D. UNE AMBITION MALHEUREUSEMENT REVUE À LA BAISSE POUR LE SERVICE CIVIQUE

L'année 2025 a été marquée par une remise en cause des cibles du service civique. L'objectif traditionnel de 150 000 volontaires, maintenu au stade de la loi de finances initiale, a été abaissé à 135 000 en cours d'exercice à la suite des arbitrages budgétaires intervenus après le décret d'annulation du 25 avril 2025. Cette cible révisée a été atteinte et dépassée, avec 136 200 jeunes en service civique.

Nombre de jeunes réalisant un service civique

 

2019

2020

2021

2022

2023

2024

2025

Cible initiale du nombre de volontaires

150 000

145 000

245 000

220 000

150 000

150 000

150 000

Cible ajustée

-

165 000

200 000

159 000

-

-

135 000

Réalisation

140 000

130 000

145 000

144 000

148 700

148 500

136 200

Taux de réalisation (cible initiale)

93 %

90 %

59 %

65 %

99 %

99 %

91 %

Taux de réalisation (cible ajustée)

-

79 %

73 %

91 %

-

-

101 %

Source : commission des finances, d'après la note d'exécution budgétaire de la Cour des comptes de l'exercice 2025 sur la mission « Sport, jeunesse et vie associative »

Cette baisse du nombre de volontaires ne traduit donc pas un essoufflement spontané du dispositif, mais la conséquence directe d'une contrainte budgétaire renforcée. Le service civique demeure une politique d'engagement dynamique, mais son volume est désormais plus étroitement piloté par les crédits disponibles.

L'objectif de 150 000 jeunes en 2024 avait été maintenu et atteint, malgré une annulation de crédits en cours d'exercice à hauteur de 100 millions d'euros, grâce à la mobilisation de la trésorerie de l'Agence du service civique (ASC). Toutefois, cette logique avait atteint ses limites : la loi de finances pour 2025 avait dû opérer un rebasage de la subvention à l'ASC pour éviter que l'Agence se retrouve dans l'incapacité à payer les jeunes effectuant un service civique.

En 2025, malgré une subvention pour charges de service public portée à 544,6 millions d'euros, contre 413,7 millions d'euros en 2024, la trésorerie disponible au titre du service civique reste faible : elle s'établissait à 34 millions d'euros au 31 décembre 2025. Comme en 2024, une procédure de gestion anticipée a dû être mise en place en fin d'exercice afin de sécuriser les paiements de janvier.

Évolution de la trésorerie de l'Agence du service civique

(en millions d'euros)

Note : l'ensemble des chiffres sont donnés au 31 décembre de l'année considérée.

Source : commission des finances

Le rebasage des crédits du service civique en 2025, salué par le rapporteur spécial, a malheureusement eu une durée de vie très courte.

Dans la version initiale du projet de loi de finances pour 2026, le service civique faisait en effet l'objet d'un net recul budgétaire. Les crédits de l'action 04 « Développement du service civique » du programme 163 étaient ramenés à 465 millions d'euros en autorisations d'engagement et en crédits de paiement, contre 579,4 millions d'euros en LFI pour 2025, soit une diminution de 114,4 millions d'euros et une baisse de 19,7 %.

À l'initiative de la commission des finances du Sénat, la loi de finances initiale pour 2026 prévoit finalement 495 millions d'euros pour le service civique, ce qui représente 30 millions d'euros de plus par rapport au projet initial de budget. La trajectoire retenue en LFI pour 2026 a ainsi permis de revenir à un objectif de 135 000 missions en 2026, équivalent à celui de 2025, contre 110 000 dans la version initiale du PLF.

Il n'en demeure pas moins que le montant inscrit dans la LFI pour 2026 représente une baisse de financement de 14,6 % (- 84,4 millions d'euros) par rapport à la LFI pour 2025. Cette situation correspond à celle que le rapporteur spécial dénonce depuis plusieurs années : celle d'un service civique piloté selon une logique de « stop and go », et non dans un cadre financier durable.

Une réflexion devrait être également menée sur le montant de l'indemnité des volontaires du service civique, qui est aujourd'hui trop faible pour que celui-ci soit vraiment attractif, notamment pour les jeunes issus de milieux modestes.

Ce soutien ne doit d'ailleurs pas être seulement financier, mais également politique. En termes de communication, le service national universel a en effet tendance à éclipser le service civique, alors que le président de la République avait pris l'engagement de « poursuivre la généralisation du Service Civique qui permet à nos jeunes de compléter leur formation par un engagement citoyen reconnu, l'acquisition de compétences, ce qui là aussi vient compléter et renforcer la résilience de la Nation »6(*). Une trajectoire de montée en puissance du service civique gagnerait ainsi à être définie.


* 6 Conférence de presse du 17 mars 2022.

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