C. LA TRANSPLANTATION LAISSE DES PRÉJUDICES DURABLES SUR LES MINEURS TRANSPLANTÉS, DONT CERTAINS NE PARVIENDRONT QUE TRÈS DIFFICILEMENT À RECONSTRUIRE LEUR VIE

La mélancolie des enfants pour leur territoire d'origine, malgré les difficiles conditions dans lesquelles ils pouvaient évoluer, les empêche fréquemment de s'investir émotionnellement dans la vie qu'ils pourraient construire dans l'Hexagone. Ainsi, dans un courrier du 3 novembre 1971, la tante d'un enfant transplanté écrit :

« Mon neveu a beaucoup changé depuis qu'il est chez nous. Bien qu'il ait déjà pris du caractère et des mauvaises habitudes, nous faisons de notre mieux pour le mettre dans le bon chemin et prendre goût à la vie de famille. Mais il ne se plaît pas chez nous, il aimerait être chez sa mère avec ses frères et soeurs à La Réunion. C'est pour cette raison qu'il n'apprend aucun métier en France et c'est dommage pour lui. »

Source : Commission temporaire d'information et de recherche historique, 2018

Les résultats scolaires des mineurs transplantés, comme l'ensemble des enfants de l'aide sociale à l'enfance, sont généralement mauvais. Seulement 15 % des garçons et 19 % des filles voient leurs dossiers scolaires par les services de la Ddass jugés comme satisfaisants. Dans le département de Paris, sur 454 enfants de la Ddass ayant accédé à un emploi, quatre seulement ont un niveau baccalauréat. Toutefois, le retard scolaire des enfants transplantés apparaît comme plus important que la moyenne des enfants de l'aide sociale à l'enfance car de nombreux enfants transplantés, âgés jusqu'à 12 ans, ne sont encore jamais allés à l'école.

Plusieurs décennies après leur placement, les anciens mineurs transplantés de La Réunion continuent de subir les conséquences de leur métamorphose identitaire.

« [Les anciens mineurs] subissent une instabilité affective, de la labilité émotionnelle, des cauchemars, la peur du noir, la peur de l'enfermement, de l'hyperactivité, des troubles affectifs, des tentatives de suicide répétées [...] et une impression de ne jamais être à sa place. »

Source : M. Feldman, « Les effets d'un exil institué : à propos des enfants réunionnais transplantés en métropole », La psychiatrie de l'enfant, n° 61, 2018

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