B. UNE COOPÉRATION BILATÉRALE FRUCTUEUSE
Sur le plan sécuritaire, la coopération technique en matière de lutte contre le trafic de stupéfiants est significative. Elle s'appuie notamment sur des actions de formation, d'échange d'expertise et de coopération opérationnelle conduites par le ministère de l'Intérieur et le Centre interministériel de formation anti-drogue (CIFAD). Ce dispositif permet d'accompagner le renforcement des capacités des forces de sécurité et des autorités judiciaires colombiennes, en particulier dans les domaines du renseignement criminel, des techniques d'enquête, de la lutte contre les réseaux transnationaux et du démantèlement des filières de blanchiment.
Des échanges opérationnels réguliers sont également organisés entre services spécialisés, notamment pour le partage d'informations sur les routes de trafic et les organisations impliquées. Cette coopération contribue à l'interopérabilité des services et constitue un socle de confiance entre autorités compétentes dans un domaine directement lié aux enjeux du narcotrafic.
À ce titre, la convention d'entraide judiciaire pénale signée à Paris le 21 mars 1997 et entrée en vigueur en 2021, est significative. Elle organise une entraide pour les procédures pénales, avec un circuit centralisé : les demandes passent par des autorités centrales qui échangent directement. Elle couvre les actes classiques d'enquête et d'instruction : auditions de témoins et d'experts (avec possibilité de serment si le droit local le permet), transmission de dossiers, documents et pièces à conviction, remise/signification d'actes, et possibilité pour la partie requérante d'être informée de la date d'exécution et, avec accord, d'assister à certains actes.
Son dispositif est inspiré de celui de la convention européenne d'entraide judiciaire du 20 avril 1959, est similaire aux textes de même nature conclus entre la France et de nombreux pays, notamment en Amérique latine.
En posant le principe d'une coopération entre les deux pays en matière judiciaire et en définissant l'étendue et les limites de cette coopération, elle permet de faciliter le traitement de demandes d'entraide qui sont actuellement appréciées au cas par cas par les autorités judiciaires de chaque pays, sans obligation de donner suite ou de motiver d'éventuels refus.
Elle encadre aussi les sujets sensibles : motifs de refus (notamment atteinte à la souveraineté/ordre public, ou infraction politique) et, pour les mesures les plus intrusives comme perquisitions/saisies, mesures conservatoires et confiscations, une exigence de double incrimination. Elle prévoit des règles de confidentialité et de limitation d'usage des informations transmises.
Enfin, elle contient des dispositifs pratiques concernant notamment le transfèrement temporaire de détenus pour audition, les garanties de sauf-conduit, l'échange d'informations de casier et la possibilité de demander à l'autre État d'engager des poursuites. Les demandes doivent être traduites dans la langue de l'État requis, les documents sont dispensés de légalisation, et le principe est l'absence de remboursement des frais, sauf exceptions.
Le volume des demandes françaises adressées à la Colombie en matière de criminalité organisée demeure significatif : sur les 147 demandes d'entraide pénale internationale échangées depuis 2016 entre la France et la Colombie, 56 concernaient des faits de trafic de stupéfiants, dont 36 émanaient des autorités françaises.
Comme nous l'ont indiqué les commissaires du gouvernement, la coopération pénale franco-colombienne en matière de narcotrafic, établie de longue date, est globalement très satisfaisante. Aucune entrave de principe n'a été identifiée et les demandes françaises sont exécutées dans des délais le plus souvent raisonnables16(*).
L'autorité centrale française17(*) entretient des échanges réguliers et fluides avec l'autorité centrale colombienne en charge de la réception et du suivi des demandes d'entraide. À la demande de la partie colombienne, les transmissions sont réalisées par voie dématérialisée depuis la fin de l'année 2023.
L'entraide judiciaire porte très majoritairement sur des dossiers relevant du « haut du spectre » de la criminalité organisée. Les magistrats spécialisés à compétence nationale en poste à Bogotá concentrent la majorité des demandes françaises.
La nomination récente, en mai 2025, d'un magistrat de liaison apporte un soutien notable au processus, notamment dans le cadre du traitement des dossiers les plus sensibles, en rendant plus régulière l'organisation de réunions de coordination dans les semaines suivant l'envoi des demandes françaises et la désignation, par le Parquet général de la Nation, du procureur colombien chargé de leur exécution. Ces réunions facilitent l'échange entre les magistrats français mandants et les procureurs et enquêteurs colombiens et renforcent clairement la dynamique d'exécution et le suivi opérationnel des demandes.
Cette coopération judiciaire apporte pleine satisfaction, même si, conformément aux souhaits de la partie colombienne, il n'existe pas d'accord de transfèrement entre nos deux États.
La relation économique bilatérale est ancienne et structurée. En 2024, les échanges commerciaux entre la France et la Colombie ont atteint environ 1,2 milliard d'euros. Les exportations françaises ont représenté près de 730 millions d'euros, principalement dans les secteurs de l'aéronautique, des produits pharmaceutiques, des équipements industriels, des cosmétiques et des produits agroalimentaires. Les importations françaises, d'un montant d'environ 470 millions d'euros, concernent essentiellement le charbon, le café, les fleurs, les fruits tropicaux et certains produits miniers.
La Colombie constitue ainsi le 5ème partenaire commercial de la France en Amérique latine et dans les Caraïbes, même si elle ne représente qu'environ 0,1 % du commerce extérieur français.
La présence économique française dans le pays est en revanche particulièrement significative. La France est le premier employeur étranger en Colombie, avec environ 113 000 emplois directs et 275 filiales françaises implantées. Les entreprises françaises sont présentes dans des secteurs stratégiques : énergie et énergies renouvelables, transports urbains et ferroviaires, gestion de l'eau et des déchets, infrastructures, distribution, services financiers, industrie pharmaceutique, automobile et agroalimentaire.
Cet ancrage économique traduit un engagement de long terme et crée des intérêts directs pour la France en matière de stabilité institutionnelle, de sécurité juridique et de lutte contre les risques liés à la criminalité organisée.
L'Agence française de développement (AFD) constitue par ailleurs le premier bailleur bilatéral de la Colombie, avec 3,8 milliards d'euros d'engagements cumulés depuis 2009 et plus de 70 projets en cours. La Colombie est l'un des principaux pays d'intervention de l'AFD en Amérique latine. Les financements portent notamment sur la transition énergétique, la mobilité durable, le développement urbain, l'accès aux services essentiels, la protection de la biodiversité et l'appui à la mise en oeuvre de l'accord de paix de 2016.
Une part significative de ces financements est orientée vers les territoires ruraux et les zones affectées par le conflit, où les économies illicites liées au narcotrafic restent particulièrement présentes.
Les relations bilatérales sont également dynamiques dans le domaine de l'enseignement supérieur, de la recherche et de la mobilité étudiante. La France accueille environ 5 000 étudiants colombiens, ce qui en fait le 7? pays de destination pour cette mobilité. Plusieurs centaines d'accords de coopération existent entre établissements d'enseignement supérieur français et colombiens, couvrant notamment les domaines de l'ingénierie, de l'environnement, de l'énergie, de la santé et des sciences sociales.
Un accord de reconnaissance mutuelle des diplômes facilite les parcours académiques et professionnels. Ces coopérations contribuent à la formation d'une élite scientifique, technique et administrative colombienne familiarisée avec les standards français.
Le réseau culturel et éducatif français en Colombie est particulièrement structuré. Il comprend 13 Alliances françaises, qui accueillent chaque année plusieurs dizaines de milliers d'apprenants, ainsi que 5 établissements scolaires français homologués, scolarisant plusieurs milliers d'élèves.
Ce réseau constitue l'un des plus importants d'Amérique latine et participe au rayonnement durable de la langue française et de notre modèle éducatif.
Enfin, les mobilités humaines témoignent de la densité des échanges entre les deux pays. 5 310 Français sont inscrits au Registre des Français établis hors de France en Colombie, principalement à Bogotá, Medellín et Cali. La communauté colombienne en France est estimée à environ 50 000 personnes, composée d'étudiants, de jeunes actifs et de familles installées durablement.
À ces populations s'ajoutent des flux touristiques et professionnels en croissance régulière.
Ces liens humains renforcent la dimension sociétale du partenariat et contribuent à la vitalité des relations économiques, universitaires et culturelles franco-colombiennes.
* 16 En moyenne de l'ordre de quelques mois, sauf lorsque la complexité intrinsèque des dossiers justifie des délais plus longs.
* 17 Bureau de l'entraide pénale internationale (BEPI) de la Direction des affaires criminelles et des grâces (ministère de la justice).