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Projet de loi de finances pour 2003 : Commerce extérieur

 

2. Une compétitivité des produits français encore bonne mais menacée par la hausse des prix à l'exportation

Après la mise en place de la monnaie unique, début 1999, les pays de la zone euro avaient bénéficié d'une nette amélioration de leur compétitivité-prix, notamment sous l'effet d'une forte dépréciation de l'euro face au dollar. Le Centre d'Observation Economique (COE) estime10(*) que la valeur de l'euro s'est globalement redressée de l'ordre de 20 % entre début 1999 et fin 2000.

Or, entre le quatrième trimestre 2000 et le quatrième trimestre 2001, ces pays ont globalement perdu, selon le COE, environ 9,3 % de compétitivité-prix. En effet, l'euro s'est apprécié d'environ 20 % contre le yen au cours du mois de décembre 2000 pour se stabiliser à ce niveau jusqu'à fin 2001. L'euro a également cessé de se déprécier face au dollar et à la livre.

A cet environnement de change défavorable à notre compétitivité, sont venus s'ajouter deux autres facteurs : d'une part, une nette accélération des coûts salariaux unitaires, en hausse de 4,7 % sur un an au quatrième trimestre 2001, reflétant l'entrée dans la phase baissière du cycle de productivité ; d'autre part, une reconstitution, par les industriels français, de leurs marges à l'exportation -contrastant avec les efforts de compression durant l'année 2000-, jusqu'à l'automne 2001.

Ainsi, pour les seuls produits manufacturés, les prix français à l'exportation étaient en hausse de 1 % sur un an au quatrième trimestre 2001, alors que les prix à la production augmentaient seulement de 0,4 %. La compétitivité-prix des produits industriels français s'est ainsi dégradée d'environ 5,9 % entre le quatrième trimestre 2000 et le quatrième trimestre 2001, ce qui représente un recul plus marqué que pour les produits allemands. Toutefois, en moyenne annuelle, notre compétitivité-prix est restée globalement stable, progressant de 0,5 %, contre + 7,7 % en 2000 et + 2 % en 1999. L'amélioration de la compétitivité-prix française s'est ainsi interrompue en 2001.

Le tassement de nos exportations depuis la fin de l'année 2000 traduit avant tout l'affaiblissement de la demande mondiale. En effet, l'érosion de la compétitivité-prix des pays de la zone euro n'a pas empêché ces derniers de prolonger leurs gains de parts de marché jusqu'à la mi-2001. Toutefois, l'évolution récente a été moins favorable, ce qui laisse à penser que les mouvements de prix décrits ci-dessus commencent à influer sur nos performances à l'exportation.

Ainsi, après avoir plutôt bien résisté jusqu'au troisième trimestre, les parts de marché de la France se sont nettement affaiblies en fin d'année 2001. Calculée relativement aux exportations des principaux pays industrialisés, la part de marché de la France en volume, qui n'est pas affectée par la valorisation des marchandises échangées, s'infléchit pour s'établir à 7,6 % à l'issue du premier semestre 2002, au niveau moyen observé au cours des dix dernières années. La France, faiblement positionnée sur quelques zones dynamiques comme les Pays d'Europe centrale et orientale (PECO), profite moins que certains de ses partenaires de la demande soutenue de ces pays alors qu'elle souffre de la faiblesse de la demande de l'Allemagne, son premier partenaire. De plus, elle a été pénalisée par la faiblesse des livraisons aéronautiques en début d'année. Mais il ne fait pas de doute que la moindre compétitivité-prix de nos exportations a contribué, avec retard, au fléchissement de notre part de marché en volume.

PARTS DE MARCHÉ MONDIALES EN VALEUR (EN %)

 

91

92

93

94

95

96

97

98

99

00

01

France

6,2

6,3

5,9

5,9

5,9

5,7

5,4

5,8

5,7

5,1

5,2

Allemagne

11,5

11,4

10,1

10,0

10,2

9,7

9,2

9,9

9,5

8,6

9,2

Royaume-Uni

5,3

5,1

4,8

4,8

4,7

4,8

5,0

5,0

4,8

4,4

4,4

Italie

4,8

4,7

4,5

4,5

4,6

4,7

4,3

4,5

4,1

3,7

3,9

Etats-Unis

12,0

11,9

12,3

12,0

11,4

11,6

12,4

12,4

12,3

12,2

11,9

Japon

9,0

9,0

9,6

9,3

8,7

7,6

7,6

7,1

7,3

7,5

6,6

Source : OMC

La compétitivité des produits français ne s'appuie pas uniquement sur leur prix : dans le commerce international, et de plus en plus au sein de la zone euro en raison de la convergence des prix, les aspects hors prix des produits constituent désormais un critère discriminant au moment de l'acte d'achat. Comme l'illustre l'enquête du Centre d'Observation Economique, les produits français semblent avoir une bonne image auprès des importateurs des principaux pays européens, du fait de leur qualité, de leur ergonomie et « design », de leur caractère innovant, de la notoriété des marques françaises, et de la performance des réseaux de distribution (brièveté des délais de livraison, efficacité des services commerciaux et après-vente). Il faut toutefois relever que, notamment pour les biens d'équipement électriques et mécaniques, l'innovation des produits français est largement moins appréciée que celle des produits allemands, américains et japonais. On peut en conclure que la consolidation du rang de la France en matière de compétitivité hors prix passe par un effort accru en recherche et développement.

* 10 Dans un ouvrage paru en juin 2002, Les entreprises françaises, éd. Economica.