C. L'ALTERNANCE POLITIQUE DE 2022 ET SES RÉPERCUSSIONS SUR LES RELATIONS AVEC LES ETATS-UNIS

Gustavo Petro, ancien guérillero socialiste est élu Président le 19 juin 2022. C'est la première fois que la Colombie vote majoritairement pour un candidat de gauche à la Présidentielle.

Cette élection intervient après de fortes contestations sociales mêlées à un sentiment populaire de désaffection de la classe politique en place, à l'instar de ce qui se passe dans d'autres pays de la région.

D'importantes mobilisations protestataires, déclenchées en 2019 par un projet de réforme fiscale, rapidement élargies aux problématiques d'inégalités, de précarité, de corruption, de violences policières, d'accès aux services publics, révèlent une rupture entre l'État et une partie de la population, en particulier urbaine et jeune.

À cette dynamique s'ajoute une toile de fond sécuritaire et territoriale : malgré l'accord de paix de 2016, de nombreuses zones restent marquées par la reconfiguration des violences et la présence de groupes armés.

Les analyses de l'International Crisis Group résument bien le moment politique : Petro arrive au pouvoir « sur fond de mécontentement de masse » face à la corruption, aux inégalités et aux violences 15(*).

Enfin, la campagne s'inscrit dans une tendance régionale de « virage à gauche » (parfois qualifiée de « new pink tide »).

Gustavo Petro mène campagne sous la bannière d'une coalition large, le Pacto Histórico, avec une stratégie « majorité sociale » dépassant les traditionnels camps partisans.

Il place également au coeur de son projet une stratégie de négociations et de désescalade élargie (« paix totale »), visant à traiter simultanément plusieurs foyers de violence, en parallèle de la consolidation de l'accord de 2016.

Le rapport de la mission d'observation électorale de l'UE relève trois indicateurs au sujet de son élection :

- une victoire au second tour avec 50,44 % (contre 47,3 %) ;

- une participation la plus élevée depuis plus de 20 ans ;

- un résultat inédit : le premier président de gauche de Colombie.

La personnalité et la trajectoire hors norme de Gustavo Petro joue également dans son élection : ancien membre du M-19 (guérilla démobilisée après un accord de paix en 1990), il poursuit un parcours d'élu et de responsable public : parlementaire, figure d'opposition, puis maire de Bogotá (2012-2015).

Il est perçu comme un leader à forte personnalité, peu enclin à la contradiction et dont la gouvernance fait l'objet d'appréciations contrastées.

Son parcours et sa personnalité éclairent le paradoxe central de l'alternance : Gustavo Petro arrive porté par une demande de changement, mais doit gouverner dans un cadre institutionnel et territorial complexe, où la population attend de ses gouvernants le rétablissement de la paix, laquelle constitue autant une politique publique (réforme, présence de l'État) qu'un rapport de force avec des acteurs armés et des oppositions internes.

Les relations entre le Président Trump, réélu en janvier 2025, et le Président Petro se dégradent rapidement.

Les deux dirigeants s'affrontent ouvertement sur les expulsions de migrants et la lutte contre le narcotrafic, en particulier les frappes américaines contre des navires soupçonnés de trafic de drogue dans la mer des Caraïbes et l'océan Pacifique.

En septembre 2025, le président colombien et certains de ses collaborateurs voient leurs visas révoqués sur demande de Donald Trump.

Washington retire à Bogota sa certification en tant que partenaire dans la lutte contre le narcotrafic, alors que les deux États collaborent en la matière depuis 28 ans.

Le mois suivant, le président américain annonce la suspension du versement des aides financières accordées à la Colombie, sans préciser lesquelles, accusant Gustavo Petro de ne « rien faire pour arrêter » la production de drogue et l'accusant même d'être un « baron de la drogue qui encourage fortement la production massive de stupéfiants » dans son pays.

Gustavo Petro est le « pire président que la Colombie ait jamais eu », « c'est un fou avec de nombreux problèmes mentaux », a déclaré le président américain à la presse. « Vous êtes grossier et ignorant à propos de la Colombie », a rétorqué sur X le principal intéressé.

A ces échanges sur les réseaux sociaux, le ministère des affaires étrangères colombiens répond par un communiqué de presse certes plus diplomatique, mais tout aussi révélateur des graves tensions diplomatiques entre les deux États (voir annexe 4).

Par la suite, le président colombien a accusé les États-Unis d'avoir enlevé Nicolás Maduro « sans base légale ». Donald Trump lui a rétorqué qu'il devrait « faire gaffe à ses fesses », le qualifiant d' « homme malade » qui « aime prendre de la cocaïne ».

Cette phase de tension traduit un rééquilibrage progressif de la politique étrangère colombienne et une volonté d'affirmer une plus grande autonomie stratégique.

Mais début juillet, le Président Petro prend l'initiative d'appeler son homologue américain pour « expliquer la situation concernant les drogues et d'autres désaccords », a écrit Donald Trump sur sa plateforme Truth Social, soulignant qu'il avait « apprécié son ton ». Le président américain a ajouté qu'il avait « hâte » de le rencontrer.

Cette rencontre a eu lieu le mardi 3 février 2026 à Washington.

Donald Trump a déclaré à la presse au sujet de leurs échanges sur la lutte contre le trafic de drogue : « Oui, nous avons travaillé dessus et nous nous sommes très bien entendus (...) nous avons eu une très bonne rencontre ».

Si les relations semblent apaisées, le Président Petro ne pourra en tout état de cause être candidat à sa réélection. Les proches élections législatives, suivies en mai de la présidentielle, dont l'issue semble incertaine, donneront à Donald Trump un nouveau partenaire.


* 15 https://www.crisisgroup.org/cmt/latin-america-caribbean/andes/colombia/colombia-total-peace-back-track?utm_source=chatgpt.com

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