II. LA COLOMBIE : UN PARTENAIRE CLÉ DANS LA LUTTE CONTRE LE NARCOTRAFIC
A. UN PAYS AU CoeUR DU TRAFIC MONDIAL
La Colombie est l'épicentre mondial de la cocaïne. Elle est aujourd'hui le principal pays de culture de coca et première productrice mondiale de cocaïne. Selon l'Office de la drogue et du crime des Nations Unies (UNODC), comme nous l'avons mentionné, la culture de coca y a atteint 253 000 hectares en 2023 et la production potentielle de cocaïne a été estimée à 2 664 tonnes.
Ces niveaux historiques traduisent à la fois la résilience des économies illicites et les limites des politiques d'éradication mises en oeuvre depuis plusieurs décennies.
Pour autant, l'État colombien ne peut être réduit à cette réalité.
Le pays est confronté à un narcotrafic structurel, qui façonne une partie de l'économie informelle et alimente le conflit armé. Il alimente également les faits de corruption et infiltre parfois certaines institutions.
Toutefois, l'armée, la police, la justice et le pouvoir politique fonctionnent correctement. L'État mène activement une politique de lutte contre le narcotrafic, en adoptant notamment des lois, stratégies et institutions de lutte antidrogue, et en coopérant avec des partenaires internationaux, dont la France.
La Colombie demeure ainsi un État de droit doté de capacités opérationnelles reconnues en matière de coopération judiciaire et policière.
Les gouvernements américain et colombien ont mis en place depuis 2000 un « Plan Colombie » qui a pour objectif de réduire la production de drogue en Colombie, première productrice mondiale de cocaïne et première pourvoyeuse de drogue des États-Unis.
Le programme, initié sous la présidence de Bill Clinton, déploie dès son origine des moyens financiers considérables. On parle de « milliards de dollars », ce qui montre à quel point le sujet est prioritaire pour les États-Unis.
En réalité, la lutte contre la production de cocaïne en Colombie semble se heurter à la réalité du terrain, en particulier à la guérilla menée par les FARC, grandement financée par le narcotrafic (outre les revenus engrangés par les enlèvements).
Ainsi, même si le gouvernement colombien (aidé par les États-Unis) frappe les plantations, les acteurs armés ont des moyens de coercition et ont mis en place une logistique qui leur permet de déplacer rapidement les plantations de coca, plante qui dispose d'une capacité d'adaptation assez unique.
Des unités paramilitaires, souvent décrites comme des « milices privées surarmées », « bénéficieraient de complicités » et, sous couvert « d'anticommunisme/anti-guérilla, « se livrent elles aussi au trafic »10(*).
Les moyens déployés sont considérables et la mise en oeuvre du Plan repose très largement sur un renforcement capacitaire des forces colombiennes (armée, police) : formation, renseignement, mobilité aérienne, unités spécialisées, etc.
Un des piliers opérationnels est l'éradication des cultures de coca par pulvérisation par voie aérienne d'herbicides à base de glyphosate.
Les statistiques de l'ONU illustrent l'ampleur des opérations : par exemple, sur 2009, le gouvernement colombien a rapporté « des dizaines de milliers d'hectares éradiqués manuellement » et « plus de 100 000 hectares pulvérisés »11(*).
Concrètement, le paquet d'assistance approuvé par le Congrès américain à l'été 2000 prévoyait la fourniture à la Colombie de 18 UH-60L Black Hawk et 42 UH-1H “Huey II”.
* 10 https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/rendez-vous-avec-x/rendez-vous-avec-x-du-mardi-17-aout-2021-4369166 et nombreux travaux d'ONG sur les liaisons armée-paramilitaires à la fin des années 1990 / début 2000 : https://www.hrw.org/reports/2000/colombia
* 11 https://www.unodc.org/documents/crop-monitoring/Colombia/Colombia-Coca-Survey-2010-ENGLISH-web.pdf