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Proposition de loi tendant à encadrer les conditions de la vente à distance des livres

18 décembre 2013 : Vente à distance des livres ( rapport - première lecture )
2. Des causes multiples

Pour le Syndicat de la librairie française (SLF), reçu par votre rapporteure, en misant sur l'emploi, sur la diversité de son assortiment de livres, sur son implantation au coeur des villes et sur une politique d'animation culturelle, l'activité de libraire engendre des coûts « qualitatifs » importants. Les salaires, bien que trop peu élevés au regard de la qualification du personnel, représentent la moitié de la marge des libraires. Ceux-ci doivent également faire face à la flambée des loyers en centre-ville et à des frais de transport croissants, ainsi qu'à des difficultés structurelles de trésorerie liées à l'étendue et à la nature de leur stock de livres, souvent à rotation lente.

Ce constat était intégralement partagé par Serge Kancel (IGAC), dans son rapport rendu public en janvier 2013, sur « le soutien aux entreprises de librairie ». Il rappelait également que les librairies ne peuvent guère, sans risque pour la qualité des prestations proposées, économiser sur les dépenses de personnel ou limiter leur fonds. Il estimait, en outre, que les remises consenties aux libraires par les diffuseurs, dont le niveau dépend bien souvent de l'importance de l'enseigne et des volumes commandés, sont loin d'être suffisantes pour leur assurer, et notamment aux plus petits commerces, une marge commerciale convenable.

L'ensemble de ces charges pesant sur le résultat de ces entreprises, la rentabilité moyenne des librairies s'établit aujourd'hui à 0,6 % du chiffre d'affaires1(*), soit une division par trois en dix ans, ce résultat cachant bien évidemment des inégalités et donc la rentabilité négative de certains commerces. Par ailleurs, il convient de rappeler que nombre de libraires ne se rémunèrent pas ou très peu.

À ces considérations économiques s'ajoute la diminution progressive du nombre de grands lecteurs, clients traditionnels des librairies, pour des raisons tant sociologiques que démographiques, ainsi que l'étude réalisée en juin dernier pour le SLF par Philippe Moati sur « les clients de la librairie indépendante » en fait le constat. En ce sens, elle confirme les conclusions qui ressortent de l'analyse des enquêtes réalisées depuis les années 70 par le ministère de la culture et de la communication sur les pratiques culturelles des Français, dans lesquelles il apparaît que la proportion de personnes lisant plus de vingt livres par an parmi la population française est passée de 28 % en 1973 à 16 % en 2008.

Enfin, même si votre rapporteure consacre un volet particulier du présent rapport à ce phénomène, il convient de ne pas oublier ici de mentionner la concurrence féroce du commerce de livres en ligne, et notamment celle du géant américain Amazon.

Comme le soulignait, en novembre 2012, la mission confiée à l'Inspection générale des affaires culturelles (IGAC) sur « la librairie indépendante et les enjeux du commerce électronique », la librairie représentant désormais le secteur le moins rentable du commerce de détail, la très grande majorité des enseignes ont la plus grande peine à mobiliser des capacités d'investissement, ce qui compromet tant leur modernisation, pourtant indispensable pour lutter contre la concurrence, que, à terme, leur transmission et leur avenir.


* 1 Etude Xerfi - 2013.