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Les hélicoptères de l'armée de terre : situation et perspectives

10 juillet 2002 : Les hélicoptères de l'armée de Terre ( rapport d'information )

 

 

B. VERS UNE DÉGRADATION DES CAPACITÉS DE TRANSPORT

Les hélicoptères de transport constituent, aujourd'hui et plus encore pour le futur, le point critique du dossier « aéromobilité ».

1. L'obsolescence du Puma

Durant près de 10 ans encore, notre capacité de transport aéromobile reposera presque entièrement sur des Puma dont les plus anciens sont entrés en service il y a plus de 30 ans et les plus récents il y a 15 ans déjà. L'âge moyen du parc dépasse les 21 ans.

Nos Puma vieillissent et tombent plus fréquemment en panne. Surtout, leur équipement devient obsolète. Ils ne disposent pas à ce jour d'autoprotection. Ils ne répondent pas au standards de navigation actuels, notamment en matière d'identification et de radiocommunications. Leur avionique est périmée. Déjà aujourd'hui, ils ne répondent plus vraiment aux critères d'interopérabilité exigés par les Etats-Unis dans les actions en coalition. Dans les 5 années qui viennent, il sera de plus en plus difficile de les engager à l'extérieur, car ils ne pourront plus s'intégrer dans l'environnement des théâtres d'opération.

Ici encore, les abattements très importants opérés ces dernières années sur les programmes « de cohérence opérationnelle » ont retardé l'adaptation de la flotte Puma aux critères d'interopérabilité.

Cette chute de capacité est difficile à chiffrer. Elle sera qualitative plus que quantitative, et résultera surtout des limitations de plus en plus fortes qui s'imposeront à nos Puma. La gamme des missions qu'ils pourront effectuer se réduira.

Jusqu'en 2011, date d'arrivée du premier NH 90, notre potentiel va s'en trouver gravement affecté, car les hélicoptères de transport qui ne seront pas aux normes requises verront leurs possibilités d'engagement fortement limitées, aussi bien dans l'espace aérien militaire que dans l'espace aérien civil.

2. Les conséquences d'une chute capacitaire annoncée

Dans le cadre du « contrat opérationnel » assigné à l'armée de terre, les moyens de transport tactique doivent fournir une capacité d'héliportage d'un bataillon d'infanterie de type OTAN avec ses appuis. Cet objectif nécessite de disposer d'une flotte d'un peu plus de 130 hélicoptères de transport pour garantir une centaine d'appareils en ligne.

Face à ce besoin de 130 hélicoptères de transport, les moyens disponibles se limitent aujourd'hui à 21 Cougar et 101 Puma, ce qui se traduit déjà par un léger déficit de départ, aggravé par un indisponibilité des appareils supérieure aux normes acceptables.

Avec le projet d'achat d'appareils supplémentaires pour les forces spéciales (cf supra), la flotte Cougar serait portée à 29 appareils vers le milieu de la décennie. La flotte actuelle n'a que 10 ans d'âge moyen et bénéficie d'un potentiel encore important.

Une fois les Cougar pris en compte, il reste à couvrir un besoin d'un centaine d'hélicoptères de transport. En l'état actuel des choses, seul le maintien en service jusqu'en 2011 de la totalité du parc Puma actuel, y compris les appareils les plus anciens déjà âgés de trente ans, est prévu pour répondre à ce besoin.

Ces Puma seraient remplacés par le NH 90 au rythme d'une dizaine d'appareils par an après 2011. Comme on vient de l'exposer, il sera de plus en plus difficile, au fil des ans, de les engager en opérations en raison de l'obsolescence de leurs équipements.

Votre rapporteur présentera plus loin les mesures correctrices qui peuvent être envisagées pour mettre progressivement au niveau une partie du parc Puma. Il faut néanmoins savoir qu'en dépit de ces mesures correctrices non encore totalement arrêtées, le nombre d'appareils soumis à des limitations d'emploi sera tel que le déficit en hélicoptères de transport répondant aux critères d'engagement opérationnel s'accentuera d'année en année jusqu'en 2011.

Par ailleurs, le besoin en hélicoptères lourds (appareils d'environ 20 tonnes) est toujours avéré mais il reste difficilement envisageable.

Le « trou capacitaire » dans nos forces aéromobiles d'ici 2011 va constituer un handicap.

Certes, dans les opérations multinationales, du type « Balkans », nous pourrons toujours demander à nos partenaires, par exemple aux Allemands, mieux pourvus que nous, de compenser nos lacunes en la matière. Lors de la « génération » de la force, la France devra compenser dans d'autres domaines la faible capacité qu'elle pourra proposer en matière d'aéromobilité.

Outre qu'elle ne répond pas au cas d'une opération strictement nationale, il est vrai beaucoup moins probable que celui d'une opération multinationale, cette solution présente cependant deux inconvénients.

D'une part, les hélicoptères de transport sont un atout pour le pays qui prétend au rôle de nation cadre, et nous ne serons pas sur ce plan en position de force.

Par ailleurs, l'aéromobilité représentait jusqu'à présent un créneau d'excellence pour l'armée de terre française. Nous allons perdre cet avantage, car d'autres pays vont se doter dans les cinq ans qui viennent de matériels de nouvelle génération, alors que nos équipages devront continuer à voler sur des matériels anciens.

En matière de capacité de transport, le décalage sera net avec l'Allemagne, qui accorde un degré relativement élevé de priorité à son aéromobilité. Son armée de terre recevra les premiers NH 90 en 2004 et elle en comptera 60 en 2010, alors que l'armée de terre française sera toujours en attente de cet appareil.

Il en sera de même avec le Royaume-Uni qui, tout en conservant des Puma, renforcera ses moyens de transport en portant d'ici 2007 de 10 à 30 appareils son parc de Merlin EH 101, hélicoptère comparable à nos Cougar, et de 30 à 50 le nombre d'hélicoptères lourds Chinook CH 47.

Par ailleurs, le Royaume-Uni cherche à valoriser sa capacité aéromobile et vient de créer dans cette optique une brigade aéroterrestre interarmes, la 16ème Air Assault Brigade, regroupant des unités d'hélicoptères de combat et, entre autres, des unités d'infanterie, d'infanterie parachutiste et d'artillerie. Cette brigade pourra être renforcée en tant que de besoin lors des opérations par les hélicoptères lourds assurant les fonctions logistiques et de transport tactique des unités combattantes. Ce concept, qui devrait être opérationnel en 2004, pourrait donner au Royaume-Uni une réelle prépondérance en Europe en matière de capacité de manoeuvre aéroterrestre.

Ainsi, la relative avance dont disposait la France, grâce à son expérience, en matière d'aéromobilité, va progressivement se réduire au fil de lamodernisation des capacités de ces deux partenaires européens.