situation ?

Enfin, vous êtes présentée comme la première femme à la tête du Louvre et tous les médias en ont fait un événement majeur. Comment vivez-vous cette présentation ? Constitue-t-elle un élément important pour l'exercice de votre mandat ou considérez-vous qu'il s'agit d'une évolution naturelle ?

Mme Laurence des Cars. - Sur l'action extérieure, le Louvre entretient des relations avec 75 pays. Nous avons des chantiers de fouilles dans huit pays. Nous n'en avons pas parlé mais cette activité est très importante pour les trois départements antiques du musée.

Je ne me prononcerai pas sur l'organisation d'expertises françaises à l'international, je me contente de répondre pour le Louvre et à partir de mon expérience au musée d'Orsay et à l'agence France Muséums. Il faut bien prendre la mesure de l'excellence française dans ce domaine, même si ces propos peuvent paraître immodestes. Nous avons, avec nos musées, de l'or entre les mains et parfois, comme souvent en France, nous ne sommes pas nos meilleurs avocats. Nous sommes reconnus à l'étranger pour notre capacité à partager notre expertise et pour notre compétence. Le Louvre les partage également de façon généreuse et altruiste puisqu'il est actuellement présent en Irak, à Mossoul et à Bagdad pour la reconstruction des musées, ainsi qu'au Liban. L'expertise consiste aussi à aller au-devant de situations d'urgence patrimoniale et muséale.

Ce sont cette expertise et cette compétence que les Émiriens sont venus chercher en 2007, en amont de l'accord dont vous avez, M. le sénateur, rappelé la signature. C'est ce qui a permis à la partie française de livrer le Louvre Abu Dhabi avant le Cheikh Zayed Muséum dont la construction était accompagnée par l'équipe du British Muséum et bien avant le Guggenheim Abu Dhabi dont les travaux commencent à peine.

C'est bien notre capacité à fédérer notre expertise qui permet de grands projets. Je retiens une grande leçon de mes années au sein de l'agence France Muséums. Quand nous travaillons ensemble, nous sommes capables de faire de grandes choses ! Les présidents d'établissements publics connaissent actuellement un important mouvement de renouvellement. Nous nous parlons beaucoup entre jeunes présidents, avec le souhait non seulement de collaborer sur le territoire national mais aussi sur l'action internationale. J'ai pris l'exemple de l'opération Boltanski, qui est un symbole pour Laurent Lebon, président du Centre Pompidou, pour Catherine Pégard, présidente de Versailles, et pour moi-même. Mais nous devons aussi continuer à envisager l'action internationale de nos musées, à la fois dans leur singularité et dans leur identité, chaque grand établissement public ayant bien sûr sa propre politique internationale, mais aussi dans notre capacité à travailler ensemble. C'est ainsi que nous serons forts et que la France pourra porter des projets originaux, marqués par le sceau de cet universalisme qui nous définit. Nous avons un potentiel considérable et nous devons savoir répondre aux différentes demandes, qui vont de l'urgence patrimoniale aux plus grands projets, même si le Louvre Abu Dhabi est un projet d'exception qui ne se présente qu'une fois tous les quinze ou vingt ans.

La politique territoriale est une action constante du Louvre. Je n'ai pas sous les yeux les chiffres exacts des prêts et des dépôts, certes ralentis par la crise sanitaire, mais ce sont des centaines d'oeuvres qui sont prêtées tous les ans aux musées territoriaux. Nous avons avec eux énormément de collaborations scientifiques et d'expertises muséographiques. Le Louvre est vraiment au côté de ses partenaires territoriaux et cela se concrétise par de nombreuses signatures de conventions. Je souhaite que nous soyons constamment en mesure de répondre à ces demandes et que nous puissions même aller au-devant, par l'animation d'un réseau informel autour du Louvre comme je l'avais fait à Orsay avec le Club 19. Nous pourrions envisager un Club Louvre, permettant aux équipes de l'établissement d'échanger avec leurs confrères en régions et bien sûr d'imaginer ensemble des projets.

Ces éléments recoupent en partie le sujet du numérique qui est revenu à plusieurs reprises dans vos questions. Le numérique fait aujourd'hui partie intégrante de la vie des musées. S'il y a une leçon que nous pouvons retenir de la crise, c'est que le numérique, qui était pour certains établissements un domaine périphérique, uniquement un enjeu de communication, est devenu un enjeu vital de lien avec les publics. Chacun a essayé de faire preuve d'inventivité et de créativité. Je salue l'implication des équipes des musées nationaux qui n'ont pas ménagé leur peine et leur temps pour imaginer, dans des conditions parfois assez acrobatiques, des programmes pour continuer à faire vivre leurs établissements et à toucher leur public. Je pense qu'un cap a été franchi, au sein même des équipes scientifiques des musées qui étaient parfois un peu rétives au numérique. Elles ont compris que c'était un outil qui non seulement permettait la numérisation des collections, c'est-à-dire la diffusion des photographies des oeuvres, mais surtout de proposer des contenus autour de ces oeuvres. Un nouveau chapitre s'est ouvert pour imaginer des contenus natifs, c'est-à-dire de nouveaux formats d'exposition, de médiation, qui permettent aux scientifiques et à l'ensemble des métiers du musée de s'exprimer. Il y a au Louvre quatre-vingts métiers auxquels je suis profondément attachée, des artisans d'art aux conservateurs généraux du patrimoine, en passant par tous les métiers de l'accueil et de la surveillance. Nous avons par exemple un atelier des marbriers, c'est-à-dire des équipes qui savent bouger les marbres sans les briser. C'est un savoir-faire ancestral qui est préservé et cultivé au sein même de l'établissement.

Je voudrais rendre plus présents ces visages du Louvre. Si le Louvre est un sujet de fierté, il ne doit pas rester dans une communication uniquement institutionnelle. Le Louvre, ce sont des femmes et des hommes qui doivent partager leur passion avec nos concitoyens. Je crois beaucoup à cette incarnation et le Louvre a beaucoup d'atouts dans ce domaine. Le numérique sera un grand axe de ma politique et nous avons engagé une réflexion sur notre organisation interne qui n'est pas satisfaisante. Je veux doter notre politique numérique d'un nouvel élan et d'un nouveau schéma d'organisation interne comme celui que j'avais mis en place à Orsay.

Sur le mécénat, le Louvre n'a plus de lien avec le groupe Total depuis 2016. Vous avez fait allusion à une charte éthique de mécénat que j'entends étudier de très près et peut-être apporter des modifications qui feront l'objet d'un passage en conseil d'administration et dans les instances compétentes. J'attache beaucoup d'importance à cette question éthique comme je l'ai montré à Orsay et je serai très vigilante. Autant je suis une présidente très mobilisée sur le mécénat, très mobilisée dans la relation avec les mécènes, qu'ils soient individuels ou de grands groupes, autant je pense que nos établissements publics ont un devoir d'exigence absolue quant aux conditions de l'exercice de ce mécénat.

La programmation est au coeur de mon projet. En effet, pour parler au plus grand nombre et à toutes les tranches d'âge, il faut poser des actes concrets. L'un des premiers visages d'un établissement public comme le Louvre, c'est sa programmation. Elle constitue un facteur de changement, je l'ai constaté quand j'ai programmé l'exposition le Modèle noir à Orsay, qui a connu un immense succès avec plus de 500 000 visiteurs et qui a touché des publics qui n'étaient jamais venus au musée d'Orsay et qui l'ont découvert à cette occasion. C'est l'une des vertus des expositions que je défends dans un monde où elles sont attaquées. Les expositions ont beaucoup de vertus, notamment celle de donner l'envie de fréquenter les musées et de découvrir les collections permanentes et les lieux extraordinaires qui les abritent.

Je travaille sur notre programmation qui est presque, comme vous l'avez dit, une programmation d'opéra qui se prévoit plusieurs années à l'avance. Je planche cet après-midi même avec l'ensemble des directeurs de départements sur une nouvelle ligne de programmation. Vous me permettrez d'en garder pour l'instant les détails. C'est un élément très important, qui fait partie de l'image du Louvre et de sa capacité d'accueil de nouveaux publics.

Pour cette programmation, qui concerne aussi bien des expositions que l'auditorium (musique, spectacle vivant, théâtre, etc.) puisque le Louvre est par vocation la maison de tous les arts et de tous les artistes, je me tournerai vers les créateurs et les voix contemporaines. En effet, il n'y a pas de meilleurs ambassadeurs pour une collection. La voix des conservateurs est absolument nécessaire, je suis moi-même conservatrice générale du patrimoine, l'expertise scientifique est essentielle, mais nous avons besoin de relais, nous avons besoin aussi de personnes qui nous aiguillent, qui nous obligent à changer notre regard. Je crois beaucoup à cette collaboration entre des voix contemporaines, des acteurs de la pensée d'aujourd'hui et les scientifiques du musée. Je veux aussi renouer les grands partenariats internationaux. Le Louvre est aujourd'hui un peu isolé dans sa programmation et il est essentiel qu'il travaille à nouveau avec ses grands confrères internationaux.

Le rapport du Louvre avec le public de proximité me tient beaucoup à coeur. Les chiffres sont très éloquents. Avec 75 % de touristes internationaux parmi ses visiteurs avant la crise sanitaire, la part du public français peut paraître réduite, voire trop réduite. Je pense que nous devons aller beaucoup plus au-devant de nos concitoyens. Je crois qu'il faut à nouveau relier le Louvre à Paris, à l'Île-de-France et aux régions proches. Nos concitoyens doivent se réapproprier le Louvre. Cela passe par la programmation, par des travaux sur l'accueil, par les horaires de visite aussi que j'ai évoqués lors d'une de mes rares prises de parole après ma nomination. Pour que de jeunes actifs puissent fréquenter le Louvre en semaine, une fermeture à 18 heures, avec une évacuation des salles qui commence à 17 heures 15 n'est pas adaptée. Nous étudions un nouvel équilibre entre des nocturnes et une ouverture plus tardive permanente sur lequel nous consulterons les instances représentatives du personnel.

Le Louvre a beaucoup à dire à nos concitoyens. C'est un musée qui a une double identité, à la fois internationale et profondément ancrée dans notre histoire. Nous avons tous une part de Louvre en nous. Mme la sénatrice, vous nous avez rappelé votre première visite. J'ai à peu près le même souvenir et je crois que nous sommes nombreux à l'avoir. Je souhaite que ce souvenir se ravive dans la vie de nos concitoyens, qu'il ne soit pas simplement un souvenir d'enfance mais qu'il devienne une envie d'adultes, de jeunes parents, d'amis qui partagent aussi le plaisir de la visite. Le musée doit être un moment de plaisir si nous voulons donner envie à nos plus jeunes concitoyens de le visiter. Nous ne devons pas parler uniquement d'éducation et de partage de la connaissance, nous devons parler de pur plaisir de visite. À nous d'être imaginatifs !

Sur le bilan du Louvre Abu Dhabi, vous allez dire que je ne suis pas du tout objective et vous aurez raison. J'ai eu la chance de participer au lancement de ce projet en 2007, quand Henri Loyrette, qui était président-directeur du Louvre, m'a demandé de quitter une première fois le musée d'Orsay où j'étais conservatrice pour prendre la direction scientifique de cette équipe qui allait devenir l'agence France Muséums. J'ai appris la force de notre expertise internationale, la force de notre savoir-faire lorsque nous savons travailler en équipe. J'ai rassemblé une équipe de conservateurs qui venaient de plusieurs musées nationaux, avec des spécialités qui ne se parlaient pas, comme l'art asiatique dialoguant avec l'art classique européen - une folie dans le monde des musées français - au milieu d'une très grande hostilité médiatique. À l'intérieur même des musées, des pétitions ont circulé et l'atmosphère autour de ce projet était parfois lourde.

Nous avons été quelques-uns à y croire, parce qu'il disait quelque chose de notre pays, de notre capacité à parler au monde avec la culture. La culture va là où la politique et la diplomatie ne vont plus, la culture permet d'aller au-delà des différences culturelles. Ce que j'ai appris sur ce projet, qui a connu des moments compliqués au gré des crises internationales, économiques, boursières, notamment la crise de 2008, c'est que nous pouvons aller au-delà des différences et que l'altérité culturelle n'est pas un problème à partir du moment où nous savons dialoguer avec nos partenaires. L'un des grands reproches fait au projet portait sur l'impossibilité de montrer certains types d'oeuvres, sur l'obligation de nous censurer et donc sur une dénaturation du Louvre.

Or, c'est exactement le contraire que nous avons mis en place, avec patience et dans une confiance absolue avec nos partenaires émiriens dont je voudrais saluer devant vous le courage. Ce que vous voyez aujourd'hui au Louvre Abu Dhabi, c'est un musée universel. L'ensemble des religions et des cultures y sont représentées, sans aucune forme de censure, la nudité y est présente, avec un effort de pédagogie, de partage des richesses du Louvre et des autres musées nationaux. Par ailleurs, le Louvre Abu Dhabi constitue sa propre collection avec le conseil et l'expertise des musées français, en parfaite entente avec nos partenaires émiriens. C'est donc une très grande réussite de l'expertise internationale de la France, dans un bâtiment magnifique construit par Jean Nouvel.

Presque quatre ans après son ouverture, le Louvre Abu Dhabi a enregistré une fréquentation supérieure aux prévisions faites avant la crise, en dépassant un million de visiteurs. Je me souviens, qu'au démarrage du projet, nous estimions qu'un chiffre de 400 000 visiteurs par an serait formidable. Un tiers sont des visiteurs locaux (Émirats Arabes Unis et région du Golfe), un tiers sont des touristes internationaux et un tiers viennent du sous-continent indien et d'Asie. Abu Dhabi est un autre centre, nous sommes dans un monde multipolaire et le Louvre Abu Dhabi prend la pleine mesure de ce monde multiple.

Les Français y sont évidemment très présents. Je rappelle que le musée est dirigé par un Français, Manuel Rabaté et qu'une partie de son équipe scientifique est française. Nos partenaires émiriens souhaitent continuer à accueillir au sein de l'équipe du Louvre Abu Dhabi l'expertise française.

Je vois un très bel avenir au Louvre Abu Dhabi, j'y suis profondément attachée. Je sens la confiance de nos partenaires émiriens autour de ce projet et je souhaite entraîner les nouveaux présidents d'établissements publics au plus près de ce projet et lui donner une visibilité accrue en France et notamment au Louvre. Quand vous entrez au Louvre sous la pyramide, vous devriez savoir qu'il existe un Louvre Abu Dhabi, comme il y a un Louvre Lens qui n'est pas assez présent. Le Louvre Lens est une immense réussite et je voudrais accroître sa visibilité au coeur même du Louvre à Paris.

Sur la généralisation du pass culture, je n'ai malheureusement pas de chiffres précis, même si je sais que son utilisation est montée en puissance. Je vous les transmettrai rapidement.

Le Louvre est bien sûr partenaire des Micro-Folies dont le pilotage est assuré par l'établissement public de la Villette. Son président Didier Fusillier est extrêmement actif sur ce projet. Je l'avais soutenu dès le début en tant que présidente d'Orsay. C'est une sensibilisation par le numérique dans les quartiers difficiles, dans des endroits fréquentés par une jeunesse qui est souvent éloignée de la culture. Le premier contact avec les oeuvres du Louvre ou d'Orsay se fait par l'image mais l'objectif est de les emmener vers les musées. Je ne crois pas à l'incompatibilité entre le numérique et la fréquentation physique du musée. Nous devons encore travailler dessus, mais la crise nous a permis de constater qu'ils étaient parfaitement complémentaires. Le numérique est utilisé avant la visite, de plus en plus pendant celle-ci dans une optique de médiation, et enfin après pour prolonger la visite. C'est une expérience continue. C'est cet écosystème visuel, intellectuel, sensible qu'il nous faut approfondir et les Micro-Folies constituent un merveilleux laboratoire que le Louvre accompagne avec beaucoup d'enthousiasme.

M. Laurent Lafon, président. - Au nom des sénateurs et des sénatrices, je vous remercie, Mme la présidente, pour la qualité de cet échange. Vous avez pu voir, à travers les différentes questions qui vous ont été posées, que nous sommes tous très sensibles à la situation actuelle du Louvre et à ses perspectives de développement. Nous aurons plaisir à vous entendre à nouveau dans quelques mois pour savoir comment ces pistes auront été développées.

Mme Laurence des Cars. - Merci beaucoup pour votre accueil et votre écoute.

La réunion est close à 10 h 55.

Ce point de l'ordre du jour a fait l'objet d'une captation vidéo qui est disponible en ligne sur le site du Sénat.

Proposition de loi créant la fonction de directrice ou de directeur d'école (deuxième lecture) - Examen des amendements au texte de la commission

M. Laurent Lafon, président. - Nous examinons les amendements de séance sur la proposition de loi créant la fonction de directrice ou de directeur d'école, qui sera examinée en séance publique cet après-midi.

EXAMEN DES AMENDEMENTS AU TEXTE DE LA COMMISSION

Article 1er

M. Julien Bargeton, rapporteur. - L'amendement n°  9 rectifié est un amendement d'appel visant à entendre le ministre sur l'assimilation des chargés d'école aux directeurs d'école. Sagesse. J'apporte une précision : si l'article 1er n'est pas modifié en séance, il sera voté conforme et nous ne pourrons pas revenir dessus en commission mixte paritaire (CMP).

Mme Sonia de La Provôté. - C'est un amendement de clarification destiné à entendre le ministre sur le sujet. Cette notion vient d'être introduite à l'Assemblée nationale. Un chargé d'école est-il assimilé techniquement à un directeur ?

La commission s'en remet à la sagesse du Sénat sur l'amendement n° 9 rectifié.

M. Julien Bargeton, rapporteur. - Les amendements nos 1, 12 et 21 suppriment la notion d'autorité fonctionnelle. Or celle-ci, introduite par le Sénat en première lecture, va faciliter et fluidifier le travail des directeurs d'école. Ils pourront élargir leurs marges de manoeuvre sans devoir, systématiquement, en référer à l'inspecteur de l'éducation nationale.

Les amendements nos 11, 2, 13 et 22 précisent que le directeur n'exerce pas d'autorité hiérarchique. Avis défavorable.

L'amendement n° 10 vise à préciser que la délégation est spécifique à chaque directeur d'école. Or celle-ci est définie à l'occasion du dialogue entre le directeur d'école et l'autorité académique. Elle est donc spécifique, limitée dans le temps. Retrait, à défaut avis défavorable.

La commission émet un avis défavorable aux amendements nos 1, 10, 12, 21, 11, 2, 13 et 22.

Article 2

M. Julien Bargeton, rapporteur. - L'amendement n°  14 vise à ne pas conditionner l'inscription sur la liste d'aptitude au suivi préalable d'une formation à la fonction de directeur d'école. Même si je comprends cette position, fondée sur la réalité du terrain, cet amendement va à l'encontre des besoins de formation des directeurs d'école. La formation continue au sein du ministère de l'éducation nationale reste perfectible. Nous aurons de nombreux débats sur ce sujet, et nous verrons comment celui-ci prospérera d'ici à la CMP, que j'espère conclusive. Avis défavorable.

La commission émet un avis défavorable à l'amendement n° 14.

M. Julien Bargeton, rapporteur. - L'amendement no  15 supprime l'obligation de formation certifiante. L'amendement n°  4 prévoit une formation, mais indépendamment d'une décharge complète d'enseignement. Le Gouvernement, l'Assemblée nationale et le Sénat ont des appréciations divergentes. Dans l'optique d'un accord en CMP, je vous propose une position de compromis : sagesse sur l'amendement n° 4 et avis défavorable à l'amendement n° 15.

M. Max Brisson. - Nous ne sommes pas encore en CMP, même si un accord lors de cette réunion est souhaitable. Conserver des points à débattre est une bonne solution pour arriver à nos fins sur l'essentiel du texte.

Il faut valoriser la formation, sans prendre en compte la taille de l'école. Les principaux de collèges ont un an de formation avant de changer de corps et de statut, ce qui les valorise. Certains collèges ruraux ont moins de 200 élèves, soit moins que certaines écoles primaires. J'avais cru raisonnable de limiter cette certification à ceux qui souhaitent devenir directeur des écoles les plus grandes. Je suis d'accord avec l'avis de sagesse sur l'amendement n° 4, mais je suggère un avis favorable à l'amendement n° 15.

La commission s'en remet à la sagesse du Sénat sur l'amendement n° 4.

La commission émet un avis favorable à l'amendement n° 15.

M. Julien Bargeton, rapporteur. - L'amendement n°  5 prévoit que l'affectation d'un enseignant à un poste de direction ne peut se faire qu'après l'accord exprès de ce dernier. Avis défavorable. Même si je comprends la position de nos collègues, cet amendement est susceptible de rigidifier le cadre de fonctionnement des écoles. On risque d'avoir des écoles sans directeur.

La commission émet un avis défavorable à l'amendement n° 5.

M. Julien Bargeton, rapporteur. - La commission vient de réintroduire les dispositions prévoyant la prise en compte des orientations de politique nationale dans les formations proposées. Les amendements identiques n°s 6 et 16 proposent de revenir sur ce vote. N'y revenons pas. Avis défavorable.

La commission émet un avis défavorable aux amendements nos 6 et 16.

M. Julien Bargeton, rapporteur. - Les amendements 3, 18 et 23 visent à supprimer les missions de formation des directeurs d'école au motif qu'ils n'auraient pas le temps de les effectuer. Nous avons introduit dans le texte le fait que les temps de décharge doivent être suffisants pour que les directeurs d'école puissent effectuer l'intégralité de leurs missions. Avis défavorable aux amendements nos  3, 18 et 23.

L'amendement n°  17 vise à supprimer la notion d'encadrement. Avis défavorable.

La formulation actuelle du texte, prévoyant que « les directeurs d'école participent à l'encadrement du système éducatif » est insuffisamment claire. L'amendement n° 8 rectifié de Mme de La Provôté, complété par le sous-amendement n° 26, clarifie cette rédaction.

Avis favorable à l'amendement n°  8 rectifié de Mme de La Provôté et au sous-amendement n°  26 de M. Brisson.

Mme Sonia de La Provôté. - Le Sénat s'est focalisé sur l'autorité fonctionnelle des directeurs. Définir l'accompagnement en matière de bonne organisation est plus légitime, alors que la notion d'encadrement sous-entend une autorité hiérarchique, ce qui n'est pas la position souhaitée par le Sénat.

M. Max Brisson. - Nous en débattrons lors de la séance publique. Il faut distinguer deux sujets. D'une part, l'encadrement ; les directeurs d'école sont des cadres A de la fonction publique. Ils ont des fonctions d'autorité, que nous devons valoriser. C'est logique si l'on reconnaît l'autorité fonctionnelle - le Président de la République envisage même le recrutement des professeurs par les directeurs. D'autre part, l'expression « système éducatif » était discutable. Mme de La Provôté propose « institution scolaire » à la place. En réalité, il s'agit plutôt de l'organisation de l'enseignement du premier degré, avec des fonctions d'encadrement.

M. Julien Bargeton, rapporteur. - L'adoption de l'amendement sous-amendé aboutirait à la formulation suivante : « le directeur d'école participe à l'encadrement et à la bonne organisation de l'enseignement du premier degré. »

Mme Sonia de La Provôté. - L'addition des deux amendements apporte moins de rigidité que la notion seule d'encadrement.

La commission émet un avis défavorable aux amendements nos 3 et 17.

La commission émet un avis favorable au sous-amendement n° 26. Elle émet un avis favorable à l'amendement n° 8 rectifié, sous réserve de l'adoption du sous-amendement n° 26.

Elle émet un avis défavorable aux amendements nos 18 et 23.

M. Julien Bargeton, rapporteur. - L'amendement n°  19 est déjà satisfait : le conseil d'école est associé à l'élaboration du projet d'école, donne tout avis et présente toute suggestion sur le fonctionnement de l'école et les questions intéressant la vie de l'école. En outre, l'article 1er de la proposition de loi indique bien que le directeur d'école pilote le projet, pas qu'il le définit seul. Retrait, à défaut avis défavorable.

La commission émet un avis défavorable à l'amendement n° 19.

Article 2 bis

M. Julien Bargeton, rapporteur. - L'article 2 bis touche à l'aide matérielle et administrative des directeurs d'école et aux responsabilités respectives de l'État et des collectivités territoriales. Nous en débattrons lors de la séance publique. C'est l'un des points de désaccord avec l'Assemblée nationale.

Sagesse sur l'amendement n°  25 du Gouvernement qui rétablit la rédaction de l'Assemblée nationale, et avis défavorable à l'amendement no  7, afin de préparer une CMP conclusive - même si nous n'y sommes pas encore.

M. Cédric Vial. - J'avais déposé un amendement en première lecture, repris par M. Brisson en deuxième lecture, pour éviter un glissement de l'État vers les collectivités territoriales. L'aide administrative inclut les moyens humains mis à disposition des écoles par les collectivités territoriales. Attention à ne pas ouvrir la porte en grand vers des dérives non acceptables. Préciser « selon leurs compétences respectives » ne changera rien. Une aide matérielle est déjà apportée. Soyons fermes pour interdire le transfert de moyens humains. Prévoir une convention est également inutile. Je suis défavorable à ces amendements.

Mme Marie-Pierre Monier. - Le Sénat avait voté une belle avancée, sur laquelle il ne faut pas revenir. Les maires de la Drôme que j'ai rencontrés lors de leur assemblée générale me l'ont dit : n'en rajoutez pas ! Ne lâchons pas et ne transférons rien aux collectivités.

M. Max Brisson. - Nous refusons tout glissement de compétences de l'État vers les collectivités territoriales, mais nous voulons aussi que tout agent aux côtés du directeur ait les moyens de travailler. Les communes ont, dans leurs compétences, l'équipement des écoles maternelles et élémentaires. L'amendement de M. Vial que j'ai repris, est extrêmement impératif. Il instaure une obligation d'intervention pour l'État. En fonction de la taille des écoles, on peut peut-être offrir la possibilité à l'État de mettre des moyens humains, dans lesquels les collectivités ne veulent pas rentrer ; et offrir la possibilité aux collectivités d'apporter des moyens matériels dans le cadre de leurs compétences, ce qu'elles font déjà - par exemple un ordinateur mis à disposition du directeur. Nous devons trouver un bon équilibre.

La rédaction du Gouvernement maintient une ambiguïté. Je suis défavorable à l'amendement n° 25, mais aussi à l'amendement n° 7. Sonia de La Provôté propose de trouver une solution, via des conventions - et je l'en remercie. Mais séparons bien ce qu'apporte l'État en termes de moyens humains de ce qu'apportent les communes et leurs groupements en moyens matériels, pour que le partage des rôles soit clair.

Mme Sonia de La Provôté. - Nous sommes partagés. Le principe intangible, c'est la responsabilité de l'État dans l'éducation nationale. Il doit aussi accompagner administrativement et matériellement les directeurs d'école, qui traitent notamment les sujets à contenu pédagogique ou personnels des enfants et de leurs familles. Cela ne relève pas d'une collectivité locale.

Mais il faut tenir compte d'un principe de réalité : certaines communes ou communautés de communes attribuent parfois des aides humaines au travers de gestionnaires de site qui sont des agents municipaux. On ne peut pas empêcher cette aide technique des collectivités.

Précisons le contenu de l'aide administrative et humaine qui revient soit à l'État, soit à la collectivité. Amenons le Gouvernement à encadrer le dispositif pour éviter tout dérapage. Si on ouvre trop, on ne saura pas ce qui se fera dans trois ans...

Mme Céline Brulin. - La rédaction de la commission ne me semble pas être trop contraignante, elle précise juste « lorsque la taille ou les spécificités de l'école le justifient ». Elle prévoit bien qu'il n'y a pas besoin d'assistance administrative dans toutes les écoles. Les communes apportent déjà une aide matérielle à l'école, à son fonctionnement, et donc implicitement à la direction. Ne permettons pas à l'État d'ouvrir la porte d'un plus grand financement des écoles par les communes, connaissant le contexte. Tenons bon sur ce sujet.

M. Max Brisson. - Il faudra passer un jour de l'implicite à l'explicite.

Mme Sylvie Robert. - Cette aide existe déjà en réalité. Quelle valeur ajoutée y aurait-il à l'inscrire dans la loi ? On ouvrira une brèche dans laquelle s'engouffrera l'État. Conservons la souplesse du fonctionnement collaboratif actuel.

M. Laurent Lafon, président. - Nous échangerons avec le ministre lors de la séance publique pour savoir s'il s'agit juste de régulariser ou si cela va au-delà. Dans l'esprit du Gouvernement, l'assistance administrative est-elle prise en charge par les collectivités ? Mais j'observe un consensus sur les nécessaires limites que le Sénat doit apporter à l'intervention des collectivités territoriales dans ce domaine.

La commission émet un avis défavorable à l'amendement n° 7, de même qu'à l'amendement n° 25.

La commission a donné les avis suivants aux amendements de séance :

Article 1er

Auteur

Avis de la commission

Mme de LA PROVÔTÉ

9 rect. bis

Sagesse

Mme BRULIN

1

Défavorable

Mme MONIER

10

Défavorable

Mme MONIER

12

Défavorable

Mme de MARCO

21

Défavorable

Mme MONIER

11

Défavorable

Mme BRULIN

2

Défavorable

Mme MONIER

13

Défavorable

Mme de MARCO

22

Défavorable

Article 2

Mme MONIER

14

Défavorable

Mme MONIER

15

Favorable

Mme BRULIN

4

Sagesse

Mme BRULIN

5

Défavorable

Mme BRULIN

6

Défavorable

Mme MONIER

16

Défavorable

Mme BRULIN

3

Défavorable

Mme MONIER

17

Défavorable

Mme de LA PROVÔTÉ

8 rect.

Favorable

M. BRISSON

26

Favorable

Mme MONIER

18

Défavorable

Mme de MARCO

23

Défavorable

Mme MONIER

19

Défavorable

Article 2 bis

Mme de LA PROVÔTÉ

7

Défavorable

Le Gouvernement

25

Défavorable

La réunion est close à 11 h 30.