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Les débuts

Les pratiques

politique religieuse

 

La séparation

Le discours

l'oeuvre

 
 

Les débuts

Émile Combes arrive à la tête du gouvernement à un âge avancé et de façon imprévue. La formation du ministère traduit la poussée à gauche qui s'est opérée lors des élections.

D'après G. Moloch,

 

D'après G. Moloch, " Waldeck-Rousseau "
carte postale, 1902-1904
Archives départementales de la Charente-Maritime, 13 J 54.

 

Le radical Waldeck-Rousseau dirige le gouvernement depuis trois ans lorsqu'il remporte les élections de mai 1902. A la surprise générale, il renonce pour des raisons de santé à la présidence du Conseil, pour laquelle il recommande Émile Combes au président de la République, Émile Loubet. Formé le 7 juin, le nouveau cabinet bénéficie du soutien des radicaux, des socialistes et de républicains modérés. Il dispose ainsi d'une large majorité dans les deux Chambres.

 

Le gouvernement se compose pour moitié de radicaux. Outre Émile Combes, qui occupe la présidence du conseil et le ministère de l'Intérieur et des Cultes, citons le portefeuille de la Justice, attribué à Ernest Vallé, celui de l'instruction publique détenu par Joseph Chaumié ou celui de la Marine dévolu à Camille Pelletan. Parmi les autres ministres, citons celui de la Guerre, le général André, ou le républicain modéré Théophile Delcassé aux Affaires étrangères.

 

Sirat,« Le général André », carte postale, Archives départementales de la Charente-Maritime, 13 J 54

Sirat, « Le général André », carte postale,
Archives départementales de la Charente-Maritime, 13 J 54.

" Pelletan & Combes ",
carte postale, 1906, fonds Lefébure.

 

Les pratiques

Émile Combes garde le soutien des chambres durant plus de deux ans et demi, ce qui est rare à cette époque. Son souci de la concertation au sein de la majorité y est pour beaucoup.

 

D'après F.Jouanneau et H.Cartier,

D'après F.Jouanneau et H.Cartier, " La communion
de Jaurès ", carte postale, 1092-1905,
fonds Lefébure.

Durant sa présidence du Conseil, Combes fait face à de nombreuses interpellations parlementaires. Elles proviennent essentiellement de l'extrême-gauche souvent impatiente de mettre en œuvre la républicanisation anticléricale et de la droite, très hostile à un ministre considéré comme «buté ».

Cependant, de 1902 à 1905, on note seulement trois grandes crises de majorité,  au début de l'année 1903 et en 1904, liées respectivement à ses croyances spiritualistes, à la lenteur des réformes sociales et à la surveillance des officiers de l'armée.

 

 D'après Delamarre, L'Éclesiastique [sic] série 3, n°12,  carte postale, [1092 -1095] fonds Lefébure

D'après Delamarre, L'Éclesiastique [sic]
série 3, n°12, carte postale, 1092 -1095,
fonds Lefébure.

 

 

 

C'est le résultat d'une étroite concertation avec sa majorité. La délégation des gauches est une structure informelle  réunissant les  quatre  groupes qui le soutiennent: l’Union démocratique, la gauche radicale, la gauche radicale-socialiste et les socialistes «parlementaires». Leurs représentants sont régulièrement reçus au ministère de l'Intérieur. L'existence de cette organisation suscite plusieurs protestations au sein des centres libéraux et des droites. Du fait de scissions, la Délégation ne fonctionne plus à partir de l'été 1904. Le ministère est ainsi fragilisé.

« Vous n'avez pas vu la fiche?? Si, Si, La fiche nous la paix » 	carte postale, [1904 -1905], fonds Lefébure

« Vous n'avez pas vu la fiche??
Si, Si, La fiche nous la paix »
carte postale, 1904 -1905, fonds Lefébure.

 

 

« La délation dans l'armée », carte postale, 1904-1905, fonds Lefébure.

 

Politique religieuse

Le ministère Combes se caractérise par la virulence du conflit entre l'État et le clergé catholique. Les congrégations et les écoles religieuses subissent les foudres du pouvoir.

D'après Joco, «Où est le milliard», carte postale, [1903-1904], Archives départementales de la Charente-Maritime, 13 J 19.

D'après Joco, « Où est le milliard »,
carte postale, 1903-1904,
Archives départementales de la Charente-Maritime,
13 J 19.

Le ministère Combes avive les tensions entre l'état et la religion catholique. Le ministre de l'Intérieur applique rigoureusement la loi sur les associations de 1901. Ce choix entraîne la fermeture de plusieurs milliers d'écoles congréganistes et le départ de centaines de moines et moniales. L'anticongréganisme est consolidé par la laïcisation de l'état: ouverture de postes d'instituteurs, création des écoles d'infirmières, laïcisation des pompes funèbres.

D'après Joco,


D'après Joco, « Voleurs », carte postale, 1903 -1904,
Archives départementales de la Charente-Maritime,
 73 J 19.

 

Les relations avec les évêques et les prêtres se dégradent. Les nominations épiscopales sont bloquées par la crispation des relations entre  Paris et le Saint-Siège. Elle débouche sur la rupture des relations diplomatiques entre les deux    états en 1904. Des prédications sont interdites, de même que des processions religieuses. La surveillance des pratiques religieuses des militaires, avec l'aide de francs-maçons, déclenche l'affaire des fiches fin 1904, l'une des causes de la chute du ministère. Les relations avec les autres confessions sont meilleures mais les combistes ne souhaitent pas les associer directement à la mise en œuvre de la « politique de défense et d'action républicaines».


" Couvent de la Grande  Chartreuse.
Expulsion des pères chartreux, le 29 avril 1903 ",
carte postale, 1903,
Archives départementales de la Charente-Maritime,
13 J 17.

 

Lettre du prieur de la Chartreuse F.Michel à Émile Combes, 12 avril 1903, Archives départementales de la Charente-Maritime, 13 J 77.

Lettre du prieur de la Chartreuse F.Michel à Émile Combes, 12 avril 1903,
Archives départementales de la Charente-Maritime, 13 J 77.

La séparation

La mise en œuvre de la Séparation des églises et de l'état est l'une des conséquences du ministère Combes, même si le président du Conseil ne souhaitait pas initialement l'adoption d'une telle loi, et si le texte voté est sensiblement différent de celui qu'il avait rédigé.

Projet de loi sur la séparation des Églises et de lÉtat, pages du texte dactylographié annotées par Émile Combes, 1904,  Archives départementales de la Carente-Maritime, 13 J 22

 
Projet de loi sur la séparation des Églises et de l'État,
pages du texte dactylographié annotées par Émile Combes, 1904,
Archives départementales de la Charente-Maritime, 13 J 22.

 

 

La séparation des Églises et de l'État est un ancien mot d'ordre  du « parti républicain». En 1904, cette réforme a déjà fait l'objet de plusieurs dizaines de proposition de loi. Depuis juin 1903, une commission majoritairement favorable à la séparation a été nommée à la Chambre et rédige un projet de loi sur le sujet assez libéral: l'Église catholique perdrait les avantages financiers liés au Concordat mais bénéficierait de plus de libertés.

 

 

Rostre,

Rostre, " Cordon! S'il vous plaît!! ", carte postale, septembre 1903,
fonds Lefébure.

-D'après

D'après " Les libérateurs ", carte postale, 1905-1906,
Archives départementales de la Charente-Maritime,
13 J 54.

 

 

d'après Mille, « Le rapport de M.Briand sur la séparation » L'Arc-en-ciel n°46, 1905, fonds Lefébure.

D'après Mille, « Le rapport de M.Briand
sur la séparation »,
L'Arc-en-ciel n°46, 1905, fonds Lefébure.

 

Initialement hostile à une Séparation qui ferait perdre à l'État de nombreux moyens de surveillance des cultes, Émile Combes fait finalement rédiger un projet défavorable à l'Église  catholique, maintenant notamment un contrôle tatillon sur les activités cultuelles. Il le présente à la Chambre à l'automne 1904. Mais la démission de son gouvernement en janvier 1905 laisse les coudées franches à la commission de la Séparation qui, sous l'influence d'Aristide Briand, choisit une voie beaucoup plus libérale.

 

Le discours

Par son discours d'Auxerre, Combes fait de la Séparation une priorité du gouvernement et de la gauche. Il donne une impulsion décisive au processus qui débouche sur la loi de décembre 1905.

 

Réception de M. Combes à Auxerre, le 4 septembre 1904, Archives municipales d'Auxerre, 1 / 99

Réception de M. Combes à Auxerre,
le 4 septembre 1904,
Archives municipales d'Auxerre, 1 / 99.

 

Dans le contexte de rupture des relations diplomatiques entre Paris et Rome, alors même que le projet Combes de Séparation est en cours de rédaction, le président du Conseil se rend à Auxerre le 4 septembre 1904 pour mener une nouvelle «campagne laïque» après ses déplacements de l'été 1903 (Marseille, Saintes, Tréguier et Clermont). Il y prononce un discours où il évoque son bilan de ministre, les résultats des élections municipales et départementales, et l'appel à la prolongation d'un soutien des combistes, au parlement et dans le pays.

 

Réception de M. Combes à Auxerre, le 4 septembre 1904.  Archives municipales d'Auxerre, 1 / 99

Réception de M. Combes à Auxerre,
le 4 septembre 1904,
Archives municipales d'Auxerre, 1 / 99.

Extrait du discours d’Émile Combes du 4 septembre 1904, Archives municipales de Pons

 


Extrait du discours d’Émile Combes
du 4 septembre 1904,
Archives municipales de Pons.

 

Il annonce surtout la mise à l'ordre du jour de la Séparation.

Elle est présentée comme une œuvre de « paix sociale » et de « liberté ». Cette partie de son intervention est très commentée par la presse politique. L'approbation à gauche est aussi affirmée que le rejet par la droite catholique. Le discours d'Auxerre précipite l'examen de la réforme de Séparation et justifie la mobilisation des anti-combistes pour freiner cette dynamique politique.

 

,, LA  RÉPUBLIQUE  DE 1870 A  DÉBARRASSÉ LA  FRANCE  DE LA  DERNIÈRE FORME DE LA  MONARCHIE.
LE MINISTÈRE ACTUEL ENTEND  QUE LA RÉPUBLIQUE DE NOS JOURS L’AFFRANCHISSE ABSOLUMENT DE TOUTE  DÉPENDANCE, QUELLE QU'ELLE SOIT, À L'ÉGARD  DU  POUVOIR  RELIGIEUX.
[ ....] IL EST  ÉVIDENT  QUE LA  SEULE  VOIE RESTÉE LIBRE AUX DEUX POUVOIRS EN CONFLIT, C'EST LA VOIE OUVERTE AUX ÉPOUX MAL ASSORTIS, LE DIVORCE  ET, DE PRÉFÉRENCE, LE DIVORCE PAR CONSENTEMENT MUTUEL.
JE N'AJOUTE PAS, REMARQUEZ-LE, POUR CAUSE  D'INCOMPATIBILITÉ D'HUMEUR. CAR IL NE SAURAIT ÊTRE QUESTION, DANS L'ESPÈCE, D'ACCÈS D'IRRITATION ET DE MAUVAISE HUMEUR.
IL S'AGIT D'UNE CHOSE BIEN AUTREMENT SÉRIEUSE ET GRAVE; IL S'AGIT D'UNE INCOMPATIBILITÉ RADICALE DE PRINCIPES.,,

D'après " Discours de M. Combes ",  L'Humanité, 5 septembre 1904.

Réception de M. Combes à Auxerre, le 4 septembre 1904.  Archives municipales d’Auxerre. 1 1 99

Réception de M. Combes à Auxerre, le 4 septembre 1904,
Archives municipales d’Auxerre, 1 / 99.

 

L'œuvre

L'importance prise par la question religieuse et scolaire a mis entre parenthèses les autres actions entreprises. L'héritage du ministère Combes est cependant significatif.

Sirat.

Sirat, " M. Delcassé ", carte postale, 1898 -1905,
Archives départementales de la Charente-Maritime, 13 J 54.

 

En matière d'Affaires étrangères, Théodore Delcassé, plus modéré qu’Émile Combes, accentue le rapprochement avec l'Angleterre entamé sous le ministère précédent. Il débouche sur l’Entente cordiale de 1904. La coopération avec l’Empire russe et les liens de confiance avec le Royaume d'Italie se poursuivent. La politique extérieure de la France est pensée au service du prestige de son Empire colonial, et de la préservation de ses intérêts, en particulier au Proche-Orient.

 

En matière de politique sociale, le combisme fut réformiste, même si les promesses des programmes n'ont pas été assez honorées aux yeux des radicaux-socialistes et surtout des socialistes. La législation sur le travail est améliorée, le repos hebdomadaire discuté, tandis que des réformes plus conséquentes (les retraites) sont envisagées. Le ministre de l'Intérieur soutient l'arbitrage administratif lors des grèves. Presque aucun mort n'est à déplorer lors des mouvements des années 1902-1905, ce qui contraste avec le bilan de la décennie précédente ou des années Clemenceau par la suite.

 

« Guérigny. Inauguration des Aciéries par le ministre de la Marine le 5 juin 1904 », carte postale, 1904, fonds Lefébure

« Guérigny. Inauguration des Aciéries
par le ministre de la Marine le 5 juin 1904 »,
carte postale, 1904, fonds Lefébure.

" S.M. Le roi Edouard VII à Paris ",
carte postale, 1903, fonds Lefébure.