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Projet de loi de finances pour 2011 : Enseignement scolaire

18 novembre 2010 : Budget 2011 - Enseignement scolaire ( avis - première lecture )
2. Des perceptions très contrastées

Il convient de noter combien les familles, d'une part, et les enseignants, d'autre part, portent des regards différents sur une réforme qu'ils ne vivent pas de la même façon.

Les enseignants se montrent très critiques envers les modalités concrètes d'application des nouveaux dispositifs, tant du point de vue de l'organisation matérielle que de la pédagogie. Ils se plaignent d'un défaut d'accompagnement par les corps d'inspection, ainsi que de l'hétérogénéité accrue des classes. L'articulation entre la validation de la certification intermédiaire et la préparation du baccalauréat leur paraît difficile à trouver. En outre, ils craignent une perte de spécificité de leur métier de PLP, en même temps qu'un accroissement de l'autonomie des établissements, source d'inégalités.

En revanche, chez les familles et les élèves, la revalorisation de la voie professionnelle portée par un discours politique largement diffusé paraît manifeste. De ce point de vue, l'alignement de la durée du cursus en lycée professionnel sur celle qui régit les études générales et technologiques a mis symboliquement sur un pied d'égalité les trois baccalauréats. Cette égalité symbolique joue à plein : pour les parents comme pour les jeunes, le baccalauréat professionnel en trois ans est désormais un bac comme les autres, chargé de la même valeur rituelle, porteur de la même espérance de promotion sociale, voire d'accès aux études supérieures. La possibilité de viser un BTS après l'obtention du bac a, semble-t-il, particulièrement marqué les familles de classe moyenne et populaire, ce qui laisse présager une demande sociale forte pour faciliter l'entrée en STS des nouveaux bacheliers professionnels à partir de 2013.

Les analyses de M. Vincent Troger, enseignant-chercheur à l'IUFM de Nantes, qui a suivi une cohorte de près de 500 élèves sur le département de Loire-Atlantique, ont tout spécialement retenu l'attention de votre rapporteure. Selon lui, les familles populaires et ouvrières ne s'opposent plus à la poursuite d'études de leurs enfants. C'est le signe pour ses familles d'une appropriation du sens de l'école et d'une compréhension de l'utilité du diplôme. Elles marquent ainsi sans doute leur émancipation du modèle dominant de reproduction sociale. En revanche, les élèves engagés dans la voie professionnelle manifestent un rejet important de tout apprentissage sous une forme scolaire traditionnelle. Le nouveau cursus en trois ans et le rehaussement du statut du bac professionnel, qui demeure un diplôme d'insertion professionnelle tout en offrant la promesse d'un éventuel prolongement vers un BTS, offrirait alors une voie de conciliation entre l'ambition des parents et la désaffection des jeunes pour l'école. Ce serait une des clefs de son succès auprès des familles.

Cependant, il convient de rappeler que ce succès initial auprès des familles ne pourra s'inscrire dans la durée qu'à la condition que les promesses d'insertion professionnelle et de poursuite dans le supérieur soient tenues. Toute déception des espoirs suscités chez les parents et les jeunes, non seulement serait cruelle, mais ruinerait durablement les efforts de revalorisation de la voie professionnelle, qui paraissent pour l'instant avoir porté leurs fruits.

À cet égard, votre rapporteure s'étonne et s'inquiète que l'indicateur 4.4 du projet annuel de performances pour 2011, censé refléter les écarts de taux d'emploi entre les jeunes diplômés et les 25-49 ans, n'ait pas été convenablement renseigné : aucun objectif pour 2010, ni pour 2011 et aucune cible pour 2013 ne sont proposés quel que soit le diplôme professionnel.20(*) Entre 2008 et 2009, seules années pour lesquelles des données sont présentées, la dégradation généralisée des perspectives d'emploi des jeunes diplômés était préoccupante. Le ministère de l'éducation nationale ne semble pas vouloir se fixer d'objectif d'insertion professionnelle chiffré, alors qu'il met en place une rénovation de grande ampleur de la formation.

Beaucoup dépendra de l'attitude des entreprises lorsque les nouveaux diplômés arriveront sur le marché du travail. Il est trop tôt encore pour l'anticiper : c'est l'attentisme qui prévaut logiquement chez les employeurs, alors que certaines branches professionnelles, habituées à l'ancienne organisation, paraissent déjà regretter la dissolution des BEP. À partir de l'année prochaine, votre rapporteure recommande d'auditionner systématiquement l'ensemble des organisations patronales représentatives, ainsi que les syndicats de salariés, afin de sonder leurs intentions et de mesurer les perspectives d'emploi des jeunes diplômés.


* 20 PLF 2011, projet annuel de performance, mission enseignement scolaire, p. 132.