B. L'AVENIR D'AIR FRANCE RESTE INCERTAIN MAIS LES SIGNAUX ENREGISTRÉS SONT POSITIFS

Au cours des cinq dernières années, Air France n'a pas connu d'exercice bénéficiaire. L'année 2012 a été préoccupante avec une perte nette de près d'un milliard d'euros. L'endettement s'est fortement accru depuis 2008 et atteint environ 6 Mds€ au début 2013.

Cette situation a conduit Air France à lancer le plan Transform 2015 dès le début de l'année 2012, afin de restaurer la rentabilité de l'entreprise, de renouer avec une dynamique de croissance et de limiter l'impact de ces difficultés sur l'emploi. Pour une analyse détaillée du contenu de ce plan, votre rapporteur renvoie à la présentation effectuée l'année dernière 9 ( * ) .

1. La situation financière du groupe est en voie d'amélioration mais demeure dégradée

Toutes les mesures décidées en 2012 dans le cadre de Transform 2015 sont en oeuvre : faible croissance des capacités, réduction des investissements, réduction des effectifs, mise en place des nouvelles conditions de travail, amélioration de la productivité. Le groupe a également investi dans l'amélioration de la qualité des produits et services offerts à ses clients.

Sous l'effet de ces mesures, le groupe est dans une dynamique positive depuis le second semestre 2012. À ce titre, les résultats des trois premiers trimestres 2013 sont encourageants , avec un chiffre d'affaires en hausse de 1 % à 19,51 Mds€ et un résultat d'exploitation de 183 M€ d'euros (contre -199 M€ au 30 septembre 2012).

Le risque financier est écarté à court-terme : le groupe peut compter sur un cash-flow libre d'exploitation de 498 M€, une trésorerie de 4,35 Mds€ et des lignes de crédit entièrement disponibles de 1,80 Md€.

La dette nette est elle-même en phase de réduction, puisqu'elle s'établit à 5,40 Mds€ contre 5,97 Mds€ au 31 décembre 2012, soit une baisse de 560 millions d'euros. Les ratios financiers de couverture sont en amélioration. Ainsi, le ratio dette nette/EBITDA sur 12 mois glissants est passé de 4,3 au 30 septembre 2012 à 3,1 au 30 septembre 2013.

La réduction des coûts est conforme au plan, avec une baisse de 2,2 % (hors change) sur les neuf premiers mois de 2013. Cependant, les recettes sont inférieures aux prévisions du fait d'une conjoncture économique adverse et de difficultés structurelles dans certaines activités, notamment le moyen-courrier point-à-point (Orly et bases de province) et le cargo.

Ainsi, l'entreprise va pouvoir réduire son déficit d'exploitation en 2013, mais le retour à l'équilibre ne sera pas atteint cette année .

2. Pour atteindre l'équilibre en 2014, Air France doit compléter le plan Transform 2015 par de nouvelles mesures structurelles

Le cadrage de ces mesures a été présenté aux CCE du 18 septembre et du 4 octobre 2013. Leur mise en oeuvre est en préparation, en concertation avec les organisations professionnelles. Ces mesures complémentaires sont d'ordre industriel et social.

a) Le volet industriel

Dans le moyen-courrier, les mesures industrielles concernent principalement les liaisons de point à point . Le groupe prévoit un ajustement du réseau en réduisant certaines fréquences, en recourant à la sous-traitance, en fermant les lignes les plus déficitaires et en renforçant la saisonnalité sur les destinations à dominante loisir pour mieux adapter l'offre au marché. Cette stratégie s'accompagne mécaniquement d'une adaptation des capacités de la flotte :

- réduction de la flotte Air France de deux avions à Orly et de sept avions sur les bases de province d'ici 2015 ;

- réduction de la flotte Hop ! à l'été 2014, qui passera de 54 à 50 avions basés à Orly ;

- montée en puissance de Transavia qui va accélérer son développement vers des destinations européennes avec une offre low-cost premium et dont la flotte devrait augmenter de cinq avions par an jusqu'en 2016.

Dans le cargo, les mesures industrielles sont la poursuite de la baisse des avions tout cargo chez Air France comme chez KLM (-4 avions ramenant ainsi la flotte à 10 avions en 2015) et la sous-traitance de la gare de fret d'Orly.

b) Le volet social

La réorganisation industrielle des activités moyen-courrier et cargo d'Air France conduit à une baisse des effectifs de 2 880 personnes. Air France entend traiter les suppressions de poste dans le respect de l' engagement de ne pas recourir à des départs contraints d'ici le 31 décembre 2014.

Afin de traiter les sureffectifs de personnel au sol , Air France a présenté un plan de départs volontaires (PDV) concernant 1 826 postes . Les sureffectifs concernent pour 60 % les sites de CDG et d'Orly, pour 20 % les escales du Sud-Est (Marseille, Nice), le reste étant réparti entre les autres escales de province. Les départs devraient s'échelonner entre février et décembre 2014. Une partie des sureffectifs sera résorbée par des départs naturels (environ 500 ETP) et par le recours au temps partiel aidé. Ce nouveau PDV devrait générer des économies de l'ordre 150 millions en année pleine.

Le sureffectif des pilotes (350 ETP) et des personnels de cabine (700 ETP) fera l'objet d'autres dispositifs en 2014 . En effet, le premier PDV concernant les personnels de cabine étant toujours en cours, la mise en place et les modalités d'un deuxième PDV seront décidés ultérieurement (à ce stade seul le niveau de sureffectif a été précisé). Quant aux pilotes, le temps de retour sur investissement d'un PDV étant assez long, la possibilité d'une mise en retraite anticipée des plus de 60 ans est envisagée avec le Syndicat national des pilotes de ligne (SNPL). Un aménagement législatif est en discussion avec le ministère des Transports.

En complément, Air France poursuit sa politique de modération salariale avec la prolongation d'un an du gel des augmentations générales soit jusqu'en 2014 pour le personnel au sol, 2015 pour le personnel de cabine, 2014 ou 2015 pour les pilotes selon les discussions en cours.

3. La crédibilité de ce plan est critique pour l'avenir d'Air France

Les mesures complémentaires mises en oeuvre au cours de l'année 2014 produiront leur plein effet en 2015 . Cependant, elles devraient permettre, dès l'an prochain, de réduire significativement les pertes du moyen-courrier et du cargo sans toutefois les amener à l'équilibre initialement prévu.

En conséquence, dans un environnement marqué par une faible croissance et une volatilité du prix du pétrole et des devises, et malgré la forte amélioration des activités long-courrier et maintenance, le groupe reste dans une situation difficile. L'objectif de réduction de la dette de 2 Mds€ à horizon 2014 a d'ores et déjà été repoussé à 2015.

A bien des égards, l'année 2014 s'annonce déterminante pour l'avenir du groupe. L'absence de retour à l'équilibre d'exploitation pourrait avoir de graves conséquences. À noter, le profil de la dette laisse apparaître de fortes échéances de remboursement (750 M€) dès le début de l'année.

Votre rapporteur salue les efforts mis en oeuvre par Air France dans un contexte peu favorable. Il est sensible au fait que le groupe a fait le choix stratégique de maintenir les grandes lignes de son périmètre d'activité . D'autres grandes compagnies européennes, à l'instar de British Airways, ont fait le choix de sacrifier les lignes régionales au profit du long courrier pour retrouver un seuil de rentabilité. Pour l'heure, Air France doit fournir la preuve de sa capacité à améliorer sa productivité et son efficacité économique, avant de pouvoir prétendre, dans un second temps, à un nécessaire renforcement de ses capitaux propres.


* 9 Avis n°153 (2012-2013) relatif au projet de loi de finances pour 2013.

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